CHAPITRE PREMIER
CommenoemenU du règne de PUIippe "•
. ric HP rharles-Ouint devait être pour la te règne du fils de ^^hmlcs yu ^j^j, ^^,
Belgique une époque de cn>^ ^'i ,'^^.îe„ 'aiors remontaient
grandes -- f ..^^ dTprSeTtë : c'étaient à l'intépour la plupait a la ptrioat p , . , -, ^nit et con-
rieur, l'absence d'une "'•.8«"'*^,^2vinceï a« dehors , des stituàt fortement 1«V\''' C nia et qui subordoncouronnes lointaines échues au so^^^'J^^fJ J j^„, ^.^t
naient sa politique à des f"';",^;;^j„^^'*;ï;"etp,its excitée lenord ^e VEuvope «ne erme« ,,
ou entretenue par le schisme ^eng ^^^ e^^
g,oire et de ^:;^^:Z^^ZZu.^^ encore s'atdes peuples la puissance ae x.v j ^^^^^ ^
taclL à un ieune ^^^^^^^^.^ paternel,
et qui ne recue.lla.t qu "«^ P»'^'^ L'affection des Belges puisque l'empire passait al erdmand. La. ^^^^^^
Jour le -narque ne parm. - - t ;^^^^^^ ,^,,„,,ent
rSpe':;riïi:-^^^^^^ ^^^ ^«•*- -* ''-'
les mœurs ni avec les idées du pays. C'était une faute étrange de Charles-Quint de lui avoir t'ait passer toute sa jeunesse en Esp«i{j;rie sans le préparer au gouvernement de ses autres étals. Elle influa sur tout le règne de son fils, et Tentraîna dans des fautes qu'il voulut en vain réparer plus tard.
Outre la différence qui règne d'ordinaire entre les nations éloignées , il existait entre les Belges et les Espagnols un contraste de caractère qui s'explique par l'histoire des deux peuples. Accoutumées à la liberté et pleines du sentiment de leur force , nos populations étaient familières et confiantes, hardies dans leurs démonstrations, plus ardentes quejespectueuses dans leur attachement , et laissant percer en toutes choses une grande exigence de justice et de franchise et comme un instinct d'é-alité. Les Espagnols sortaient de leur lutte contre les Maures , guerre de race et de religion qui avait duré luiit siècles , et qui avait empreint d'une sorte de rigidité farouche les sentiments , les liabitudes , les manières et les lois. Parmi eux la présence du souverain était imposante, son autorité inflexible, sa justice entourée de terreur; on eût dit qu'une main de fer pouvait seule contenir ce peuple dans l'ordre , et que pour être^ respectées ses institutions devaient paraître redoutables. Il était donc impossible que le môme ordre d'idées présidât au gouvernement des deux nations ; et Philippe , pour régner en Belgique , ne pouvait avoir de guide plus funeste que les maximes et les exemples de l'Espagne.
Déjà même la crainte de tomber sous les usages espagnols s'était manifestée dans nos provinces du temps de Charles- Quint. Tout Belge qu'était ce monarque, il n'avait pu prendre de nouvelles mesures contre la propagation des doctrines luthériennes , et instituer des juges de la foi , appelés inquisiteurs (1550), sans que ce nom éveillât des ombrages. Nos anciens édits frappaient de la mort les fauteurs^d'hérésie , et lorsqu'ils avaient été appliqués aux Vaudois pendant le siècle précédent , ils n'avaient excité
aucun murmure ; mais les décrets impériaux semblaient lieleXquisition espagnole et soulevèrent une opposir ÏÏ alla^oujours en croissant. Les ^-;^-f ^^ dont ce tribunal était entoure dans la penmsule , se pre elienU. l'imagination des Belges -mn^e le type es n^ tueurs qu'il fallait prévoir si l'on parvenait a introduire narm nmis l'imitation deslois étrangères. Les Part|sans des Tou^rs doctrines trouvaient une -^^^^^^^ IVffroi nu'inspiraient ces procédures sévères et m^ste rSsdon i ^assombrissaient encore le tableau Menaces r ^uïlyance , ils chercliaient à ^^^^^
droits et leurs besoins , tu monarque
gage. Cette défiance 8';;-'»^^^;/;f el^^ng^eterre , iV s-aaRvuentoureasespremie^pasen^^^n^.^
tendait aussi «" »•: ff; ' ^ / ,, ,« pUple était plus acd-autant plus dirtici e ^^^^^^^^^ J^^.^'^n effet l'opinion
cessible à la P'-^''^^'-^^^^"^^ '^:," puissante et aussi népublique n'avait ele jusque U au. p .^,
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^^'^ '^TT:^S^^^ et qu'eue affectionnait à a ceux dont e le se cioj inspiraient point de con-
son tour; mais ceux *1" "; '";';^P:„„,, trouvée ombra-
fiance et de ^y™P««-^ ^ie ^Iquefois injuste, geuse et indocile , peut-être me n h m trouvait
Philippe U,hson -ï^: ^fd^s" Vère entouré des ministres et ^es conseillers i i^ ,sion.
