CHAPITRE II
Réene dePhiUppe-Ie-H.rdi.- Je«»-san*.Peur lui .ucoède et .dlum. U guerre civile en France. - Son expédition contre le. L.égeo... Sa mort (1385 à 1419).
L'origine française des ducs de Bourgogne et leurs possessions au cœur du royaume devaient rattacher pendant longtemps encore leur politique à celle de la France. Le règne de Philippe-le-Hardi en offrit le premier exemple. Ce prince ne fut pas plutôt en possession de la Flandre nu'il s'associa de toutes ses forces au projet d une descente des Français en Angleterre , et tandis q« ""« "«"« de 1300 voiles se rassemblait à l'Ecluse , le ro, Charles V vint résider dans cette ville dont les 7;';-«"^.î"«;"^^7*J inondés de gentilshommes et de soldats (1386). On eut dit que la France entière voulait prendre part a une deuxième conquête de l'ile ennemie Mais tous ces g^nds préparatifs se dissipèrent en fumée , l'exped.t.on ne s étant pas trouvée prête à partir dans la saison favorable ; et .1 n'en résulta que des hostilités sur mer , funestes au corn-
merce flamand. , . „„„„;„,,
Toutefois les souffrances et les pertes qu avait occasionnées cette rupture avec l'Angleterre éclairèrent le duc sur ses intérêts, et depuis lors il sut faire prévaloir des idées pacifiques dans le conseil du monarque ou «on crédit éta. de jour en jour plus puissant. Grâce a la trêve qu i fit . onclure , la navigation reprit son cours et 1 on >^« jena.tre l'industrie , à laquelle les troubles du règne P^^e^t semblaient avoir porté un coup mortel. Les marchands des villes Anséantiques, maîtres de tout le rommercc du Nord.
s'élaieiit retirés de Bruges à Dordiecht. Ou parvint à les rappeler en Flaudre en les indemnisant de leurs pertes et en leur assurant de nouveaux privilèges. La conduite de Philippe en cette occassion et la sagesse avec laquelle il se conformait aux besoins du pa> s lui regagnèrent la bienveillance du peuple qu'il avait offensé en blessant ses opinions religieuses. Dans le grand schisme qui divisait alors l'Eglise, le prince avait voulu forcer les l lamands à reconnaître le pape Clément, tandis qu'ils tenaient pour Urbain. 11 sévit même contre quelques partisans de ce dernier, et alla jusqu'à faire jeter en prison le chevalier Jean Van Hevle qui avait le plus contribué à la soumission des Gantois. Mais bientôt les affiiires de France absorbèrent toute son attention , et la Flandre , abandonnée en quelque sorle à elle-même, devint plus florissante que jamais. Quoique souvent pressé d'argent et forcé de recourir à de nouveaux subsides de ses sujets , le duc savait ménager ses grandes communes et il avait acquis sinon leur affection du moins leur confiance. Les égards mêmes qu'il témoignait à son épouse , Marguerite de Flandre , dont il respectait toutes les volontés , flattaient l'orgueil d'un peuple encore inaccoutumé à la domination étrangère.
