CHAPITRE IV
Deuxième partie du règne de CharleB-Quiut. - Affaires do Belgique -Projetdefaire des Pays-Basuo ^tat isolé^-Depms la paix de Nuremberg jusqu'au traité de Crespy 1 532 à 1 544) .
Tandis que les etîorts de Charles-Quint pour soutenir le pouvoir du trône et de l'Eglise exigeaient en Allemagne toute sa vigueur, en Belgique l'orage paraissait plus éloigné; cependant l'on en voyait déjà naître les symptômes. Dès l'an 1523, quelques Augustins d'Anvers avaient répète les premières prédications de Luther , et il avait fallu les chasser du pays et raser leur couvent. Versl5;yt, les Anabaptistes se répandirent en Hainaut, et Ton appliqua en Flandre (à Lille et à Douai) les vieilles lois qui punissaient de mort les hérétiques. On réussit pourtant à cette époque à réprimer les novateurs , l'union des esprits faisant la lorce du gouvernement ; mais cette union pouvait être troublée au moindre sujet de mécontentement populaire, et chaque commotion politique devait offrir désormais un danger jusqu'alors inconnu.
Lue nouvelle guerre , occasionnée par une seconde invasion des Français en Italie , fit bientôt naître une occasion de troubles. Les Gueldrois ayant repris les armes dans le nord, tandis que le Luxembourg et l'Artois étaient menacés au midi (1535), la gouvernante demanda aux provinces un subside de l ,20*3,000 florins d'or .Le Brabant et la l iandre, qui devaient payer les deux tiers de cette somme , refusèrent d'abord d'y consentir (153(>). Cependant l'on parvint à surmonter la résistance des états l'année suivante ; mais la ville de Gand s'opiniâtra dans son refus. Elle otïrait nean-
Il v
moins de fournir des soldats pour son conlingenl , suivant Fantique usage des villes qui avaient toujours combattu elles-m«}mes pour la défense du pays. L'offre fut refusée, soit que l'on ne voulût plus recourir aux miTu es couimuiialcs, soit que l'on rejetAt cet arrangement comme une mesure spéciale qui eût gêné la marche des affaires, et lait exception à l'ordre de choses adopté \n\v le reste du pays. Les esprits s'aigrirent de part et d'autre: ((^pendant les Gantois ne trouvaient que peu de sympathie dans les villes environnantes. Quoique leur lésistance fût légale en vertu des vieux privilèges de la Flandre, l'on ne pouvait approuifer qu'une seule cité prétendît s'isoler de la contrée entière et rejeter sa part des dépenses communes. La gouvernante, encouragée par cette disposition des esprits, osa recourir à des mesures hardies. Un assez grand nombre d'habitants de Gand se trouvaient à Bruxelles , à Anvers et à Malines , la plupart pour des afl'aires de commerce : elle les fit saisir et emprisonner. 3Iais loin de tléchir l'opiniâtreté de la ville , cette violence ne lit qu'aigrir les esprits et préparer des diflicultés nouvelles.
Dans l'intervalle la lutte s'était continuée sur la frontière avec des succès difTérents. Il n'y avait point eu de batailles, •Mais des incursions, des sièges, de petites entreprises. Tel était le caractère général que prenaient les guerres de cette époque. Depuis que les rois de France avaient introduit l'emploi d'armées permanentes, entretenues et soldées par le gouvernement, les forces étaient moins nombreuses, les campagnes plus longues, les mouvements plus mesurés. On ne voyait plus de grandes masses, réunies pour un seul moment , s'aborder de front et chercher à terminer la lutte du premier choc ; le plus souvent les hostilités se bornaient à une suite d'opérations peu décisives , exécutées ()ar de petits corps qui manœuvraient sur de grandes lignes et s'appuyaient sur des forteresses. La guerre offrait ainsi plus de lenteur et d'incertitude ; elle devenait moins franche et moins sanglante , mais plus ruineuse pour le pays qui en
M -lit le théâtre. Le métier de soldat formait une profession régulière et lucrative, tandis que la bourgeoisie armée se retirait peu à peu des champs de bataille.
