AVE MARIA
Le collège de HutNind 'était plus généralement cowu sous le nom de collège de YAve^Maria. Le nombre des boursiers fut doublé par le duc d'Orléans, frère de Charles YL
Mon intention n'est point de tracer Thistoire, même abrégée» des autres collèges, grands ou petits, qui tous à peu près ont cessé d'exister et se sont laissé absorber par ceux de Louis-le«- Grwd ou d'Henri lY, car cela m'entraînerait dans des développements qui fatigueraient le lecteur après m'avoir fatigué moi-même (i).
(1) Les rues de la Montagne-Sainte-Geneviève, Saint-Jacques et de la Harpe étaient. celles qui renferinaienl le plus de collèges. On Yoit encore djUis cette dernière, sur des maisons presque continues, tuois insoriptious qui rappellent au passant des établissements disparus sans retour.
Le numéro S5 a cette inscription sur une espèce de cartoiiclie au-dessus d^nne grande porte-cochère :
gollmum
SAGIBlfCB (DE BBBZ) RBJSDIF. ANN. 1730;
le numéro S9 celle-ci : Collegium Narhonnm (de Narbonne) fundatum anmo 1719, r^mdif. anno 1769. (Écriteau peint en bleu, à lettres d*or.)
Enfin le numéro 93 présente une Yieille porte ogivale, en pierre noir&tre de vétusté, unique reste du collège de Bayeux, Deux sveltes et légères oolonnettes à diaplteaux de feuillages soutiennent cette |K)irte; Tune d'elles
En 18S2, Jean de Viry était abbé de Sainte-Geneviève, a II lai arriva 9 dit notre chroniqueur anonyme, une assez grande disgrâce, sçavoir que quelques docteurs de Sorbonne, 8*estant assemblés chez luy, prirent querelle avec ses ofBciers, dont ils furent maltraités, de sorte que la faute en tomba sur luy pour n'avoir pas fait, à ce qu'ils disoient, ce qu*il pouuoit pour empescher ce désordre , en sorte qu1i fut privé de tous les droits et les honneurs dont il jouissoit dans TUniversité, et les sceaux qui se gardoient dans son abbaye furent transporiiés au collège de Navarre. »
Notre historiographe consciencieux cite parmi les chanoines réguliers de ce siècle, illuitres en naiisance, piété, doctrine, etc., Guillaume de Foulqueuse et Pierre d*Ailly, eseolatre de l'église de Saint-Uilaire de Poitiers et chantre de celle de Sainte-Radegonde, qui, s'étant retiré à Sainte-Geneviève, y fonda la fête de sainte Radegonde, «pour la vénération qu'il lui portôit. Il fit présent à l'église de douze figures d'argentdes douze apôtres. »
est rongée; les retombées sont supportées, d*un côté, par un lion sculpté terrassam un monstre, et, de Tantre, par une sorte de griffon te'rrassant un lion. La façade a subi une déviation produite par ie temps. LMnscription est : ColUgium Bajoceme, fund* anno 180S. Au milieu de Pogive est une niche vide.
U est fort à craindre que le vandalisme effréné de nos maçons, qui se décorent du nom d*architectes, ne fasse disparaître tôt ou tard ce vénérable portail. Les choses respectables ne sont guère respectées par ces gâcheurs de roorlier, ces badigeouneurs stupides. Déjà l'intérieur de la cour, qui sert do pasftiige, a été bouleversé de fond en comble ou restauré\comme on dit}; on a abattu une niche historiée qui était au-dessus de la porto d*un escalier, 'Ot Ton a construit de ces Mleê maisons de pl&tre que Ton aime tant aujourd'hui.
Cebi s'appelle U procès t
Onrentemau bas des degrés de la porte de raomônerie dans le dk)ltre.
En 1355, la partie de ce clottre qni était devant les ^ses unies de Saint-Ëtienne et de Sainte-Geneviève fnt donnée à cens ponr qu'on y oonstmistt des maisons; dès lors se forma la place du carré de Sainte-Geneviève.
Crevier, dans son excellente Histoire de t Université de Paris, place en 1355 la rixe survenue à Sainte-Geneviève et qui motiva Tenlèvement des sceaux de TUniversité. Cette différence de date n'a rien d'important.
Etienne de Lapierre, abbé, qui s'était trouvé à Saint-Denis pour les funérailles de Cbarles Y, fit présent à Charles YI d'un beau destrier blanc, qu'il lui envoya en Flandre (1385). Ce nième abbé, sdze ans après, ayant obtenu du roi le [paiement de trois cents livres dues à l'abbaye , se servit de cette somme ponr faire réparer la tour du clocher.
A répf>que où nous scmimes parvenus, c'est-à-dire en 1387 ou 4388, le collège établi par Gilles Aycdin , et qui se trouvait depuis longtemps dans l'état le plus précaire, fut réorganisé et restauré par Pierre Aycelin de Montaigu, de la famille du fondateur, lequel, de prieur de Saint-Martin-des-Champs, était devenu évèque, puis cardinal et ministre d'État. Les donations qu'il fit au pauvre asile excitèrent le mécontentement de son neveu et héritier, Louis Aycelin de Montaigu de Listenois, chevalier, qui attaqua plus tard le testament; mais, à la prière de quelques parents, les choses s'arrangèrent à l'amiable. Louis se désista de ses prétentions, à condition que le collège porterait désormais le nom de Montaigu^ que les armes de cette
-àd-
maison seraient sculptées ati-âesstis da portait tÎHndpa) dotl^' nant sur la rue des Sept-Voies, et que, suivant Tintention dit cardinal formellement exprimée , les boursiers Seraient pris de préférence dans le diocèse de Clermont.
Dans ce siècle , chacun des collèges de Paris (indigentes éi étroites écoles» espèces de salles d'asile) appartenait exclusireH' ment à une nation, à une province ou à une localité de la France» dont il prenait d'ordinaire le nom.
Le moine de Sainte-Geneviève, qui desservait Téglise parois» siale de Saint-Ëtienne-du-Mont, ne cessait pas pour cela dlia^ biter avec ses frères; il vivait soumis à la règle commune et ne jouissait point du casuel, qui entrait en entier dans le cofll^e-^ fort de la maison. Cet état de choses cessa en 1400; le curé ayant témoigné le désir de vivre à part, comme un prêtre séculier» fut mis en possession du revenu curial» à la charge et payer vingt-huit livres par an à Pabbaye ; on continua de pren^* dre ses successeurs dans la communauté des chanoines.
Plusieurs hommes d'église de la famille de Montaigu avaient été choisis pour exécuteurs testamentaires du cardinal» Tun de§^ membres de cette même maison : Philippe» évêque de Noyon, créa des statuts pour le collège en 1402» année pendant laqueKs Nicolas Flamel fit rebâtir à ses frais l'oratoire de Sainte^Gene^ vièvenles-Ardents en la Cité et fut représenté h genoux datfff une niche à cêté du portail. Neuf ans après» les boursiers du collège obtinrent du pape la permission d'avoir un clocher et une cloche.