La tranquillité dont jouissait le pays offrait peu d aliments à l'activité et au courage des princes. En 13%, la noblesse française, impatiente du repos, résolut de lormer une expédition chevaleresque contre les Turcs qut menaçaient alors la Hongrie , et le commandement do l'armée fut donné à Jean de Nevers ( appelé plus tard Jean-sans-Peur), fds aîné de Philippe. Les Flamands concoururent généreusement aux frais de cette entreprise et donnèrent au jeune comte deux cent mille écus d'or. Plusieurs chevaliers belges l'accompagnèrent dans cette nouvelle croisade , dont l'issue fut malheureuse par l'imprudence et la présomption de ses chefs. Rejetant tous les conseils et n'écoutant que leur audace , les gentilshommes français se firent envelopper par toute l'armée turque ot
fnrent taillés en pièces, ou égorgés après le combat. Cepenlant le sultan laissa la vie aux principaux des prisonniers , mrmi lesquels se trouvait Jean de Nevers. Sa rançon fut fixée à -200,000 ducats, et les villes de Flandre en payèrent encore la plus grande partie. . ^, , vi Li démence dans laquelle était tombe le roi Charles VI , avnit fait passer à ses proches le gouvernement du royaume, H Philippe-le-Hardi se trouvait presque uni(iuement occupé de cette grande tache. Néanmoins il ne négligeait Z les intérêts de sa maison eu Belgique , et .1 parvm a dérider la duchesse et l'assemblée des états de Brabant a reconnaître comme régent du duché son second fils Anine de Bourgogne ( 1 403). Ce choix , qui i^ankj eiujore la réunion du Brabant à la Flandre, était dicte par la tendresse paternelle plutôt que par une sage pohtique . puisque Jean de Nevers , en vertu de son droit d amesse , était l'héritier légitime de toutes les souverainetés que possédait sa maison. Mais l'on a déjà remarque que les Lnces de cette époque avaient plutôt en vue a grandeur de leur famille que l'intérêt réel de leurs états.
Philippe-le-Hardi survécut peu à ce dernier événement. S'Lnt'ldu à Bruxelles pour faire célébrer 1'"-^^-^de son fils, il tomba malade au retour et mourut a Hallt le ->? aviillIOi. Il avait été le fondateur habile et prudei^ d'une dynastie puissante ; mais ses affaires persontllL étaient ^ans un si grand désordre que sa v.uve lij contrainte de renoncer publiquement a ^^n hent g^^^^ fallut que revêtant un habit d'emprunt, elle allât deposeï tîîe cercueil de son mari ses clefs , sa bourse et sa ceinture , en signe d'abandon de la communauté
Le duché de Bourgogne passa ainsi a Jean de Ne er auquel l'histoire donne depuis ce moment le nom de Ju n sans-Peur. Marguerite conservait ^\^^^'f'' '\^^^^^ mais cette princesse mourut l'année suivante , ^^^^^ provinces se trouvèrent de nouveau sous un seu ma^ e Le J^une souverain avait été élevé par sa mère, et n était pa>
étranger au pays : il se fît aimer des Flamands dont il confirma les privilèges. Il leur accorda surtout trois points essentiels : le maintien de la langue flamande dans tous les actes judiciaires, la continuation du commerce avec les Anglais , et l'exemption de l'impôt arbitraire usité en France et que l'on appelait taille. Aussi les villes et le comté montrèrent-ils constamment un grand zèle pour son service, quelques accusations que fissent éclater au dehors son ambition ou sa violence.
La France était livrée à l'anarchie. La reine Isabelle de Bavière et le duc d'Orléans , frère du roi , dissipaient les trésors et les ressources du royaume , tandis que les autres princes du sang, occupés de leurs intérêts personnels , cherchaient h peine à maintenir à la cour un reste d'ordre et de décence. Jean-sans-Peur, auquel le duc d'Orléans avait voulu enlever tout pouvoir dans le conseil , se rendit à Paris avec huit cents chevaliers , prit sous sa garde les enfants du roi, et soutenu par ses proches et par ses vassaux , il contraignit son adversaire à l'admettre en partage de Tautorité. Leur réconciliation parut alors complète; mais elle n'îivait rien de sincère. Le duc d'Orléans, comblé de toutes les faveurs de la nature et de la fortune, mais accoutumé à abuser de toutes, ne pouvait supporter le triomphe d'un rival qui ne brillait à côté de lui ni par les grâces de l'esprit ni par celles du corps. Il chercha les occasions de l'humilier, et répandit d'infâmes calomnies contre la duchesse de Bourgogne, qui, mortellement blessée, porta ses plaintes à son époux. Jean-sans-Peur cachait sous un extérieur froid une âme ardente et capable des résolutions les plus désespérées. Il consulta , dit-on , son conseil, et il reçut pour réponse que son honneur lâchement outragé voulait une vengeance terrible et muette. Il ne se conforma que trop fidèlement à cet avis fatal. Le 2;i octobre 1407, au moment où les deux princes venaient de se donner en public les marques de l'amitié la plus intime , le duc d'Orléans fut massacré dans la rue par une troupe d'assassins. C'était par l'ordre du Bourguignon.
