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CHAPITRE X

Régne de Louis de Maie. — Avènement de Philippe de Bourgogne en Flandre ( 1345 à 1383 ).

PciU-étre la prépondérance que prenait en Belgiiiue l'é^ lément populaire menaçait-elle de devenir (excessive et désordonnée , si elle n'avait trouvé d'autn^ contrepoids que la souv(M'aineté incomp été des ducs t^ des comtes qui avaient jusque là gouverné nos provinces. 11 était réser\é à uiu^ nouvelle dynastie , plus puissantes mais non plus glorieuse que les anciennes maisons belges , de balancer ce pouvoir toujours croissant des villes , et de donner au pays un commencement d'unité. Ce tut sur le trône de Flandre, et comme au foyer de rindéi)endance communale , que cette dynastie vint d'abord s'asseoir.

Le règne de Louis de Crécy et la domination passagère d'Artevelde , avaient laissé le gouvernement de la province aux trois grandes cités de (.and , de Bruges et d'Ypres. Fidèles au sang de leurs souverains, elles appelèrent dans le pays le jeune Louis de3Iale , (ils du comte précédent, et qui était alors dans sa seizième année (tSlti). Le vceu des communes était de lui faire épouser une fille d'Edouard Hl , pour le détacher de l'alliance française et de s'unir avec l'Angleterre, qui leur promettait la conquête de Lille , de Douai et d'Orchies; maisle nouveau comte, qui a>ait com battu à Crécy, refusa avec opiniâtreté de s'alliera la famille de l'ennemi de son père. Craignant d'> être contraint, i\ s'échappa de Flandre et sc^ retira en lîrabant, où il épousa

aussitôt Marguerite , deuxième fille de Jean III (1347). Alors les Flamands irrités se joignirent ouvertement au roi d'Angleterre, dont l'armée assiégea Calais. Les frontières de France furent ravagées, et les milices communales s'étant jointes aux troupes anglaises , Philippe n'osa pas essayer de secourir les Calaisiens.

Les Gantois paraissaient les plus ardents : ceux de Bruges, au contraire, se divisaient en deux partis, et les classes riches se trouvaient lasses delà domination des métiers. Le comte Louis sut profiter de ces dispositions pour attirer la ville dans son parti. Il était né prés de Bruges (au château de Maie, d'où lui venait son surnom), et il promettait d'y fixer sa résidence. La scission se mit alors parmi les confédérés , et toute la Flandre maritime ayant embrassé le parti du comte, Gand et Ypres furent forcées de céder (1348). Louis de son côté avait eu la sagesse de conclure la paix avec Edouard, et de se déclarer neutre entre la France et l'Angleterre. Il semble que ce jeune prince avait déjà ouvert les veux sur les fautes de Louis de Crécy, et depuis lors , il gouverna en souverain de la Flandre et non en vassal d'un roi étranger.

Il manifesta hautement cette résolution à la mort de Philippe de Valois (1351), en refusant de prêter hommage au roi Jean , à moins que celui-ci ne lui restituât les villes que les Flamands réclamaient depuis tant d'années. Des négociations entamées à ce sujet n'amenèrent aucun résultat ; mais Louis persévéra dans son dessein , et quand sa fille unique , Marguerite de Flandre , fut en âge d'être mariée, il l'offrit à l'un des fils du roi d'Angleterre , dans llntention de s'unir avec ce pays pour reconquérir tout ce que la Flandre avait perdu (1365). Alors Charies-le-Sage , qui était monté sur le trône de France , comprit la nécessité de rendre justice à un peuple et à un prince dont le temps n'avait fait qu'aigrir les ressentiments. Lille, Douai, Béthune , Hesdin , Orchies et quelques autres places moins importantes, furent cédées au comte (1369) , et à ce prix

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Marguerite devint l'épouse de Philippe de Bourgogne , l'un "des frères du monarque français (i).

