AVE MARIA
Le collège de Huband "était plus généralement connu sous le nom de collège de YAve-Maria. Le nombre des boursiers fut doublé par le duc d'Orléans, frère de Charles VI.
Mon intention n'est point de tracer l'histoire, même abrégée, des autres collèges, grands ou petits, qui tous à peu près ont cessé d'exister et se sont laissé absorber par ceux de Louis-le- Grand ou d'Henri IV, car cela m'entraînerait dans des développements qui fatigueraient le lecteur après m'avoir fatigué moi-même (1).
(1) Les rues de la Montagne-Sainte-Geneviève , Saint-Jacques et de la Harpe étaient celles qui renfermaient le plus de collèges. On voit encore dans cette dernière, sur des maisons presque conliguôs, trois inscriptions qui rappellent au passant des établissements disparus sans retour.
Le numéro 85 a cette inscription sur une espèce de cartouche au-dessus d'une grande porte-cochère :
COLLEGIUM SAGIENCE (de SEEZ) HE^DIF. ANN. 1730;
le numéro 89 celle-ci : Collegium Narbonnœ (de Narbonne) fundatum anno 1713, reœdif. anno 1769. (Écriteau peint en bleu, à lettres d'or.)
Enfin le numéro 93 présente une vieille porte ogivale, en pierre noirâtre de vétusté, unique reste du collège de Bayeux. Deux sveltes et légères colonnettes à chapiteaux de feuillages soutiennent cette porte; l'une d'elles
En 1352, Jean de Viry était abbé de Sainte-Geneviève. « Il lui arriva, dit notre chroniqueur anonyme, une assez grande disgrâce, sçavoir que quelques docteurs de Sorbonne, s'estant assemblés chez luy, prirent querelle avec ses officiers, dont ils furent maltraités, de sorte que la faute en tomba sur luy pour n'avoir pas fait, à ce qu'ils disoient, ce qu'il pouuoit pour empescherce désordre, en sorte qu'il fut privé de tous les droits et les honneurs dont il jouissoit dans l'Université, et les sceaux qui se gardoient dans son abbaye furent transportés au collège de Navarre. »
Notre historiographe consciencieux cite parmi les chanoines réguliers de ce siècle, illustres en naissance^ piété, doctrine, etc., Guillaume de Foulqueuse et Pierre d'Ailly, escolatre de l'église de Saint-Hilaire de Poitiers et chantre de celle de Sainte-Radegonde, qui, s'étant retiré à Sainte-Geneviève, y fonda la fête de sainte Radegonde, « pour la vénération qu'il lui portoit. Il fit présent à l'église de douze figures d'argent des douze apôtres. »
est rongée; les retombées sont supportées, d'un côté, par un lion sculpté terrassant un monstre, et, de l'autre, par une sorte de griffon terrassant un lion. La façade a subi une déviation produite par le temps. L'inscription est : Collegium Bajocense, fund. anno 1308. Au milieu de l'ogive est une niche vide.
Il est fort à craindre que le vandalisme effréné de nos maçons, qui se décorent du nom d'architectes, ne fasse disparaître tôt ou lard ce vénérable portail. Les choses respectables ne sont guère respectées par ces gâcheurs de mortier, ces badigeonneurs stupides. Déjà Tinlérieur de la cour, qui sert de passjige, a été bouleversé de fond en comble ou restauré (comme on dit); on a abattu une niche historiée qui était au-dessus de la porte d'un escalier, et l'on a construit de ces belles maisons de plâtre que l'on aime tant aujourd'hui.
Cela s'appelle |)rosrrè«/
On l'enterra au bas des degrés de la porte de i'aumônerîe dans le cloître.
En 1355, la partie de ce cloître qui était devant les églises unies de Saint-Étienne et de Sainte-Geneviève fut donnée à cens pour qu'on y construisît des maisons ; dès lors se forma la place du carré de Sainte-Geneviève.
Crevier, dans son q\q>q\\qi\Xq Histoire de l'Université de Paris, place en 1355 la rixe survenue à Sainte-Geneviève et qui motiva l'enlèvement des sceaux de l'Université. Cette différence de date n'a rien d'important.
Etienne de Lapierre, abbé, qui s'était trouvé à Saint-Denis pour les funérailles de Charles V, fit présent à Charles VI d'un beau destrier blanc, qu'il lui envoya en Flandre (1385). Ce même abbé, seize ans après, ayant obtenu du roi le îpaiement de trois cents livres dues à l'abbaye , se servit de cette somme pour faire réparer la tour du clocher.
A l'époque où nous sommes parvenus, c'est-à-dire en 1387 ou \ 388, le collège établi par Gilles Aycelin , et qui se trouvait depuis longtemps dans l'état le plus précaire , fut réorganisé et restauré par Pierre Aycelin de Montaigu, de la famille du fondateur, lequel, de prieur de Saint-Martin-des-Champs, était devenu évêque, puis cardinal et ministre d'État. Les donations qu'il fit au pauvre asile excitèrent le mécontentement de son neveu et héritier, Louis Aycelin de Montaigu de Listenois, chevalier, qui attaqua plus tard le testament; mais, à la prière de quelques parents, les choses s'arrangèrent à l'amiable. Louis se désista de ses prétentions, à condition que le collège porterait désormais le nom de Montaigu y que les armes de cette
maison seraient sculptées au-dessus du portail principal donnant sur la rue des Sept- Voies, et que, suivant l'intention du cardinal formellement exprimée , les boursiers seraient pris de préférence dans le diocèse de Clermont.
Dans ce siècle, chacun des collèges de Paris (indigentes et étroites écoles , espèces de salles d'asile) appartenait exclusivement à une nation, à une province ou à une localité de la France, dont il prenait d'ordinaire le nom.
Le moine de Sainte-Geneviève, qui desservait l'église paroissiale de Saint-Étienne-du-Mont, ne cessait pas pour cela d'habiter avec ses frères; il vivait soumis à la règle commune et ne jouissait point du casuel, qui entrait en entier dans le colfrefort de la maison. Cet état de choses cessa en 1400; le curé ayant témoigné le désir de vivre à part, comme un prêtre séculier, fut mis en possession du revenu curial, à la charge de payer vingt-huit livres par an à l'abbaye ; on continua de prendre ses successeurs dans la communauté des chanoines.
Plusieurs hommes d'église de la famille de Montaigu avaient été choisis pour exécuteurs testamentaires du cardinal, l'un des membres de cette même maison : Philippe, évêque de Noyon, créa des statuts pour le collège en 1402, année pendant laquelle Nicolas Flamel fit rebâtir à ses frais l'oratoire de Sainte-Geneviève-des-Ardents en la Cité et fut représenté à genoux dans une niche à côté du portail. Neuf ans après, les boursiers du collège obtinrent du pape la permission d'avoir un clocher et une cloche.
Les clercs de Paris ayant été troublés dans leur procession solennelle (qui, partant de Sainte-Geneviève, allait à l'abbaye du
Val-des-Écoîîers) par les pages du sire de Savoîsy, lesquels menaient les chevaux de leur maître à l'abreuvoir, il y eut des désordres et des rixes dans la ville; les gens de Savoisy furent, par suite de cette affaire, condamnés à faire amende honorable au carrefour de Saint-Séverin et devant l'église de Sainte-Geneviève, ensuite ils furent fouettés par le bourreau et enfin bannis (1404). A cela ne se borna pas la punition de leur attentat, un des plus grands que l'on pût commettre alors : Savoisy vit son hôtel rasé (les écoliers travaillèrent eux-mêmes à la démolition par représailles ) et fonda plusieurs chapelles expiatoires. L'hôtel ne put être rebâti que bien longtemps après; on y mit une inscription commémorative.
En 1405, le collège de Montaigu s'agrandit en achetant plusieurs bâtiments dépendants de l'abbaye de Sainte-Geneviève, à laquelle il paya 1,600 écus d'or « et cinquante sols parisis de cens annuel pour chacune des maisons acquises sur le fief avec tous les autres droits seigneuriaux et paroissiaux. »
Le registre manuscrit auquel j'emprunte ces détails arides sans doute, mais qui doivent se trouver dans cette notice, nous apprend qu'en 1409 « il se fit une procession du recteur de l'Université, laquelle partit de Sainte-Geneviève pour aller à Saint-Denis en France, où tous les maistres et tous les escoliers assistèrent, et fut si longue que lorsque les premiers entroient dans la ville de Saint-Denis, le recteur estoit encore auprès des Mathurins. »
Dans le même temps à peu près, la confrérie des porteurs de la châsse de sainte Geneviève prit naissance; des bourgeois de Paris la composaient; ils avaient demandé aux chanoines l'auto*
risation de les remplacer et cela par zèle pour la patronne; « néanmoins, quand ils faisoient cette fonction, il y avoit quatre religieux qui mettoient la main aux quatre bâtons du brancard, qui le soutenoient en qualité de porteurs honoraires, ainsi qu'il se remarque encore dans la tapisserie qui est au chœur de cette église, faite Fan 1545; mais cette pratique ne s'observe plus (1) Les écoles de Sainte-Geneviève étaient entre
le porche de l'église et la porte de la maison où l'on montoit par des degrés. Raoul Mareschal, abbé, y professa publiquement la théologie en 1420; plus tard on y fit les examens des maîtresès-arts. » A cette époque, qui était celle de la querelle des Armagnacs et des Bourguignons et « où le roy Charles VI buuoit de l'eau du puits de Sainte-Geneviève, soit qu'elle fust jugée plus saine par les médecins que les autres de Paris, soit par deuotion à cette grande sainte et patronne de son royaume, pour recouvrer sa santé, » l'abbé déjà nommé voulut remplir le rôle de conciliateur; il reçut l'ordre de faire boucher la porte de son clos qui donnait sur les fossés et qui eût facilité une surprise : le chroniqueur pense qu'il s'agissait de la porte papale.
Cette guerre civile et les désastreuses luttes de la nation avec les Anglais jetèrent dans toutes choses, comme on sait , une perturbation extrême. L'abbaye retomba dans le désordre et la corruption d'où l'avait tirée Suger; je signalerai les remèdes que l'on apporta dans la suite à ce mal.
L'an 1430 doit figurer ici à cause de la fondation du collège de Sainte-Barbe qui, plus heureux que ses voisins, que ses aînés,
(1) Ceci a été écrit en 1687.
a traversé les siècles et subsiste encore (on peut dire aussi des collèges : Habent sua fata.,.), Jean Hubert, docteur en droit canon, ayant résolu d'instituer une maison d'éducation ecclésiastique, prit à cens de l'abbaye Sainte-Geneviève un terrain où s'élevait jadis l'hôtel des évêques de Châlons et un emplacement appelé Château Fétu : cette maison devint bientôt florissante, et l'on y compta quatorze maîtres.
J'ai oublié de dire que les reliquaires et les vases les plus sacrés de l'abbaye de Sainte-Geneviève avaient été mis en gage pendant les troubles et pour faire face à des nécessités pressantes; l'abbé Robert Michon les dégagea en 1433 moyennant la somme de 300 livres.