Quand ce crime devint public, Jean quitta Paris à la bâte et se retira en Flandre. Il y fut accueilli sans froideur. La rumeur commune accusait le duc d'Orléans des projets les plus odieux , et l'outrage qu'il avait fait à une femme , à une princesse justement respectée , semblait atténuer l'horreur de la vengeance qui venait de l'atteindre. Les mêmes dispositions régnaient parmi le peuple en France et surtout à Paris : il applaudissait ouvertement le meurtrier, comme si son action n'avait eu d'autre cause que l'intérêt général. Rassuré par cet assentiment , le Bourguignon osa retourner l'année suivante dans la capitale, la tête haute, et avec si bonne compagnie de chevahers et de gens d'armes qu'il n'avait rien à craindre de l'indignation de ses ennemis. Alors la France presque entière se trouva partagée en deux camps : la duchesse d'Orléans et ses enfants en deuil étaient soutenus par la plupart des seigneurs de l'Ouest et du Midi ; mais Jean-sans-Peur avec ses vassaux et ses alliés se sentait assez fort pour dicter la loi au royaume.
Ainsi commença une lutte ouverte , qui faillit causer la ruine delà monarchie. Toutefois les ravages de cette guerre civile, qui devait se prolonger pendant près de 30 ans, n'atteignirent point nos provinces , les villes de Flandre ayant presque toujours refusé d'y prendre part. Ce fut seulement la noblesse du pays qui suivit le duc dans ses expéditions, et encore rencontre-t-on peu de noms belges parmi ceux des chefs qui figurèrent d'abord sous sa bannière. D'autres orages qui s'étaient élevés en Belgique troublèrent seuls la paix de la contrée ; et Jean lui-même , au milieu des grands desseins qui le retenaient en France , fut bientôt forcé de venir éteindre un incendie allumé parmi nous. Mais le récit de cet événement doit être repris de plus haut.
Guillaume-l'insensé, comte de Hainaut et de Hollande, était mort en 1388 , après avoir été enfermé pendant vingtneuf ans. Le régent Albert , qui lui succéda dans les deux comtés, déshonora sa vieillesse par une passion insensée pour la fille d'un gentilhomme hollandais que nos historiens
appellent la belle Adélaïde de Poelgheest. Cette favorite ambitieuse souleva la haine de ses compatriotes par la domination qu'elle exerçait sur le prince, et quelques seigneurs mécontents osèrent la massacrer dans le palais même. Il se réfugièrent alors en Hainaut, et comme Guillaume, fils aîné d'Albert, semblait vouloir les protéger, le père prit les armes contre son fils , qui put à peine échapper à sa fureur, et se retira en France (1390). Ils ne se réconcilièrent que quatre ans plus tard , et formèrent alors une grande expédition contre la Frise , comté fatal à tant de souverains hollandais. Cette fois les efforts prodigieux de la Hollande , secondés par le concours du Hainaut , et par l'ardeur avec laquelle plusieurs seigneurs belges ou étrangers vinrent s'associer à l'entreprise , en assurèrent enfin le succès. Les Frisons furent battus , et contraints à une soumission sinon complète du moins apparente (1398). Guillaume recueillit tout l'honneur de cette conquête, et succéda peu après à son père , qui mourut la même année que Philippe de Bourgogne, et dont la veuve fut également forcée d'abandonner la succession (liOi).