Les clercs de Paris ayant été troublés dans leur prooes^s solennelle (qui, partant de Mnte-Genevière, allait è l'abiNiye d»
Taf-ftes-Écolien) par les pages An sire de Satofsy, lesqtieM ilienaient les chevanx de lear maître à l'abrettrofr, il y ent des désordres et des rixes dans la ville; les gens de Savoisy tarent, par suite de cette affaire, condamnés à faire amendé honorable an carrefour de Saint-Séverin et devant Téglise de Sainte-Geneviève, ensuite ils furent fouettés par le bourreau et enfin bannis (UM). A cela ne se borna pas la punition de leur attentat, un des plus grands que l'on pût commettre alors : Savoisy vit son hôtel rasé (les écoliers travaillèrent eux-mêmes à la démolition par représailles ) et fonda plusieurs chapelles expiatoires. L'hôtel ne put être rebftti que bien longtemps après; on y mit uiie inscription commémorative.
En H0&, le coHége dé Montaigu s'agrandit en achetant plusieurs bfttiments dépendants de l'abbaye de Sainte-Geneviève, à laquelle il paya 1,600 écus d'or «r et cinquante sols parisis de cens annuel pour chacune des maisons acquises sur le fief avec tous les autres droits seigneuriaux et paroissiaux. »
Le registre manuscrit auquel j'emprunte ces détails arides sans doute, mais qui doivent se trouver dans cette notice, nous apprend qu'en 1409 a il se fit une procession du recteur de l'Université, laquelle partit de Sainte-Geneviève pour aller à Saint-Denis en France, où tous les maistres et tous les escoliers assistèrent, et fut si longue que lorsque les premiers entrolent dans la ville de Saint-Denis,' le recteur estoit encore auprès des Mathnrins. »
Dans le même temps & peu près, la confrérie des porteurs dé la chAsse de sainte Geneviève prit naissance; des bourgeois de Paria la composaient; ils avaient demandé aux chanoines l'auto-
rhation de les remplacer et cela pat aèle pmêr la ptUrênne; c néanmoins/quand ils faisolent cette fonction, il y avoit qaatre religieux qni mettoient la nunn anx quatre bâtons du brancard^ qui le soutenoient en qualité de porteurs honoraires, ainsi qu'il se remarque encore dans la tapisserie qui est au choeur de cette église, faite l'an 1545; mais cette pratique ne s'ob*
serve plus (1) Les écoles de Sainte-Geneviève étaient entre
le porche de l'église et la porte de la maison où l'on montoit par des degrés. Raoul Mareschal, abbé, y professa publiquement la théologie en 1420; plus tard on y fit les examens des maîtresës-arts. » A cette époque, qui était celle de la querelle des Armagnacs et des Bourguignons et « où le roy Charles VI buuoit de l'eau du puits de Sainte-Geneviève, soit qu'elle fast jugée plus saine par les médecins que les autres de Paris, soit par deuotion à cette grande sainte et patronne de son royaume, pour recouvrer sa santé, » l'abbé déjà nommé voulut remplir le rôle de conciliateur; il reçut l'ordre de faire boucher la porte de son dos qui donnait sur les fossés et qui eût facilité une surprise : le chroniqueur pense qu'il s'agissait de la porte papale.
Cette guerre civile et les désastreuses luttes de la nation avec les Anglais jetèrent dans toutes choses, comme on sait, une perturbation extrême. L'abbaye retomba dans le désordre et la corruption d'où l'avait tirée Suger; je signalerai les remèdes que l'on apporta dans la suite à ce mal.
L'an 14-30 doit figurer ici à cause de la fondation du cdtége de Sainte-Barbe qui, plus heureux que ses voisins, que ses aînés,
(1) Ceci a été écrit en 16S7.
a traversé les sièdes et subsiste encore (on peut dire aussi des collèges : Hubmt sua fata...). Jean Hubert, docteur en droit canon, ayant résolu dinstitner une maison d'éducation ecclésiastiqne, frit à cens de Tabbaye Sainte-Geneviève un terrain où s'élevait jadis Thdtel des évèques de Châlons et un emplacement appelé Château Fétu : cette maison devint bientôt florissante, et Ton y compta quatorze maîtres.
J'ai oublié de dire que les reliquaires et les vases les plus sacrés de l'abbaye de Sainte-Geneviève avaient été mis en gage pendant les troubles et pour faire face à des nécessités pressantes; l'abbé Rd)ert Michon les dégagea en 1433 moyennant la somme de 300 livres.
Conunent croire à la sincérité du respect des gens d'église pour les choses saintes, quand on les voit en trafiquer , ou les mettre dans les mains viles, rapaces et impies des Juifs? Je m'étonne que le chroniqueur-chanoine ait consigné ceci dans son manuscrit : c'est pousser la conscience historique un peu loin et avouer ingénument un brocantage que rien ne saurait justifier.
Au milieu de ce siècle, le sceau de l'abbaye donnait pour empreinte sainte Geneviève, saint Pierre et saint Paul, et en dessous un abbé à genoux ayant à sa droite Técu de France et à sa gauche ses armes particulières; le sceau de Fabbé était enterré avec lui; celui du prieur représentait une main sonnant une dodie, car une des fonctions de ce chanoine était de rassembler ses frères.
Sous Philippe Langlois, W^ abbé, un jeune homme issu d'une pauvre et obscure famille de Matines, — d'autres disent de Bruxelles, mais c'est par erreur, -* après avoir commencé ses
dMseseiiBollaiide, iraelieniiM?ttr»Varii«kh»éMe»fMtoii^ phifies et théologiqim étaiett plas (érte^veparlMl^ailMM^ il ge troif it h peo prt» was mêswm te s fé ^mimmu, mA ilfait M soin de se mnir de tetlre» de reeoumMHNMiOD peur 8eiÉ te - Cenevièfe, arile d'étude» et d^ëradttira. Heça fcf eraMeoÉeiit» il fut logé, DomTi et babillé h la eoodMott qa'il «mMrait le» cloches pour matÎDes et ferait qaelqaes nemies besognes dan# réglise et dans les clothw. Le BrabançoB, q«i visait h im bat, qiA étant plebi de résoliition^ dteeemrage, de perséférance, ae^ sotmiltfoloiitiersà'Gettesoriededoiiieatieitèdégmsée... Le jour, il se glissait testes les foiaqii'ft le poiifiiitdÉmteaéeole»abb«>> tiales et prêtait une oreille attentive aux teféms; h lAiit, ^faonè ft faisait dair de lune^ il se promenait sor les bénies galeries de latowp carrée qne nons voyons encore an baad'meflàclie qn' n'existe plos, et étndiaft dans qnelqnes livres pria k la KbraMe ca«veBtuelie« ~ Pen à pea il acquit de profonde» connafissanceff dont U devait bientM Mre nn digne et noble usage tout prè9 de la maison qai, la première^ lui avait été hospitalière : ^ ce^ jeme homme était Jean Standonck ou Standoncb^ sur lequel je vais anroir beaucoup è dire.