dant quelque ^^^1^:^^^^ ''^P'"'"" Ce prince, qui de\»'t 8^^" f''J ^„eorl en état de diriger même de ses ennemis, n était pas enco ^^ ^^^^
les affaires , et trop fier pour y prendre part
Ml
346 HISTOIRE DE LxV BELGIQUE.
maître , il cachait sous une inaction apparente un apprentissage silencieux et opiniAtre (i). Ses manières restaient froides et réservées; ses paroles rares et courtes. Il y avait quelque chose d'obscur dans son caractère et de mystérieux dans sa pensée. On eût dit qu'il cherchât en luimême à asseoi r d'une manière fixe ses opinions qui flottaient entre les maximes espagnoles de sa jeunesse et les idées si différentes de ces peuples du Nord parmi lesquels il se trouvait jeté : heureux s'il avait pu effacer entièrement alors l'effet de ses premières impressions !
Une trêve de cinq ans avait été conclue avec la France dans les derniers moments du règne de Charles-Quint : Henri II la viola dès l'année 1557, en jetant une armée en Italie et une autre dans l'Artois. Mais Philibert , duc de Savoie , auquel Charles-Quint avait confié le commandement des forces réunies en Belgique , pénétra en France à son tour, et entreprit le siège de Saint-Quentin. Il avait sous ses ordres soixante mille soldats de diverses nations, parmi lesquels les hommes d'armes belges (nommés alors les bandes d'ordonnance) formaient le corps le plus redoutable. Le connétable de Montmorency, (juiétiiit le chef de Farmée ennemie, ne se sentant point assez fort pour livrer bataille , se contentait d'inquiéter les assiégeants , et de jeter quelques secours dans la place à travers les marais dont elle était entourée. Il parvint même à y faire entrer cinq cents hommes après avoir surpris par une brusque attaque les gardes avancées du duc de Savoye. Mais cette entreprise hardie lui coûta cher. Le jeune comte d'Egmont,
(!) Cest dans les rapports offlciels des diplomates de cette époque (Indiqués par MJ Voo Raumcr daus ses lettres historiques) que l'on trouve les renseignements les plus aullienti(iueset les plus curieux sur cette éducation graduelle et volontaire que Philippe II s'était imposée, et qui le rendit à la lin aussi supérieur à ses ministres (juil leur avait été inférieur au conuiiencenient de son rèmie.
. ^mnndait unc partie des bandes d'ordonnance , et ^n^ — ^f^';',Xîimpétueu^ un coup-d'œil prompt qui unissait ^ ««e/»^^^^ " ^ ,. g^, i^s postes que l'en-
'' '''^':^1;::Î:Z^ rà:: pour couîrlr la retraite, nemi f ^^^ P^^^^^^^^^ ^ entraîne avec lui plusieurs esca- Ayant forcé le Pf sage, u française sans
drons belges et «^^ '^^fj^^^^^^^^^ d'elle de manière à rattaquer et va ^^ ^^^^^^ d'autre alternative à
rarrêter dans sa «^;7Î1^^^^^^^^ eavalerie encore peu
Montmorency q^^^^^^^^^^ ,^ ,^^,, entière. Tan-
T Tl ésitaU dï^^^^^ lui-même chargea la première f q^ ^ S^^^^^ renforts ayant rendu la par-
l,gne, et 1 arrivée oe ^^ p^^^^e fut culbutée
tie « f 5 f . l^Zene formée en carré tint ferme
^"Tt Jwt^^^^^^^ d'ordonnance l'enfoncèrent avec un „,ais alors le bandes d ^^^^^^ ^^^ ^^^^ ^^^^^^.