Guillaume IV, l'un des princes les plus vaillants de son siècle , devait conserver sur le trAne la réputation qu'il s'était acquise dans les camps, et le Hainaut trouva en lui un souverain d'un caractère noble. Mais il avait un frère plus jeune, dont le nom était réservé à une célébrité funeste. C'était Jean de Bavière , que le crédit de sa famille avait fait investir de l'évêché de Liège à l'ûge de dix-sept ans (1390). La situation des affaires dans cette principauté réclamait encore toute l'habileté des souverains. Les évoques qui avaient succédé à Adolphe de la Marck , avaient vu se renouveler les S()ulè\ements de la commune. Son neveu et son successeur, Engelbcrt de la Marck, qui avait occupé le siège épiscopal de 1315 à 13t)i, avait à peine repris quelque ascendant après la victoire deWalève(l347), obtenue par le secours du duc de Brabant. Après lui Jean d'Arkel s'était vu cité lui-même devant le tribunal
aesXXII, qui voulaient étendre leur juridiction jusque sur le prince. Sous Arnoul de Horn qui lui avait succédé (1378 à 1390), les douze familles patriciennes, qui étaient en possession de Téchevinat, avaient été dépouillées de leur privilège parle peuple (1384), et une sentence de proscription avait frappé plusieurs de ces magistrats accusés d'avoir trahi la justice dans leurs arrêts. Ainsi la commune toujours menaçante , même après les revers , avait continué à étendre ses franchises, et semblait s'être aguerrie à lutter contre le pouvoir. La jeunesse de Jean de Bavière , son caractère hautain et fougueux, et ses habitudes militaires qui étaient incompatibles avec le sacerdoce, ne pouvaient manquer de rendre sa situation difficile, et son règne
orageux.
Dès 1393, le jeune prince arma contre lui le peuple, en voulant lui retirer le droit de couper du bois dans une forêt abandonnée à l'usage de la ville par ses prédécesseurs. Tout l'évêché se souleva , et Jean fut contraint de s'enfuir à Diest. Cependant la paix se rétablit, et une expédition entreprise bientôt après contre le duc de Gueldre par les forces réunies de Liège et du Brabant , fit honneur aux armes du jeune souverain. Il déploya la même énergie en marchant au secours du duc de Bourgogne contre le parti d'Orléans (1405), et on le vit alors entrer à Paris à la tête d'une brillante troupe de six mille cavaliers. Mais les germes de mécontentement qui subsistaient encore dans les esprits, et que l'extrême liberté des communes semblait alimenter, prirent un caractère grave par l'obstination de Jean à refuser les ordres ecclésiastiques. Le peuple voulait un évêque, et le prince s'opiniâtrait à rester un chevalier. Sans doute î^ se sentait lui-même peu fait pour l'état religieux; mais c'était une dérision amère que la possession d'un évêché par un jeune homme qui appliquait à ses fantaisies les revenus et les droits de l'Église , et quoique l'usage eût pour ainsi dire autorisé de pareils abus , le sens droit des populations ne pouvait s'y plier. L'élu qui refusait de devenir évêque tomba
dans le mépris de ses sujets , et donna ainsi libre carrière aux turbulents et aux factieux qui finirent par dominer dans la ville. On les nommait Haïdroils, en reproche des excès de tout genre auxquels ils portaient la foule ; mais ces excès mêmes, irétant point réprimés, augmentaient leur pouvoir et leur audace. Jean de Bavière s'enfuit enfin àMaestriclit (liiMi). Alors le luniple le déclare déchu , nomme Mambour le seigneur de Perweis, et proclame évéqueson fils Thierry de Homes. La plupart des ecclésiastiques et des nobles tenaient le parti de Jean : leurs biens furent confisqués , eux-mêmes proscrits , et un corps de cavalerie tiré des métiers alla brûler leurs maisons et leurs fermes dans les environs de la ville. Quatre gentilshommes, de ceux qui étaient restés à Liège, furent décapités sous prétexte d'intelligence avec le Bavarois. Ces violences faisaient émigrer de la ville une foule d'habitants : leur tète fut mise à prix. La cause populaire était souillée par des excès qui auraient sufti pour assurer sa ruine.