Comment croire à la sincérité du respect des gens d'église pour les choses saintes, quand on les voit en trafiquer, ou les mettre dans les mains viles, rapaces et impies des Juifs? Je m'étonne que le chroniqueur-chanoine ait consigné ceci dans son manuscrit : c'est pousser la conscience historique un peu loin et avouer ingénument un brocantage que rien ne saurait justifier.
Au milieu de ce siècle, le sceau de l'abbaye donnait pour empreinte sainte Geneviève, saint Pierre et saint Paul, et en dessous un abbé à genoux ayant à sa droite l'écu de France et à sa gauche ses armes particulières; le sceau de l'abbé était enterré avec lui; celui du prieur représentait une main sonnant une cloche, car une des fonctions de ce chanoine était de rassembler ses frères.
Sous Philippe Langlois, 29*^ abbé, un jeune homme issu d'une
pauvre et obscure famille de Malines, — d'autres disent de
Bruxelles, mais c'est par erreur, — après avoir commencé ses
classes en Hollande, s'achemina vers Paris où les études philosophiques et théologiques étaient plus fortes que partout ailleurs; il se trouvait à peu près sans ressources pécuniaires, mais il avait eu soin de se munir de lettres de recommandation pour Sainte- Geneviève, asile d'études et d'érudition. Reçu favorablement, il fut logé, nourri et habillé à la condition qu'il sonnerait les cloches pour matines et ferait quelques menues besognes dans l'église et dans les cloîtres. Le Brabançon, qui visait à un but, qui était plein de résolution, de courage, de persévérance, se soumit volontiers à cette sorte de domesticité déguisée. . . Le jour, il se glissait toutes les fois qu'il le pouvait dans les écoles abbatiales et prêtait une oreille attentive aux leçons; la nuit, quand il faisait clair de lune, il se promenait sur les hautes galeries de la tour carrée que nous voyons encore au bas d'une flèche qu' n'existe plus, et étudiait dans quelques livres pris à la librairie conventuelle. — Peu à peu il acquit de profondes connaissances dont il devait bientôt faire un digne et noble usage tout près de la maison qui, la première, lui avait été hospitalière : ce jeune homme était Jean Standonck ou Standonch, sur lequel je vais avoir beaucoup à dire.
En 1470, Ulric Gering, de Constance', apporta l'art admirable de l'imprimerie dans notre ville, et vint établir ses ateliers sur le mont même de la science, dans les bâtiments du collège du docteur Sorbon. L'introduction de la typographie est peutêtre ce qui honore le plus le règne de Louis XL
Sept ans après, le parlement rendit un arrêt portant que la fête de sainte Geneviève serait célébrée solennellement et que ce jour serait dorénavant férié.
Cependant Standonck avait pris rang parmi les gens ies plus doctes et les plus judicieux de son temps, et sa renommée s'était rapidement répandue. Au sortir de Sainte-Geneviève, il devint maître d'étude à Sainte-Barbe, puis maître-ès-arts, bachelier en théologie, et sut gagner l'amitié de Jean Lhuillier, ancien professeur , évêque de Meaux et proviseur de Sorbonne, qui le fit admettre dans la société de cette maison. Les religieux de Sainte-Geneviève avaient conçu de l'estime et de l'amitié pour leur ancien sonneur ; aussi se réjouirent -ils en apprenant bientôt après sa nomination au poste de principal de Montaigu, faite par le chapitre de Notre-Dame, et se promirent-ils d'être favorables à ce collège.
[ Standonck, qui succédait à un principal no mmé Amatre Chetard, sous lequel le collège n'avait point prospéré, s'appliqua à relever un institut qui n'avait plus que 11 sous de revenu (aucuns disent 16 ) et dont les bâtiments étaient entièrement dégradés, presque inhabitables; les fonctions de recteur de l'Université, qui lui furent attribuées en 1483, ne ralentirent nullement son zèle à cet égard, et il poursuivit avec un plein succès sa tâche de réformateur. Cet homme austère et infatigable doit être regardé comme le véritable instituteur de Montaigu.
Comme il avait été pauvre, toute sa sollicitude se porta sur les écoliers indigents , sur cette intéressante classe d'hommes qui, privés de fortune , sont trop souvent privés par là même de savoir, c'est-à-dire de la vie intellectuelle et de ses bienfaits ; après avoir rétabli l'ordre dans les finances gaspillées par les précédents administrateurs, il attira à la maison les libéralités pieuses de l'amiral Malet de Graville et du vicomte de Roche-
chouart, ce qui lui permit des réparations devenues urgentes, la construction de nouveaux logements, d'une chapelle, et l'établissement d'une bibliothèque. Il fit venir des professeurs de mérite, deux chapelains, et créa douze nouvelles bourses; enfin il éleva le nombre des membres de la communauté à quatre-vingt-huit, en l'honneur des apôtres et des disciples de Jésus-Christ.
Au commencement de son administration, il subordonna l'admission des pauvres écoliers au choix du prieur des chartreux, qui eut une sorte de supériorité sur le collège, fournit une certaine quantité de pains et contribua à diverses dépenses avec le couvent des céiestins, le vicomte de Rochechouart et l'amiral de Graville. Standonck avait une prédilection toute particulière pour l'ordre des chartreux et sa règle rigide, qu'il copia en beaucoup de points dans ses statuts scholastiques, dont je ferai connaître l'esprit.
Si les études étaient substantielles à Montaigu , on ne peut pas en dire autant de l'ordinaire : le célèbre Érasme, l'un des disciples de Standonck, en fut si incommodé, qu'il tomba dans une langueur et un épuisement suivi de fièvre, dont il fut guéri, au dire de notre manuscrit, par les mérites de sainte Geneviève, en l'honneur de laquelle il fit un poëme d'actions de grâces; ce philosophe n'a pas épargné ses critiques au régime alimentaire de la maison des pauvres écoliers, qui, dit-on, altéra à jamais sa santé.
En 1489, un malheur terrible vint frapper l'abbaye ; Jean de Troyes le relate en ces termes :
« Le vendredy septiesme iour dudit mois de iung, environ
l'eure d'entre huict et neuf heures du soir, se leua grant tonnoire audit lieu de Paris. Et a ung des esclats dudit tonnoire qui fut à ladite heure, vint icelluy tonnoire enflamber et mettre le feu au clocher de madame Saincte-Geneuiefue au mont de Paris, lequel brûla toute la charpente dudit clochier, qui estoit demourée par l'espace de neuf cens ans, fondit toutes les cloches dudit clochier, et le plomb dont il estoit couuert, où il y auoit par estimation cent mil liures de plomb et plus, et y eut ung grant dommaige qui estoit pitié à voir. »
Le récit du chroniqueur de la maison ne diffère guère de celui-ci :
« L'an 1489, le vendredy 6« jour de juin , le tonnerre estant tombé sur le clocher de l'abbaye de Sainte- Geneviève, y mit le feu et l'embrasa si fort qu'il fut impossible de l'éteindre; il fondit le plomb et les cloches, et même gasta une partie de l'église, du cloître et du dortoir (1).
« C'estoit une perte presque irréparable; néanmoins ce bon abbé (Philippe Langlois), ne perdant point courage en ce désastre, cherchant tous les moyens pour réparer les ruynes, premièrement il fit faire une queste dans Paris, et envoya mesme un de ses religieux nommé frère Jean de la Chapelle avec des patentes dans la pluspart des villes du royaume pour amasser les charités des gens de bien. Secondement, le parlement appliqua à ce pieux dessein plusieurs amendes, entre autres une contre l'évéque de Chartres. Troisièmement, à la recommandation du roy et de l'Université de Paris, le pape Sixte IV accorda durant cinq années des indulgences plénières en forme de jubilé à tous ceux qui visiteroient l'église de Sainte- Geneviève à certains jours, et donneroient de leurs biens pour restablir les bastiments qui avoient esté brûlez , accordant à tous les prê-
(1) D'autres ouvrages placent à tort cet événement en 1483,
— astres qui confesseroient en ces jours-là, daus cette église, le pouvoir d'absoudre des cas réservez. »
La prolongation du temps des indulgences fut demandée par Charles VÏII , l'Université et le prévôt des marchands au pape Innocent VIII, qui l'accorda sans difficulté; le clocher fut rétabli avec sa flèche, qui depuis a été supprimée, et on y mit « quatre bonnes cloches. »
Le nombre des paroissiens de la montagne continuant toujours à s'accroître, les marguilliers présentèrent une double requête aux religieux de Sainte-Geneviève, en 14^91, pour obtenir un emplacement nécessaire à l'agrandissement de la nef et l'autorisation d'avoir un clocher et quatre cloches, selon le vœu des habitants. L'abbé accorda une partie des bâtiments de l'infirmerie de la communauté, adossée au chevet, moyennant 10 livres de rente, une livre de cire rouge le jour de Saiht- Étienne, nouveau patron da l'église; mais il défendit expressément que le clocher fût terminé en flèche.
La même année, « la chancellerie de Saint-Étienne ayant vaqué, frère Jean Babillon, voyant qu'il ne la pouvoit obtenir de l'abbé, s'en fit pourvoir en cour de Rome, ce qui étant venu à la connoissance de l'abbé, il assembla les principaux des collèges les plus considérables, entre autres de Montaigu, Sainte- Barbe, Navarre, La Marche, Reims, Bon court, des Trésoiiers, pour prendre leur conseil sur ce qu'il y avoit à faire. On fut d'avis que l'abbé ne devoit pas souffrir cet empiétement sur ses droits, et il ne le souffrit pas (1). »
(1) Ms. de Sainte-Geneviève.
Durant les années qui terminèrent ce siècle j Siandonck fut l'objet de l'attention publique et prit une part assez active aux événements dans lesquels l'Église et l'Université jouèrent un rôle ; théologien, prédicateur, homme droit et charitable, docteur très-éminent, recteur de l'Université, principal d'un collège qui lui devait sa régénération, sa renaissance, il fut appelé à se prononcer dans des questions délicates , et s'attira par la franchise et la netteté de ses convictions une disgrâce qui fit du bruit.
Robert Briçonnet, archevêque de Reims, mourut en 1497, et le chapitre de la cathédrale de cette ville s'assembla pour lui donner un successeur. Standonck eut une voix ; ce fut alors qu'à l'instigation de son ami Raulin, — ancien principal du collège de Navarre , et en ce temps-là moine de l'ordre de Cluny, qu'il était chargé de réformer, — il plaida devant le parlement, soutenant « qu'un seul suffrage , guidé par le motif de la religion et du bien de l'Église, devait l'emporter sur la multitude de ceux que déterminent des vues humaines. » Comme on le pense bien, cette étrange théorie, cette bizarre doctrine en matière d'élection, ne fut pas comprise, ne prévalut point; car comment prouver à un électeur que des vues humaines ont dirigé son vote?
Bientôt après, Standonck s'attira l'inimitié de Louis XII; voici à quelle occasion :
Le roi avait été contraint d'épouser Jeanne, fille de Louis XI et sœur de Charles VIIL Comment le duc d'Orléans eût-il pu résister à la volonté terrible du monarque duPlessis-lez-ïours, et ensuite comment eût-il pu répudier la sœur de son souverain?