affreux ^arn ge^^^^^^^^^ de six cents gentilshommes , et
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Montmorency ^"^-"^J"^^^^^^^^^^ ^^,^^^ pièces de canon de- Cent drapeaux ou cornettes et aix y vinrent les trophées de la victoire . ^^^^
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Philippe ^«"^.^^'^^ "™^^^ f" P"^^ *^'«^^^^"^ ^^^-
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se dispersa peu après ^^^^ ^^ Contraire, profité-
campagne plus longue. Le m ç^^^ ^^ ^^
rent de la mauvaise saison P^^^ff ^^^^^ ^^.^ ^.î^re de la j r»;ca nui les commandait , se renuu nm'^^
:m HISTOIRE DE LA BELGIQUE.
lembourg , Tautre dans la Flandre. Le premier prit Thion- Tille et Arlon , le second Bergues et Dunkerque. Le roi n'avait pas encore rassemblé ses troupes que le pays se trouvait envahi de toutes parts.
Mais le courage du comte d'Egmont arrêta encore le progrès des armes françaises. Le corps qui avait pris et pillé Dunkerque , retournait vers Calais chargé de butin. Le comte qui commandait en Flandre, réunit quelques milices et un nombre assez considérable de cavaliers, et se jette sur le passage de l'ennemi aux enviions de Gravelines. C'était au bord de la mer, sur une plage unie et nue. Les escadrons belges chargèrent avec impétuosité, d'Egmont luimême doi»nant à ses soldats l'exemple du courage. Après avoir renversé les cavaliers français ils éprouvèrent quelque résistance quand ils furent parvenus jusqu'aux piquiers qui soutinrent assez bien le premier choc. Le jeune comte flt alors avancer son infanterie dont les premiers bataillons donnèrent avec tant de vigueur que les lansquenets ennemis élevèrent leurs armes en l'air pour demander quartier. L'armée de France fut entièrement détruite et son général fait prisonnier. Alors Henri entama de nouvelles négociations, et la paix fut signée au mois d'avril 1559 , chacun des deux souverains consentant à restituer ce qu'il avait acquis pendant la guerre.
A peine ce traité fut-il conclu que Philippe exprima le désir de retourner en Espagne. Son épouse, Marie d'Angleterre , venait de mourir, et aucun intérêt d'ambition ou de politique ne le retenait plus dans le Nord. Mais il voulut avant organiser d'une manière forte et stable l'administration du pays. Le gouvernement des diverses provinces fut conûé aux principaux seigneurs , au-dessus desquels le roi plaça , comme gouvernante , Marguerite , duchesse de Parme, fille naturelle de Charles-Quint (D. Un conseil
fl) La mère de celte princesse était une demoiselle d'Audenaerde et s'appelait Marguerite Van Geest
.cA A^ kW membres, devait lui servir de guide d'état, compose de ..mem^^^^ elle recevrait les
,ait toujours ijcnede^^^^^ combiné avec une
Ce mode ^''"^'^f'^^^^^^
V^t::'^^^^^ ^^ assez d'expérience hgente et hamuitt souverain, sans pouvoir
et de dignUè ^;;;^l^::'^:\^,:Ziê o„;on ambition, lui porter aucun ombrage Pa"; *• s'étaient formés
au serv.ce de ' ^>^f ;^";,;„„,„,„t «t d'habileté. De ces occupaient a J^^^^ °; " ,.,j ,, .onOancc , le plus remartrois , en qm f ' 'J.PP^p"";^ ^^^ je Granvelle , èvêque d' Arquable était Anloi e ^•;"^"f; ".„ j„i„i8tre le pins adroit îas. Bourguignon dongm^c «'^J^^^^^^^ J^^^^epro-
de Cbarles-Qumt , .1 P«*^^f ',,;,,", ,,,„e ,are sagacité pour fonde de tous les ressorts de o une a^ .^ ^^^ ^^^^^
apprécier ^^^^^;^\^\ IZ peut-être avait-il bornes pour le ^o'^ 1?"^ ;„;^"„, ,, ,„, de prévoyance que
plus de P"'f "'^^ J„' j;;'r;rîaible ses de sa vanité dépad'énergie. Souvent " \"^« '«^ '^ ^-édat de son ha-
raient ses talents « ' "jf ;;;'^„5«ce. A côté de lui bileté, de son crédit et '>e son »P j,
figurait le P^^^f ";. " ^ S'c^^ait un juriscon- Znichem, plus tard «^ ^'1"^ ';*"^" g' d'un caractère probe suite frison , d'une «'^^'«"«^ P "^li 'privait avec quelque et d'une pénétration peu ord m. • l^^^ ^ ., ,, ,„,.
