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CHAPITRE VIIL

Extinction de la Maison d'Avesnes en Hainaut (13&6> ducs du sang de Brabant (1294 à 1356).

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Les provinces voisines de la Flandre avaient peu ressenti les orages qui passaient depuis un demi-siècle sur cette riche contrée. Le Hainaut seul eut quelquefois à payer sa part de combats et de sang, à cause de la haine qui animait les d'Avesnes contre les Dampierre. La possession des comtés de Hollande et de Zélande, échue à Jean d'Avesnes depuis l'an 1299, avait augmenté les forces de cette maison, sans calmer son ressentiment ; et après la mort du vieux comte (130'i), son fils Guillaume, qui avait combattu les Flamands avec autant de courage que de bonheur, dans leurs entreprises contre les îles zélandaises , eut de nouveaux démêlés avec Robert de Béthune pour la suzeraineté de la Flandre sur ces îles. Mais la question ne fut point décidée par les armes. Le Hennuyer se sentant le plus faible accepta les conditions de son advereairc (1310), et quelques années après Louis de Crécy fit l'abandon de ses droits sur la Zélande , par un traité qui mit fin à l'inimitié des deux familles (1322).

Cette paix fut confirmée au nom du Hainaut par les villes de Mons, Valenciennes , Maubeuge et Binche. Ainsi les communes prenaient aussi de l'importance dans ce comté. Mons surtout était alors florissant. Le comte Jean d'Avesnes avait encore agrandi et fortifié cette nouvelle capitale , longtemps inférieure à Valenciennes. Les pairs du Hainaut commençaient à y fixer leur résidence , et la bourgeoisie devenait nombreuse. Dès l'an 1308, la com-

îlâ HISTOIRE DE LA BELGIQUE.

muue ayant quelques inquiétudes sur le maintien de se:* privilèges, s'adressa au pape Clément V, lequel fit représenter au comte la sainteté des promesses qu'il avait jurées à son avènement. Guillaume donna des franchises aux drapiers de cette ville , et pins tard il y permit l'établissement des Juifs chassés de France. Les échevins, (pii étaient au nombre de sept, reçurent de lui la juridiction la plus

étendue.

Plus heureus<> que la noblesse de Flandre dont elle avait été tmir à tour la rivale et l'alliée , la èhevalerie du Hainaut était alors dans tonte sa splendeur. Ce fut dans cette province qu'Isabelle de Valois, reine d'Angleterre, se réfugia avec son fils Edouard III (en 1326), pour échapper à la domination des favoris du roi son époux. Trois cents chevaliers belges , pour la plus grande partie Hennuyers, offrirent leur épée à cette princesse et la ramenèrent dans ses états, ou elle fut reçue en triomphe. Le jeune Edouard épousa alors Philippine de Hainaut, fille du comte qui avait donné

un asile à sa mère (i).

Guillaume d'Avesnes était aimé de ses sujets, qui le surnommèrent le Bon. Ayant eu besoin de lever une taxe sur les terres de ses comtés, il demanda le consentement de ses vassaux , qui lui offrirent le double sans pouvoir le hii faire accepter. Quoique vaillant il était pacifique , et sa justice sévère savait protéger les populations des campagnes comme la bourgeoisie des villes. Aussi le pays s'enrichit-il sous son règne : ragriculture florissait , et le Hainaut fournissait du blé à la Flandre , dont les moissons ne suffisaient plus aux besoins de ses nombreux habitants.

Une injure domestique rompit (vers 1332) les relations d'amitié qui avaient régné entre le comte et le roi de

(t) Charles IV. qui ri*s!iail alor^ en Ijaine. voulail livrer libelle à ^es cunciiiis , nuoitru elle fut sa sœur.

France. Jean deBrabant , fils auié du duc Jean III , devait épouser IsabeUe de Hainaut : Philippe de Valois le détourna de celte alliance, et lui donna lui-même sa fille. Guillaume en conçut un vif ressentiment, et prit part aux premiers efforts d'Edouard 111 pour former une ligue contre le princo français (1336). Cependant ce ne fut pas sans hésitation et sans avoir voulu revenir à la neutralité. La mort l'enleva au moment où il venait de se décider ouvertement pour l'Angleterre (1337).