Parvenu lui-même au trône , il songea sérieusement à divorcer,— car la reine, étant laide, difforme, sans doute stérile, ne lui inspirait aucun amour, — et à prendre pour femme Anne de Bretagne qu'il aimait et qui devait lui apporter en dot une grande province.
Jeanne, d'ailleurs bonne, douce, amie de la retraite, se soumit sans murmures ni opposition à la volonté du roi, qui, avant de s'adresser au pape, désira avoir l'avis des plus fameux docteurs.
Standonck fut nécessairement du nombre des théologiens consultés dans cette grave affaire , et ne craignit point de manifester hautement sa complète improbation : selon lui , « il n'était point permis de répudier une épouse dont la conduite n'avait rien de répréhensible ; il n'était point permis à un roi, non plus qu'à un autre homme, de se marier du vivant de sa femme; enfin il était défendu d'épouser la femme de son frère. » — Ceci me semble d'un rigorisme outré, Charles VIII n'étant que le beau-frère de Louis XII.
Cette opinion ne fut nullement du goût du monarque , qui , tout Louis XII qu'il était, avait ses faiblesses.
Il arriva, à peu près en même temps, que le roi voulut réprimer l'abus des privilèges de l'Université de Paris, en ce qui touchait les jugements; empêcher que, dans certains cas, on ne prît le titre d'écolier pour se soustraire, après avoir commis un délit, à la juridiction ordinaire; arrêter les transports frauduleux au moyen desquels on plaçait un bien sous le nom d'un écolier, pour qu'une cause fût portée au tribunal des juges-conservateurs, etc..
Le corps enseignant, inquiet de ces réformes, s'assembla sous la présidence de Standonck, son recteur, et l'on fit la motion de suspendre les cours en une si grave conjoncture. Standonck conseilla d'attendre au lendemain de la fête du Saint- Sacrement et d'ordonner à tous les prédicateurs d'engager le peuple du haut de la chaire, le jour de cette fête , à prier pour que Dieu vînt au secours de l'Université, aux droits de laquelle on attentait; puis de dire qu'il n'y aurait plus de prédication jusqu'à ce que le ciel y pourvût. Cet avis fut adopté, et bientôt des placards annoncèrent au public la cessation des cours.
Cette mesure irrita la cour; on met dans la bouche du roi ces paroles adressées aux députés qui se présentèrent à lui à Corbeil : — « Allez, et saluez de ma part les honnêtes gens qui sont parmi vous, car, pour les mauvais, je n'en tiens aucun compte. »
Puis, mettant la main sur sa poitrine, il ajouta :
— «Ils m'ont taxé moi-même dans leurs sermons ; ah ! je les
envoyerai prêcher ailleurs. »
Il tint parole : Standonck et un autre prédicateur furent
bannis du royaume ; Louis XII avait un double grief contre le
recteur.
Celui-ci, obéissant à une sorte de pressentiment de cet exil, avait mis en ordre les affaires de Montaigu et assuré l'avenir de cette maison, — du moins fait tout ce qui était nécessaire pour céla. — Les statuts d'un règlement très-austère, bon tout au plus pour une communauté de trappistes, avaient reçu la sanction du chapitre métropolitain.
Ce règlement déterminait l'habillement des écoliers de Mon-
taigu, qui devait consister en une cape fermée par devant et un camail de gros drap brun fermé par devant et par derrière; — d'où vient le nom de capeltes de Montaigu, pauvres capelies de Monfaigu, que le public donna à ces élèves. Une abstinence cénobitique fut ordonnée :
(( Les prêtres seuls pourront boire du vin mitigé avec beaucoup d'eau ; chacun aura pour entrée la trentième partie d'une livre de beurre ou des pommes cuites, une soupe aux légumes sans graisse; un demi-hareng ou un œuf pour les jeunes écoliers; un hareng entier ou deux œufs pour les théologiens, avec un peu de fromage ou de fruit. »
En outre, ces malheureux collégiens, hâves, maigres, décharnés, blêmes, encapuchonnés comme des moines, — objet de pitié pour le public, — étaient soumis à tous les jeûnes de l'Église, obligés d'assister à je ne sais combien d'offices la nuit et le jour, et disciplinés comme il convient ; le coucher était à l'avenant.
Les pères, toutes les fois qu'ils voulaient imprimer de la crainte dans l'esprit de marmots récalcitrants et mutins, les menaçaient de les envoyer à Montaigu : —remède infaillible (1) ! C'est de cette sinistre maison que l'on disait :
Mons acutus, acuti dentés, acutum ingenium.
(1) Rabelais n'a pas épargné dans ses satires le collège de Montaigu et s'est élevé avec force contre le régime de cette communauté. Gangantua , de retour de la guerre, répare devant son père le désordre de sa toilette; il se peigne et fait tomber de sa chevelure des balles et des boulets qui s> étaient nichés, et Grandgousier, qui croit voir autre chose, de s'écrier: « Dea, mon bon fils, nous as-tu apporté iusques icy des esparviers de Montagu? le n'entendoys pas que là tu feisses résidence. » Ponocratès, précepteur de Gargantua, réplique aussitôt :« Seigneur, ne pensez queie l'aye
En effet, tout était aigu : la montagne, les dents et l'esprit... Standonck avait certes d'excellentes intentions , mais il subissait l'influence du prieur des chartreux, ordre dont il copiait la règle rigoureuse; ascétique et tempérant à l'excès, il faisait de son collège une sorte de séminaire conventuel, et ne songeait pas que l'intellect est alimenté par la matière, et que de la santé du corps dépend celle de l'âme.
Ce règlement me paraît donc encore plus insensé que cruel : son auteur est tombé dans des exagérations condamnables.
Après la part du blâme, faisons celle de l'éloge :
Malgré cette apparente dureté, le Brabançon aimait ses disciples; il voulait que le supérieur fût pris parmi d'anciens élèves et fût appelé 7ninistre ou père des pauvres, mais non point principal ou supérieur^ titre selon lui trop fastueux. Il ne revenait à ce père d'autre salaire que « le vivre, le couvert et le vêtement dans le temps, et la récompense céleste dans l'éternité. » S'il n'avait point encore soutenu ses thèses de théologie, la maison devait en faire les frais jusqu'au doctorat exclusivement.
Standonck prit toutes les précautions désirables pour mettre les bourses à l'abri de l'invasion des enfants riches ou du moins
mis au colliège de poiiillerie qu'on nomme Montagu : mieulx l'eusse voulu mettre entre les guenaulx de saint Innocent, pour l'énorme cruauUé et villennie que i'y ay cognu : car trop mieulx sont traitez les forcez entre les Maures et Tartares, les meurtriers en la prison criminelle, voyre certes les chiens en vostre maison , que ne sont ces malautruz audict colliège. Et si j'étois roy de Paris, le diable m'emporte si ie ne mettoys le feu dedans, et feroys brûler principal et regens, qui endurent ceste inhumanité devant leurs yeux estre exercée . »
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aisés; on en admettait moyennant pension, mais ils devaient avoir le moins de rapports qu'il fût possible avec les étudiants pauvres : les riches, — en petit nombre, — habitaient des logements séparés, mangeaient dans un réfectoire particulier et venaient entendre les offices à la chapelle basse (1), établie sans doute parStandonck; les pauvres priaient dans la chapelle haute, — ce qui me paraît peu logique, à moins que la basse fût la plus belle. — En classe il y avait séparation, la place inférieure était dévolue aux pauvres. Ces lignes de démarcation devaient engendrer des jalousies et des rancunes, puisque l'enfant n'est qu'un petit homme, qu'il a en germe tous nos instincts, toutes nos passions.
Standonck eut la satisfaction de voir son œuvre achevée au moment où il tomba en disgrâce; il donna alors sa démission et partit pour son pays natal, conservant toutefois une sorte d'autorité sur la maison dont le chapitre, lequel appréciait sa capacité, n'avait pas voulu qu'il se dépouillât. Son départ amena celui de l'un de ses disciples les plus distingués, Jean-Maire ou Major d'Hadington, en Écosse, qui devint un profond érudit; cet étranger, d'abord étudiant à Sainte-Barbe, entra au collège de Navarre; plus tard il revint à Montaigu pour y professer la philosophie.
Standonck mit à profit son exil, qui ne dura qu'un an : il
(1) Cette chapelle sert de salle de lecture provisoire à la Inbliollièque Sainte-Geneviève; elle a des fenêtres cintrées, et on y entre par deux arceaux surbaissés que sépare un lourd pilier. Au fond , on voit remplacement du chœur. Cet oratoire n'avait rien de remarquable; il sera détruit dans quelques années pour le dégagement du Panthéon.
créa des établissements à l'instar de celui de Montaigu à Valenciennes, à Cambrai , à Malines et à Louvain, de sorte que la maison de la rue des Sept-Voies devint une métropole d'asiles qui étaient tout à la fois des couvents, des hospices d'indigents et des collèges où l'on enseignait particulièrement la grammaire, la théologie et la philosophie.
Cependant l' Université regrettait son recteur et Montaigu son ministre. Aux vœux succédèrent les prières; le cardinal d'Amboise, l'amiral de Graville et l'évèque d'Alby intercédèrent pour l'exilé, et le roi, qui était naturellement porté à l'indulgence, et appréciait d'ailleurs les mérites de Standonck, le rappela en écrivant au parlement une lettre dans laquelle il leur rendait pleinement justice.
Standonck s'empressa de revenir, et fut présenté par son bon ami l'amiral de Graville au roi, qui l'accueillit paternellement et l'engagea à poursuivre les utiles travaux auxquels il s'était consacré avec tant de persévérance et de zèle.
De retour à Montaigu, le recteur-principal s'appliqua à perfectionner son institut : ce fut alors qu'une espèce de sédition, de mutinerie, provoquée sans doute par l'austérité excessive de la discipline nouvelle, éclata dans la maison, et eut pour chef le docte professeur Jacques Almani ou Almain, qui se retira, après avoir quitté l'habit de la communauté, et entraîna à sa suite un certain nombre d'écoliers. Dans ces circonstances difficiles, l'énergique Standonck ne faiblit point; non-seulement il maintint ses règlements, mais encore il se plaignit au parlement de l'escapade d' Almain qui, bon gré, mal gré, dut ramener ses élèves et reprendre avec eux le froc (décembre 1503).
La vie de Standonck finit au moment où le xvf siècle, ce temps des orages religieux, commençait. Avant de s'éteindre, le père des pauvres de Montaigu conçut le projet d'établir dans le monde entier une sorte d'ordre religieux voué à l'éducation de la jeunesse et à la propagation de la foi catholique. Moreri expose au long le pian de cette congrégation instituée pour la plus grande gloire de Dieu et parle des vœux auxquels ses membres étaient soumis; cette congrégation devait s'appeler Société du Sauveur, et l'on y reconnaît par beaucoup de traits la Société de Jésus , œuvre d'hommes qui avaient étudié à Montaigu et avaient bien pu se pénétrer de la règle de Standonck, la copier, en faire la base de leur association.
Au reste, cette opinion fort admissible, qui a pour elle une grande probabilité, est celle d'un des successeurs de Standonck dont j'aurai à dire quelqiies mots : il résulterait de cette hypothèse que Montaigu est le berceau des jésuites et du calvinisme aussi, — étrange caprice du hasard.
