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CHAPITRE IL

X. -.i .».«inorciaIe de la Belgique »eri 1660. Opulence et pro.pér.té commerciale oe b h

Bégenoe de Marguerite de Parme.

I •.M>onue approchait où la plus terrible commotion devai aTerrBel,ic«e et détruire parsa ^^l-ce » P;.. n.V.lé aue tant de siècles avaient préparée, et quêtant

eL^vaient maintenue. Aucune autre conUeej-

, t r :f -inc i^rnrrn'^ aussi constants, et nt uuisau'alors n avait fait des piogus aub»i lu »

l^ d-une opulence aussi générale. I a popu^a - » d v 1 s. mesure ordinaire du commerce et de 1 muu r e « a. teint une proportion plus f-^c n« auiçu.d h^^^^^ ^^^^^^l '^ Liège comptaient plus de cent mille 1"*» f"*l'..^.^"" ;„ Bruxelles soixante-dix à soixante-quinze mdle L «dustr^ p^cipale était encore la d-perie qui prospérait -^^^^^^ en Flandre. On évaluait ses exportat.ous «"""f"".^' '™* ^ Lp ndre lesdraps de qualité inférieure , a 8 mdhons de floriL (qui représenteraient "^l ^ d es « ^ fvancs). Les forges de ^^^^^'^^^^ ,ue les premières du monde , et 1 on Usait en i

Liégeois avaient trois cho^'^^^^^^^.'ï^^rp tardent le pain , du fer plus dur que le 1er , et d" ^^ P J' j,^^. que le feu (ce dernier trait se rapporte « ' l^^^^c.lais ,lon). La navigation s'était accrue ^ep- «f P-« ^^^^^^J,-.

\ . i.v im o • car les marcliands anglais tuut^nt Z l B ï- où Sait l'entrepôt général des laines d^^ gfet r;eetI'l4^g"e.MaisAnversforma.tcoi^^^^^

du négoce. Un relevé du ^rrlt'eTdeTmUle cinq ville . vers le milieu dt ce s.ecle . P^^e à de^J ™ cents le nombre des naviresque 1 on y voyait souvent

dans l'Escaut. L'Angleterre, l'Espagne et le Portugal étaient la destination la plus ordinaire de ces bâtiments. Les deux dernières contrées surtout , brusquement enricliies par la conquête des Indes et d'une partie de l'Amérique , mais dépourvues de manufactures ci d'industrie, tiraient de nos provinces jusqu'aux meubles (H aux ustensiles de ménage. Telle était quelquefois la richesse des cargaisons expédiées pour ces pays , que les marchandises de tieize bîHiments enlevés par des corsaires fiançais furent estimées 500,000 écus d'or. Anvers recevait chaque semaine, des provinces wallones ou du nord de la France , deux mille grandes voitures de roulage pesamment chargées ; et il n'y avait pour ainsi dire aucun point de la Belgique qui ne ressentît les effets de cette activité et de cette circulation.

C'était dans les solennités politiques ou dans les fêtes locales que l'on voyait surtout éclater l'immense richess.e ainsi répandue dans le pays. Dans un concours de déclaniation proposé parles Anversois, la société de Rhétorique de Malines envoya trois cent vingt-six de ses membres, qui firent leur entrée à cheval, tous >étus de satin elde velours avec des ornements d'or et d'argent. Ceux de Bruxelles, aussi nombreux et aussi richement équipés, amenaient avec eux soixante-seize voitures et sept chars de triomphe. Diiiis d'autres occasions on élevait des décorations monumentales, on contruisait des cirques sur les places publiques , l'on faisait paraître la milice bourgeoise inagnifi(|uement armée et couverte de casaques de velours. Les cérémonies publiques devenaient une affaire municipale , et la pompe de ces spectacles ne paraissait jamais achetée trop cher.