Aorès avoir échoué dans ses projets sur l'Italie , Francis I " avait défendu avec vigueur les provinces méridionales de son royaume. Au nord, ses troupes avaient pris Sin k conservé Térouenne (que les Français avaient toblie) ; mais les Belges avaient brûlé Saint-Pol et pris ontreuil. Les avantages se trouvait ainsi bal^.c s le deux partis convinrent d'une trêve de dix ans, et ^ssou- V Sns eux-mêmes s'abouchèrent au port d' Aigues-Mortes en Provence. L'empereur s'y était rendu par mer avec une ïtte nombreuse; mais il descendit Pre^'l»^ ^f"' «^J '*, .ille , se confiant à l'honneur de François. Il f^b l'Ut que s illustres rivaux eussent ap,nis à fst.mer Ijnj 1 autre et que l'heure d'un rapprochement sincère fut arrivée Charles-Quint, qui avait la conscience de son génie ét^ las d'user sa puissance à des entreprises médiocres et a des las auseï sa pu , , „ „rand des souverains
«riiprres sans portée. Comme le pius j,'*"'" " guéries siiM3 F ■ , -, ,i„ t~,^pr n i-emnlir sa double
de l'Europe, il se reprochait de tarder a 'Ç'"?'' "^ tâche au dehors en repoussant la marche toujours pro Ire sivcJes armes ottomanes, au dedans en comprunant r testantisme , qui débordait de nouveau Pour executln de ses vastes desseins il ^^^^^^^
peut-être le -^j/.V;;;^; S ;i"ï était
ennemi personnel , et dont la pouuqui, u .„,„„.
allée jusqu'à former des liaisons secrètes ^ •=;»«« ^^ tants d'Allemagne et avec le sultan des Turc«. Char^s, pour le détacher d'eux , lui fit une «»«>, P'';'"^^^ J f ^^ site. Il voulait donner en mariage sa fille ou «a «-^e J^ duc d'Orléans, second fils du ^«' ^« ,f «/*"'' ,*"^ j^"";; époux le duché de Milanais, qui avait été l'objet de 1^ g"^"-^^
Cet accord conclu , il «"-* «"T^^^'^St maÏÏef Msance ottomane , contre laquelle d voulait ^^f'^'J^ même avec toutes ses forces, et en q-'-J- ^^'^^^^^ le représentant de la chrétienté. Il aurait ensuite soumis
par la terreur ou par les armes les primes protestants qu'il avait fallu ménager jusque là de peur qu'ils ne s'unissent avec la France.
Les deux monarques parurent s'entendre dès le premier entretien, et peu après leur entrevue, des subsides lurent demandés à tous les sujets de l'empereur pour la guerre contre les musulmans. Les provinces belges accueillirent cette demande ; mais Gand , qui n'avait pas encore payé sa part des 1,200,000 florins, renouvela son opposition. La ville fut mise en cause devant le grand conseil de Malincs, qui la condamna. La bourgeoisie voulait se soumettre ; mais les métiers et surtout les tisserands s'y refusèrent , prirent les armes et firent périr ceux des doyens qui cherchaient à les détourner d'une révolte ouverte (1539). Telle fut l'impression produite par cet acte d'audace que Charles accourut aussitôt du fond de l'Espagne , et dans son empressement d'atteindre la Belgique, il n'hésita pas à traverser la France, se mettant de nouveau à la merci de François L". Peu s'en fallut qu'il ne devînt alors victime de sa confiance, et il eut besoin de toute son adresse pour déjouer les intrigues de ceus qui engageaient le roi à le faire saisir. Il échappa néanmoins à ce danger, et dès sou arrivée à Bruxelles il marcha sur Gand, à la tète de quelques troupes qu'il avait trouvées réunies.