élégance, et f-^^^f^i^tuie comte de Berlaymon.. ^'"^ rrttisiémei connaissait les finances et ave. '^^ drSrlt . il avait de la chaleur et de la re-
solution. ' j».,(T .nos; ol d'expérience se trou-
En face de ces ^om^es d f ... es e d M ^^^^ ^^ ^^^ ^^^
vaient trois ^-f ^.;2"Ti ^ auTouvoir. Le comte d'Eg- £:?rrp^V^t D'origine Undaise. mais .ant
presque tous ses biens en Flandre , il gouvernait cette dernière province, et la générosité de son caractère l'y avait rendu aussi cher au peuple que l'éclat de ses victoires. Franc jusqu'à l'imprudence, brave jusqu'à la témérité, aucune de ses pensées n'était secrète , aucune de ses paroles détournée. Un grand sentiment de droiture et de justice lui tenait lieu d'habileté acciuise. Plus souvent guidé par des sentiments honorables que par des calculs profonds , il se passionnait aisément, et n'était point en garde contre lui-môme. Ses idées de fidélité n'étaient pas moins sincères que son attachement au pays; mais dans l'ardeur de l'action il ne distinguait peut-être pas toujours la limite exacte de ces deux devoirs , et pouvait se laisser entraîner audelà des bornes.
Philippe de Montmorency , comte de Tlorne et grandamiral , fier et intrépide comme d'Egmont , mais d'un caractère plus violent et d'une àrae moins élevée, a\ait à peu près les même tendances politiques. C'était un homme d'action plutôt que d'intelligence , d'exécution plutôt que de commandement.
Mais celui qui prenait place au conseil avec de Horne et d'Egmont joignait à la sagacité de l'esprit et à la profondeur de la pensée cette énergie froide et cette volonté persévérante qui maîtrisent les choses et subjuguent les hommes. C'était Guillaume de Nassau, prince d'Orange, surnommé plus tard le Taciturne. Ce jeune seigneur, né en Allemagne et élevé au sein du protestautis;;ie , était venu en Belgique à l'âge de 12 ans , et y avait recueilli la succession de son cousin René de Nassau , l'un des princes les plus riches de son siècle. Pour ne point s'aliéner l'empereur, il avait fait profession de croyances catholiques , mais sans conviction bien réelle. Depuis lors Charles-Quint l'avait traité en favori , lui témoignant dans toutes les occasions une confiance qui semblait presque excessive. Philippe à son tour lui avait donné le gouvernement des provinces de Hollande , de Zélande et d'Utrecht; cependant
1» «/x«*. Vantrp une sourde aversion, ils laissaient percer » "" P^ ^^^J"*',^ ^^oi , était hostile Guillaume , sans manque de re pect au ^
ne pouvait 1 «'^'="7' '" '^"l J, d'ambition mécontente, son gouvernement , du moms u ^^^^
11 n'était peut-être P^^/^^f^^-^^pSTe conseil d'état , » L- c, rii^nt t;p trouvait amsi coinpusv. iv. v. fractions, «l^'J;; ;'2„,g, différentes ; mais le monarque «.ontreraient do. tenlan.^ introduire quelques-uns des n'avait pu se dispenser a > circonstances avaient
p,„cipa«. sei^neu. du ^^^^^^^^^^ prépondérance
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n'avait rien à craindre pour mjrdie d^^ ^^^^^^^ ^ .
