CHAPITRE IV
Gouvernement de PhiUppe-le-Bon «prè. la réunion de pre.qu. toute, le. province.. -Trouble, de Bruge.. - Guerre contre le. Gantoi..
Si VacqiiisiUon de tant de nouveaux états avait accru la OTUsance de Philippe , leur gouvernement devait encore lui offrir une tâche difficile. C'étaient des provinces jusnu'alors indépendantes l'une de l'autre , qu. n avaient m institutions communes, ni liens établis. Elles ne se trouvaient «nies que par leur obéissance à un même souverain ; Tpour plusieurs d'entre elles cette obéissance n était pas sans limites et sans restrictions. Le temps et une politique Xite pouvaient donc seuls rattacher d'une manière plus InTme L contrées imparfaitement jointes , et en ormer un même corps. Le duc ne s'en aperçut qu aprè s être ï urté à ses g andes villes de Flandre. C'était une épreuve Ïnlereuse: il s'attacha depuis ce moment a détruire recueil contre lequel il eût pu se briser.
Les triomphes qu'avaient obtenus les négocia ions et les armes du prince bourguignon , n'avaient coûte jusque là nuTpou de sang aux Belges, et si la noblesse des provinces ::it';;:s les ar^espouna querelle deson duc, le pe„p e du moins avait joui d'une paix non interrompue. Mais les finances du siuverain s'étaient épuisées et les subsides qu il obtenait de ses états ne pouvaient suffire a ^^^J^^^--}-^ goût de la magnificence auquel Philippe se laissait aller , vTi hâté et rolongeacet état de ."^-- Pour e„ sort.r il eut recours à des moyens illégitimes. Ses droits furent
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exercés avec une rigueur qui excita le mécontentement public , et qui fit naître des émeutes à Cassel et à Anvers dès 1131 et 1432. L'altération de la monnaie lui offrit une autre ressource encore plus odieuse. Il fit fabriquer des pièces d'or et d'argent qui n'avaient que les deux tiers ou les trois quarts du poids accoutumé. Ce fut un coup fatal pour le commerce de la Flandre. Les marchands anglais oe voulurent plus recevoir ces mauvaises espèces, et l'on fut contraint de les payer en lingots. La \ille de Gand, où la draperie florissait le plus , se trouva si lésée par cet état de choses, qu'une sédition populaire y éclata (143-2). Les troubles furent cependant de peu de durée ; mais la désaffection devait se prolonger.
La paix avec la France et la rupture avec l'Angleterre , firent éprouver de nouvelles pertes au commerce. A Londres , le peuple pilla les magasins des marchands belges, et eux-mêmes furent chassés du royaume. Le duc profita adroitement du ressentiment que cette violence avait excité en Flandre pour engager les communes de cette province à former le siège de Calais. Trente mille hommes se mirent en marche et allèrent camper autour de la ville. Mais il % avait cinquante ans que les communes de Flandre n'avaient plus fait la guerre , et il fallait qu'elles recommençassent crude apprentissage. Après quelques attaques menées aver peu d'adresse , elles s'irritèrent d'abord du retard et ensuite de la faiblesse de la flotte hollandaise qui devait bloquer le port, et qui ne se montra enfin sur la radeque pour fuir devant les vaisseaux ennemis. Le cri de trahison se fit entendre , et dans leur vieille haine pour les favoris du prince , auxquels ils reprochaient les exactions précédentes, les gens de métier disaient que les seigneurs de Croy et les autres courtisans les avaient vendus. Malgré les ordres et le^ prières de Philippe , le camp fut levé et les milices retournèrent dans leurs villes. Alors les Anglais vinrent faire le dégât sur les côtes de Flandre , mal défendues par la flotte hollandaise, dont l'amiral, Jean de llorn, descendit à terre
nrès d'Ostende, et fut mis en pièces parles paysans furieux. Le mécontentement était général , et les communes se montraient d'autant plus violentes qu'elles se sentaient humiliées du peu de succès de leurs armes (1436). Dans cette rr=tUion des esprits , des plaintes longtemps sourdes et mdécises éclatèrent enfin bruyamment. Depuis l'avènement de la maison de Bourgogne elle avait toujours pris à tâche de mener sans bruit l'autorité des villes principales. Elle avait trouvé la Flandre divisée en quatre membres ou quar- ♦ Prs dont trois étaient soumis à la suzeraineté des villes de C'and , de Bruges et d'ïpres, et le quatrième, nomme le oavs du Franc , avait ses échevins et sa bannière a part. Dins cet ordre de choses (qui était résulté de la puissance des communes et de la décadence graduelle de tous les autres provinces), les magistrats populaires possédaient la souveraineté réelle. Mais les princes bourguignons , sans attaquer ouvertement leur puissance, trouvèrent deux moyens de l'affaiblir. Ce fut d'établir un nouveau tribunal ( le conseil de Flandre) à la juridiction duquel purent recourir les habitants des petites villes quand ils voulurent se soustraire l ceux qui les avaient jugés jusqu'alors ; et de transformer en citadelles les châteaux que les anciens comtes avaient conservés dans quelques places '^^.?'''^^^^^^^^^^^^ Damme et à l'Ecluse. De cette manière 1 autorité des ducs s Lit peu à peu étendue et plusieurs communes du second ordre étaient retombées sous leur mam.