Le réformateur Standonck venait de placer en plusieurs endroits de cette maison les initiales J. C, d'obtenir la sanction du pape et de l'évêque de Paris, des privilèges religieux, enfin de s'entendre avec le catholique roi de Portugal pour l'introduction de l'ordre enseignant et militant dans ce pays, lorsque la mort le surprit le 5 février 1504 entre les bras de Jean de Clary, Toulousain, confesseur de Louis XIL
Standonck, appelé par un historien seigneur de Viilette, fut enterré, suivant sa volonté, à l'entrée du chœur de la chapelle basse du collège, et l'on plaça sur son tombeau une simple dalle avec cette épitaphe composée par le défunt lui-même :
PAVPERIS MEMENTOTE STANDONIS.
J'ignore quel a été le sort de cette sépulture; il est fort possible qu'en renversant le bâtiment de Montaigu, dont les livres de Sainte-Geneviève ont pris possession temporairement, on découvre au fond de la salle, à l'endroit où se trouvent, au moment où j'écris, le fauteuil et la table d'un bibliothécaire, les ossements de l'austère et ascétique Standonck.
J'ai dû m' étendre un peu sur la vie du plus illustre docteur qui ait gouverné Montaigu.
Indépendamment des amis de marque dont j'ai parlé, des bienfaiteurs de son collège, il entretint des relations d'amitié avec François de Paule, Jean Quintin, Blanbaston, Mauburne, Raulin, Ulric Gering, Érasme, Jean-Marie-Jérôme de Hangest, Robert Cenalis et d'autres esprits supérieurs : — ces derniers furent ses commensaux et ses disciples.
On lit quelque part qu'en 1502 Montaigu, espèce de couvent préparatoire, avait produit plus de trois cents religieux.
J'ai oublié de dire que les élèves se servaient eux-mêmes, faisaient leur cuisine, vaquaient aux labeurs les plus répugnants, afin de tenir en haleine leur renoncement, leur humilité, et de faire continuellement pénitence.
Tout ce qui est outré ne peut durer, ne peut résister au temps; nous verrons que l'institut de Montaigu ne tarda pas à subir des modifications nécessaires : quant à l'ordre universel, il ne fut guère qu'à Tétat de projet, et on n'en parla plus après la
mort de Standonck; il n'y a donc rien d'étonnant que les jésuites aient fait revivre quelques-uns de ces statuts, s'en soient emparés; — personne n'y mit la moindre opposition.
Moreri mentionne en note, parmi ses pièces justificatives, une histoire manuscrite anonyme du collège de Montaigu, mais il ne dit point où elle se trouve; je n'ai pu la découvrir.
Le fougueux et violent Noël Beda, si célèbre dans l'histoire de l'Université, esprit brouillon, extravagant et fantasque, succéda à Standonck; mais, tout entier à ses disputes pleines d'aigreur, à ses controverses, il négligea entièrement le collège et abdiqua toute suprématie sur ceux établis au dehors. Il se donna pour coadjuteur, ensuite pour successeur, un homme qui ne valait pas mieux que lui et sous lequel tout alla de mal en pis : je veux parler de Tempête, qui tempêtait beaucoup, passait pour un grand fouetteur de marmots, et qui a donné naissance à ce vers latin rapporté par les auteurs sérieux comme par les écrivains facétieux :
Horrida tempestas montem turbavit acutum.
En 1511, sous Beda, qui obtint du pape Léon X quelques adoucissements à la rigueur des statuts, les bâtiments de Montaigu furent agrandis de ceux de l'ancien hôtel de Vezelay. L'année précédente, Ulric Gering , notre premier typographe, était mort laissant sa fortune, considérable pour ce temps, aux collèges de la Sorbonne et de Montaigu; il fut inhumé, selon son vœu, dans la chapelle où reposait Standonck, et où on lisait une inscription tumulaire latine dont je n'ai pu avoir que la traduction; la voici :
« Ulric Gering, Allemand, un des premiers imprimeurs, qui avoit fait pendant sa vie plusieurs aumônes aux pauvres de cette maison , légua par son testament à la communauté des pauvres, en 1510, la moitié de ses biens et le tiers de ce qui lui étoit dû par ses créanciers (1), et de cet argent on a acheté le village d'Annet, proche la rivière de Marne, et les maisons de Vezelay, qui est la partie de ce collège où sont les classes des grammairiens. »
Dans le même temps, un arrêt du parlement vint régler les droits du curé de Saint-Étienne-du-Mont et ceux des chapelains de Montaigu : des conflits d'autorité spirituelle motivèrent sans doute cette intervention judiciaire.
A l'époque où je suis arrivé, le célèbre Buchanan, venu en France avec Jean-Maire, étudiait à Montaigu, d'où il passa ensuite à Sainte-Barbe; là il figura parmi les quatorze professeurs de cette maison qui était devenue très-florissante, et c( régenta la grammaire pendant deux ans et demi avec les misères qu'il a décrites si naïvement dans l'élégie : Ite^ levés nugœ. » Buchanan avait adopté les idées luthériennes. A cette époque aussi, Jean Calvin étudiait à Montaigu la dialectique sous un régent espagnol : bientôt de nouvelles idées religieuses allaient naître dans son esprit. Antoine Tempête dirigea Montaigu jusqu'en 1528; l'année d'après, François 1^^ fonda le Collège de France. Plus tard Inigo ou Ignace de Loyola, hidalgo dégoûté du métier des armes et résolu d'embrasser une autre vie, étudia à Montaigu, — il avait alors trente ans environ; — de là il passa à Sainte-Barbe sousGovea qui eut un parent célèbre;
(1) Je laisse subsister ce mot de la traduciion; lisez débiteurs.
on sait sa liaison avec François-Xavier, professeur au collège de Beauvais, et avec quatre compatriotes, Salmeron, Rodriguez, Bobadilla, Laynez, le serment de l'église de Montmartre et ce qui en résulta.
Jean Boulèse ou Bolsese, que je crois le successeur de Tempête, gouvernait Montaigu en 15T2; c'est lui qui dans V Histoire d'un miracle opéré par la sainte Eucharistie^ écrite en latin, affirme que le code des jésuites a été calqué sur celui de son collège; sept ans après, ce même principal soutint un procès contre les régents des écoliers riches de la maison, qu'il voulait congédier, se proposant de ne garder que des pauvres; comme il refusait obstinément de se soumettre à la décision du recteur et de l'académie, il fut excommunié, et appela de cette sentence comme d'abus au parlement. Boulèse avait professé l'hébreu au collège des Lombards.
L'histoire ne dit mot de l'issue de cette affaire (1).
La mort tragique de Ramus est un fait trop connu pour que je m'en occupe, mais je ne puis m'empêcher d'établir un parallèle entre cet infortuné savant, victime de la barbare, de la sauvage intolérance de ses contemporains, et Standonck. Tous deux s'étaient rendus à Paris pour s'adonner aux fortes études, tous deux étaient pauvres : le premier fut reçu comme valet au collège de Navarre, le second fut admis de même dans l'abbaye de
(1) Boulèse a publié un ouvrage intitulé : Des Statuts du collège de Montaigu, in-8, et une Remontrance au parlement pour réformer le collège de Montaigu, 1575, in-8. Il existe à la Bibliothèque du Roi, au département des manuscrits, un inventaire des titres et revenus de ce collège. In-fo (fonds Baluze).
Sainte-Geneviève; tous deux servaient le jour et étudiaient la nuit à la clarté des astres; tous deux se distinguèrent par leur savoir : l'un devint principal du collège de Presles, l'autre de celui de Montaigu; l'un avait professé àl'Ave-Maria, l'autre à la Sorbonne. Quant aux différences, les voici :
Standonck fut très-attaché à l'ancienne foi, Ramus embrassa le nouveau christianisme. Standonck mourut paisiblement dans son lit; Ramus, traîtreusement assassiné, rendit le dernier soupir sur le pavé de la ville où le traînait une jeunesse forcenée, qui voulait venger bien plus encore Aristote que le pape.
Siècle d'horreurs durant lequel l'on ne respectait aucune espèce de conviction I
En 1594, le principal de Montaigu, qui se nommait Louis Léger, fit afficher dans toute la ville la représentation d'une tragédie intitulée Chilpéric lï, qui devait avoir lieu dans son établissement, — les collèges étaient alors dans l'usage déjouer de temps en temps des pièces de leur façon. Le parlement, craignant que cette pièce ne contînt des allusions politiques, la fit défendre, et son auteur fut mis en prison.
Revenons maintenant à la chronique de l'abbaye de Sainte- Geneviève et reprenons-la au commencement du xv!*" siècle.
Le premier fait de cette période qui mérite notre attention est la permission que le cardinal d'Amboise obtint de Louis XII de réformer les couvents deSaint-Martin-des-Champs, de Saint- Germain-des-Prés, des Cordeliers, des Jacobins et de Sainte- Geneviève, signalés comme des fieux d'immoralité^ d'indiscU pline, d'orgueil, de fainéantise et d'audace>
Cette volonté n'eut pas de résultats satisfaisants, puisqu'on
lit dans Héliot que la licence, qui datait des guerres des Anglais, ne fit que devenir plus effrontée sous François 1*% si bien que le parlement donna ordre à Pierre Brulart , conseiller , de faire une information ; cela ne fut encore d'aucune efficacité pour arrêter le mal. Il fallut derechef, quelques années après, que Christophe de ïhou et Charles de Dormans, conseillers, se transportassent à l'abbaye pour réprimander ces incorrigibles moines, qui n'en tinrent aucun compte et se comportèrent comme ils l'avaient presque toujours fait.
Notre chroniqueur , à qui j'ai fait tant d'emprunts , relate ceci :
« L'an 1505, un célèbre prédicateur de l'abbaye de Fulde, en Allemagne, envoya ici un cœur d'argent, avec une attestation authentique d'un miracle arrivé en sa personne. Car, estant frappé d'une espèce de peste, il invoqua le secours de saint Martin, auquel il auoit une confiance particulière; surquoy s'estant endormy, il entendit une voix qui, luy criant: Genevieiie, Geneuieue, l'eueilla. II crut donc que c'estoit le nom de la sainte à laquelle il deuoit s'adresser; il la pria en effet de luy prester secours en cette extrémité. Surquoy s'estant rendormy, il vit une dame, tenant un rameau verd à la main, qui luy dit qu'il estoit guery, et le lendemain matin il se trouva en parfaite santé.... Pierre Dupont, aueugle de Bruges, estant guery, fit à la sainte un poëme en vers héroïques, dédié à l'abbé Philippe Cousin, «
On doit à ce dernier les chaires du chœur, sur lesquelles était gravée sa devise : Tout vient de Dieu.
Quelques années auparavant, le presbytère de Saint-Étiennedu-Mont fut augmenté de la maison de la chancellerie de l'ab-
baye. Quelques auteurs croient que ce fut l'abbé Philippe-Ie-Bel qui jeta les fondements de l'église, un des plus charmants édifices de la renaissance que nous possédions. — Il n'y a pas concordance, du reste, entre les dates de cette fondation ; je pense qu'il ne s'agit ici que de l'établissement de la façade ou de la porte par laquelle on put entrer, en 1517, dans cette nef : jusqu'alors les religieux n'avaient pas voulu souffrir qu'on y pénétrât par une avenue autre que leur église.