Son fils Guillaume II montra d'abord la même irrésolution. C'était un jeune prince ardent et brave (il lut surnommé le Hardi), mais qui n'avait encore que la vaillance du chevalier, sans la fermeté du souverain. Edouard était entré en Hainaut avec son armée pour aller attaquer la France (1339). Le comte se joignit à lui avec 500 lances, comme au vicaire de l'empire ( on a vu que le monarque anglais avait obtenu ce titre de l'empereur). Mais dès que les troupes furent entrées sur le territoire français (du côté de Cambrai ) , Guillaume conduisit sa brillante chevalerie sous la bannière de Philippe , dont il reconnaissait la souveraineté à partir de la rive gauche de l'Escaut. Mal accueilli par le monarque et offensé de quelques dégâts commis sur ses terres , il se décida enfin à s'unir franchement aux Anglais, dont la Flandre venait d'embrasser le parti (1340). Alors l'armée de France s'avança vers le Hainaut et ravagea les frontières; mais le comte , quoique inférieur en forces, résista vaillamment , et lorsque le duc de Brabant et les communes flamandes furent arrivés à son secours , il envoya défier le roi. Philippe n'ayant point accepté le combat, Guillaume accompagna Edouard III au siège de Tournay, et tenant la campagne avec ses hommes d'armes , il enleva tour à tour plusieurs places voisines où les ennemis avaient mis garnison ( Saint-Amand , Marchiennes, etc.). Jamais les soldats hennuyers n'avaient déployé plus de courage et inspiré plus d'effroi.

Mais ce jeune prince , dont le génie et le caractère sera-

blaient grandir sur le champ de bataille , ne devait briller qu'un instant aux yeux de ses sujets. Entraîné par son humeur guerrière » il ne vit pas plutôt les hostilités interrompues , qu'il voulut prendre part à une sorte de croisade , contre les habitants encore barbares et païens de la Prusse. Après cette expédition , où il s'était couvert de gloire , il entreprit une lutte non moins périlleuse contre les Frisons révoltés. Il conduisit une armée dans leur pays, alors presque inaccessible , et dirigea lui-môme les premières attaques avec sa valeur accoutumée. Mais s'étant avancé trop loin, il fut enveloppé par les Frisons, et tomba sous leurs coups (1345).

Cette mort funeste fit échoir le trône de Hollande et de Hainaut à une nouvelle famille : car il ne restait plus de princes du nom d' Avesnes (i ) . La sœur aînée de Guillaume II hérita de ses états. Elle s'appelait Marguerite et avait •épousé l'empereur Louis de Bavière. Ainsi fut appelée dans nos provinces une dynastie dont le règne et les malheurs appartiennent à l'histoire de la période suivante. Une autre de nos vieilles maisons souveraines s'éteignit à la même époque ; c'était celle des ducs de Brabant. On eut dit que le temps était venu où ces diverses familles, qui avaient gouverné des parties séparées de la Belgique, devaient disparaître à la fois pour faire place à une race nouvelle , destinée à réunir nos provinces sous un môme gouvernement. Le pays avait besoin d'acquérir enfln plus d'unité, et l'extinction des dynasties princières amena cette grande révolution.