La ville oe chercha point à lui résister : abandonnée par tout le reste du pays, et repoussée par François dont elle avait invoqué le secours, il ne lui restait d'autre parti que celui de la soumission. L'emiiereur y fit son entrée , entouré d'un appareil imposant d'armes et de soldats, et se rendant à son hôtel, il y tint une grande assemblée des membres du conseil privé. Là fut prononcée la condamnation solennelle des Gantois. Aussitôt il fit comparaître devant lui tous les magistrats, six hommes de chaque métier, et cinquante des plus mutins qui avaient pris dans les derniers troubles le nom de cresers (ces derniers étaient en chemise et avaient la corde au cou). Ils s'agenouillèrent
et demandèrent pardon ; mais le prince ne voulut leur répondre que quand la gouvernante elle-même eut imploré leur grâce. Alors seulement il déclara que si les habitants réparaient leur faute par une entière obéissance , il consentirait à leur faire grâce et «se souviendrait qu'il était né dans leurs murs. » On leur fit connaître ensuite les conditions de cette amnistie : tous les privilèges de Gand étaient abolis , et les citoyens condamnés à une amende de 150,000 florins, laquelle seniraità la construction d'une citadelle qui dominerait leur ville. En outre, l'empereur exigeait que plusieurs d'entre eux lui fussent livrés, et il en fit
décapiter vingt-six. , , , , ,
Aprèsavoirainsieff'rayé,parunexempleeclatant, ceux qui
auraient pu conserver les vieilles idées d'indépendance si chères à nos grandes communes,Charies-Quint semble avoir eu dessein d'imposer une organisation nouvelle au pays , en faisant subir aux lois et aux institutions de chaque localité une révision et une réforme générale. En effet , les Belges mêmes reconnaissaient qu'il aurait fallu plus d'unité dans le gouvernement et plus de cohésion entre les provinces. On avait même abordé ce sujet dans une assemblée des états (1534) , mais sans pouvoir s'accorder sur les mesures à prendre. L'empereur voulait étendre les droits du souverain , centraliser le pouvoir, et faire de toutes ces principautés distinctes un seul et même corps. Mais à peine eut-il commencé cette grande œuvre en donnant à la ville de Gand une charte organique entièrement neuve et qui fut «ommée la concession Caroline, qu'il s'arrêta comme découragé, soit qu'il prévît trop d'opposition, soit qu'il soupçonnât un prochain changement dans la politique de la France (la santé du roi était ruinée, et le dauphin se mettait à la tête du parti qui voulait la guerre). Peut-être qu'après avoir sondé avec son regard pénétrant la situation des choses en Belgique, il avait reconnu qu'il fallait à cette contrée un souveram qui fût tout à elle. Quoi qu'il en soit , il parut regarder comme insurmontables les obstacles qui s'opposaient ou à
l'unité du pays, ou à sa liaison durable avec l'Espagne. Alors, à la grande surprise des Belijcs et de l'Europe , il proposa lui-naôme aux ambassadeurs français d'unir sa fille Marie au jeune duc d'Orléans , et de lui donner pour dot , au lieu du Milanais, les Pays-Bas (1511).
Dans ce projet toutes nos provinces auraient formé un état indépendant (probablement un royaume), protégé par l'alliance française et cependant isolé de la France. Charles- Quint voulait s'en réserver l'administration, ;in moins pendant quelque temps ; et sans doute il avait raison de croire qu'il saurait assurer l'exécution complète de sa pensée, soit en fondant par degrés dans ce jeune pays l'unité nationale et les institutions monarchiques, soit en ménageant à ces populations libres et laborieuses la jouissance des droits nécessaires à leur prospérité. Mais son offre fut accueillie avec défiance. Les ambassadeurs et le roi lui-même ne pouvaient se persuader qu'il renonçât sérieusement au pays le plus riche du monde. On ne sut pas cacher des soupçons injurieux , et il fut forcé de renoncer h son projet : car sa volonté n'aurait été ni comprise ni respectée.