Huit ans après, pendant la captivité de François 1^^ la régente Louise de Savoie fit paver plusieurs rues de la rive gauche et exécuter maints travaux d'assainissement et d'embellissement, à l'aide des fonds que lui fournirent pour cela les riches abbayes de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain-des-Prés.
En 1525, Guillaume le Duc gouvernait l'abbaye. « Il y avoit de son temps, nous dit l'auteur du registre, une fontaine au coin du cloistre, à l'entrée du réfectoire où estoit le bassin de pierre qui se voit encore dans le préau , et au milieu estoit une image de sainte Geneviève, qui jettoit de l'eau par le bout de son cierge ; elle fut destruitte lorsqu'on fitles voustes du cloistre. » Ce même abbé « fit rebastir la chapelle de Sainte-Geneviève, qui est à gauche du grand autel , où l'on voit encore son portrait aux vitres , et entreprit ensuite les constructions de la chapelle de Notre-Dame. »
Guillaume le Duc fut chargé par le parlement de la garde et de l'interrogatoire d'un jacobin, luthérien anglais, arrêté à Paris, où il était venu sans doute pour répandre sa doctrine.
Depuis nombre d'années on travaillait à Saint-Étienne-du- Mont. En 1537 et 1538 , on fit le chœur et plusieurs chapelles
des bas-cùtés. — Je me bornerai à citer ceci pour mémoire, et ne dirai que peu de chose, dès à présent, sur les changements apportés à cette église.
D'après notre manuscrit , ce fut à Sainte-Geneviève , l'abbé officiant solennellement, que l'on reçut, en 1550, les vœux des premiers jésuites, d'Ignace de Loyola et de ses compagnons. Jacques Aimery , chancelier de l'abbaye, leur avait conféré le titre de maîtres-ès-arts.
L'année d'après, le parlement rendit un arrêt par lequel il défendait, sous peine de prison, de se promener et de causer dans diverses églises de Paris, et notamment dans celle de Sainte-Geneviève ; il était ordonné aux prédicateurs , en outre, de lire cet arrêt, du haut de la chaire, tous les dimanches de carême.
En ce temps , on recommença à se servir, à Sainte-Geneviève, de l'ancien sceau de la maison, qui avait été mis au rebut et figurait un roi sar son trône.
Le règne de Joseph Foulon fut fort agité. — C'était l'époque des passions fanatiques, des fureurs soi-disant religieuses , l'époque néfaste de la Ligue , dont cet abbé fit partie. — Il y eut à Sainte-Geneviève, sans parler des troubles intestins, diverses scènes de violence et d'intolérance.
Le 22 décembre 1563, un jeune moine, qui s'était fait calviniste ou luthérien, emporté par un fanatisme tout opposé à celui des ligueurs , arracha une hostie consacrée des mains du prêtre célébrant dans l'église de Sainte-Geneviève, et la foula aux pieds. Il fut arrêté , condamné à mort , exécuté , et le roi fit faire une solennelle procession expiatoire, où il porta, ainsi
que tous les gens de sa maison, un flambeau de cire blanche (1).
Après le double assassinat de Blois, les ligueurs de Paris s'abandonnèrent à la rage et à la désolation, le nom de Henri IIÏ leur devint de plus en plus odieux , et , en attendant que le poignard de Clément frappât ce monarque inhabile et faible, ils faisaient fréquemment subir la torture à ses effigies de cire ; ils les piquaient au cœur avec des épingles pendant la messe, croyant que ces conjurations superstitieuses seraient fatales à leur ennemi.
On vit , entre autres révoltantes momeries , une procession composée de mille enfants qui tous portaient gravement un cierge de cire jaune ; partie du cimetière des Saints-ïnnocents, elle vint à l'église de l'abbaye de Sainte-Geneviève ; là, les cierges furent éteints subitement , jetés à terre, écrasés sous les talons, et ces jeunes êtres, dressés à un fanatisme implacable, de s'écrier d'un ton lugubre : Dieu éteigne ainsi la race des Valois ! On assure que des hommes et des femmes nus ou en chemise suivaient cette procession impie.
Dans ce siècle vivait Pierre-le-Juge, d'abord moine à Sainte- Geneviève, puis curé d'un prieuré rural de l'ordre, et qui fut tué par les huguenots ; il a écrit une histoire de la patronne de la montagne, dédiée à son abbé monseigneur Joseph Foulon. En voici un passage pour donner une idée de la manière de l'auteur :
(1) Ms. de Sainte-Geneviève. Preuves de l'histoire de Paris, par Félibien et Lobineau.
« Sera-ce doue sans cause, 6 petit village de Nauterre, pais de viguoble, si nous te renommons très heureux pour nous auoir produit vn si excellent bourgeon, duquel la fleur a espandu vue si soudaine odeur par toute la terre, vue vigne si noble, de laquelle le fruict beau et gratieux, le vin doux et amoureux comme le nectar et l'ambroisie, a enyuré et enflambé les cœurs des hommes d'un parfaict amour et charité enuers leur Créateur par son exemple? Et toy, ô noble cité de Paris, à bon droit te doit -on priser et haut louer, pour auoir receuë et nourrie vne fleur si belle et délectable, blanche comme le lis en virginité, vermeille comme la rose en charité ; et finalement , qui est celuy qui ne te chérira et aimera, ô saincte montaigne, ô temple sacré, pour auoir en toy vne si riche bague, un si précieux ioyau , surpassant en vertu et excellence l'emeraude de Scythie, l'onix de l'Arabie, Fachate de Sicile, le hiacinthe d'Ethiopie, le saphir de Mede, le diamant des Indes, le iaspe, le ruby, la marguerite, le beril, et tous autres qui se pourroyent nommer? Veu que c'est là, au sepulchre de la Vierge, où les aueugles ont receu la clarté, les sourds l'ouyë, les muets la parole, les boyteux l'aller, les goutteux, graueleux, paralytiques guarison , les freneticques l'vsage de raison , et sur tout les fieureux la pristine santé; bref, tout malade support et consolation de sa misère et calamité (1). »
Vers l'an 1588, l'abbaye aliéna, probablement par pénurie, une terre située à Bagneux , appelée Fief de sainte Clotilde et donnée autrefois par cette reine.
(1) Gel ouvi'age a pour titre : l'Histoire de saincte Geneviefue, patronne de Paris, prise et recherchée des vieux Hures escris à la main, des histoires de France et autres autheurs approuuez elc. 1586.
La bibliothèque en possède un exemplaire in-18, couvert en paicliemin, H 571.
Pendant la dernière année de ce siècle orageux, il y eut chez nos chanoines des exorcismes à l'encontre d'une femme nommée Marthe Brossier, que l'on disait possédée du démon , et qui n'était probablement que somnambule et cataleptique. On fit toutes les cérémonies usitées alors en pareille circonstance.
Dulaure croit que les prêtres avaient préparé cette comédie pour soutenir la juridiction ecclésiastique , attaquer indirectement l'édit de Nantes, et répandre de nouveaux germes de désordre dans l'État. La prudence et la fermeté de Henri IV surent déjouer ces manœuvres coupables.
Pendant la première moitié du xvir siècle, on embellit considérablement l'intérieur de Saint-Étienne-du-Mont; on fit le jubé que nous voyons encore , plusieurs chapelles latérales et des charniers; enfin la reine Marguerite, première femme de Henri IV, donna trois mille livres pour le portail, qui est d'ordre composite, et voulut en poser elle-même la première pierre; on fit cette Inscription :
Deo favente, sancto Stephano deprecante et auspiciis Marguarltx reginx Falesix, anno Domini 1610, 2 augusti.
D'autres modifications furent apportées successivement au clocher et à diverses parties de l'église ; on en trouve le détail dans plusieurs livres, et notamment dans la Notice publiée par M. Faudet, le curé actuel, en collaboration avec M. L. de Mas- Latrie (1).
(1) Saint-Éiieiine-du-Moiit se recommande aux curieux par ses élégantes proporlious, par sou jubé, qui tut terminé eu 1600 , par quelques verrières
Dulaure raconte, d'après les Mémoires de l'Estoile, que, la châsse de sainte Geneviève n'ayant pas pu amener un changement de température qu'on désirait vivement en 1603, le crédit de la patronne reçut une certaine atteinte, ce dont les chanoines furent fort dépités; ils éprouvèrent donc le besoin d'un prodige éclatant, et ce prodige eut lieu. On conduisait au bagne une chaîne de forçats : la procession la rencontre sur son passage par cas fortuit, un de ces misérables se recommande avec ferveur à la sainte , et aussitôt ses fers tombent miraculeusement.
Gela était plus que suffisant pour raffermir la foi ébranlée ; par malheur , le galérien ne sut pas se taire , le procédé s'ébruita , et les religieux ne retirèrent de tout ceci que de la confusion... ou plutôt, suivant leur usage, ils soutinrent que le miracle était de bon aloi et taxèrent les incrédules d'impiété.
Joseph Foulon mourut quelques années après; on l'avait naguère accusé d'entretenir des intelligences secrètes avec Henri de Navarre , aspirant au trône alors , et de l'engager à abjurer sa foi pour y parvenir sûrement. Il s'était disculpé tant bien que malé Cet abbé, voulant empêcher que Sainte-Geneviève ne tombât en commande comme beaucoup de monastères , se fit donner pour successeur Benjamin de Brichan-
de celles que répara et entretint longtemps le fameux Le Vieil, par trois bas-reliefs de Germain Pilon , un tableau de Lesuenr, quelques pierres tumulaires, une magnifique chaire en bois, sculptée par Lescotard d'après les desseins de Lahire; elle est supportée par Samson armé de la mâchoire d'âne et accroupi.
teau, qui porta d'abord le titre de coadjiiteur, puis devint évêque de Laon ; sous le gouvernement de ce personnage , la châsse fut réparée et ornée de pierres précieuses par un orfèvre nommé Nicole.
Il ne se passa rien à Montaigu, dans ce temps, qui mérite une mention, si ce n'est le séjour momentané qu'y firent des bénédictins anglais ; ces fugitifs enfroqués, qui ne voulaient plus prier sur une terre où régnait le schisme de Henri VIII, avaient dû passer le détroit, et Marie de Lorraine, abbesse de Chelles, les avait placés , on ne sait trop pourquoi , dans le collège de Standonck (1615); de là ces moines allèrent habiter la rue d'Enfer, et enfin celle du faubourg Saint-Jacques.
Un peu auparavant, d'autres intrus n'avaient fait que paraître dans le même local : je veux parler de la communauté de Saint- Nicolas-du-Chardonnet, qui sortait du collège de Reims.
Je résume rapidement, pour ne pas avoir à y revenir, ce qui a trait à Montaigu pendant toute cette période :
L'an 1619, les élèves soutinrent des thèses publiques en grec avec beaucoup d'éclat, ce qui est merveilleux pour le temps, — ce qui le serait même pour le nôtre, qui se proclame plus savant. — En 1662, les religieux de Sainte-Geneviève vendirent au collège la vieille chapelle de Saint-Symphorien qui tombait en ruine et fut démolie pour l'agrandissement de la maison. En 1664 , Abraham Martin étant principal , il y avait au collège trois places fondées pour trois pauvres , à trois cents livres par an pour chacun , par la baronne du Tour, qui avait fait une fondation pareille au collège de Navarre. L'Hôtel-Dieu payait ces pensions.