Mais la jalousie des trois grandes cites de Gard , de Brt et d' Ypres , qui du temps de Van Artevelde s'étaient ?rouv?e maîtresses de toute la province , parut se réveiller iTs'tte fatale expédition de Calais. Les Bruge^^^^^^^^ tendirent reprendre leur juridiction sur ^^s places de l'Ecluse et de Damme, et y soumettre le paysdu Fran^ ancienne chàtellenie de Bruges). I s se ^«ff^^;; \^^^^^^^ un de leurs magistrats et outragent a duchesse e le-même qui cherchait à les apaiser. Aussitôt les --^^^^^^^^^^ s'as.emblèrent pour soutenir leurs vo.sms et pendant cinq
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jours ïeurcinquaute-deux bannières restèrent déployées sur le -marché du Vendredi, en signe de départ. Ce ne fut qu'à force d'adresse et de douceur que Philippe put empêcher unt' coalition des deux villes. A plusieurs reprises , la ligue fut sur le point de se former , et quoique la haute bourgeoisie désirât la paix , le peuple se laissait aller à un sentiment d'aversion toujours croissant contre ceux qui le gouvernaient. Mais la multitude ne trouva pour chefs que des furieux, ou plutùt elle resta sans guide et sans frein : car elle sacrifia elle-même ceux par qui elle s'était d'abord laissée conduire.
Les troubles se prolongèrent cependant jusqu'à l'année suivante, et le duc y courut même quelque danger. Au moment où il entrait à Bruges avec une suite de liOO soldats, les portes furent refermées sur lui, soit par trahison, soit par défiance. La plus grande partie de ses hommes d'armes se trouvait en dehors : ceux qui l'avaient accompagné furent massacrés sous ses yeux , et lui-même ne dut la vie qu'au dévouement de deux bourgeois qui rouvrirent la porte pour assurer sa retraite (22 mai 1437). Cet acte de violence perdit ceux qui l'avaient commis : les autres villes se détachèrent de Bruges , et les Gantois eux-mêmes s'armèrent pour le service du Bourguig-non. Les rebelles, bloqués de toutes parts, furent obligés de se soumettre. Ils renoncèrent à leurs prétentions, consentirent à la proscription de quarante-deux de leurs chefs, et payèrent 300,000 pièces d'or (un tiers de cette somme fut mis à la charge des petites communes qui avaient suivi leur parti).
L'issue de cette révolte, conduite avec autant d'aveuglement que de déshonneur , donna pour quelque temps une grande prépondérance au parti de la haute bourgeoisie , qui attendait de la paix le retour du commerce et de la prospérité publique. Des fêtes brillantes célébrèrent le rétablissement de la tranquillité en Flandre. La noblesse donnait des tournois , les villes des tirs à l'arc et à l'arbalète. L'entrée de Philippe à Bruges, en 1410, eut l'éclat
d'une réconciliation publique. Quatorze cents bourgeois en deuil allèrent s'agenouiller devant lui à la porte de la ville et lui en présentèrent les clefs. Le clergé les suivait avec les bannières et les châsses , tandis que les marchands étrangers Allemands, Espagnols, Vénitiens, Milanais, Florentins, Génois, Portugais et Catalans, tous à cheval et vêtus avec magnificence , formaient au prince un joyeux et splendide cortège. Le duc se prêtait avec bonne grâce à ces solennités dont il aimait la pompe. Tout ressentiment parut bientôt oublié ; et en efl'et, ce prince, dont les vengeances personnelles furent souvent terribles, n'était point guidé par la passion dans ses rapports avec ses peuples , mais il suivait avec calme et avec lenteur la marche la plus favorable à l'intérêt de sa puissance.