Ainsi échoua un plan auquel l'empereur devait encore revenir dans la suite , mais dont lui seul alors comprenait les avantages. Il quitta la Belgique sans avoir accompli aucun des changements dont la nécessité le frappait. L'avenir pouvait encore en ramener l'occasion, tandis que l'heure parais* sait venue d'agir contre la puissance ottomane. C'était en Afrique qu'il voulait d'abord l'affaiblir. Dés l'an 1535, il avait conduit lui-même une expédition dirigée contre Tunis , et cette place, regardée jusqu'alors comme imprenable, n'avait pu lui résister. Il fit voile cette fois pour Alger avec une grande flotte et une armée nombreuse (1511). Mais l'événement trompa son espérance. A peine avait-il débarqué sur la côte , que la tempête brisa ou dispersa ses vaisseaux , et après avoir été exposé à toutes les horreurs du dénuement le plus absolu , il se trouva heureux de pouvoir ramener ses soldats dans les ports d'Espagne.
Au bruit de ce revers , les Français reprirent les armes. Ils voyaient l'occasion favorable , et leur haine, qui s'était contenue pendant les dernières négociations , reparut plus ardente que jamais. Quatre armées attaquèrent à la fois l'Espagne, le Piémont, l'Artois et le Luxembourg, et cette dernière province tomba presque aussitôt entre les mains des assaillants (15i2) : car rien n'avait été préparé pour la résistance. Le prétexte des hostilités était spécieux. Deux envoyés du roi avaient péri en Italie assassinés par des émissaires du gouverneur de Milan, et l'on imputait à Charles-Quint d'avoir ordonné ce crime : on n'ajoutait pas que ces envoyés se cachaient sous un déguisement, et qu'ils se rendaient l'un à Venise , l'autre en Turquie . pour préparer une ligue secrète contre l'empereur.
Cette brusque attaque surprit d'abord nos provinces. La France avait pour allié Guillaume, duc de Juliers, de Clèves et de Gueldre. Ce prince rassembla un corps d'armée assez considérable , dont il confia le commandement à ua vieux capitaine aussi célèbre par son audace que par son expérience : c'était Martin van Rossem. Pénétrant au cœur de la Belgique sans éprouver de résistance , ce redoutable ennemi traversa tout le Brabant , vint menacer Anvers et rançonner Louvain ; puis il alla rejoindre les Français dans le Luxembourg , après avoir ravagé impunément tous les villages situés sur son chemin. Telle était la conséquence de l'affaiblissement graduel des miUces populaires. La gouvernante n'ayant point réuni de troupes, les Brabançons n'avaient pas même essayé de défendre leur provmce.
Mais la face des affaires ne tarda point à changer. René de Nassau , prince d'Orange, qui commandait les troupes impériales dans le Luxembourg, repoussa les Français , et contint ensuite Guillaume de Clèves jusqu'au moment ou Charles-Quint lui-même, à la tète d'une armée allemande, envahit les états de ce prince et le contraignit à implorer sa grâce (1543). En Hainaut et dans l'Artois, les ennemis avaient remporté quelques avantages, et ils venaient même
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de pénétrer de nouveau dans le Luxembourg. Les soldats de Fempereur les forcèrent à reculer sur tous les points , et bientôt ce fut la France elle-même qui se vit envahie. L'alarme se répandit jusque dans la capitale quand les Belges et les Allemands furent entrés en Picardie , et que le roi d'Angleterre se ligua avec le vainqueur (1544).
François fit alors demander la paix, et grâce à la modération de son adversaire, elle fut signée à Crespy dès le mois de septembre. Le traité offrait une stipulation essentielle à rindépendance de la Belgique : c'était la renonciation du roi à toute suzeraineté sur l'Artois et la Flandre. D'un autre côté, l'empereur renouvelait la promesse de donner en mariage au duc d'Orléans, ou sa nièce ou sa fille : la première devait avoir pour dot le Milanais ; la seconde les Pays-Bas. Ainsi le monarque n'avait pas encore renoncé à la pensée de faire des dix-sept provinces un état séparé. Il s'était réservé un intervalle de huit mois pour consulter ses proches à ce sujet; mais avant qu'il eut pris sa décision , une mort pi ématurée enleva le jeune duc (1545).
IXIÈME FRIODE.
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