Mais au milieu de tout ce faste, peut-être les regards d'un obsenateur froid auraient-ils cherché en vaiu daris nos provinces, ces éléments de force et ces bases de liberté qui uvatent caractérisé la Belgique à l'avènement des ducs de Bourgogne. Cette bourgeoisie , qui ne figurait plus que dans les réjouissances, avait perdu avec l'habitude des ar-

mes l'énergie nécessaire pour en faire usage. Les populations étaient encore libres et fières; mais elle avaient cesse Se llurcies et retoutables. On avait >. les 1^^^^^^^^ Martin van Rosscm camper sans crauitc au cœur du Rra M t et sous les murs de la grande ville d'Anvers , qm ne Daiii Li »uu3 navsaiis du

se fiant pas à ses iil..yoi.s, axail la.t ^^ .,,::, oiitiuue tiivs de Waes pour garder ses remparts. La ml poUlique . toul.liécd.r perrple conune la;ie -imaj ^ '- «1les nrivilé-es eussent été dimu.ues, mais parce que es queS! des souverains n'étaient P- --"- ^^^t/^^^ Questions locales, immédiates, touchant ""^ 'l^'^^J 7. auN sentiments nationaux. A part quelques pomls d adm SnSn intérieure, qui offraient -n-una une gra.Kle mportance , le rôle des assemblées "«t;''"»»';^,;,^^^'''"'^;;^;^ eu orès à consentir aux subsides ou a les retu»er. t.co.e ptu pits a C011SI.I Atiiniit lo plus souvent im-

laut-il remarquer que les refus ctaiLUi it P i possibles; car ils n'auraient pastermu.e 'e^ "^^^^ «"^^ souverain se trouvait engagé comme ro. d t>P< S"" ou commet empereur, et ils n'auraient eu ^Vaut.;c .-^ t^^^^^ de laisser la Belgique sans défense. Ams. l^S" '^ '~ échappait pour ainsi dire à l'act.on du P»>-J;« ^^ ' f^t n'étaient plus fournies par les provmccs : le someiam uai n LtaiLui piub luui i somme convenue ,

tait avec des cap.tames qui , poui une so levaient des gens de guerre dans les parl.es ^^ P '^ P»" vres de la contrée (surtout dans la ^-f^'^j\^ ^^ ..„ on Vllema^ne. L'esprit mercenaire des soldats ams las emîé^ïes rendait indiLrents. la cause nu'i'^sou^ena-^ et à l'evception des bandes d'ordonnance, qui se monlaïuU

t 0 mi e hommes, il n'y avait plus d'armée nationd infin la navigation elle-même, celte partie s. ™P- •> te (c plus tard si décisive) des ressources et des >'"-^' '•,''»;;'. ^gique, écl.ap,.it en quelque ^^^^:::^Z çons et des Hamands. pour passer aux ^

Zélandais et aux ' Frisons. Là se trouva. P^P'^^ j/JJ matelots ; là se concentraient la pèche eie^^^^^^^^

grains et de bois ; là se faisaient les expéditions vers la

tique et le Nord. La vie plus simple , le travail plus rude , les besoins plus bornés de ces iiopulations maritimes , leur assignaient en quelque sorte ces entreprises dures , oii la fatigue et le danger étaient plus grands que le profit, mais qui formaient des hommes d*audace et d'action. Anvers et Bruges, riches depuis longtemps, formaient des ouvriers habiles pour les arts d'une ci\i!isation avancée ; on y fabriquait des étoiles de prix , de la soie , du satin , du velours, des tapisseries , des dorures , des couleurs , des glaces : on y rafllnait le sucre , on y purifiait les métaux , on y travaillait l'or, l'argent et les pierres précieuses. Tant de professions, d'un ordre assez élevé et d'une nature lucrative, alimentaient les habitants: h Doidrecht et à Amsterdam, le peuple se composait de marins.