Les villes dont Louis de Maie réussit enfin à obtenir ainsi la restitution, ne furent pas les seules sur lesquelles il étendit sa domination. Le duc de Brabant, son beaufrère avec lequel il eut de vives contestations suivies d'une guerre ouverte , fut contraint de lui céder, dès l'an 1357, les villes d'Anvers et de Malines ; la première comme mdemnité pour les prétentions que pouvait avoir la comtesse de Flandre sur le Brabant ; la seconde comme appartenant aux évoques de Liège , dont les droits sur cette seigneurie avaient été achetés par Louis de Crécy. Il restait neu re dans la lutte qui venait de s'engager de nouveau entre la France et l'Angleterre; mais cette neutrahté même n'était pas sans vigueur, et Jean V, duc de Bretagne

proscrit par le monarque f-"<:- ' P»\fA^f '"!;;: à Bruges sous la protection du comte (1377). On rapporte

,1, cot.o alliance . dont les suites «•avaient ^ s, mporlaMes pour la Belgi.,ue. était louvrage de Marguerite 4<^ *;;"[«' ""^^^ Su comte Louis. Depuis longtemps eelte prmcesse »;"««•« réunir la Flandre aux possessions de la maison de »»» f «sne. fj elle descendait. Ses vues se portèrent dabord sur '"«"fer nature de cette puissante famille. C'était un jeune pr.n c i^alemen appelé Philippe , auquel devaient appartenir «^i^^^^^^^^ duché. Six comtés dllTérents. Elle reuss. a l^»"^^,^^"" "^"'^^ avec Marguerite de Flandre, lorsque celles. «'" ' ^-^^^^^ "^""'^t quatrième année (1354). Mais il vint à mounr Q»» <»»« ^^ P^fP',^^ (1361), et cette vaste succession échut en partie a la v le. "^ ^"'^^^ elle-même, et en partie au roi de France qui «" ^«t»/»"^/^''',^^ Phillippe-le-Hardi. Alors ce dernier chercha a ""en^ a mam de la princesse flamande, devenue seule herifere non-.eu ement de. états de son père . mais encore de lArtoisel de •«''^«"^•^'-^"'^^^^^ qui venaient déchoir à son aïeule. Louis de Maie « «PP»^»'» "^^^f^^ union. 11 avait engagé sa parole au roi <»• ^nglcter e et .1 ne croyart plus aux promesses de la France. Mais la vieille ^^'^'^''"'^^^^^^ avec vivacité le parti du prince français, et ses larmes tnomphuenl des répugnances du comte.

:m HISTOIRE DE LA BEIJHQIJE.

que Charles V ayaiil usé de menaces pour (lue te |MiiK( l'ugitif lui fut livré, Louis lit demander au\ Gaiilcùs s'ils eiigeraierit qu'il trahît ou (|u'il ehassAt le due pour préserver le pa\s d'une guerre. Les Mamands réponriirent ipi'il était de son devoir tle garder son hAte , et qu'au besoin ils armeraient deux cents mille hommes pour le défendre.

Mais au milieu de cette prospérité le comte s«* trouvait pauvre. C'était le sort de pri'sque tous les princes de celle époque : la plus grande partie de leurs revenus provenaient de taxes et de redevances, dont le taux n'aN;>it pas changé depuis plusieurs siècles : mais l'altération des moiuiaies el la grande diminution qu'avait subie la valeur de l'argent , réduisaient des trois quarts le revenu réel des souverains. ( leu\-ci se trouvaient donc obligés d'avoir recours à la boiuie volonté de leurs sujets, et surtout des villes dont l'opulence allait en croissant. Ils tombaient ainsi dans la dépendance *ies communes, et ce fut là peut-être la principale cause de la fail)lesse de leur gouvernement.