En iVKf, Ulric Germg, de Constance^ apporta l'art adml*' fable de l'imprimerie dans notre vite, et vint établir seaatelier^ 9m le mont même de la sdenee, dans les bâtiments du colége^ dn docteur Sorbon. L'introduction de la typographie est peufr-être ce qui honore le plus le règne de Louis Xi.
Sept ans après, le parlement rendît m arrêt portant qne la fête de sainte Geneviève serait célébrée sol en ne l lement et qne ee jour serait dorénavant férié*
docte» «t le» pins jHlieiett. de sm km^^p «t sitT^nommi^i^ ttft rapidement r^MiAie. An sortir de Saittle-GeM^ièm^ îl devîBk iBalti>ed^étodekaatele-Iiarbe, pukmattre-èMvto^kaebdv lier eA lliéobgie , et aot gBgnm 1* amitié de Jean Lhiiittier, an^N eisaprefemew, évèqve ée Meami ta proviseQf deSorbosiie, qui le ût admettre dans la société de cette maison. Les rdigiesi de SaiBte-eeÉeviAvft «NôènC confia de Ifeakine et de ramitié poor lemr ancien acnnev ; aussi se léjeniiaani-iben appaenÉt bientAt afirèa sa w>mi&atioD an peste de principal de Monfaiiigs^ itite par le ebapitie ée Nofare-fiame, et se pronirenfc-fla d'Mm fa!¥oraUes à ce cMé^.
^ Standonck, qui sncoédait à un pciiidpal Bemmé Anuitre Cb» tard» sons lequel le collège n'avait point piospéfé^ a'appKqu k relever un instiCat qui n'avait plus qw 11 sons de revenu (aucuns disent 16 ] et dont les bAtimeats étaient entièrement d^adés^presqpe inhabitables; les fonctions de recteur de Flteiversitéy qui lui furent attribuée» en 1483, ne ralentirent nuHer* nent son zèle à cet égard, et il poursuivit avec un plein succès sa tâche de léfonnatev» Cet homme aestère et infatigable doit être regardé comme le véritable instituteur de M ontaigii.
Gemme il avait été pauvre , toute sa soiiicitude se porta snv les éocriiera indigents, sur cette intéressante dasse d'homnwa qui, privés de fiirtnne , sont trop sowfcnt privés par là ménM de savoir, c*est-à-dire de la vie intellectuelle et de ses bieiifidts; après avoir rétabM l'ordre dans les finances gaapïlées pac tes précédents administrateurs, il attira à la maiten le» Ittéralitétf pienses de ramiral Malet de Gravilte et du vicomte det Roche*
tJhMBttf C6 cpii loi pmiift def répvatioiif dctcniKi urgentes, la eonffamction de noa?eaoi logemento, d'une dmpéUe^ et réta- UiffemeDt d'one biUiotbdqiie* H fit fenir dea professenra de mérite, den ebapelaina, et créa doue nonrèDef boarsea; enfin il éleva le nombre dea membres de la commnnaaté à qnatre-f ingt'hnit, en l'honnemr des apMrea et des dktàfieB de Jéaoa-Cbrist.
An commencement de aon administration, il sobordonna radmisfion des pauvres écoliers an dioixdn prieur des diartrenx, qni eut nne sorte de supériorité sur le coUége, fournit «ne certaine quantité de pains et contribua à diverses dépenses avec le couvent des célestins, le vicomte de Rochechouart et ramiral de Graville. Standonck avait une prédilection toute particulière pour Tordre des chartreux et sa règle rigide, qu'il copia en beaucoup de points dans ses statuts scholastiques, dont je ferai connaître resprit.
Si les études étaient substantielles à Montaigu, on ne peut pas en dire autant de l'ordinaire : le célèbre Érasme, l'un des disciples de Standonck, en fut si incommodé, qu'il tomba dans une langueur et un épuisement suivi de fièvre, dont il fut guéri, au dire de notre manuscrit, par les mérites de sainte Geneviève, en rhonneur de laquelle il fit un poëme d'actions de grâces; ce philosophe n'a pas épargné ses critiques au régime alimentaire de la maison des pauvres écoliers, qui, diton, altéra à jamais sa sante.
En 1U9, un malheur terrible vint frapper l'abbaye ; Jean de Troyes le relate en ces termes :
« Le vendredy septiesme i<mr dudtt mois de iung, environ
Teure d'entre hmct et neaf heures du soir, se Icua grant toiiooire audit lieu de Paris. Et a ung des esclats dudit tonnoire qui fut à ladite heure, vint icelluy tonnoire enflamber et mettre le feu au clocher de madame Saincte-Geneuiefue au mont de Paris, lequel brûla toute la charpente dudit clochier, qui estoit demourée par Tespace de neuf cens ans, fondit toutes les cloches dudit clochier, et le plomb dont il estoit couuert, où il y auoit par estimation cent mil Hures de plomb et plus, et y eut ung grant dommaige qui estoit pitié à voir. »
Le rédt du chroniqueur de la maison ne diffère guère de celui-ci :
« L*an 1489, le vendredy 6^ Jour de Juin , le tonnerre estant tombé sur le clocher de Tabbaye de Sainte-Geneviève, y mit le feu et Fembrasa si fort qu*il fut impossible de l'éteindre; il fondit le plomb et les cloches, et même gasta une partie de Téglise, du clottre et du dortoir (f).
«Cestoit une perte presque irréparable; néanmoins ce bon abbé (Philippe Langlois), ne perdant point courage en ce désastre, cherchant tous les moyens pour réparer les ruynes, premièrement il fit faire une queste dans Paris, et envoya mesme un de ses religieux nommé frère Jean de la Chapelle avec des patentes dans la pluspart des villes du royaume pour amasser les charités des gens de bien* Secondement, le parlement appliqua à ce pieux dessein plusieurs amendes, entre autres une contre Tévéque de Chartres. Troisièmement, à la recommandation du roy et de l'Université de Paris, le pape Sixte IV accorda durant cinq années des indulgences plénières en forme de Jubilé à tous ceux qui visiteroient l'église de Sainte- Geneviève à certains Jours, et donneroient de leurs biens pour restablir les bastiments qui avoient esté brûlez, accordant à tous les pré- Ci) D*autfes ouvrages placeat à tort cet événement en 1488.
-astres qui eoiAsseroient en ces jours-là, dans cette église, )e poaifinr d'absoudre des cas réservez. «» ...