Les historiens ont remarqué , comme une grande cause des malheurs publics à cette époque, l'état de gène et de détresse où se trouvaient presque tous les nobles. Ce mal prenait sa source dans le nouveau système militaire qui y prolongeait la durée des campagnes. Les gentilshommes , qui servaient d'abord pendant trois mois au plus, se voyaient maintenant forcés de rester quelquefois plusieurs années sous les armes. C'était leur ruine. Les plus puissants n'en souffraient pas moins que les plus pauxres; car les grades les plus élevés entraînaient les plus fortes ( barges, et le souverain accordait à peine quel<iues légères indemnités h ceux dont les services n'étaient pas mercenaires, lue lettre de Guillaume de Nassau nous montre que ses honoraires, comme général en chef de l'armée de Charles-Quint (en 1555), s'élevaient à 1300 llorins par mois, tandis qu'il en dépensait 2,500. Aussi ce prince, que Ton surnommait le Riche, était-il lui-même obéré à la lin diî la guerre. Le gouvernement avait très peu de moyens d'indeuuiiser ceux qui ne pouvjient supporter ces pertes : caries luttes n'étant plus nationales, on ne voyait pas, rumme autrefois, les provinces rémunérer ceux qui les avaient défendues, et payer les dettes du souverain. La politique de Charles-Quint lui-

même consistait à ne demander aux états que le moins de sacrifices possibles , pour éviter leur intervention dans les aSres L. noblesse n'était point récompensée ; et comme aiiaires. i-u iv.^it nnussi-p en uénéral a des

un sentiment d'honneur U>ait f "''^'^^. '" f„„ ,ôté elle efforts an-dessus de ses forces , et que d un autre cote enc ne pouvait se soustraire aux progrès du lu.c dans les autre i ses , elle souffrait et se trouvait disposée non a lutter c-lrei; monamue, mais à murmurer contre ses con-

't'2 une autre classe, plus rarement môU-e au. secousses

pou ques, le clergé venait de subir une r-rgan W Lait agité les esprits et froissé queUiuesnilere s Ju .pi alors îl n'avait existé dans les Pays-Bas que "nq evecbes . ceux , 1 1 é-e de Tournav, d'Utrecbt , d'Arras et de Cambrai, i. dip;;Iil fait sollidteràRome rétablissement^^

veau"diocèses, qui devaient P-'-, « -'^'j^jjf^teo Ïahuit. C'était le moyen de dcmner a E^^

nisa.ion régu bere et oUe ^^^^ ,^, ,;,

•:teTx1v:..^-x^e"Gand,iB^^^^^^^

lo rnntrée les évèches de louinay, uivua. , Ïe^rilroier , avaient pour f tropole^b^ en^ en

archevéebé : cinq ^^^^Z£^:Z;^:^^:^!,^ vinces septentrionales, devaiu.t itssoun u

/•i -.i/.o /-nmme siéiie épiscopal de nu me que seul restait ''''««. ,^"J,',.;,i,/po„tfe consentit à cet comme prmcipaute. Le souvcuuu F" ^Vis l'exécu-

arrangement dont le fond éja.t sage lo,^, --s -éc^^

tion offrait quelques '^^-^^ J^plts g a. des abbayes, prélats on leur assigna ^ .'^; "" . '^^P'^^^'i,-,! cm- aux redont ils devinrent ^^;f f l^^, ^^^^^^^ droits. Les an-

liaieux une partie de Icuis um su ui^ i'ens évèques étaient élus par leur chapil 'l^J^^f'^^l réservait la présentation des "-;-»;- '^^j^ '"^ Li

qu'alors tout ^;;^lj^t:^ ^S::^:^^^ et de tomber sous son mlluenct. i^^^ «

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Liège étaient réduits et mutilés par ce changement , qui leur ôtait leur ancienne importance; enfin Ton disait tout liant que rarclievéché de Malines était réservé au Bourguignon Granvelle , et que lui et les autres prélats de Brabant, désormais choisis par Philippe , augmenteraient le pouvoir de ce prince dans l'asseniblée des états , où ils prendraient place au lieu des abbés dont on leur avait assigné le titre et les revenus.

