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CHAPITRE IL

Expéditions de César en Belgique.

Les premiers âges de Thistoire des Belges sont couverts d'un voile , comme l'enfance de tous les peuples : l'obscurité ne cesse qu'à l'époque où les armées de Rome pénétrèrent jusqu'à eux.

Les Romains , déjà maîtres de la plus grande partie du monde civilisé , avaient commencé , 120 ans avant Jésus- Christ, à étendre leur puissance au nord des Alpes. Leurs soldats , couverts de fer, admirablement exercés et disciplinés, et conduits par des chefs d'une rare intelligence, avaient peu de peine à vaincre quelques-uns des peuples à demi barbares de la Gaule. Cinquante-neuf ans avant notre ère, ils portèrent leur armée à huit légions , ce qui faisait, avec les auxiliaires, plus de quatre-vingt mille hommes , et ils en donnèrent le commandement à Jules César. Celui-ci voulut soumettre la Gaule entière , pour se rendre ensuito maître de Rome elle-raôme.

Après avoir remporté plusieurs grandes victoires, et battu les Belges des bords de la Seine , il entra sur le territoire des Nerviens et vint camper avec six légions au sommet d'une colline située sur la rive droite de la Sambre (on croit que c'est près du village de Presle). Quelques Belges s'étant montrés à l'autre bord , il envoya contro eux sa cavalerie et ses troupes légères , tandis que le reste de ses soldats fortifiait le camp. Mais derrière les bois do la rive gauche était rassemblée l'armée entière des Nerviens, auxquels s'étaient joints deux peuples qui habitaient au midi de la Belgique actuelle, les Atrébates et

les Véromandois. A l'approche des cavaliers tous s'élancent en avant, les soldats de César sont mis en fuite, et les Belges, conduits par le Nervien Boduognat , passent hardiment la Sarabrc , gravissent la colline au pas de course et fondent sur les légions étonnées. Les Atrebatcs et les Véromandois, chargés d'attaquer le centre et la gauche, reculèrent bientôt devant la ligne de fer des Romams ; mais les Nervicns, donnant sur la droite de 1 ennemi, enfoncèrent les deux légions qui leur faisaient lace e pénétrèrent dans le camp. Alors César, saisissant un bouclier, fut obligé de payer de sa personne , et courut le plus grand péril. 31ais l'arrivée de deux nouvelles légions, et l'effort réuni de toutes contre les Nerviens mal soutenus par leurs alliés , décida enfin la victoire en sa faveur. Los Belges se firent tuer sans cesser de combattre , et sans vouloir faire un pas en arrière. - Après cette défaite sanglante , mais glorieuse , où tous leurs chefs , a l'exception de trois, avaient trouvé a mort , ils acceptèrent 1 alliance de Rome et s'engagèrent à ne plus combattre contre elle. Les Adualiques étaient en marche pour se joindre aux Nerviens. A la nouvelle de la victoire de César, ils reculèrent : mais il les poursuivit jusque dans l'intérieur de leur pays. Une grande partie de la nation s'était relugiee dans une place forte dont on ignore la situation, et qui, construite sur une hauteur escarpée, n'était accessible que d'un seul côté : les Romains l'assiégèrent. Leur expérience et lart de leurs chefs l'emportant sur la force et la valeur aveugle des Belges, la ville fut bientôt forcée , et César, sous prétexte d'une attaque déloyale tentée par les Adualiques , fit vendre comme esclaves les prisonniers de tout âge et de tout sexe : il y en avait cinquante-sept inille.

Ainsi succombèrent, l'un après l'autred'an o7 av J.-C). les deux grands peuples du midi de la Belgique. L année «uivante César marcha contre les Ménapiens. Ceux-ci étaient ligués avec les Morins qui habitaient la côte a 1 ouest de nos frontières. Le Romain les attaqua vers la lin de I ete .

PREMIÈRE PÉRIODE

croyant pouvoir en venir aisément à bout. Mais les Belges , au lieu d'engager un combat imprudent , se tinrent sur la défensive derrière les bois qui couvraient la plaine du côté de l'occident. L'ennemi voulut alors raser ou du moins percer ces bois. Les légionnaires s'armèrent de haches ; mais les flèches des 3Iénapiens et leurs attaques subites interrompaient à chaque instant les travailleurs. Le soldat pesamment armé avait du désavantage dans ce genre d'escarmouches , et l'approche de la saison des pluies décida la retraite des Romains. Toutefois ils furent plus heureux contre les Morins l'année suivante. Les Ménapiens seuls se montrèrent indomptables, et César ne réussit qu'à leur brûler quelques villages abandonnés; triste avantage, qui ne lui donnait pas môme l'honneur de la lutte.