La prolongation du temps des indulgences fut demandée par Charles YIII, TUniversité et le prévôt des marchands au pape Innocent VIII, qui raccorda sans difficulté; le clocher fut rétabli avec sa flèche, qui depuis a été supprimée, et on y mît c quatre bonnes dodies. a
Le nombre des paroissiens de la montagne continaant toujours à s'accroître, les marguiliiers présentèrent une double requête aux religieux de Sainte-Geneviève, en 14-91, pour obtenir un emplacement nécessaire à l'agrandissement de la nef et l'autorisation d'avoir un clocher et.quatre cloches, selon le vœu des habitants. L'abbé accorda une partie des bAtiments. de l'infirmerie de la communauté, adossée au chevet, moyennaot 10 livres de rente, une livre de cire rouge le jour de Saint- Étienne, nouveau patron da l'église; mats il défendit expressément que le clocher (ût terminé en flèche.
La même année, et la chancellerie de Saînt-Étienne ayant vaqué, frère Jean Babillon, voyant qu'il ne la pouvoit obtenir de Fabbé, s'en fit pourvoir en cour de Rome, ce qui étant venu à la connoissance de l'abbé, il assembla les principaux des collèges les plus considérables, entre autres de Montaigu, Sainte- Barbe, Navarre, La Marche, Reims, Boncourt, des Trésoriers» pour prendre leur conseil sur ce qu'il y avoit à faire. On fut d'avis que l'abbé ne devoit pas souffrir cet empiétement sur ses droits, et il ne le souffrit pas (1). »
(1) Ms. de Sainte-Geneviève.
jPfrwrt idê aouécfi 4fH tenpiaèiiettt i» rièote, ShuHkwKJk fat r.at)iet.de r^teatioB j^ttbK^ae dt i)rit 4iiie jpart aaseiE active au éftéœmea^téfm tosqu^ l'Église «t rUniveraîté jouèreot Ha xAle ; tfaéoloeieii, jurédicatettr, hoauue 4raii; et charitable, dooteur trës-éminent, recteur de TUniversité, prÎBcipal4'Hn coU 14ge qui lui âe¥ail; sa régénéFatioi, sa renaissatM», «il fut appelé à se proDMcer dans des questions délioatas , et s'attira par k Irandriaeet k lustteté de «es ceaviotiws «me disgrâce qui fit du bruit.
AobertSri^aDiie^ archevêque de JRekns, mourut en 1&.97, et ie chapitre de la cathédrale de cette ville s*assembk pour lui donner un auocesseur. Standonck eut une voix ; ce fut alorf qu*àriBsUgatioB de son ami RattUn, —ancien principal du collège de Navarre, et en oe temps-là moine de Tordre de duny, .^u'il était diargé de réformer, — il pkida devant le parlement, soutenant a qu'un seul sufiragé, guidé par le motif dé k relîigion et du bien de l'Église, devait l'emporter sur la nuiltitude de ceux que déterminent des vues humaines. » Gomme on le .pense bien, cette étrange thécMrie, œtte bicarré doctrine en matière d'élection, ne fut pas comprise, ne prévakit point; car oomanent prouver à un électeur qiie des vues humaines ont dirigé son vote?
BientM ifrès, Standonck s'attira l'immitié de Louis XQ; wid à q«eUe «ocasion :
• Le roi avait été contraint d'épouser Jeanne, fille de Louis XI et sœur de Charles YIIL Gonoment le duc d'Orléans eût-il pu résister à k vdonté terrible du monarque du Plessisples-Tours, et ensuite comment etlt-il pu répudier la sœur de son souveraiii?
Parvenu lui-même an trône, Il songea sérieusement i di-« vorcer, — car la reine« étant laide, difforme, sans doute stérile, { ne lui inspirait aucun amour, — et à prendre pour femme Anne de Bretagne qu1l aimait et qui devait lui apporter en dot une grande province. I
Jeanne, d'ailleurs bonne, douce, amie de la retraite, se soumit sans murmures ni opposition à la volonté du roi, qui, avant de s'adresser au pape, désira avoir Tavis des plus fameux docteurs.
Standonck fut nécessairement du nombre des théologiens consultés dans cette grave affaire , et ne craignit point de manifester hautement sa complète improbation : selon lui , «r il n'était point permis de répudier une épouse dont la conduite j n'avait rien de répréhensible; il n'était pomt permis à un roi, I non plus qu'à un autre homme, de se marier du vivant de sa femme; enfin il était défendu d'épouser la femme de son frère. » — Ceci me semble d'un rigorisme outré, Charles VIII n'étant que le beau-frère de Louis XII.
Cette opinion ne fut nullement du goût du monarque , qui , | tout Louis XII qu'il était, avait ses faiblesses.
Il arriva, à peu près en même temps, que le roi voulut réprimer l'abus des privilèges de l'Université de Paris, en ce qui touchait les jugements; empêcher que, dans certains cas, on ne prît le titre d'écolier pour se soustraire, après avoir commis un délit, à la juridiction ordinaire; arrêter les transports frauduleux au moyen desquels on plaçait un bien sous le nom d'un écolier, pour qu'une cause fût portée au tribunal des jugesKSonservateurs, etc...
Le corps enseignant, inquiet de ces réformes, s'assembla sous la présidence de Standoncli, son recteur, et l'on fit la motion de suspendre les cours en une si grave conjoncture. Standonck conseilla d'attendre au lendemain de la fête du Saint- Sacrement et d'ordonner à tous les prédicateurs d'engager le peuple du haut de la chaire, le jour de cette fête , à prier pour que Dieu vint au secours de l'Université , aux droits de laquelle on attentait; puis de dire qu'il n'y aurait plus de prédication jusqu'à ce que le ciel y pourvût. Cet avis fut adopté, et bientôt des placards annoncèrent au public la cessation des cours.
Cette mesure irrita la cour; on met dans la bouche du roi ces paroles adressées aux députés qui se présentèrent à lui à Corbeil : — a Allez, et saluez de ma part les honnêtes gens qui sont parmi vous, car, pour les mauvais, je n'en tiens aucun compte. D
Puis, mettant la main sur sa poitrine, il ajouta :
— a Ils m'ont taxé moi-même dans leurs sermons ; ah ! je les envoyerai prêcher ailleurs. »
Il tint parole : Standonck et un autre prédicateur furent bannis du royaume ; Louis XII avait un double grief contre le recteur.
Celui-ci, obéissant à une sorte de pressentiment de cet exil, avaji mis en ordre les affaires de Montaigu et assuré l'avenir de celte maison, — * du moins fait tout ce qui était nécessaire pour c^la. — Les statuts d'un règlement très-austère, bon tout au plus pour une communauté de trappistes, avaient reçu la sanction du chapitre métropolitain.