Dans cette situation des choses , le premier point sur lequel s'engagea la lutte entre les serviteurs du monarque, et ceux qui étaient mal disposés à souffrir sa domination , fut le renvoi des troupes espagnoles. Les désordres et les violences qiie commettaient ces soldats dans leurs cantonnements alimentaient l'irritation publique. Bien ne fut plus facile que de soulever toutes les classes d'habitants contre ces bandes étrangères, que Philippe , dans un but politique ou sous l'impression de son ressentiment, faisait rester dans uos provinces plus longtemps qu'il ne l'avait promis. La gouvernante s'effraya de re(ler\escence des esprits et sollicita elle-même le départ des Espagnols, malgré l'avis de Granvelle. Ils s'embarquèrent enfin (lôiil) ; mais l'impulsion était donnée et les exigences ne devaient pas se borner là.

En effet le retard maladroitement apporté à l'éloignement de ces troupes avait rendu compacte et redoutable le parti de l'opposition. Les comtes d'ï':gmont et de liorn , subjugués par l'ascendant du prince d'Orange, se laissaient diriger en tout par lui. Ils entraînaient avec eux la plus grande partie de la noblesse, ennemie des étrangers et mécontente de la faible part qu'elle avait au gouvernement. Rien ne contrebalançait l'action immense qu'exerçaient sur !a population et même sur la cour de la gouvernante le mécontentement des plus gramles familles, et l'aversion qu'elles témoignaient pour ceux à qui Philippe s'était confié. A défaut d'autres sujets de plainte on prolongeait l'affaire des évôchés, on résistait à leur établissement, on

répétait le nom sinistre d'inquisition , et il n'y avait point d'accusation qui ne trouvât de l'écho.

Granvelle venait d'obtenir le chapeau de cardmal. 11 en profita pour prendre sa revanche des petites humiliations auxquelles l'avait exposé jusque là l'infériorité de sa naissance et de son rang. Son nouveau titre lui donnait le pas sur tous ses adversaires et il se piqua d'étaler une magnificence qui éclipsait la leur. C'était une faute; il irritait par là des adversaires dont il eût pu regagner quelques-uns. Mécontent de la faiblesse qu'avait montiéela gouvernante, il crut pouvoir la dominer en affectant de la hauteur dans ses relations avec elle ; la confiance que lui accor.lait le roi et la fortune inespérée où il été parvenu, lui inspiraient aussi des mouvements étranges de vanité. Bientôt il devint odieux à Marguerite elle-même , qui demanda son éloignement : lui de son côté, soit lassitude, soit cramte sollicitait également sa retraite. Philippe y consentit , et le cardinal partit pour la Franche-Comté au mois de mars lab3. Alors le conseil d'état tomba sous la direction absolue du prince d'Orange , contre lequel Yiglius et Berlaymont ne pouvaient lutter, et qui prit ouvertement les leues de 1 administration. L'agitation parut diminuer.La noblesse était satisfaite du triomphe qu'elle venait d'obtenir: le peuple, quoique toujours défiant envers le roi, n'avait plus aucun grief sérieux : la seule affaire qui fixât l'attention et qq demandât l'intervention immédiate du pouvoir , était la grandeet délicate question de la liberté religieuse.Le nombre des protestants s'était accru , principalement dans les provinces frontières, et l'on avait vu à Valenciennes , ou des calvinistes français venaient de s'introduire , la toule dehvrer ceux que les magistrats voulaient envoyer au supplice. Il devenait donc urgent ou de s'opposer avec vigueur aux partisans des nouvelles doctrines, ou de renoncer a emlyer contre eux la force des lois. Ce fut ce dernier parti ïue Guillaume fit prévaloir d'abord dans l'opinion de la noblesse , puis au conseil. La plupart des seigneurs belges se

flattèrent que le roi y consentirait : pour Nassau , il n'est guère (louteuY qu'il prévoyait les refus du monarque et que sa pensée allait plus loin.