Onze ans après, Montaigu fut menacé d'incendie, le 21 mars, « le l'eu ayant pris, dit Lemaire, à un appartement en entrant à droite, où étoit logée une certaine compagnie ambulatoire, dont les suppôts se nomment Gilotins (l). »
En {683, on adoucit les statuts du collège, ce qui fait dire à l'historien de Paris que « les écoliers cessèrent d'être victimes et les maîtres bourreaux ; on doit entendre par là que la peine de la fustigation et les châtiments corporels furent supprimés.
Nous voici maintenant arrivés à l'une des époques importantes de l'histoire de l'abbaye de Sainte-Geneviève, à celle de sa seconde réformation :
Benjamin de Brichanteau étant mort, les religieux élurent abbé son frère Philibert, et le cardinal de La Rochefoucauld fut chargé, par la famille de ce dernier, de faire agréer ce choix à Louis XIII; mais le roi, au lieu de le confirmer, nomma à ce poste le cardinal lui-même, qui se défendit de l'accepter, de crainte de déplaire aux parents du défunt; Louis XIII insis-
(1) Nom que Ton donne à de pauvres écoliers, pour l'éducation desquels un ecclésiastique nommé Gilot, auteur d'un ouvrage sur l'éducation des enfants, a laissé des ^onûs {GUotinus). « Ils occupent une partie du collège de Sainte-Barbe, à Paris. Ces Gilotins, en 1730, étant soupçonnés de mauvaise doctrine, le roi les fit réformer, et depuis ce temps on ne les appelle plus guère Gilotins, mais la communauté de Sainle-Barbe. Ils ne sont pourtant point érigés en communauté; c'est seulement une pension d'étudiants. » (Dictionnaire de ïiévoux.) — Gilot était un docîeur de Sorbonne très-charitable et qui lit du bien, snriout aux coUéj^^es des pauvres écoliers. En faisant des recherches bibliographiques, j'ai trouvé ce titre d'un ouvrage qui paraît avoir trait à la fondation de Gilot: Élablissement de trentetrois écoliers de la famille de Jésus-Christ , vis-à-vis le collège de Montuiyu; Paris, Rocolei, 164G, in-l.
tant, le cardinal finit par consentir à prendre la direction du couvent, à la condition que le roi, en le nommant, le chargerait de la mission expresse de le réformer. Les lettres-patentes royales sont du mois d'octobre 1619.
« Le prélat, dit la chronique, vint demeurer dans le logis abbatial, où il fut plutôt attiré par la sainteté du lieu et la vénération de la sainte patronne de Paris que par la beauté et la grandeur des bâtiments qui n'estoient pas bien considérables : aussy tost qu'il y fust , et qu'il vist de quelle manière les religieux se comportoient , il prit résolution de faire ce que le roy lui avoit ordonné et de remettre le bon ordre en ceste maison de piété, envoyant pour cet efifet quelques-uns de ceux qu'il estimoit plus capables d'instruction à Saint-Vincentde-Senlis pour voir ce qui s'y prattiquoit et apprendre à vivre selon les lois de leur profession. » Mais il ne se borna pas à cela, et tira plus tard de Senlis douze religieux de cette maison, notamment le P. Faure, qui le seconda dans ses travaux (1), et le P. Louis Duhamel , qui mourut bientôt après son arrivée. »
En 1621, le pape accorda des indulgences aux seize porteurs de la châsse de sainte Geneviève et aux vingt-quatre attendants,— ce qui veut dire, j'imagine, porteurs-aspirants, — et la même année le cardinal, qui s'occupait toujours de sa réforme, rendue urgente par l'indiscipline des chanoines, rassembla des religieux de tous les monastères réformés de Paris, afin de s'entendre avec eux sur les moyens les plus propres à rétablir la
(1) Le portrait de ce religieux existe dans le cabinet des manuscrits au-dessus d'une porte : le P. Faure a le teint pâle et maladif; il est vêtu d'un surplis.
régularité et le bon ordre. « On convint de certains articles^ dit Heliot, on les communiqua à la communauté ; des chanoines parurent vouloir s'y soumettre, mais cela n'eut aucune suite; et tout ce que le nouvel abbé put obtenir à force d'instances, ce fut l'acquiescement de cinq pères sur dix-neuf. Alors il manda des hôtes de la maison dont j'ai déjà parlé , et dut les conduire lui-même aux dortoirs, au réfectoire, à l'église, pour en imposer aux récalcitrants et empêcher les murmures des anciens habitants de Sainte-Geneviève.
Il eut donc à surmonter les obstacles qu'avait rencontrés autrefois l'abbé Suger poursuivant une réformation semblable; il déployait le zèle de son précurseur, il fut aussi heureux que lui.
Pour engager les religieux à se prêter docilement à ses vues louables , il obtint des lettres patentes du roi qui promettaient la crosse d'abbé aux moines réformés, à l'exclusion des autres : — c'était attaquer les obstinés par l'ambition, un des,, côtés faibles de l'humanité.
D'autres lettres patentes rendirent la charge d'abbé élective tous les trois ans; le même abbé pouvait être réélu plusieurs fois ; l'abbaye devint chef-d'ordre d'une nombreuse congrégation.
Sous le cardinal de La Rochefoucauld, l'intérieur de l'église abbatiale subit beaucoup de transformations ; on releva l'effigie de Clovis, qui était presque au niveau des dalles du pavé et on flt à ce roi une nouvelle sépulture : « Cette effigie, dit Viallon, étoit couverte d'un colfre de bois, sur lequel on hsoit cette inscription, que je croirois avoir été faite du temps d'Étienne de ïournay :
« Hic est illustrissimus rex Ludovicus qui et Clodovœus ante baptismum est dictus, Francorum rex quintus, sed vere christianus qui ab Auastasio imperatore, consul etaugustus estcreatus. Hinc sanctus Remigius baptisavit et in baptismale ejus angélus ampullam sacri clirismatis detulit, vi ex Aquitania Arianos expulit, et totam illam terram usque ad montes Pyreneos subjugavit. Hinc per Viennam fluvium cervus mira magnitudine viam ostendit^ per quam rex ac milites vadum transierunt et in ejus adventu mûri Engolismae civitatis eormerunt. Aîamaniam , Thuringiam ac Burgondiam tributarias fecit, et terram adjacentem transivit. Parisiis sedem regni constituit. Ecclesiam istam fundavit in honore apostolorum Pétri et Pauli , monitis sanctissimse et non satis commendandae Clotildis uxoris suœ et beatœ Genovefae, quam sanctus Remigius dedicavit, in qua post laudabilia opéra rex sepultus est à quatuor filiis suis regibus Theodorico, Childeberto et Clotario, anno Domini quingentesimo decimo tertio, regni sui trigesimo. )>
Viallon fait remarquer l'inexactitude de cette date.
L'inscription latine en prose que je viens de rapporter avait remplacé cette épitaphe poétique, la première de toutes, et que l'on attribuait à saint Rémi lui-même; elle était aussi gravée sur un coffre de bois :
Dives opum, virtute potens, clarusque triumpho, Condidit banc sedem rex Clodovœus, et item Patritius, magno sublimis fulsit honore.
Plenus amore Dei, contempsit credere mille Numina , quse variis horrent portenta figuris. Mox purgatus aquis et Christi fonte renatus, Frangrantem gessit, infuse chrismate, crineni,
Exemplumque dédit, sequitur quod plurima turba Gentilis populi , spreto quœ errore suorum Ductorum, est cultura Deum rerumque parentem. His felix meritis, superavit gesta priorum, Semper consilio, castris bellisque tremendus, Hortatu dux ipse bonus ac pectore fortis, Constructas acies firmavit in agmine primus.
Le cardinal de La Rochefoucauld fit placer sur le sépulcre royal cette épitaphe, qui subsista jusqu'aux temps révolutionnaires :
CLODOVOEO MAGNO BEGUM FRANCORUM PRIMO CHRISTIANO HUJUS BASILICJÎ FUNDATORI SEPULCHRUM VULGARI OLIM LAPIDE STRUCTUM ET LONGO ^VO DEFORMATUM ABBAS ET CONVENTVS MELIORI OPERE CULTUQUE FACIEM RENOVARUKT ANNO CHRTSTI M.DCXXVIII.
J'aurais dû peut-être rapporter deux de ces trois inscriptions tumulaires à leur date, mais j'ai voulu que Ton pût les comparer et éviter de revenir plusieurs fois sur le même sujet.
Clovis était représenté, selon l'usage, étendu tout de son long sur le tombeau, la couronne au front et le sceptre à la main. Ce monument est reproduit dans un respectable ouvrage de 4607: Les fastes, antiquilez et choses plvs remarquables dePariSy labeur de curieuse et dilige?ite recherche, diuisé en trois liures, par M, Pierre Bonfons, Parisien, controolleur (sic) au grenier à sel de Pont Oise,
Je reviens aux réparations faites par ordre du cardinal : on reconstruisit ie maître-autel et on l'orna d'un beau marbre; on confectionna un tabernacle de porphyre et de jaspe avec ornements en bronze doré et pierres précieuses; une riche balustrade en marbre et en cuivre délicatement ouvragé ferma le chœur; enfin des colonnes de jaspe, surmontées de statues de vierges qui supportaient la châsse et dont l'exécution était de Lemerder, — présent de Louis XIÏI, — complétèrent cette nouvelle décoration. Les fonts baptismaux furent transportés de l'église de l'Abbaye dans celle de Saint-Étienne.
Le cardinal réunit à V ordre des Chanoines réguliers de la Congrégation de France l'ancienne maison du Val-des-Écoliers ou de la Culture-Sainte-Catherine, se donna le P. Faure pour coadjuteur, et le flt élire plusieurs fois supérieur-général de la congrégation (1). Ce religieux, de mœurs pures et ascétiques,
(1) Voici la description du costume d« ces chanoines réguliers, d'après le ms. de Sainte-Geneviève :
Une robe de laine blanche ou de peau descendant à une palme de terre, sur laquelle on portait un surplis à l'église et ailleurs; les manches de ce surplis étaient très-longues, elles passaient les mains et se repliaient sur les bvas. Les officiers avaient, hors de l'église, un rochet à manches étroites « pour leu*' commodité ( tunica linea ); » sur le surplis ou rochet ils portaient une cha,,o d'étoffé noire avec capuce, à peu près comme les chartreux: ces chapes étaient moins longues d'une palme que le surplis. En hiver, ils avaient dessous uné pelisse. Le chroniqueur dit que depuis deux cents ans environ ce costume a été modifié : de son temps, les surplis faits à manches courtes ne passaient pas les genoux. Les chanoines avaient au bras une aumusse de la longueur du surplis: ilr- étaient coiffés d'un bonnet rond ou carré, suivant la mode du jour. Les robes n'avaient point de collet; leurs manches furent garnies de fourrures, remplacées ensuite par de rétoffe noire, dont on lit des parements à ces mômes robes quand on les ouvrit par devant. Les chanoines portèrent toujours du linge sous leur habit, ce qui n'était point eu usage dans les autres ordres monastiques.
fut chargé de bon nombre de missions relatives à la réforme des maisons de chanoines. La bibliothèque possède toute une collection de manuscrits in-folio sur ce sujet, qui n'a plus qu'un intérêt très-médiocre et qui est d'une grande aridité.