Le règne des derniers souverainsbrabançons avait offert à peu de chose près ces mêmes symptômes de la prépondérance des villes qui se manifestaient en Flandre depuis un demisiècle. A la mort de Jean-le-Victorieux, le Brabant était passé

sous la domination de Jean II , son fils, et ce jeune prince avait paru un moment décidé à soutenir contre la France le comte Gui de Dampierre , son aïeul maternel , et le roi Edouard I.", son beau-père. Mais il abandonna bientôt ce dessein , et ne s'occupa que des intérêts de son duché. La ville de Malines, sur laquelle ses prédécesseurs n'avaient que des droits précaires, lui fut cédée en 1300 par Hugues de Chàlons , évoque de Liège. C'était alors une cité opulente , rivale d'Anvers , et dont « les galères allaient chercher en Orient les richesses de Damas, du Caire et d'Alexandrie ». Le duc voulut se l'attacher en lui donnant de grands privilèges ; mais en 1303 , les habitants tuèrent un de ses officiers dont ils avaient à se plaindre (l'Ècoutête), et quand le duc parut lui-même devant la place il en trouva les portes fermées. Jean II fut contraint de recourir aux armes , et les communes du Brabant lui prêtèrent un appui qu'il paya par de nouvelles concessions. Bloqués par terre et par eau, les MaUnois capitulèrent après une vigoureuse . résistance. Mais en 1308, une décision du Saint-Siège força le duc à restituer la ville à l'évêché de Liège. Il ne réussit pas mieux dans une entreprise pour conquérir la Hollande, de concert avec les princes flamands (1304). Quelques avantages qu'il avait d'abord remportés dans cette expédition , et qui l'avaient conduit jusque sous les murs de Dordrecht , furent suivis d'une défaite totale.

A l'intérieur les communes étaient agitées. Il existait dans les villes de Brabant , comme dans presque toute la Belgique, certaines familles nobles dont les membres avaient seuls le droit de remplir les fonctions d'échevins (D. A Anvers , à Louvain , à Bois-le-Duc , mais surtout à Bruxelles , les gens de métier se montrèrent hostiles à ces

(!) Excepté Jean de Beauniont, frère de Guillaume I. •^ seigneur déjà vieux et qui n avait point d enfant^.

(1) Sept famillesjoulssaient de ce privilège à Bruxelles, et autant à Mons . à Louvain et à Anvers. On en comprit dans lorigine quatre à Gand et douze à Liège.

familles privilégiées, et voulurent les déposséder de leur ancienne prérogative. Les Bruxellois attaquèrent et pillèrent les maisons de leurs magistrats , et marchèrent cgntre le duc , bannières déployées (L306). Toutefois Jean II remporta la victoire; mais il ne pouvait combattre à la fois toutes ses cités , et celle de Louvain obtint de lui des droits qui la rendaient presque indépendante. Déjà le pouvoir ducal était débordé par le peuple ; et l'on vit en 1310 le prince obligé de recevoir dans son château de Génappe les Juifs que la multitude voulait proscrire, et dont il n'avait pu garantir les demeures et les biens.

Une maladie cruelle (la pierre) devait conduire Jean au tombeau (1312). Comme plusieurs de ses ancêtres, ce fut à la fin de sa vie qu'il s'occupa de régler l'organisation du pays et de satisfaire au vœu des populations. Il institua, un mois avant sa mort , une sorte de représentation nationale , célèbre depuis en Brabant sous le nom d'Assemblée de Cortenberg (parce qu'elle se tenait en ce lieu, à mi-chemin de Louvain et de Bruxelles), laquelle était composée de quatre seigneurs et de div députés des villes (i), La charte qui créait ce conseil suprême consacrait en même temps tous les privilèges du pays et dispensait les Brabançons d'obéir au prince qui en violerait la teneur. Telle fut en quelque sorte la première constitution que posséda le duché ; elle devait servir de base à toutes les autres.

Le Brabant jouit de plus de calme après la mort de Jean II. On paya les dettes immenses que c^ duc avait contractées , et son fds Jean III , qui n'était Agé que de treize ans, eut d'abord un règne paisible. Devenu majeur, il fit ses premières armes contre le seigneur de Fauquemont

(1) Trois de Bruxelles , trois de Louvain, un d Anvers, un de Bois-le- Duc, un de TlrJeniont et un de Leeuwe. Jean in y joignit on second député d Anvers et un de Nivelles.