Louis aimait la magniliceuce. Il avait soutenu les intérêts du pays , et il avait quelque droit de compter sur l'appui de la nation; mais il porta ses dépenses à l'evi es. Deux fois il s'obéra et le peuple ac(|uitla ses dettes; une troisième demander de subsides fit murmurer les (ianlois (i;i77). Ils se soumirent cependant à payer une nouvelle taxe; maiï il se forma parmi eux un parti de mécontents, (|ui ne tarda pas à devenir redoutable (1379). Les ch:ip(*rons-blancs (c'était le nom ([u'ils prenaient) clierchaient toutes les occasions d'exciter des troubles; et le comte ayant permis à la ville de Bruge^i de creuser un canal jusqu'à la L}s, ils attaquèrent les travailleurs et les mirent en fuite. Tous les etibrtsde la haute bourgeoisie pour prévenir une guerre civile devinrent superflus. Les bateliers et les bouchers, qui tenaient le parti du prince, en viiuent aux mains avec les chaperons- blancs, auxt[uels les tisserands s'étaient réunis (5 octobre). Ces derniers furent vitlorieux, et allèrent en-

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^j„t(^^ piller et brûler un chMeau que le comte possédait près de leur ville (à Wondelghem). Ils traitèrent de même plusieurs manoirs de gentilshomme. Jean Yoens, leur conducteur recommençait l'ancienne guerre des gens de métier .outre le souverain et la noblesse. Bientôt Bruges, Vpres et presque toute la contrée se joignirent au parti populûie- et quoique une mort subite eût emporté dès les preniiers jours le chef de la révolte, le soulèvement continua. i> fut pour le malheur du pays, livré depuis lors à une longue série de discordes et de calamités , qui remplirent les dernières années du régne de Louis, et les rendirent déplorables.

Les gentilshommes, trop peu nombreux pour tenir la campagne, se jetèrent pour la plupart dans la ville d'Audenarde, qui devint comme leur place d'armes. Assiégés là par (*)0,000 soldats des communes, ils se défendirent avec vigueur, jusqu'à ce que le duc de Bourgogne vint s'interposer entre le comte et le peuple (4 novembre). Lue réconciliation passagère eut lieu ; mais les chaperons-blancs ayant surpris Audenarde après le départ de la noblesse , la querelle s'aigrit de nouveau. Bruges se détacha alors de l'alliance de Gand et reçut Louis de Maie dans ses murs ; mais ce ne fut pas sans dissentions intestines et sans nouveaux massacres [Vm). Par tout le pays le sang cou lad dans une foule de combats, d'attaques et de sièges. Unc> deuxième i)aix, conclue au mois de juin, fut rompue pai les Gantois au commencement d'août. Le comte remporta alors plusieurs avantages; mais s'étant cru assez fort pour assiéger Gand, il fut vigoureusement repousse. Les ne- .^oiiationsqui recommencèrent alors n'aboutirent à aucun arrangement durable. Ce n'étaient point des griefs publics, mais des haines particulières qui mettaient les armes a la main aux chefs du peuple , et les esprits n étaient pas moins irrités dans le parti contraire. ^ . . ,,

L'année suivante (1381) devint fatale aux Gantois. Ils perdirent une iKitaille à Nevele et furent abandonnes de

m HISTOIRE DE LA BELGIQUE.

toutes les autres villes. Les soltlats du comte brûlèrent Grammont , qui avait voulu se défendre , et revinrent former le siège de Gand. Ils échouèrent de nouveau; mais la place resta comme bloquée au milieu de la province soumise. BientiH les vivres commencèrent à y manquer. L'incertitude et le découragement se glissaient parmi cette population jusque là si orgueilleuse. Alors les chefs de la commune décernèrent le commandement à Philippe Yau Artevelde , fds de celui dont la voix avait jadis gouverné la Flandre ; et contre toute attente, ce jeune homme jusqu'alors oisif et obscur se trouva né pour prendre la place de son père (janvier i:]8:>).

Il fit demander la pai\ à Louis de Maie. Le prince, que cette lutte acharnée avait aigri, exigea que les habitants se livrassent sans condition , et allassent l'implorer pieds nus et la corde au cou. Artevelde rassembla le peuple , « dont une partie n'avait plus de pain , » et lui soumit ces dures conditions. Tous déclarèrent qu'il valait mieux mourir. Cinq mille hommes, c'était tout ce qu'il restait de vaillants soldats , se mirent en marche avec le jeune chef pour attaquer Louis de Maie : les autres fermèrent les portes, résolus à brûler la ville et à s'ensevelir sous ses ruines si leurs frères étaient vaincus.