Ce règlement déterminait rhabil)ement des écoliers de Mon-
^ ut-*
taigQ) qui de¥«it constater en une cape fermée par Aérant et aln camail Ae gros drop brun fermé par devairt et pur derrière; '^ d*où vient le nom de eapettes de âtoniaipuy panvrês eapeftn •ie Moniaiffu, que le public donna à ces élèves. Une abstinence cénobitique fot ordonnée :
« Les prêtres seuls pourront boire du vin mitigé avec beaucoup d*eau ; chacun aura pour entrée la trentième partie d'une livre de beurre ou des pommes cuites, une soupe aux légumes sans graisse; un demi-hareng ou un œuf pour les Jeunes écoliers; un hareng entier ou deux œufs pour les théologiens, avec un peu de fromage ou de fruit. «
Enoutre, ces malheureux collégiens, hâves, maigres, décharnés, blêmes, encapuchonnés comme des moines, — objet de pitié pour le public, — étaient soumis à tous les jeûnes de TÉglise, obligés d'assister à je ne sais combien d'ofGces la nuit et le jour, et disciplinés comme il convient ; le coucher était à l'avenant.
Les pères, toutes les fois qu'ils voulaient imprimer de la crainte dans Tesprit de marmots récalcitrants et mutins, les menaçaient de les envoyer à Montaigu : —remède infaillible (1) I C'est de cette sinistre niaison que Ton disait : Mons acutus, acuti dentés, acutum ingenium.
(1) Rabelais n'a pas épargné dans ses satires le collège do Moutaigu et «ê^est élevé avec force contre le régime de cette communauté. Qangantoa, de retour de la guerre, répare devant son père le désordre de sa toileUe; il se peigne et fait tomber de sa chevelure des balles et des boulets qui s'y éuient nichés, et Grandgousier, qui croit voir autre chose, de s^écrier : « Dea , mon bon fils, nous as-tu apporté iusques icy des esparviers de Montagu? le n*entendoys pas que là tu feisses résidence. » Ponocratès, précepteur de Gargantua, réplique aussitôt :«Seigaeur, ne peaseiqaeia Paye
Ed effet, tout était aigu : ia montagne, les dents et l^prit.» Standonck avait certes d'eaeellentes intentions , mais il subis-' sait riofiaenoe da prieur des diartreax, ordre dont il copiait la règle rigoareuse; ascétique et tempérant à Texcès, il faisait de son collège une sorte de séminaire conventuel, et ne songeait pas que l'intellect est alimenté par la matitee, et que de la santé du corps dépend celle de l'Ame.
Ce règlement me paraît donc encore plus insensé que cruel : fion auteur est tombé dans des exagérations condamnables.
Après la part du blftme, faisons celle de Téloge :
Malgré cette apparente dureté, le Brabançon aimait ses disciples; il voulait que le supérieur fût pris parmi d'anciens élèves et f&t appelé ministre ou père des pauvres, mais non point principal ou supérieur, titre selon lui trop fastueux. II ne reve^ nait à ce père d'autre salaire que a le vivre, le couvert et le vêtement dans le temps, et la récompense céleste dans l'éternité. » S'il n'avait point encore soutenu ses thèses de théologie, la maison devait en faire les frais jusqu'au doctorat exdusi* vement.
Standonck prit toutes les précautions désirables pour mettre les bourses à l'abri de l'invasion des enfants riches ou du moins
mis au colliège de pouillerie qu'oa nomme Montagu : mieulx Teusse voulu mettre entre tes guenaulx de saint Innocent, pour Ténorme cruauUé et Yillennie que i*y ay cognu : car trop mieulx sont traitez les forcez entre les Maures etTartares, les meurtriers en la prison criminelle, voyre certes les chiens en vostre maison , que ne sont ces malautruz audict colliège. Et si j*étois roy de Paris, 1^ diable m'emporte si le ne mettoys le feu dedans, et feroys brûler principal et regens, qui endurent ceste inhumanité devant leurs yeux estre exercée . d
aiaés; on en admettait moyennant pension, mais ils devaient wo\r le moins de rapports qu'il Tût possible nvec les étudiants panrres : les riches,— en petit nombre, —habitaient des logements séparés, mangeaient dans un réfectoire particulier et venaient entendre les offices à la chapelle basse (1), établie sans doute par Standonck; les pauvres priaient dans la chapelle haute, '— ce qui me paraît peu logique, à moins que la basse fût la plus belle. — Eo classe il y avait s^aration, la place inférieure était dévolue aux pauvres. Ces lignes de démarcation devaient engendrer des jalousies et des rancunes, puisque Tenfant n'est qu'un petit homme, qu*ll a en germe tous nos instincts, toutes nos passions.
Standonck eut la satisfaction de voir son œuvre achevée au moment oà il tomba en disgrâce; il donna alors sa démission et partit pour son pays natal, conservant toutefois une sorte d'autorité sur la maison dont le chapitre, lequel appréciait sa capacité, n'avait pas voulu qu'il se dépouillât* Son départ amena celui de l'un de ses disciples les plus distingués, Jean-Maire ou Major d'Hadington, en Ecosse, qui devint un profond érudit; cet étranger, d'abord étudiant à Sainte-Barbe, entra au collège de Navarre; plus tard il revint à Montaigu pour y professer la philosophie.
Standonck mit à profit son exil, qui ne dura qu'un an : il
(1) Cette chapelle sert Je salle de lecture provisoire & la bibliothèque Sainte-Geneviève; elle a des fenêtres cintrées, et on y entre par deux arceaux surbalMéfl que séimre un lourd pilier. Au fond , on voit IVDiplaceineQt du cliœur. Cet oratoire n*avait rien de remarquable; il sera détruit daas quelques années pour le dégagement du Panthéon.
créa des établissements à rinstar de odui de Montaigii à Yalenciennes, à Caiiit>rai, à Malines et à Lonyam, de sorte qne^la maison de la rue des Sept-Yoies devint une métropole d^asiles qui étaient tout à la fois des couvents» des hospices d'indigente et des collèges où l'on enseignait particulièrement la grammaire, la théologie et la philosophie.
Cependant F Université regrettait son recteur et Montaigu son ministre. Ani vœux succédèrent les prières; le carduial d'Amboise, ramhnl de Graville et Tévèque d'Alby intercédèrent pour l'exilé, et le roi, qui était naturellement porté à l'indulgence, et appréciait d'ailleurs les mérites de Standonck, le rappela en écrivant au parlement une lettre dans laquelle il leur rendait pleinement Justice.
Standonck s'empressa de revenir, et fut présenté par son bon ami l'amiral de Graville au roi» qui l'accueillit paternellement et l'engagea à poursuivre les utiles travaux auxquels il s'était consacré avec tant de persévérance et de zèle.