QUATBIÈME PERIODE. 217

dont il finit par détruire la forteresse. Une guerre plus sérieuse éclata ensuite. Robert d'Artois , ennemi personnel du roi de France, s'était réfugié en Brabant. Le duc qui était son cousin lui donna l'hospitalité, et ni les offres de Philippe de Valois , ni ses menaces , ne purent engager le prince brabançon à trahir ou à repousser son hôte. Les évêques de Liège et de Cologne et plusieursprinces voisins, alors ligués avec la France , s'armèrent pour servir le ressentiment du roi (1332). Jean III , aussi brave que généreux , réunit aussitôt ses troupes et marcha au-devant des ennemis. Cette vigueur arrêta ses adversaires : Guillaume-le-Bon , qui régnait alors en Hainaut , et qui avait des relations amicales avec les chefs des deux partis , parvint à terminer la querelle, et le roi lui-môme se réconcilia avec le duc. , , ,„ ^

Quelques années plus tard , lorsque Edouard III torma sa grande entreprise contre Philippe, Jean chercha d'abord, comme on l'a vu , à rester neutre , et à s'allier avec les comtes de Hainaut et de Flandre. Mais bientôt l'intérêt de ses sujets lui fit embrasser le parti de l'Angleterre, et les relations de ce pays avec les villes brabançonnes prirent alors une nouvelle extension. L'industrie de ces grandes cités ne le cédait point à celle des communes flamandes. Un seul métier, celui des tisserands, comptait à Louvain plus de 15,000 ouvriers, et il y en avait presque autant à Bruxelles. Le commerce maritime d'Anvers semblait s'être accru depuis les troubles de Bruges, et ce port avait obtenu d'envoyer deux députés à l'assemblée de Cortenberg. Les historiens parlent avec emphase de la richesse du dernier des Berthoud (les anciens avoues de Matines), dont les galères allaient chercher les marchandises précieuses de Damas et d'Alexandrie. Dans cet état de choses, l'aUiance de l'Angleterre était une nécessite pour le Brabant , et Jean III n'eut peut-être pas ete le maître de se déclarer contre elle.

Toutefois ce ne fut point avec la haine d un ennemi

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(|ue le duc combattit la France , et lorsque les confédérés eurent entrepris le siège de Tournay {13 iO), Il se montra compatissant envers une malhovireusc troupe de vieillards, de femmes et d'enfants que la garnison avait chassés de la place comme des bouches inutiles. Le Brabançon leur ouvrit son camp, et les fit conduire sous escorte à Douai. Après la trêve, il demeura comme neutre, et conclut enfln une paix durable avec Philippe en t3i7. Les conditions de ce traité étaient avantageuses au duc, et assuraient h ses marchands de grands privilèges dans les états du roi. L'année suivante Jean battit à Walève les Liégeois révoltés contre leur évoque, et un peu plus tard il obtint de l'empereur Charles IV la fameuse Bulle d'Or de Brabant , qui donnait aux Brabançons le privilège d'évoquer devant les tribunaux de leur province tous les procès dans lesquels ils se trouveraient intéressés en Allemagne (1349). Une glorieuse suite de prospérités couronnait un règne long et sage.

Mais quoique l'éclat de tant de succès rejaillit sur le sou- \erain , il n'étonnait pas la fierté des communes. En 1318, des bourgeois de Louvain, dont les marchandises avaient été arrêtées en pays étranger par des créanciers du duc, firent saisir à leur tour les propriétés de ce prince dans l'enceinte de leur cité. L'affaire alla si loin que Jean déclara la guerre a la ville, et Pierre Cottrel, mayeur de Louvain , accepta le défi. Mais les échevins et l'assemblée de Cortenberg réussirent à terminer la querelle sans effusion de sang.

Jean III mourut quelques années plus tard (1355) , sans laisser de fils. Des trois filles qui lui restaient, l'aînée , qui devint son héritière , avait épousé Wenceslas de Luxembourg, et monta avec lui sur le trône. Ce fut , comme on le verra bientôt, pour le léguer à une troisième maison.

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