L'occasion lui était singulièrement favorable. Dans d'autres circonstances, il eût couru risque de choquer tous les esprits en accordant quelque soutien aux prédicateurs ou aux partisans du protestantisme. 31ais le nom d'inquisition avait inspiré une horreur générale. On craignait encore que le but de Philippe ne fût d'introduire en Belgique ce tribunal espagnol avec son pouvoir absolu et mystérieux. Cette seule pensée rendait odieuses au peuple les mesures de sévérité déjà décrétées contre les hérétiques, et les premières voix qui s'élevèrent pour demander leur abolition furent écoutées avec faveur. Le comte d'Egmont, que le roi avait mandé auprès d" lui pour conférer sur l'état et les vœux de nos provinces , lui porta leurs réclamations (150,5). 3Iais le monarque, loin de céder, envoya l'ordre de redoubler de rigueur. Il recommandait en même temps d'éloig;-er des yeux du peiq)le le supplice des condamnés, afin d'éviter l'impression tjue pouvait faire sur la foule leur courage Tanatique. C'était se méprendre étrangement sur le caractère et les idées des Belges que des exécutions secrètes devaient révolter. Aussi cette dernière partie de ses ordres fut-elle entièrement négligée par la gouvernante qui voyait les choses de plus près. Mais les condamnations commencèrent, et c'en fut assez pour augmenter l'irritation. D'Egmont lui-môme, de retour en Belgique , se plaignait hautement d'avoir été trompé par le roi, soit qu'il eût reçu des promesses illusoires, soit qu'il se fût abusé sur la valeur des expressions du souverain. Bientôt éclata une opposition ouverte.

Philippe de Blarnix, seigneur de Sainte-Aldegonde, fut le premier auteur de la ligue qui se forma alors parmi la noblesse et la haute bourgeoisie. Il avait rédigé un acte d'union, appelé le Compromis , dont les signataires s'engageaient à résister à rétablissement de l'inquisition , soit avec leur

fortune ou avec leur épée. Deux mille signatures furent bientôt recueillies , et le 5 avril 1566 , plus de trois cents gentilshommes , qui s'étaient rassemblés à Bruxelles pour cet effet , présentèrent à la gouvernante une requête par laquelle ils demandaient l'abolition des édits contre les protestants , et même la suppression des nouveaux évêchés. Margueiite de Parme, pleine d'inquiétude et d'irrésolution, ne leur fit qu'une réponse vague également insuffisante pour satisfaire les mécontents ou pour les effrayer. Les confédérés protestèrent tout haut de leur dévouement au roi ; mais ils montrèrent la ferme résolution d'obtenir par tous les moyens l'objet de leur requête, et le comte de Berlaymont ayant dit tout bas à la gouvernante que ce n'étaient que des gueux, ils adoptèrent ce nom qui désigna plus tard en Belgique le parti protestant.

Le prince d'Orange et les comtes d'Egmont et de Horne ii'avaient point fait partie de cette assemblée ; mais leurs proches et leurs amis s'y trouvaient , et ils étaient ouvertement en rapport avec çlle. Bientôt une seconde réunion des confédérés eut lieu à Saiut-Trond , et là iis se trouvèrent au nombre de près de deux mille nobles, tous armés , et quelques-uns suivis de leurs gens. Marguerite n'avait point de forces à leur opposer , et si l'unité de vues et de sentiments qui régnait entre eux eut été réelle et durable, ils sembiaient pouvoir braver toute la puissance de Philippe. Mais quoiqu'ils fussent unanimes pour résister au roi en ce qui touchait aux libertés nationales, il s'en fallait de beaucoup que leurs intentions fussent les mêmes quant à l'avenir religieux du pays. Si quelques-uns de leurs chefs étaient protestants et voulaient la ruine de l'Eglise , l'immense majorité de l'assemblée était sincèrement catholique et ne désirait rien de plus que les points formulés dans la requête. Ces derniers ne soupçonnaient point encore le plan secret des autres , et auraient été plus disposé> a le combattre qu'à \ concourir.