Ce fut le 3 mai , pendant que l'on faisait à Bruges la procession du Saint-Sang , à laquelle le comte assistait avec presque toute sa noblesse, que la dernière armée de Gand s'approcha de la ville rivale. Louis et ses chevaliers s'armèrent aussitôt et s'élancèrent au-devant de cette petite troupe. L'attaque était tumultueuse ; la défense fut opiniâtre , et après un combiit de peu de durée, Artevelde victorieux entra dans les murs de Bruges, où les petits métiers vinrent se joindre à lui. Le comte fugitif trouNa asile chez une pauvre veuve , et s'échappa de la ville l(^ lendemain.

Un moment ce succès prodigieux parut avoir rétabli les iiffaires des Gantois, et presque toute la Flandre passa de

nouveau dans leur parti. Mais le comte avait imploré le ...ours de la France , et dès cette année le jeune roi rharles Vl vint à sou aide avec toutes ses forces (noveml,',..! |i8->) Philippe Van Artevelde et ses compagnons r msembrèrent quarante mille hommes ; c'était tout ce que .iormettaient l'épuisement de leur ville et la mauvaise volonté d'une partie du pays. Ils allèrent camper à Rose- Vw.ke près de Roulers. Pendant plusieurs jours les armées ■optèrent en présence sans combattre , les Flamands se tenant retranchés , et les Fiançais évitant de les attaquer M lis le 27 novembre, le chef gantois perdit patience et sortit de ses retranchements pour marcher à l'ennenii. Cette imprudence hâta sa perte. Après une bataille furieuse , et qui fut disputée plus longtemps qu'on n eut du s'v attendre , Artevelde et la moitié de ses soldats tombèrent sous l'effort de la cavalerie française; et des le même jour l'étendard du comte fut arboré de nouveau a Bruges et dans la Flandre maritime.

La guerre semblait terminée ; car la défaite de Rosebeke avait dissipé l'armée des communes. Mais les Gantois, quoique vaincus et isolés, ne songeaient pas encore a se souniettre. Us donnèrent le commandement de leurs torces à François Ackermann, chef habile et intrépide, qui se tint sur la défensive jusqu'après le départ de l armée française, et qui recommença alors les hostdités contre les défenseurs du comte. L'hiver se passa en petits combats où ceux de Gand remportèrent quelques avantages. Au printemps un grand corps d'Anglais débarqua à Calais, et envahit la West-Flandre (sous prétexte de servir la cause du pape Urbain Yl, contre les sectateurs de Uenicnt Vil, au nombre desquels ds rangeaient tous les partisans de la France). Us s'unirent avec Ackermaïui pour former le siège d'Ypres; mais la vigoureuse dtdenst delà ville donna le temps aux Français delà degager.Le loi Charles YI marcha lui-même au secours de la place , avec ui^e armée où l'on comptait sept ducs et vingt-neuf comtes.

mê HISTOIRE DE Ï.A BELGIQUE.

Le siège fut levé; mais il n'y eut point de combat. Philippe de Bourgogne , qui regardait déjà la Flandre eomme son héritage , usait de toute son influence sur le monarque pour empêcher que la guerre ne fut poussée avec vivacité ; il craignait qu'elle ne ruinât entièrement ce riche pays, dont la possession lui était promise. Quant à Louis de Maie , la cour ne lui témoignait ni estime ni bienveillance , et forcé d'implorer l'appui des étrangers contre une partie de ses sujets , il subissait avec amertume sa position humiliante. Une trêve d'un an avec les Anglais et les Gantois fut conclue malgré lui (octobre 1383) ; et il mourut peu de mois après , soit que le chagrin eut hâté la fin de sa vie , soit que, comme l'assurent quelques historiens, il eût reçu un coup mortel dans une altercation avec lui des princes français (9 janvier l^^i).

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