Cependant Jean de Bavière, assiégé dans Maestricht i)ar le Mambour et les milices de l'évéché , avait invoqué l'af)pui de ses proches. Jean de Bourgogne, qui naguère avait trouvé en lui un allié aussi ardent qu'intrépide, n'hésita pas à prendre sa défense. Il se concerta avec Guillaume de Hainaut,etau mois de septembre li08, leurs forces réunies s'avancèrent vers Tongres. Les Liégeois, loin de s'effrayer h leur approche , vinrent leur offrir la bataille. L'armée des princes comptait une cavalerie nombreuse et brillante , où figurait l'élite de la noblesse belge et bourguignonne : celle du peuple ne se composait que d'infanterie rassemblée à la liAtc et sans habitude de la guerre. Le combat se livra dans la plaine d'Othée (24 septembre). Les Liégeois, serrés en masses profondes, soutinrent longtemps le choc des cavaliers ennemis: mais enfin attaqués en flanc et par derrière par un détachement qui les avait tournés, ils se mirent en désordre et l'on en fit un horrible massacre. Le seigneur de Perweis et son fils restèrent au nombre des morts.
heureux de n'avoir pas survécu à leur défaite pour tomber dans les mains du vainqueur dont les vengeances furent horribles. La ville de Liège , qui fit sa soumission , fut traitée avec une rigueur inouie. On lui ôta tous ses privilèges, et une foule d'habitants périrent dans les supplices. Telle fut la férocité déployée parle prince bavarois après son triomphe , qu'il reçut le nom de Jean-sans-Pitié. A partir de cette époque les Liégeois , qui imputaient leur défaite au duc de Bourgogne, nourrirent une haine implacable contre sa maison ; mais ce devait être pour eux la cause de nouveaux malheurs sous les règnes suivants.
Après l'expédition de Liège , Jean-sans-Peur, plus redoutable que jamais , retourna en France , accompagné de Guillaume de Hainaut, et à la tête de forces considérables. Les chefs du parti d'Orléans , qui avait relevé la tête en son absence , quittèrent alors Paris et se retirèrent dans les province méridionales. La guerre civile allait éclater. En vain le duc fit-il offrir à ses adversaires une réconciliation que semblait exiger le salut du royaume ; à peine un traité eut-il été conclu par les soins du comte de Hainaut ( lilO ) , que l'ambition et la jalousie réunirent de nouveau tous les autres princes contre le Bourguignon , dont ils ne pouvaient souffrir la prépondérance. Celui-ci , de son côté , leva des troupes et demanda l'appui de ses vassaux et de ses alliés. La Flandre lui fournit une armée nombreuse , avec laquelle il se rendit maître de quelques forteresses situées en Picardie (1411). Mais il ne put obtenir que ces milices populaires le suivissent jusqu'à Paris. Accoutumés à peu dépasser leurs frontières , les bourgeois refusèrent ouvertement de s'engager dans une expédition éloignée ; ni prières ni menaces ne les arrêtèrent , et ils retournèrent en bon ordre vers leur pays. Le bon sens des communes répugnait à un effort qui n'avait pour but aucun intérêt national , et elles se tinrent neutres les années suivantes , déclarant qu'elles ne prendraient les armes que si le territoire de la Flandre était menacé.
Ce refus de service des Flamands , et le désordre où se trouvaient les finances de Jean-sans-Peur, changèrent la face des affaires. Le parti d'Orléans prit le dessus , et le roi Charles VI, ayant retrouvé quelque lueur de raison, se mit lui-même à la tôte des forces françaises potir attaquer l'Artois. Le Bourguignon ne fut pas soutenu dniis ce danger parles princes de sa famille. Guillaume de Hainaut et Antoine de Hrabant semblaient blAmer son orgueil et restèrent neutres entre lui et le monarque. Toutefois il ne fléchit pas, et Arras ajant résisté au\ efforts deTarmée française, l'orage se dissipa de lui-même. Bieiilùt après l'épuisement des deux partis amena une nouvelle pacification (1414).
