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CHAPITRE III

La Belgique tous la domination des Romaini.

A\mi de retourner en Italie, César avait complètement soumis une grande partie de la Gaule ; d'autres généraux lui succédèrent dans ce pays et y étendirent rinlluence romaine, jusqu'à ce que sous l'empeieur Auguste tous les Gaulois , parmi lesquels on comprenait les Belges , acceptèrent définitivement l'alliance ou plutôt la domination de Rome. Ce fut à peu près 27 ans avant J.-C. que fut conclu cet arrangement , qui fit de la Belgique une partie de l'empire romain.

Le célèbre Agrippa fut le premier gouverneur des contrées ainsi acquises par Auguste. La Belgique lui dût la construction de grandes routes qui , partant du pays des Nerviens, se dirigeaient vers la Gaule, vers la Manche et vers les bords du Rhin. Il y forma aussi une nouvelle nation des débris des Èburons et des Aduatiques, auxquels il joignit les tribus de l'Ardenne , jusque là vassales des Trévires. Ces populations ainsi réunies et mêlées ensemble prirent le nom de Tongres, que conserve encore aujourd'hui leur ville capitale , autrefois appelée Aduatuca. De •cette manière , il n'y eut plus sur les bords de la Meuse qu'un seul état , ou , comme disaient les Romains , une seule cité , désormais compacte et stable.

Sous l'administration romaine , les Nerviens , qui jouissaient du titre d'alliés libres, conservèrent à l'intérieur toute leur indépendance , tandis que la paix et la circulation ouverte à travers leur pays, les entraînaient rapidement dans la voie de la civilisation. Leur capitale Bavai, située

un peu au midi de nos frontières actuelles, devint une ville opulente , où subsistent encore des débris de magnifiques monuments. Peu à peu le gros de la nation adopta les mœurs et la langue des Romains , qui s'étaient répandues dans la Gaule. Cependant ils ne perdirent pas le souvenir de leur origine germanique , et ils se vantaient encore cent ans après J-.C. d'être d'une autre race que les

Gaulois.

Les Tongres , moins privilégiés que leurs voisins sous le rapport de la liberté , paraissent avoir été tenus de fournir beaucoup de soldats à l'empire. Mais pour un peuple jeune et belliqueux , cette obligation ne semblait pas trop pesante. Les cohortes tongriennes , dont la valeur est louée par les anciens , obéissaient à des chefs nationaux qu'elles choisissaient elles-mêmes. Ceux des soldats qui servaient dans les corps romains étaient souvent appelés à faire partie de la garde des empereurs , et les débris des vieux tombeaux de Rome offrent encore les noms d'une foule de Tongres choisis pour ce service d'honneur. On peut juger de la prospérité à laquelle parvint le pays par les vestiges de son ancienne capitale , beaucoup plus considérable que la ville actuelle. Des noms d'autres villes et des traces de routes antiques , montrent que les deux bords de la Meuse furent complètement défrichés et cultivés du temps des Romains. Là aussi se répandit la langue latine : car si le dialecte flamand règne aujourd'hui dans une partie de l'espace jadis occupé par eux , c'est que de nouvelles populations s'y fixèrent plus tard , lors de la décadence et de la chute de l'empire.

Cette adoption du latin dans la Belgique méridionale n'est pas bien extraordinaire, la domination romaine ayant duré 500 ans. 3Iais comme ce latin était celui de la Gaule, mêlé de termes étrangers à l'Italie, il en résulta qu'il n'y eut pas même de différence de dialecte entre es Belges du sud et les Gaulois, quoique la langue de leurs pères eût été tout à fait distincte. C'est ce même latin qui,

li HISTOIRE DE LA BELGIQUE.

en se corrompant plus tard , a formé le français, dont le ™tois wallon n-est qu'une forme antique et grossière '^lTs haÎtânU des terres basses de la Belgique septentl^' tJolrent moins directement ractU.u du .g.me rnmiin Protégés par les eaux, par les bois, par lacets ïïcTe de l ur pays, les étrangers les laissèrent euxmfmes comme le prouve l'absence de monuments de "uTes 'de Ss romaines dans tout l'intérieur de la plaine A rovr'eotion de la voie vers l'Angleterre qui passait à inin ef rverviers, sur les limites de la Ménapie) Leur fommerce ne fut point entravé par leurs nouveaux maîtres Son îes laissa continuer à fabriquer du sel, ce qu. Scontraireau monopole que ^A-^- ^/^îf ! mitif^rft dans tout le reste de l'empire. Profitant de la ii matière uaus loui „„.»„„:, ouverte la conquête de

berté de communication qu avait ""Jf "*- '^ ' „ ,a Gaule, ces hommes industrieux «t^^ffj '™; *,^;^^ usflue dans l'Italie; on les vit, comme le Morn leurs Ss c leurs alliés, conduire à travers les deUles des Airs les oies de leurs marais, et rapporter du Midi des ICs nconnus dans leur patrie. De ce nombre fut le ine qu"ls acclimatèrent. Le commerce leur rend, f Sel langue des Romains(comme on e v.i tpa insrriotions latines trouvées à West-Capelle) . mais ils ne ,nsc iptions la „e ^a leurs pères et de