Cette résistance opiniâtre des habitants des basses terres fut bientôt suivie de tentatives secrètes de plusieurs chefs belges et gaulois , pour réunir leurs peuples contre l'étranger. Le projet fut formé par Indutiomar, le plus puissant des Trévires , desquels dépendaient quelques peuplades de l'Ardenne ; mais le signal de l'exécution fut donné par un Belge , dont l'audace et la constance ont éternisé le souvenir, quoiqu'il n'ait eu d'autre historien que César, qui fut pour lui un eiuiemi acharné et peut-être un écrivain injuste. C'était Ambiorix, l'un des deux chefs ou rois des Èburons , petit peuple du Limbourg , longtemps tributaire des Aduatiques avant leur défaite , et dont le nom était encore obscur parmi les Belges. César avait distribué son armée en quartiers d'hiver, par une année de disette (54 av. J.-C). Une légion et la moitié d'une autre vinrent camper chez les Èburons (probablement à ïongres). Ambiorix, que les Romains se sont attachés à dépeindre comme perfide , surprit tout-à-coup leurs fourrageurs , menaça leur camp , et ne pouvant l'enlever de vive force, eut l'adresse de persuader aux lieutenants de César d'en sortir d'euxmêmes pour aller rejoindre un autre cori)s d'armée. Ce fut leur perte. Les Èburons taillèrent en pièces leurs soldats ,

et ceux qui purent regaf^ner le camp s'entre-tuèrent euxmêmes pour ne pas tomber dans les mains de l'ennemi. Après cette victoire, Ambiorix passe chez les Aduatiques, puis chez les Nervieus , les soulève et les conduit à l'attaque d'un second camp situé du côté de la Sambre , et commandé par Quintus Cicéron. C'en était fait de ce deuxième corps, sans la trahison d'un Nervien qui fit avertir César. Le Romain accourut avec quelques légions , dégagea ses troupes assiégées , et eut bientôt détaché de la ligue les Nerviens et les Aduatiques. D'un autre côté, Indutiomar avait péri et les Trévires s'étaient soumis. Il ne restait rien à Ambiorix de son succès que sa renommée et la haine de son ennemi.

Cette haine était violente et implacable. Le conquérant avait perdu une légion et demie, et ce sanglant échec avait failli renverser sa puissance. Il voulut effrayer les Belges par un exemple , et pour s'assurer sa proie , il s'avança d'abord jusque dans les marécages des Ménapiens , les menaçant d'une guerre d'extermination, s'ils donnaient asile à son adversaire, tandis qu'il leur offrait la paix à la seule condition de le repousser. Le traité conclu , et les peuples qui bordaient le Rhin ayant été également effrayés par des démonstrations militaires , ou gagnés par des alliances avantageuses , César crut qu'il était temps de marcher contre Ambiorix, désormais complètement isolé et qui semblait ne pouvoir échapper à son ressentiment. Il l'enveloppa de toutes parts à la tête de neuf légions. Le Belge , loin de perdre courage à l'approche de ces forces inégales , fit cacher dans les marais tout ce qui ne pouvait pas combattre et laissa les Romains ravager la plaine ; mais il leur en coûta tant de monde quand ils voulurent le poursuivre dans les bois et parmi les inondations, que le conquérant étonné flt publier chez tous les peuples d'alentour qu'il donnait les Èburons et leurs dépouilles h quiconque voudrait les prendre. Cet appel honteux et féroce amena seulement deux mille cavaliers germains , qui , ne cherchant que le pillage.

PREMIÈRE PÉRIODE

attaquèrent les bagages de César lui-même , lui tuèrent un millier de soldats, et faillirent prendre son camp. Pour Ambiorix, suivi de quelques cavaliers d'élite , il évita constamment les attaques de l'ennemi , sans s'écarter jamais que d'une faible distance ; et le Romain , trompé dans sa vengeance, se retira enûn en accusant la fortune.

Là se bornèrent les expéditions de César en Belgique , expéditions à la suite desquelles il écrivit que les Belges étaient le peuple le plus brave de la Gaule. Quoiquune partie de cet éloge appartienne aux nations qm s'étendaient jus(iu'à la Seine , c'était sans comparaison sur le sol de la Belgique actuelle que la résistance avait été le plus ferme et le plus glorieuse.

PREMIÈRE PÉRIODE

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