Un événement imprévu vint ouvrir les yeux a presque

tous. Depuis quelque temps le nombre des prédicateurs protestants était devenu plus considérable , à la faveur des troubles et de l'agitation des provinces. Anvers avait toujours renfermé un certain nombre de marchands luthériens que Ton avait ménagés pour ne point nuire au commerce qui se faisait avec T Allemagne. (Le roi avait même consenti à laisser vacant le siège »'*i)iscopal de cette ville , pour que les négociants étrangers n'éprouvassent aucune inquiétude quant à leur liberté religieuse). La Flandre et le Hainaut se trouvaient inondés de calvinistes français, qui attroupaient le peuple dans les campagnes et aux environs des villes. Une crise commerciale, qui avait suspendu momentanément les affaires et fermé les ateliers , disposait une partie de la classe ouvrière à tout ce qui offrait l'image de troubles, d'innovations, de révolution sociale. Les prédicateurs devinrent populaires parce qu'ils accusaient l'ordre existant ; et comme leurs harangues étaient dirigées contre les choses plutôt que contre les doctrines , ils ameutèrent une multitude aveugle, à laquelle se joignirent des bandes vagabondes d'aventuriers français. Les premiers désordres . éclatèrent à Anvers dans le mois de juillet. Les protestants assistaient armés aux prêches publics , et la fermentation devint générale dans la ville au bruit de l'approche de ipielques troupes. Le prince d'Orange y courut et ai)aisa un moment les troubles. Mais au mois d'août , les calvinistes formèrent des rassemblements en Flandre, et attaquèrent les abbaves et les églises du cAté de IVIenin et de Courtrai. Animés d'une audac4î que l'impunité redoublait, ils forcèrent l'entrée des temples , brisèrent les images et détruisirent ou profanèrent tous les objets sacrés, d'abord dans les campagnes , puis au sein même des cités les plus considérables, à Ypres, à Gand, à Tournay, à Anvers. La populace déchaînée semblait se faire un jeu de cette œuvre de destruction que les classes moyennes n'usaient empêcher. Mais alors ceux des seigneurs belges qui avaient signé le Comproraisde bonne foi et sans arrière-pensée, comprirent

où conduisait la route dans laquelle ils se trouvaient engagés. La confédération naguère si puissante s'affaiblit tout à coup et finit par s'évanouir ; tandis que les gouverneurs des provinces , prônant enfin les armes, dispersaient les rassemblements populaires et déployaient une juste sévérité contre ceux qui avaient trempé dans les derniers excès. Le comte d'Egmont surtout les poursuivit avec rigueur : plus il était allé loin pour la défense des libertés publiques, et plus il frémissait du résultat ay-quel avaient conduit ses efforts.

Pour Guillaume de Nassau , qui s'était rendu cher aux protestants par la tolérance dont il usait envers leurs ministres dans les provinces qu'il gouvernait, il lui fut possible d'y prévenir des désordres dont il sentait combien le contre-coup serait fatal à sa cause. Mais il ne put empêcher que ce parti de la résistance , dont il avait été le créateur et le chef , ne perdît toute sa force et toute sa résolution dans le reste du pays. Les violences populaires avaient alarmé la nation et refroidi les plus déterminés. On désirait la présence du roi et l'on espérait que des mesures d'ordre et de conciliation pourraient être prises à son arrivée. En vain Nassau prédisait-il que Philippe se montrerait vindicatif et impitoyable ; sa parole n'avait plus aucune autorité. La ville de Valenciennes , où les calvinistes dominaient, fut assiégée et prise par le comte de Noircarmes, gouverneur du Hainaut , sans que personne , excepte quel* ques gentilshommes du Tournaisis et de la Flandre française, eût fait aucun effort pour les secourir. Enfin , la gouvernante ayant demandé un nouveau serment de fidélité au roi, le prince fut presque le seul qui refusa de le prêter. Il se retira en Allemagne (avril 15G7).

On raconte que dans une dernière entrevue avec d Lgmont , il fit tous ses efforts pour l'entraîner dans sa fuite. Mais le comte ne se sentait pas coupable, et son exd eut ruiné sa famille. Adieu , prince sans terres, dit-il a son ancien ami , en le quittant. Guillaume lui répondit par ce mot fatal : Adieu, comte sans tête !

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