^ZX Cetur demanda quelquefois des soldats, et

Se boucliers des légions «^^^^^^'^^^l^'^Xo^^, Pmnreinte la Guivre ou le dragon , emblème des troupes empreii ic la u, boucliers le lion est joint au

germaniques. Sur l^^'^^'^J'^^^^^ ,, ,„« ancien sceau dragon , comme on les retrouve sur k v

^^ïcouverte d'un temple antique à l'embouchure de

rFsraÎt Sans nie de Walcheren , nous fournit quelques

nSons curieuses sur les usages de cette partie des

Bdg La statue de la déesse que l'on y -^-l^-^^'^^ ^ , »r L 7 •« M mil T^ortait les attributs de lagii-

nom de ^f .^"'«^^'.^"'Srevêtu^ même costume culture et de la navigation, etaiirevtvue uu

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nue gardent encore les paysannes de Flandre , une coëffe plate et une grande mante agratfée sur la poitrine. Sur un bas-relief se trouve un chasseur portant un pantalon court , une veste ronde et un bonnet de forme pointue , dont on pourrait retrouver le type dans nos bonnets de coton. Un autre morceau offre un Hercule nu , tenant en main une massue garnie de plusieurs rangs de pointes, arme bien connue de nos aïeux et dont leurs lois proscnvirent l'emploi. Les inscriptions sont toutes en latm , ce qui peut faire présumer que l'écriture germanique (les runes) n'était pas employée par les Ménapiens.

On ne sait pas quelle était cette déesse Nehalenia, et en général on connaît peu le culte des anciens Belges. Sans doute ils avaient d'abord apporté de Germanie les croyances guerrières des peuples du Nord , qui se représentaient les dieux comme des esprits redoutables, qui aimaient l'hommage des braves et le tribut du sang. Wodan , que l'on a comparé à Mercure, et Thor, qui avait lesattnbuts d'Hercule, étaient leurs idoles principales; des forêts leurs servaient de temples, et la voix des prêtresses leur tenait heu d'oracles. Mais on ne peut douter que leurs idées religieuses ne se fussent modifiées et agrandies dans la Gaule, ou les notions de la divinité étaient déjà bien moins grossières. Les Druides , qui étaient les prêtres des Gaulois et des Bretons, professaient l'immortalité de l'âme et la justice divine, avec une élévation de doctrines que les anciens ont admirée. Leur religion avait des enseignements pour le peuple , des châtiments pour le crime , des institutions d'ordre et de paix, dont l'influence devait certainement réagir sur les habitants du nord de la contrée. L'on ignore pourtant si les Belges adoptèrent la croyance des Druides, ou s'ils conservèrent leur ancien culte en l'adoucissant. Le paganisme latin , introduit après la conquête romaine, a seul laissé à la surface du pays des monuments incontestables de son existence. Au reste, la diversité de ces vieilles religions recouvrait toujours un fond plus pu moins ana-

logue ; et rimagination des peuples, accoutumée à révérer un certain nombre d'idoles, acceptait sans beaucoup de difficulté des changements de noms et de dogmes, qui n'étaient pour elle que l'accessoire.

Il n'en fut pas de même à l'apparition du Christianisme. L*immense révolution que ses doctrines devaient opérer dans les idées des nations, dut surprendre ces populations septentrionales, où la culture intellectuelle était encore récente et imparfaite. Aussi n'est-ce que bien tard que nous voyons tomber les idoles des Belges devant les autels du Dieu unique. Les premiers apôtres du pays ne paraissent que vers l'an 25()de notre ère : ce sont saint Piat, chez les Nerviens , saint Euchaire , chez les Tongres. Mais on ne sait que très-peu de chose des efforts et des succès de ces apôtres de la Belgique et de leurs premiers compagnons. Il semble même qu'ik ne dépassèrent point les terres hautes , et que les habitants de la plaine demeurèrent encore païens , quoique saint Yictricius , évèc[ue de Rouen , eût porté la lumière de l'Évangile jusqu'aux rivages des Morins, du côté de Boulogne et de Calais.

En général, les histoiiens ont laissé dans l'obscurité les événements comme les hommes des trois premiers siècles de la domination romaine dans notre pays : c'est le signe de la paix dont jouissait la Belgique et qui était si nécessaire à sa jeune civilisation. Quelquefois seulement on rencontre des chefs ou des soldats nerviens ou tongres , cités pour une action d'énergie dans ces luttes qui se multipliaient au cœur de l'empire, plus encore que sur les frontières, à mesure que Rome vieillissait. Le sang de la race belge n'avait pas changé ; mais il coulait pour des causes étrangères.

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