CHAPITRE IV
Gouvernement de Réquesem. — Pacîfîoation de Gand. — Gowvernement de Don Juan d'Autriche (1673 à 1679).
Quoique le caractère de Réquescns fut doux et modéré, et qu'il eût reçu les instructions les plus pacifiques, tel était l'état des choses que le nouveau gouverneur devait avant tout acheter par des victoires le droit d'offrir la paix. Les échecs essuvés par les troupes royales avaient compromis leur cause, et l'apparence du découragement eut enlevé aux concessions mêmes leur valeur et leur effet. Le commandeur fit préparer à Anvers et à Berg-op-Zoom une expédition contre les îles zélandaises. Mais l'infatigable Boisot le prévint , attaqua l'escadre de Berg-op-Zoom avant sa jonction avec l'autre , et se rendit maître du plus grand nombre des navires (janvier 1574). Cette défaite, qui eut découragé un chef moins habile , n'arrêta point Réquesens. Le gros de ses troupes était rassemblé au bord de l'Escaut pour passer en Zélande; il les conduit vers la Meuse où il appelle en même temps le corps qui était resté devant Leyde, et se trouvant ainsi à la tête de toutes ses forces, il se porte au devant d'une armée allemande qu'attendait le prince d'Orange. Cette armée , forte de dix mille hommes, venait de traverser le Limbourg , sous la conduite des comtes Louis et Henri de Nassau. Le gouverneur la rencontra au-dessus de Nimègue , dans une plaine immense appelée la bruyère de Moock. Il leur offrit la bataille, et les deux comtes , avant osé l'accepter , furent complètement vaincus et restèrent au nombre des morts (14 avril 1574). Après avoir relevé par ce succès l'honneur de ses armes , le com-
mandeur eut à lutter un moment contre la mutinerie de ses propres soldats. Les Espagnols , à qui l'on devait vingthuit mois de paye , s'insurgent contre leurs officiers , élisent d'autres commandants et marchent sur Anvers où ils sont introduits par la garnison. Ils menaçaient de saccager la ville , lorsque Réquesens parvint à les apaiser en leur distribuant tout l'argent qu'il avait pu tirer des bourgeois ou emprunter d'ailleurs (il mit en gage jusqu'à sa vaisselle). Il les dirigea ensuite sur Leyde, et (ît recommencer le siège de cette place avec tant de vigueur que les habitants furent bientôt réduits à la dernière extrémité.
Après avoir déployé dans ces premières opérations la vigueur et l'activité d'un homme de guerre, le gouverneur s'occupa des mesures générales que réclamait la situation du pays. A l'intérieur, le trésor était vide et toutes les ressources épuisées ; au dehors la supériorité maritime des ennemis leur assurait dans tous les cas la libre possession des îles zélandaises , d'où ils pouvaient dominer sur toute la côte et fermer l'Escaut. Réquesens résolut d'assembler les états afin d'en obtenir des subsides , et de demander au roi une flotte assez puissante pour devenir maîtresse de la mer. Philippe ordonna en effet l'envoi d'une escadre ; mais une maladie contagieuse fit de si grands ravages parmi les marins que les vaisseaux ne purent mettre à la voile. Quant aux états, ils se réunirent à Bruxelles; mais quoique le commandeur leur fit , au nom du roi , plusieurs concessions importantes (amnistie générale et sans réserves , abolition des nouveaux impôts et suppression du conseil des troubles), cependant le mécontentement public voulait une satisfaction plus étendue. Ils exigèrent l éloignement des étrangers , et la répression « des mangeries et pilleries » des -soldats qui traitaient les sujets du roi en « pauvres esclaves et infidèles » (c'était une allusion aux cruautés des Espagnols en Amérique). Ils demandaient en outre le rétablissement de tous les privilèges méconnus ou enfreints et quelque accord avec les provinces qui avaient pris les armes.