Il y eut en ce temps quelques disputes entre les religieux de Sainte-Geneviève et le clergé de l'église Saint-Étienne à propos de processions; je laisse aux histoires spéciales le soin de faire connaître avec détails ces misérables conflits de vanités et d'amours-propres.
Le P. Faure mourut l'an 1643; il laissa divers ouvrages manuscrits relatifs sans doute à ses missions, et fît imprimer un livre qui a pour titre le Directoire des Novices; sa vie fut écrite par les PP. Lallemant et Chartonnet, du môme ordre et de la même maison.
Le cardinal habitait Sainte-Geneviève, maïs ne s'occupait plus du gouvernement de la communauté; il parait que ses facultés intellectuelles s'étaient considérablement affaiblies, puisqu'il passait son temps à « composer des pâtes des reliques des saints et du sépulcre de Sainte-Geneviève, qu'il pétrissait de ses proprets mains. » Enfin la fièvre l'emporta, à l'âge de quatre-v:ngt-cinq ans, au mois de février 1645.
On lui érigea un beau mausolée de marbre dans une chapelle du bas-côté méridional de l'église abbatiale; il y était représenté en pied, et un ange lui servait de page-caudataire, ce qui fit faire des plaisanteries sur l'orgueil du défunt. Dulaure se montre fort sévère à l'endroit de ce prélat; je ne veux pas épouser ses opinions plus que les idées contraires, afin de rester dans la justice et l'impartialité qui conviennent à un historiographe.
Selon cet auteur, le cardinal était « un ligueur doué
d'une crédulité et d'un fanatisme extrêmes. » Il ajoute que c< son entêtement à soutenir et faire valoir les extravagances ou les fourberies de Marthe Brossier, prétendue possédée du diable, a couvert sa mémoire de ridicule, »
Revenons au tombeau de La Rochefoucauld :
Une note marginale de l'abbé Mercier de Saint-Léger, dans notre registre manuscrit, dit que ce morceau était de la main de Philippe Buister, sculpteur ordinaire du roi, qu'il fut fait de 1656 à 1660 ou environ, et qu'il coûta 7,4^00 livres; elle indique l'emploi des sommes qui produisirent ce total.
A peu près à cette époque, la congrégation vit surgir dans ses rangs Louis de Sanlecque, fils d'un habile graveur en caractères d'imprimerie; il se voua à la poésie satirique, se déclara l'ennemi littéraire de Boileau, et fronda les ridicules des gens d'église.
Personne n'ignore que Descartes mourut à la cour de Suède en 1650. Dix-sept ans après, ses restes furent apportés à Paris et déposés dans l'église de l'abbaye Sainte-Geneviève (1). Ceux d'Eustache Lesueur gisaient depuis 1655 dans le cimetière de Saint-Étienne-du-Mont.
(1) Je dirai plus tard ce qu'ils devinrent. — Dans la nef, au-dessus des confessionnaux, on plaça le poilrait de Descartes en profil, et une sphère; au-dessous élait une lablelte de marbre blanc avec une inscription. — Saint- Élienne-du-Mont reçut aussi des morts illustres : Le Maistre de Sacy, traducteur de la Bible; Pascal en 1662, et Racine en 1669. — On a étal)li de nos jours dans celte église une chapelle mortuaire où sont inscrils les noms des gens de marque enterrés dans le cimetière paroissial et les églises voisines supprimées.
A la date de 1667, on comptait cent maisons soumises à la règle de la congrégation des chanoines réguliers; elles furent divisées en quatre provinces, composées chacune de vingt-cinq couvents : France, Champagne, Bourgogne et Bretagne; mais cette division n'existait que pour les élections du chapitre-général.
Trois ans après, Etienne Beurrier, curé de la paroisse du Mont, établit au presbytère, ou dans le monastère de Sainte- Geneviève, une institution de charité pour l'éducation des jeunes filles pauvres (1); on la supprima à la fin du siècle suivant.
En 1674, l'abbaye perdit le droit de juger les causes du ressort de son fief, sa juridiction fut réunie à celle du Châtelet. Cette fusion fit disparaître de graves abus : on indemnisa les religieux. A quelques années de là mourut le P. Anselme de Paris, qui avait publié un livre intitulé : Croyance de l^église grecque sur Veucharistie,
Brice mentionne, dans sa description de Paris, le don que la reine fit, en 1685, d'un bouquet de diamants de grand prix pour la châsse de la patronne, autour de laquelle il y avait des lampes d'argent et des ex-voto.
(1) On assigne encore à ce fait une autre date : 1695.
La communauté de bienfaisance fondée par la pieuse M™e de Miramion, sous le nom de la Sainte-Famille, se réunit à celle des Filles de sainte Geneviève, établie dans le même but, celui de former des iiislitutrices pour les jeunes paysiaines, des maîtresses d'école de village, qui étaient aussi, en quelque sorte, des sœurs de charité. Le nom vulgaire des disciples de M""* de Miramion fut miramiones. (Voir pour plus de détails Moreri.)
On sait que I7m tYû5^«o^ de Jésus-Chrùtàanwd^Xxm à beaucoup de commentaires, et que l'on en attribua la paternité qui à Jean Gerson, qui à Jean Gersen. qui à Thomas A-Kempis; les génovéfains prirent part à ces polémiques, et le P. Claude du Molinet, procureur-général de la congrégation, numismate et antiquaire, dont je parlerai de nouveau, publia, en 1687, un opuscule en faveur de Thomas A-Kempis; il est mentionné dans la dissertation bibliographique de Barbier sur les soixante éditions du célèbre livre.
On lit dans la GalUa christiana, — qui donne la suite des abbés de Sainte-Geneviève, le manuscrit de la bibliothèque n'arrivant pas jusqu'à cette époque, — que Jean-Baptiste Chaubert, abbé en 1697, céda aux habitants de Meaux, d'après leur demande, une côte de sainte Geneviève, à la condition que, chaque année, ils célébreraient avec solennité le jour de cette translation et la fête de la sainte.
A Chaubert succéda Jean Polinier; je le mentionne, parce qu'il a laissé deux ouvrages, savoir ; des Psaumes a^^ee des ar^ gumenfs qui en donnent Vidée et des réflexions qui apprennent t usage qu'on en doit faire, 3 vol. in-12, 1698, et une Explication littérale et morale des ÉvangileSy 5 vol. in-8" (le tome 5™" parut en 1702).
La dernière année de ce siècle, Raymond Chapponel d'Antescourt, genovéfain, prieur de Saint-Éloy de Roissy, qui mourut en 1700, publia une Histoire des Chanoines réguliers, ou Recherches historiques et critiques sur l'ordre canonique, in-4** et in-12. On a encore de lui un Traité de l'usage de célébrer le service divin en langue non vu/gairCy et de l'esprit da?is lequel
il faut lire V Écriture sainte, Paris, 1687, in-12, et un Examen des voies extérieures, 1700, in-12. Cette production théologique, dirigée contre le quiétisme, est le seul ouvrage du P. Chapponel que la bibliothèque possède.
Je ne m'occupe pas ici de ce qui concerne cet établissement que le xviF siècle vit se développer avec rapidité, et je renvoie, pour cela, à la deuxième partie de mon travail, qui lui est exclusivement consacrée.
Il me reste fort peu de choses à dire du collège de Montaigu : je vais faire connaître ce qui se rapporte à lui pendant tout le cours du siècle dernier, qui fut le dernier de son existence.
Le 7 août 1744, le parlement mitigea de nouveau l'étrange discipline de la communauté; dès ce moment, l'office que l'on célébrait à la façon monastique fut supprimé, les écoliers firent gras au repas de midi, et le soir ils eurent un repas maigre trèsfrugal.
On avait compris enfin que des étudiants ne peuvent pas vivre comme des trappistes, et que de nombreuses pratiques de religion absorbent un temps précieux. Cet ordre de choses fut maintenu; cependant Ponceiin dit, dans son histoire de Paris, qu'il restait en 1761 « assez de devoirs étrangers à une éducation honnête pour gêner les jeunes gens dans leurs études ( 1). »
D'après Hurtaut etMagny, il y avait dans le collège, en 1779, trente-quatre boursiers artiens et grammairiens de tous pays
(î) Nos investigations bibliographiques nous ont fait découvrir le titre de cet écrit que nous croyons du temps : Factwn pour Claude Cordon, docteur en théologie, de la maison de Montaigu, élu principal de la même maison {et collège), contre les PP. chartreux, opposants à cette êkction (suivi de quelques pièces); in-4o de 28 pages.
et diocèses, nommés par le prieur des chartreux, et installés par le pénitencier de l'église de Paris :
Sept places pour ceux de la ville de Saint-Quentin ou autre du diocèse de Noyon (dont quatre étaient remplies par des écoliers de la nomination du chapitre de Saint-Quentin, et trois par des jeunes gens du choix des chartreux];
Deux places pour des élèves de tous pays, désignés par le vicomte de Rochechouart;
Deux places pour des écoliers natifs du village d'Hornoy, diocèse d'Amiens, à la présentation du prieur des chartreux d'Abbeville;
Douze pour des étudiants en théologie qui devaient avoir fait au moins leur rhétorique et leur philosophie au collège en qualité de boursiers;
Trois enfin (dites grandes bourses) tirées au sort dans le chapitre de Paris par les boursiers théologiens ou artiens; elles valaient 300 livres par an, et c'était le bureau de l'Hôtel-Dieu qui les payait.
En 1787, le nombre des bourses était le même, c'est-à-dire de soixante (1); on recevait alors des pensionnaires moyennant 350 livres par an. Ceux de ces pensionnaires qui obtenaient des couronnes à la distribution des prix de l'Université étaient gratifiés d'une bourse à Montaigu, qui avait pour principal l'abbé Régnard.
Ce fut vers cette époque que l'on donna à l'établissement de Standonck le nom de Collège des haricots^ car on y faisait toujours assez pauvre chère,
(1) Vingt-huit de moins qu'au xv» siècle.
La terrible année 1793 fut celle de la suppression du collège; ce séculaire logis se ferma au temps des vacances, et ne se rouvrit que pour recevoir des malades et des blessés; on en avait fait un hôpital, ou plutôt une ambulance pour l'armée, une succursale du Val-de-Grâce; il devint ensuite prison militaire, puis caserne d'infanterie, dépôt de recrutement, et enfln bibliothèque publique provisoire.
Plus des trois quarts des bâtimens ont été abattus; ce qui reste de cet ancien collège offre à l'œil une façade vieille et brunie sur la place du Panthéon, et disparaîtra dans deux ou trois ans.