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l'attitude douteuse du prince d Orange
mécontentement ordinaire. suite qu'il avait
Mais Guillaume lui-même de b a dans a^^^^^^ ^
dès lors formé la ^''^«'"^'«" f^ J^^/.'dS ent évidemment
„« wviM vifTiio «iCS apologistes ULSien^i»»' ^
et sous ce mot ^-^f^^^^ ' ° , .^solution une confl-
,e roi. Il d«""»'V°"VHenrin, et d'après laquelle il y dence que lui avait ^^'^^ ";"" "^ les cours de France aurait eu des conventions secK^e^^e^^^^^^^ ^^.^^^,
d'hui , que l histoiie possL ^^^^^.^ ^^^ ^^ p^.
goclations de .<=«"^ï'^"i'';ilé, et Henri n'aurait pu rcllles conventions n ont P»'" «^'^^^ „„ ^^^ insinuation faire à ce sujet f"- «"^^^^Xrpas besoin de ces perfide (D. Mais le prmce d Orange n ava v
intv.pripnnc^ do fiuillaume étaient
(,) l.oripne et »- '-^^-t^; ^^^ ;"rpavUsan de Ve.termi-
trop facucs à con«aî U. pour - ^^^..^.u-on à Vindisposer nation des protestants ; mais peiu
fausses révélations pour prendre parti contre Philippe. Il voyait, et ce n'était pas un mystère, que le jeune souverain voulait avant toutes choses maintenir dans ses états l'unité de religion. C'était le dernier conseil que lui avait donné Charles-Quint, et il était résolu à ne jamais s'en départir. Elevé (railleurs dans des habitudes de dévotion , il montrait une profonde liiiiiTur pour tout ce qui tenait au protestantisme. Guillaume , il est vrai, avait cessé de faire profession des nouvelles doctrines , dans lesquelles il avait été nourri. Mais toute sa famille était luthérienne , et des plus zélées pour le culte qu'elle avait adopté. Son frère , Louis de Nassau , qui vivait alors auprès de lui , s'efforçait de le ramener à ses premières croyances, et lui-môme se sentait porté à y revenir. Ainsi sa position vis-à-vis du roi se dessinait nettement à ses propres yeux : il ne pouvait jouir de sa confiance et devait s'attendre tôt ou tard à son inimitié. Dès lors s'était présentée à lui l'idée de la résistance.
Il serait téméraire de vouloir juger jusqu'à quel point il porta d'abord cette idée audacieuse. En général les protestants d'Allemagne n'a\aient pas cherché à détrôner le souverain , mais à lui dicter des conditions qui rassurassent leur liberté auv dépens de son pouvoir. Une marche semblable aurait été d'autant plus facile à suivre en Belgique que les privilèges des provinces posaient déjà des bornes à l'autorité du monarque. Mais les apôtres du protestantisme avaient encore fait si peu de progrès dans le pays , qu'il n'existait aucune chance de succès pour une opposition ouvertement fondée sur les dissidences religieuses. Ce n'était donc qu'au nom des libertés nationales que la lutte
contre Philippe. Ce fut en partie avec l'nrgent du trésor français que le prince Ht plus tard la guerre au duc d'Albe , tandis que Charles IX envoyait représenter à celui-ci qu'il avait trop d indulgence et de modération.
pouvait être essayée ; et le voyage d'outre-mer , auquel le roi se disposait, son dessein de résider en Espagne qu .1 était aisé de découvrir, l'antipathie des Belges pour toute apparence de domination étrangère, permettaient de concevoir le plan d'un affaiblissement graduel de son influence. L ent^^ep ise était vaste et hardie ; peut-être ne P"t-ele toute son étendue qu'à mesure que les événements la développèrent ; mais on ne peut guère .louter que le prince d Orange n'en eût le projet dès son entrée au conseil d état.