Il n'y avait pas plus de sincérité dans cette deuxième réconciliation que dans la première, et les Orléanais étant restés cette fois en possession du roi et de la capitale, Jean se vit exclu du gouvernement de la monarchie. Loi-.i de supporter avec patience ( e triomphe de ses adversaires, il aspirait à ressaisir le pouvoir. Lue invasion des Anglais en France, lui en offrit l'occasion. Henri V, roi d'Angleterre, l'un des guerriers les plus vaillants de son époque, avait passé la mer avec une puissante armée. Le Bourguignon , au lieu de joindre ses forces aux Français , se tint immobile, soit qu'il voulût forcer ses rivaux à implorer son secours, soit qu'il désirât leur défaite. Les princes du parti d'Orléans marchèrent à l'ennemi avec leurs troupes , ci presque toute la noblesse ayant suivi leur bannière, ils se crurent assez forts pour écraser Henri V qui se retirait vers Calais. Les deux armées se joignirent dans la |)laine d'A/incourt, aux environs de Térouenne. Telle était l'impatience des princes qu'ils ne voulurent pas même attendre les chevaliers du Brabant qu'Antoine de Bourgogne amenait loyalement à leur secours. Ils se précipitèrent aveuglement sur les Anglais, qui durent à l'habileté de leurs chefs et à l'adresse de leurs archers une victoire aussi complète que celle de Crécy (25 octobre 1415). Au nombre des morts se trou-
vèrent une foule de seigneurs belges qui étaient venus soutenir de leur épée la bannière française. Antoine de Bour- «^ogne et son frère Philippe, duc de Nevers, périrent écralcment dans la mêlée. Le premier avait rejoint l'armée au moment du combat , dans son costume de voyage et avec une suite de douze cavaliers seulement. Arrachant à Tun de ses trompettes une bannière aux armes de Brabant, il couvrit sa poitrine de l'étoffe armoriée pour se faire reconnaître , et se jeta au plus fort de la bataille. Son corps fut recueilli le lendemain par ses hommes d'armes arriNéstrop tard pour le défendre.
Jean-sans-Peur était vengé : mais la perte de ses deux frères, plus fidèles que lui au sang de France, sembla éveiller ses remords. Il envoya défier Demi V , lui reprochant la mort du Brabançon. Le roi répondit que les Français seuls devaient en être responsables , et s'attacha à calmer l'irritation d'un prince dont la neutralité lui avait été si avantageuse. Mais à partir de ce moment le duc forma le projet de se réconcilier réellement avec le parti rival , dans l'espoir, comme il le disait, de voir un jour qui l'emporterait de Henri d'Angleterre ou de Hannotin (i) de Flandre. Cette pensée ne l'abandonna plus , quoique dans l'intérêt de ses sujets il eut renouvelé la trêve et assuré la liberté de commerce entre les deux pays (1416.) Quelle que fût son ambition, et quelque haine que lui montrassent les Armagnacs (c'était le nom (pie prenait alors le parti d'Orléans) et le jeune dauphin dont ils s'étaient rendus maîtres , il ne voulut tirer parti de la supériorité qu'il parvint à obtenir sur eux pendant les années suivantes , que pour les amener à une paix sincère et définitive. Victorieux dans la guerre ciNile et maître de Paris , il se rendit lui-même auprès du
(1) C esl-à-dirp ^' le pelii-1can.>» Enenet, .lean-sans-Peur était «Ir ifaluro niédlorrc^
dauphin , pour lui donner la preuve de sa bonne foi. L'entrevue eut lieu sur le pont de Montereau , le 10 septembre 1419. De chaque côté devaient se trouver dix chevaliers, et de part et d'autre l'on s'était engagé sur l'honneur. Mais les Armagnacs n'avaient pas oublié le meurtre du duc d'Orléans. Dès que le Bourguignon se fut avancé sur le pont ils se précipitèrent sur lui , et un gentilhomme breton , nommé Tanneguy Duchatel, lui fendit la tôte d'un coup de hache.
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