Il avait encore aggrandi ses domaines depuis quelques années, en achevant de dépouiller Jacqueline de Bavière et en faisant l'acquisition du Luxembourg. Le premier de ces événements fut accompagné de circonstances remarquables. La princesse , qui s'était retirée à Tergoës en Zélande , s'attacha au seigneur que Philippe avait chargé du gouvernement de cette province. C'était Franck Yan Borsell , l'un des plus nobles chevaliers du pays. Elle l'épousa secrètement , et le duc qui eu fut informé fit saisir ce gentilhomme , le jeta dans une forteresse, et ne le relâcha qu'après avoir forcé Jacqueline à lui abandonner les faibles, restes de pouvoir qu'elle conservait encore (1433). Elle mourut trois ans plus tard , minée , dit-on , par le souvenir de ses infortunes. Quant à l'acquisition du Luxembourg, ce fut la suite des contestations qui s'étaient élevées sur la souveraineté de cette province. Après la mort de Wenceslas I.", un de ses neveux, qui portait le même nom et qui possédait l'empire, était devenu son successeur. Il finit par céder le duché à Jeanne de Gorlitz, sa nièce (1409). Celle-ci avait épousé tour à tour Antoine de Bourgogne, duc de Brabant, et Jean-sans-Pitié , régent de Hollande (1418). Veuve pour la seconde fois, elle céda ses droits à
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Philippe , en 14-25 , et quoiqu'elle eût repris ensuite les rênes du gouvernement (1431), son héritage resta assuré à la maison de Bourgogne.
Tout en s'occupant ainsi d'étendre ses états , le duc songeait également à leur donner peu à peu la forme d'une souveraineté indépendante. L'ordre de la Toison-d'Or, qu'il avait créé à Bruges, en 1429 , et auquel il accorda les privilèges les plus honorables , donnait à sa cour un caractère à la fois brillant et chevaleresque. Ses négociations adroites affranchirent ses provinces françaises (parmi lesquelles se trouvait la Flandre) de la juridiction du pariement de Paris (1 445) , et restreignirent même l'autorité dont avaient joui dans quelques parties de ses nouveaux domaines les évêques de Liège et de Cambrai. En même temps il s'attachait à entretenir des gens de guerre, tirés pour la plupart des états qu'il possédait dans l'intérieur de la France et où son pouvoir était presque absolu. La longue lutte qu'il avait ioutenue dans ces contrées, y avait multiplié les soldats et donné de l'expérience aux capitaines. La Picardie était devenue comme la place d'armes , d'où ses forces veillaient à la fois à la sûreté de la frontière et à la tranquillité des provinces de l'Ouest. Il avait également plusieurs compagnies à sa solde en Belgique , et surtout dans les petites villes de Flandre, où ses garnisons formaient pour ainsi dire le noyau d'un corps d'armée.
Cet état de choses , favorable à la puissance du prince, mais dans lequel l'intérêt général du pays n'était pas ouvertement froissé, se trouvait assez fortement établi, lorsque de nouveaux troubles éclatèrent à Gand. Depuis longtemps, Philippe travaillait à vaincre la résistance que lui opposait dans cette puissante ville le parti populaire ; mais il n'avait pu ni effrayer les Gantois, ni ôter à la petite bourgeoisie la prépondérance que lui assurait l'organisation même de la cité depuis l'administration de JacquesVan Artevelde. Cet homme fameux avait divisé les habitants en trois classes qui possédaient les mêmes droits : les rentiers (ouïes bourgeois
proprement dits), les artisans des cinquante-deux métiers, et les drapiers. Les trois corps concouraient aux élections ; mais les deux derniers , tout plébéiens, l'emportaient nécessairement sur le premier , qui ne pouvait d'ailleurs nommer que le plus petit nombre des échevins (six sur vingt-six).