En effet, c'était dèslors un dessein bien arrête desa par» de ne point laisser à Granvelle et aux consedlers qui 1 et. touraient le degré d'influence que leur avait desl i ic 11 lippe. Il prévoyait que l'é>èque d'Arras, aussi zcle pou r Storit/royale que pour la puissance de ':f S''-' ^-j de soutenir l'une par l'autre, et il ne voulait pas lui laisser le temps dVcomplir ses desseins. A la confiance du roi, dont uissait le prélat, il comptait oppos-"" pouvoir non moins redoutable et dont lui seul peut-être avait mesure Tu latrce^. c'était l'influence de ce"e haute noWej qui était alors en possession de presque toutes le^ d S 'tes 1 gouvernement des provinces, du commandement de troupes en un mot des attributs de la souveraineté Les Tg efforis des princes des maisons de Bourgogne e Autriche pour diminuer la prépondérance des villes et neutrai^ er.ction sur le pays , avaient eu pour cm.sequence l'agrandissement rapide et peut-être demesuie du petit nombre de familles plutôt piiuciè.es que -^';-"«'-'^^^: tour desquelles se groupait la noWesse ^ ^""« .\ ^^^, sau (Allemands d'origine) , les d'Lgmont Hollanda s) , les Crov (venus de France), avaient joué le principal rôle sous Se nrs règnes , et se trouvaient à la tète de ceUe er aristocratie, qui Joignait à son attachement pou es sou verains des idées d'indépendance personnelle «l ' ^ g. andeur féodale. Guillaume, quoique jeune encore ,av.tp- ^^^^^ quelque sorte le premier rang , d'abord par '» ^^«^ îiale qu'il avait obtenue , par l'opulence que lui assuraient
de grands biens et un riche mariage , et par l'éclat d'une magnificence presque souveraine ; mais surtout par l'ascendant que lui donnaient un caractère ferme , un coup-d'œil prompt, un jugement sûr. Plus pénétrant et plus profond que ceux qui l'entouraient, il savait tHre réservé sans froideur, et rester maître de lui-même sans paraître aspirer à dominer sur les autres. Dans le commerce ordinaire de la vie on lui voyait les traits et les goûts de son Age ; mauvais ménager , joyeux compagnon , grand chasseur , il entretenait avec la plupart des seigneurs de la cour ces relations amicales et familières qui forment souvent les liens les plus solides. Ainsi, l'influence qu'il s'était acquise tenait à sa position sociale autant qu'à ses qualités personnelles, et cette noblesse , dont il allait devenir le chef, reconnaissait en lui son représentant.
On a déjà vu combien les dispositions où se trouvait la nation étaient dangereuses pour le monarque. Les Belges se montraient vivement inquiets des prédilections étrangères d'un souverain qui ne partageait ni leur caractère ni leurs inclinations, et avec lequel ils avaient eu si peu de rapports. Les états , réunis à Gand vers l'époque de son départ , lui témoignèrent cette défiance qui commençait à germer dans tous les esprits. Il voulait laisser après lui en Belgique trois mille fantassins espagnols qu'y avait amenés Fempereur. L'assemblée refusa hautemeiït d'y consentir. Philippe avait été loin de prévoir cette résistance ; elle l'irrita autant qu'elle le surprit , et il laissa échapper ces paroles remarquables : Bientôt les Belges voudront me chasser aussi sous prétexte que je suis étranger. Cependant , au milieu de cette opposition générale, il crut reconnaître la main d'un seul ennemi, et au moment de s'embarquer pour l'Espagne à Flessingue, le 20 août LiôO, il reprocha au prince d'Orange d'avoir soulevé contre lui cette tempête. En vain Guillaume voulut-il rejeter la décision sur les états, le roi repartit avec amertume: Ce ne sont point les états, mais vous , vous , vous