De retour à Montaigu, le recteur-principal s'appliqua à perfectionner son institut : ce fut alors qu'une espèce de sédition, de mutinerie, provoquée sans doute par l'austérité excessive de la discipline nouvelle, éclata dans la maison, et eut pour chef le docte professeur Jacques Ahnaniou Almain, qui se retira, après avoir quitté l'habit de la communauté, et entraîna à sa suite un certain nombre d'écoliers. Dans ces circonstances difficiles, l'énergique Standonck ne faiblit point; non-seulement il maintint ses règlements, mais encore il se plaignit au parlement de l'escapade d' Almain qui, bon gré, mal gré, dut ramener ses élèves et reprendre avec eux le froc (décembre 1803).
ift tié à» aiHidottck Inil air aniMit oà le ntv sièide; œ tempS'CkB «ragea PtKpeuK, conmeiiçdt. Avant d» s^éteiadre» h» pèredêi paimmê9 dé JfoMlki^coDQal lepiwjet d'établir daiia le monde entier nne s&ttd dTtrdM reVgienx voué è rédncaiiaii , de tajeanesse rt à laiprapagation delà foi catholkiQe. Moreri expose aa long le plan de cette congrégatioB inalitaée potr te pim ^ranâû gkme de Biêu et parle des ^mnx maufÊ^ ses mttnbves étaient soonia; crtte congrégatiMi devait s'appeler Société du SameuTy etTon y reconnaît par beauconp de traits Ift Soea^ de Jésus, œuvre d'hommes qni avaient étudié à Monn taïga et avaient kien pn sa pénétrer de la règle de Standenck^ la aopîer, en faire 1» hase de leur assodatioBf.
Au reste, cette opinion fort admissible, cpii a pour sterne grande prokabiiité, est ceHe if nn dea successeurs de Standonck dMt yaïuaî à dire quelipies mots : il résultmiH de cette hypo^ thèse (pe Montaigo est le berceau des jésoites et du calvinisme aussi, — étrange caprice du hasard.
Le r^ermatew Standonck venait de placer en plusieurs endroits de cette maison les initiales J. G., d'obtenir la sanction du pape el de Févéque de Parisy des privilégies religieux, enfti de s'entendre avec le catholique r^ de Portugal pour l'intrc^ductîon de l'ordre enseignant et militant dan» ce pays, lorsque la mort le surprit le 5 février ISM entre les bras de Jean de dary, Toulousain, confesseur de Louis XIL
Standonck, appelé par un historien seigneur de Villette, fut enterré, suivant sa volonté, à l'entrée du diœurde la chapelle basse du collège, et Ton plaça sur son tombeau une simple dalto avec cette épftaphe composée par le défont luHnéme :
PATPBUS MEÊOmmE STANDOMIi.
r igaore qnd a été le sort de cette sépulture; il est fort pofr« sible qa'eo reaversa&t le bttiinent de Montaiga, dont les ihr» de Sahitt^GeBefiëve ont pris posaessiOD temporweni^, on déeonvre au fowl de la salle» à rendroik où se trouvent» au m»neiitoii fécris^ le fauteuU et la t«Me d'un bibUothécaire» les* oaseiiicBts de Vaostère et ascétique Standonck.
l'ai dàm*éteodre im peu sur la vie du plus illustre doeteur q^Dbait gouienié liontaigu.
ladépendammeut des ami» de nuirque dont f ai padé» à» iMDfaiteu» de son collège» il eufaretiot de» relatious d'anttié avec François de Paule» Jean Quintin» Btaobaston» Maid>urn(^ IlauliD, UlricGeriog» Érasme» Jean-*Marie^Jér6Bie de Haugesly Robert Cenalis et d'autres esprits supérieurs: — cesdecnieni furent ses commensaux et ses disciples.
On lit quelque part qu'en 1502 Montaigu» espèce de couvent préparatoire» avait prodqit plus de trois cents raligieui.
J'ai OQbMé de dire ^e les élèves se servaient eux-mêmes» fi»* salent leur cuisine» vaquaient aux labeurs les plus répugnants^ afin de tenir en haleine leur renoncement» leur humilité» et do faire continuellemeni pénitence.
Tout ce qui est outré ne peut durer» ne peut résister aui temps; nous venrons que l'institut de Montaigu ne tarda pas k wkm des modificatioBS nécessair^i : quant à Tocdre universel^ il ne fut guère qu'à Tétat de projet» et on n'en parla (dna après to
mort de Standonck; il n'y a donc rien d'étonnant qne les jésuites aient fait revivre quelques-uns de ces statuts» s*en soient emparés; — personne n*y mit la moindre opposition.
Moreri mentionne en note, parmi ses pièces justificatives^ une histoire manuscrite anonyme du ocWége de Hontatgu» mais il ne dit point où elle se trouve; je if*ai pu la découvrir.
Le Fougueux et violent Noël Beda, si célèbre dans {^histoire de rUniversité, esprit brouillon, extravagant et fantasque, succéda à Standonck; mais, tout entier à ses disputes pleines d'aigreur, à ses controverses, il négligea entièrement le collège et abdiqua toute suprématie sur ceux établis au dehors. Il se donna pour coadjuteur, ensuite pour successeur, un homme qui ne valait pas mieux que lui et sous lequel tout alla de mal en pis : je veux parler de Tempête, qui tempêtait beaucoup, passait pour un grand fouetteur de marmots, et qui a donné naissance à ce vers latin rapporté par les auteurs sérieux comme par les écrivains fecéUeux :
Horrida tempestas montem torbavit acutum.
En 1611, sous Beda, qui obtint du pape liéon X quelques adoucissements à la rigueur des statuts, les bâtiments de Montaigu furent agrandis de ceux de l'ancien hôtel de Yezelay. L'année précédente, Ulric Gering, notre premier typographe, était mort laissant sa fortune, considérable pour ce temps, aux collèges de la Sorbonne et de Hontaigu; il fût inhumé, selon son vœu, dans la chapelle où reposait Standonck, et où on lisait une inscription tumulaire latine dont je n'ai pu avoir que la traduction; la voici :
« Ulric Gering, Allemand, ud des premiers imprimeurs, qui avoit fait pendant sa vie plusieurs aumônes aux pauvres de cette maison , légua par son testament k la communauté des pauvres, en 1510, la moitié de ses biens et le tiers de ce qui lui étoit dû par ses créanciers (t), et de cet argent on a acheté le village d'Annet, proche la rivière de Marne, et les maisons de Vezelay, qui est la partie de ce ooliége où sont les chisses des grammairiens. »
Dans le mAoïe temps, un arrêt du parlement vint régler les droits du curé de SaiDt-Ëtieone-du-Mont et ceux des chapelains de Montaigu : des conflits d'autorité spirituelle motivèrent sans doute cette intervention judiciaire.