Par suite de ce pouvoir des petites gens , Gand avait conservé son vieil esprit d'indépendance , et les subsides demandés par le duc avaient été refusés à plusieurs reprises. Il s'irrita de cette opposition opiniâtre, et pour punir la cité, il déposa tous ses magistrats , et lui ôta sa juridiction sur la contrée d'alentour (novembre 1450). Ce fut en vain que les autres villes de Flandre intervinrent auprès de lui , et que l'évêque de Liège s'efforça de prévenir une rupture ouverte. Les Gantois exaspérés ne consentaient à aucune concessi(in, et le duc, de son côté, se préparait à la guerre, comme au seul moyen d'abattre leur orgueil et de ruiner leur pouvoir. Il eut cependant l'habileté de garder quelques ménagements dans ses mesures, pour empêcher que le reste du pays ne soutînt les mécontents , et ce fut ce qui retarda la lutte jusqu'en 1452. Mais alors enfin , le peuple de Gand perdit patience , courut aux armes , enleva la forteresse de Gavre et attaqua Audenarde. Aussitôt arrivèrent de toutes part les troupes de Philippe. Un long repos avait ôté aux métiers l'habitude et l'expérience des armes. Ils furent battus à diverses reprises ; mais ils ne se décourageaient point , et le courage de ces gens obscurs excitait l'étonnement et l'admiration de leurs ennemis mêmes. Quoique l'on ravageât le pays et que l'on massacrât les prisonniers , leur fermeté ne se démentait pas. A la fin de l'année, le duc avait épuisé ses finances, et malgré les avantages qu'il avait obtenus dans plusieurs combats, ce fut avec la plus grande peine qu'il parvint à réunir des troupes pour la campagne suivante.
Instruits cette fois par l'expérience de leurs premiers revers, les Gantois ne s'exposèrent plus à combattre en plaine. Ils se tenaient enfermés dans leurs murs, laissant l'armée
ennemie épuiser ses forces en vaines démonstrations, et supportant sans murmurer toutes les souffrances du moment. L'issue de la guerre devenait douteuse , lorsque le duc , qui avait formé le siège de la forteresse de Gavre , réussit à gagner celui qui commandait dans la place. C'était un maître maçon , nommé Arnold Van Speck. D'accord avec Philippe , il se rendit à Gand, raconta que les troupes du prince s'étaient dispersées faute de paie, et qu'il ne restait pas plus de quatre mille hommes dans le camp. Sur cette fausse nouvelle , les bourgeois sortirent de la ville et marchèrent vers Gavre , où les attendait le duc avec toutes ses forces (23 juillet). Il était trop tard pour reculer, et le peuple accepta la bataille. D'abord les piétons flamands repoussèrent la cavalerie et gagnèrent du terrain. Ils étaient soutenus par une nombreuse artillerie, rangée sur leur flanc et qui les protégeait de son feu. Mais l'explosion d'un charriot de poudre ayant jeté quelque désordre dans les rangs, les archers picards, et ensuite les lances de Bourgogne et de Hainaut rompirent la première ligne. Alors le carnage devint affreux. Une partie des bourgeois avait lâché pied; mais ceux qui formaient l'aile droite et qui étaient adossés à l'Escaut, continuaient à combattre. Us ne voulaient point de quartier et se faisaient tailler en pièces , plutôt que de prendre la fuite. Le duc les ayant chargés lui-même, faillit tomber sous leurs coups , et ce fut avec peine que ses chevaliers le dégagèrent. Les vaincus se défendirent jusqu'au dernier moment avec un courage que rien ne put dompter. Quand la plaine fut couverte de leurs cadavres , un regret parut s'élever dans l'àme de Philippe. « Qu'ai-je gagné ? dit-il : c'étaient mes sujets ! » Et le lendemain il déclara publiquement qu'il ne ferait plus de mal aux Gantois.
Cependant , les conditions qu'il imposa à la ville furent encore assez dures. Il lui ôtait toute juridiction sur la contrée environnante , et s'emparait de l'élection des échevins. De plus il exigeait que 2,000 bourgeois vinssent
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lui crier merci , et qu'une somme de 350,000 pièces d'or lui fût payée. Le peuple se soumit : il avait perdu ses plus braves combattants à la journée de Gavre, et de ses vingt-six échevins , quatorze étaient tombés sur le champ de bataille, les uns morts, les autres mortellement blessés.
A partir de ce moment , le duc n'éprouva plus de diflicultés pour lever des subsides ; mais quoiqu'il déployât pour ses fêtes cl dans sa cour une splendeur toute royale, il mit beauceup de mesure dans l'entretien des troupes et dans les autres charges du peuple. C'était la règle de toute sa conduite d'être ménager du pouvoir qu'il avait acquis.
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