La nouvelle bibliothèque s'élève de jour en jour derrière cette façade qui la cache; elle occupe une grande partie de la cour qui était oblongue, depuis la rue des Sept- Voies jusqu'à la ruelle des Cholets, supprimée pour l'agrandissement du collège de Sainte-Barbe.
Achevons maintenant l'histoire de l'abbaye de Sainte-Geneviève, que nous avons arrêtée aux premières années du X viii*' siècle
Voici ce qu'on lit dans la notice sur l'abbaye de la Gallia christiana, à l'article de Jean de Montenay, abbé : « Cette année (1703), une grosse somme d'argent fut payée à Sainte-Geneviève par le roi, tant pour une partie du palais et du jardin du Luxembourg, cédée par Sainte-Geneviève, que pour la justice de l'abbaye passée au Chûtelet (l). »
(1) On trouve cet article sur la justice abbatiale dans le Guide des amateurs et étrangers à Paris, par Thierry : a Bailha<;e de SAiNTE-GEXETiiîVE. MM. de Sainte-Geneviève, étint
Le monastère perdit, en 1708, un religieux qui s'était adonné avec succès à l'architecture : le P. Claude de Creil; le ministre Colbert, qui avait grande confiance en son savoir, lui fit demander des plans pour la reconstruction du Louvre; le religieux se mit à l'ouvrage, et en fournit de si riches, qu'ils furent jugés inexécutables à cause de la dépense qu'ils auraient entraînée. Claude de Creil fit aussi des dessins pour les réparations de Sainte-Geneviève et de Sainte-Catherine-de-la-Culture.
La première de ces maisons lui dut, entre autres choses, un portail et un escalier dont la voûte n'était supportée que par deux colonnettes d'une grande légèreté.
L'an 1710 amena une disette à l'occasion de laquelle les échevins de Paris eurent recours à l'iïitercession de Sainte-Geneviève. Un tableau votif fut peint par De Troy et envoyé à l'église abbatiale pour servir de pendant à celui que Largillière avait peint, en 1669, dans une circonstance pareille. Ces deux toiles furent placées plus tard dans l'église Saint-Étienne-du- Mont. Hurtaut et Magny ont écrit la date de 1725 à propos de l'œuvre de De Troy, l'autre date est celle de Dulaure et des auteurs les plus estimés.
Ce serait ici le cas peut-être de parler du jansénisme, qui eut h Sainte-Geneviève des partisans déclarés ou secrets, — et cela se comprend, cette doctrine touchant à saint Augustin dont les
seigneurs de partie du quartier où est située leur abbaye, ont un bailliage qui connaît de toutes causes, tant civiles que criminelles, dans toute Tolcndue de son ressort, et dont les appels se relèvent au parlement.
« Les audiences de ce bailli;tge ?e tiennent les lundis non fêtés, à trois iscures de relevée, dans une niùisoii située près de Fabbayc. s)
On voit que cet article est antérieur au traubport de la jurîdictioîL,
génovéfains suivaient la règle, — de citer les écrits du temps, de mentionner les hommes qui se mirent le plus en évidence dans cette guerre : je réserve ce que j'ai à dire à ce sujet pour la seconde partie de mon travail, pour l'histoire de la bibliothèque, dans laquelle on verra aussi tout ce qui a trait au duc Louis d'Orléans, qui devint le commensal des habitants de l'abbaye.
En 1720, sous Gabriel de Riberolles, qui avait été d'abord prieur-curé à Meaux et possédait l'affection de Bossuet, « on éleva plusieurs maisons commodes dans un espace vis-à-vis de la principale entrée du cloître, » et douze ans après, le même abbé gouvernant encore la maison , on fondit et bénit solennellement douze cloches ; Gabriel de Riberolles officia revêtu de ses ornements pontificaux (1). Sainte-Geneviève contenait alors soixante-dix religieux.
Cependant les génovéfains trouvaient leur église trop exiguë pour l'affluence des visiteurs et pèlerins, ils étaient honteux de leur vieille nef du xf siècle, d'une si respectable figure, et jaloux de tous ces monuments soi-disant grecs qu'élevait le mauvais goût, le ridicule enthousiasme du temps; il leur fallait un de ces dômes lourds, tristes et sots dont on a coiffé Paris sous Louis XÏII, Louis XIV et Louis XV. Pour arriver à leur but, c'est-à-dire décider le roi à faire quelque chose en faveur d'une maison chère à sa race et qui s'intitulait abbaye royale, ils mi* rent en avant un de leurs procureurs nommé Féru, homme plein d'intrigue, qui persuada au marquis de Marigny, sur-
(1) Oa trouve les détails de cette cérémonie dans le Mercure de France de l'année 1732, pages 2282 et 2912.
intendant des bâtiments, qu'il honorerait son nom et son administration en faisant reconstruire l'église Sainte-Geneviève.
Ce projet sourit à la vanité de M. de Marigny, et il le soumit à Louis XV, lequel, quoique fort galant, n'en était pas moins dévot. Ce prince étant tombé malade à Metz invoqua la sainte, fut guéri et ne manqua pas de lui attribuer son rétablissement. Dès lors la fondation d'une basilique fut résolue, et l'on exécuta les travaux préparatoires; la construction n'était pas encore commencée, quand les chanoines réguliers présentèrent au roi une requête exposant que l'ancienne église menaçait ruine, que les fidèles n'y étaient point en sûreté, et que la réédification devenait urgente; ils déclaraient qu'ils se trouvaient dans l'impossibilité de pourvoir eux-mêmes aux dépenses nécessaires, et faisaient un appel à la piété, à la munificence royale, qui jamais n'avait fait défaut à leur antique maison.
Certes la bonne volonté ne manquait pas au roi, mais c'était l'argent; on imagina donc, en 1755, d'augmenter de quatre sols les billets de loterie, ce qui leur donna la valeur de 24 sols au lieu de 20 (ressource que Dulaure taxe immorale); cette augmentation produisit 400,000 livres par an et permit de mettre la première main à l'édifice (1).
En 1757 et 1758, on s'occupa des fondations, et on trouva dans le sol plus de cent cinquante puits qui avaient jusqu'à quatre-vingts pieds de profondeur; ils étaient l'ouvrage des
(1) Cette fondation fut célébrée par un rimeur génovéfain en vers d'un style dithyrambique. La première pièce est intitulée la Reconstruction de VéglisQ Sainte-Geneviève f ode présentée au roi U 2 juillet 1755, revue
Romains qui prenaient là Targile nécessaire à leurs potiers. Ces excavations furent comblées par de la maçonnerie.
Soufflot avait présenté plusieurs plans avant celui qui obtint l'approbation royale et que nous pouvons juger; les entrepreneurs furent : Poncet, ïhevenin et Le Tellier pour la maçonnerie, Brûlé pour la charpente (ce nom dut effrayer les gens superstitieux) et Girard pour la serrurerie. Je ne décrirai point ce monument aux colossales proportions, qui a été l'objet de grands éloges et de grandes critiques; j'admirerai, si l'on
depuis et corrigée considérablement , par l'auteur Bernard, chanoine régulier de Sainte-Geneviève, prieur de Nanterre. En voici une strophe :
O temple I deux héros éternisent ton lustre : Vainqueur à Tolbiac, le généreux Clovis, Érigeant de sa foi ce témoignage illustre, Te date du berceau de l'empire des lis; Le vainqueur de Lawfeld , épris du même zèle,
Te donne une forme nouvelle.
Il commande, et tes murs renaissent embellis,
La deuxième ode est intitulée : Â Louis XV la hien-aimé, posant la première pierre de la nouvelle église de Sainte-Geneviève, le 6 septembre 1764. J'y ai remarqué cette strophe en faveur du pouvoir de droit divin :
Périsse sans retour ce dangereux système
Par le fanatisme enfanté, Qui, limitant des rois l'autorité suprême, Soumet leur sceptre au joug d'une autre autorité.
De leur sublime indépendance La religion même est le plus ferme appui. Images du Très-Haut, il est de leur essence
De ne dépendre que de lui.
Ces deuK morceaux ne sont remarquables ni par la forme ni par le fond ; la bibliothèque les possède réunis en un mince in-f». Y 164 .
veut, sa masse hardie; mais je déclare que rien ne me choque plus que le culte catholique dans un temple à fronton, à péristyle grec, à colon nés d'ordre dorique, ionique ou corinthien, lors môme que ce temple s'appelle la Madeleine ou le Panthéon; et comment dépeindre mon horreur quand je vois une belle église, comme Saint-Eustache ou Saint-Pierre de Genève par exemple, honteusement défigurée par un accouplement impossible de notre architecture nationale avec celle de l'antiquité païenne?
En 1763, la crypte du nouvel édifice fut creusée, et, l'année d'après, Louis XV, entouré de sa cour, vint poser avec apparat, la première pierre de l'une des colonnes de la coupole; cette cérémonie eut lieu le 6 octobre; on avait peint le fronton sur une toile pour en donner une idée au roi.
Viallon,. qui écrivait à celte époque la vie de Clovis, dit, dans son ouvrage : a Nous espérons voir bientôt ce superbe édifice conduit à sa perfection, il est digne de la magnificence de Louis XV... »
Cette fondation n'amena pas la destruction de l'ancienne église où Soufflet fut inhumé en 1781.
On doit encore à cet architecte le bâtiment de l'École de I droit (1771), auquel on se propose de donner pour pendant la I mairie du lâ'' arrondissement.
I En 1767, le collège de l'Ave-Maria, où avait professé Ramus, fut réuni à celui de Louis-le-Grand; tous les petits établissements de ce genre furent de même, dans ce siècle, absorbés par les grands.
I A l'époque où Viallon fit imprimer son livre, c'est-à-dire
en 1788, le corps de sainte Clotilde occupait une châsse de vermeil et on l'exposait le jour de la célébration de sa fête.
Cet auteur dit, en parlant du sépulcre de Clovis :«0n pourra transporter ce tombeau dans la nouvelle basse église, mais il conviendrait d'élever à la gloire de ce prince dans la haute église un mausolée ou monument digne du fondateur d'une des plus illustres monarchies de l'univers. »
En 1790, l'abbaye de Sainte-Geneviève subit le sort de toutes les communautés religieuses de France, elle fut supprimée, et ses bâtiments devinrent le collège Henri IV. Ceci étant du domaine de l'histoire moderne, je me bornerai à une simple mention. Un grand nombre de génovéfains adhérèrent de conviction aux idées nouvelles, quittèrent le froc et se marièrent.
Le dernier abbé fut le P. Claude Rousselet, qui ne voulut pas prêter serment à la constitution civile du clergé. Le k- avril 1791, le dôme venait d'être terminé, l'Assemblée Constituante décréta que la nouvelle basilique deviendrait le lieu de sépulture des hommes illustres de la France, et porterait désormais le nom de Panthéon. On dut enlever alors le tombeau de la patronne; on fit disparaître du tympan du fronton le bas-relief de Coustou, figurant une croix entourée de rayons et adorée par des anges avec cette inscription :
SVB INVOCATIONE SANCT.^ GENOVEF^.
M. Antoine Quatremère fut chargé d'opérer la transformationdu temple; on enleva les sculptures religieuses de Desar, dans
fintérieur, et M. Pastoret composa l'inscription que l'on a rétablie de nos jours :