A répoque où je suis arrivé, le célèbre Buchanan, venu en France avec Jean-Maire, étudiait à Montaigu, d'où il passa ensuite à Sainte-Barbe; là il figura parmi les quatorze professeurs de cette maison qui était devenue très-florissante, et <c régenta la grammaire pendant deux ans et demi avec les misères qu'il a décrites si naïvement dans l'élégie : lie, levés nugœ. » Buchanan avait adopté les idées luthériennes. A cette époque aussi, Jean Calvin étudiait à Montaigu la dialectique sous un régent espagnd : bientôt de nouvelles idées religieuses allaient naître dans son esprit. Antoine Tempête dirigea Montaigu jusqu'en 1528; l'année d'après, François l*"" fonda le Collège de France. Plus tard Inigo ou Ignace de Loyola, hidalgo dégoûté du métier des armes et résolu d'embrasser une autre vie, étudia à Montaigu, — il avait alors trente ans environ; — de là il passa à Sainte-Barbe sous Govea qui eut un parent célèbre;
(1) Je laisse subsister ce mot de la traduciion; lisez débiteur $.
on sait sa liaison avec François-XaTler, professeur aa collège de Beauvais, et avec quatre compatriotes, Salmeron, Rodriguez, Bobadilla, Laynez, le serment de l'église de Montmartre et ce qui en résulta.
Jean Boulèse ouBolaese, que je crois le successeur de Tempête, gouvernait Montaigu en 1572; c*est lui qui dans r Histoire il'tm miracle opéré par la sainte Eucharistie, écrite en latini afQnne que le code des jéauitesa été eaiqvé sar eriuAdeSDfi collège; sept ans après» oe même principal Mttthit on procès contre les régents desécoHers riches de la maison, qu'il voulait eenfédler, se proposant de ne garder que des pauvres; comme il refusait obstinément de se soumettre à la décision du reéteur et (te r académie, il fut excommunié, et appela de cette sentence comme d'abus au pariement. Boulèse avait professé l'hébreu au coHége des Lombards.
L'histoire ne dit mot de l'issue de cette aiBiire (ij, La luort tragique de Hamus est un fait trop connu pour quer je m'en occupe, mai» je ne puis m'empècher d'établir un parallèle outre cet infortuné savant, victime de la barbare, de la sauvage intolérance de ses contenqporains, et Standonck. Tous dent s'étaient rendus à Paris pour s'adonner aux fortes études, tom deux étaient pauvres : le preader fut reçu comme valet au coUégtf de Navarre, le sec^md fut admis de même dans Tabbaye de
(i) Boulèse a publié un ouvrage intitulé : Des Statuts du coUége de Moniaigu, in-S, et une JlMionlranoa ùu parUment pour réfàtffwr te collège de Mwitaigu, 1575, in-8. Il existe à la Bibliothèque du Roi, ao département des manuscrits, un inventaire des titres et revenus de ce collège. In-f> (fonds Baluze).
SMnté-^enëvIèvc; tons denx senrafent te joui- cl étodfetéht M Htrtt h la cftirté des astres; tous deux se distinguèrent por leur âftvoîr : Fun devînt principal du collège de Prestes, l'autre dé (XM de Montaigu; l'un avait professé à TAve-Marîa, Vautre à là Serbenne. Quant aux différences, les voici :
Stand^nck fût très-attaché à rancieune foi, Ramûs embrassa le nonveati christianisme. Standonck mourut paisiblement datls ^oUlit; Râmus, tiraîtreusement assassiné, rendit le dernier soupir sar le pavé de la ville où le traînait une jeunesse forcenée, qui voulait venger bien plus encore Aristote que le pape.
Siècle d'horreurs durant lequel l'on ne respectait aaôune espèce de conviction 1
En 1594, le principal de Montaigu, qui se nommait Louis Léger, flt afficher dans toute la ville la représentation d'une tragédie intitulée Chilpéric II, qui devait avoir lieu dans son établissenaent, — les coU^es étaient alors deois l'usage déjouer de tefl^is eu temps des pièces de leur façon. — Le parlemeiit, craignant que cette pièce oe centtut des ajustons potitiques, hi fit défeodre, et son auteur fût mis en prison.
Revenons maintenant à la chronique de l'abbaye de Sainte* Geneviève et reprenons-la au commencement du x\V siècle.
Le premier fait de cette période qui mérite notre attention est la permission que le cardinal d' Amboise obtint de Louis XII de réformer les couvents de Saint-Martin-des-Champs, de Saint- Germain-des-Prés, des Cordeliers, des Jacobins et de Sainte- Geneviève, signalés comme des lieux à'itnmoralité^ d'indisci" plinej d'orgueil, de fainéantise et d'audace.
Cette volonté n'eut pas de résultats satisfaisants, puisqu'on
tt dans Hâiot qae h Uc^nce, qm dttait des giMins des Ad ne fit que devenir plus effrontée sous Françob 1**, si bien que le pariement donna ordre à Pierre Brulart, conseiller» de fiûre une information; cela ne fat encore d'aucune efficacité pour arrêter le mal. Il fallut derechef, quelques années après , que Qiristophe de Thou et Charles de Dormans, conseillers, se transportassent à Fabbaye pour réprimander ces incorrigibles moines, qui n*en tinrent aucun compte et se comportèrent oomme Us rayaient presque toiqours fait
Notre chroniqueur , à qui j*ai fait tant d'emprunts, relate ceci:
« L*an 1505, un célèbre prédicateur de l'abbaye de Fulde, en Allemagne, envoya ici un cœur d'argent, avec une attestation authentique d*an miracle arrivé en sa personne. Car, estant firappé d^une espèce de peste, il invoqua le secours de saint Martin, auquel 11 auoit une cou* fiance particulière; surquoy s*estant endormy, il entendit une voix qui, luy criant: Geneuieue^ Geneuieue^ reueilla. Il crut donc que o'estoit le nom de la sainte à laquelle il deuoit s'adresser; il la pria en effet de luy prester secours en cette extrémité. Surquoy s'estant rendormy, il vit une dame, tenant un rameau verd à la main, qui luy dit qu'il estoit guery, et le lendemain matin il se trouva en parfaite santé.... Pierre Dupont, aueugle de Bruges, estant guery, fit à la sainte un poème en vers héroïques, dédié à l'abbé Philippe Cousin. »
On doit à ce dernier les chaires du chœur, sur lesquelles était gravée sa devise : Tout vient de Dieu.
Quelques années auparavant, le presbytère de Saint-Ëtiennedu-Mont fut augmenté de la maison de la chancellerie de Tab-
baye. Quelques auteurs croient que ce fut Tabbé Phi1ippe-1e-6el qui jeta les fondements de Téglise, un des plus charmants édifices de la renaissance que nous possédions. — II n'y a pas concordance, du reste, entre les dates de cette fondation; je pense qu'il ne s'agit ici que de rétablissement de la façade ou de la porte par laquelle on put entrer, en 1517, dans cette nef: jusqu'alors les religieux n'avaient pas voulu souffrir qu'on y pénétrât par une avenue autre que leur église.
Huit ans après, pendant la captivité de François 1<^, la régente Louise de Savoie fit paver plusieurs rues de la rive gauche et exécuter maints travaux d'assainissement et d'embellissement, à l'aide des fonds que lui fournirent pour cela les riches abbayes de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain-des-Prés.
En 1525, Guillaume le Duc gouvernait l'abbaye, a II y avoit de son temps, nous dit Fauteur du registre, une fontaine au coin du cloistre, à l'entrée du réfectoire où estoit le bassin de pierre qui se voit encore dans le préau , et au milieu estoit une image de sainte Geneviève, qui jettoit de l'eau parle bout de son cierge ; elle fut destruitte lorsqu'on fit les voustes du cloistre. » Ce même abbé <r fit rebastir la chapelle de Sainte-Geneviève, qui est à gauche du grand autel , où Ton voit encore son portrait aux vitres , et entreprit ensuite les constructions de la chapelle de Notre-Dame. »
Guillaume le Duc fut chargé par le parlement de la garde et de l'interrogatoire d'un jacobin, luthérien anglais, arrêté à Paris, où il était venu sans doute pour répandre sa doctrine.
Depuis nombre d'années on travaillait à Saint-£tienne-du- Mont. En 1537 et 1538 , on fit le chœur et plusieurs 'chapelles
des bas-c6tés. — Je me bornerai à citer ceci pour méoioire, et; ne dirai que peu de chose, dès à présent , surlQs changen;ients apportés à cette église.
D*après notre manuscrit, ce fut à Sainte-Geneviève» Tabb^ officiant sqleni^eUement, que l'on reçut, en 1550, les vœux de9 premiers jésuites, d'Ignace de Loyola et de ses compagnons. Jacques Aimery , chancelier de Tabbaye, leur avait conféré 1q titre de mattres-ès-arts.
L'année d'après, le parlement rendit un arrêt par lequel il défendait, sous peine de prisan^ de se promener et de causef dans diverses églises de Paris, et notanunent dans celle de Sainte-Geneviève ; il était ordonné aux prédicateurs , en outre, de lire cet arrêt, du haut de la chaire, tous les dimanchea dç carême,
En ce temps , on recommença à se servir, à Sainte-Geneyjève, de l'ancien sceau de la maison, qui avait été mi3 au rebut et figurait un roi sur son trône.
Le règne de Joseph Foulon fut fort agité. — C'était l'époque des passions fanatiques, des fureurs soi-disant religieuses , l'époque néfaste de la Ligue, dont cet abbé fit partie. — Il y eut à Sainte-Geneviève, sans parler des troubles intestin^ diverse;^ ç.çènes de violence et d'intolérance.
Le 22 décembre 1563, un jeune moine, qui s'était fait calviniste ou luthérien, en^porté par un fanatisme tout opposé à celui des ligueurs, arracha une hostie consacrée des mains du prêtre célébrant dans l'église de Sainte-Geneviève, et la foula aux pieds. Il fut arrêté, condamné à mort, exécuté , et le roi fiit faire une solennelle procession expiatoire, où il f^ortUt 9im
q«e toiu les gf oi de aa nMifon, w flaialMaii ée cire Uan-
«hi (1).
Apre» te dQuUe «iMmnat de Vim, les ligueiirs de Paris s'a^
battdwoèreot à la lage et à b désolation, le nom de Henri III lear devint ée pkiaen plus odieoK, et, en attendant qne le poignafd de OéroeDt frappât ee monarqne inhabité et faible, 9s faisaient ftpéquemment subir la tortare à ses effigies de cire ; ils les piquaient an cœnr avec des épingles pendant la messe, croyant que ces conjurations superstitieuses seraient fatales à leur ennemi.
On ?it , entre autres révoltantes momeries , une procession composée de mille enGants qui tous portaient gravement un cierge de cire jaune ; partie du cimetière des Saints-Inuocents, elle vint à TégUse de Fabbaye de Sainte-Geneviève ; là, les cierges dirent éteints subitemeiit , jetés à terre, écrasés sous les talons, et ces jeunes êtres, dreas^ à w fG^atisme implacable, de s'écrier' d'un ton lagBlMre : Dieu éteigne ainsi la race des Valois ! 0» assure qse des hommes et des femmes rus ou en chemise suivaient cette procession impie.
Dans ce siècle vivait Pierre-le-Juge, d^abord moine à Sainte- Geneviève, puis curé d'un prieuré rural de l'ordre, et qui fut tué par les huguenots ; il a écrit une histoire de la patronne de la montagne, dédiée à son abbé monseigneur Joseph Foulon. En voici un passage pour donner une idée de la manière de l'auteur :
(I) Us. de SaioterOepeviève. Prtmêi de VhisMrê de Paris, par FéU* bien el Lobineaa«
« Sera-ce donc sans cause, 6 petit vliiage de Nanterre, pais de ▼ignoble, si nous te renommons très lieureux pour nous auoir produit vn si excellent bourgeon , duquel la fleur a espandu TUe si soudaine odeur par toute la terre, vue rigne si noble, de laquelle le frulet beau et gratieux, le vin doux et amoureux comme le nectar et rambroisie, a enyuré et enflambé les cœurs des hommes d*un parfidct amour et charité enuers leur Créateu r par son exemple? Et toy, 6 noble dtô de Paris, à bon droit te doit*on priser et haut louer, pour auoir receue et nourrie vne fleur si belle et délectable, blanche comme le lis en virginité, vermeille comme la rose en charité; et finalement , qui est celuy qui ne te chérira et aimera, 6 saincte montaigne, 6 temple sacré, pour auoir en toy vne si riche bague, un si précieux ioyau, surpassant en vertu et excellence Temeraude de Scythie,ronix de TAra* bie, Tachate de Sicile, le hiacinthe d'Ethiopie, le saphir de Mede, le diamant des Indes, le iaspe, le ruby, la marguerite, le beril, et tous autres qui se pourroyent nommer? Veu que c'est là, au sepulchre de la Vierge, où les aueugles ont receu la clarté, les sourds Fouyë, les muets la parole, les boyteux l'aller, les goutteux, gvaueleux, paralytiques guarison, les freneticques i'vsage de raison, et sur tout les fieureux la pristine santé; bref, tout malade support et consolation de sa misère et calamité (1). •>
Vers Tan 1588, l'abbaye aliéna, probablement par pénurie^ une terre située h Bagneux , appelée Fief de sainte Clotilde et donnée autrefois par cette reine.
(1) Cel ouvi'^ge a pour titre : VHittoire dé tainetê Geneviefue, patronne de Pariif prUe et recherchée des vieux liurei eteriê à la main, dê$ hi$^ toires de France et autre» autheun approumx,.,. etc. 15Sd.
La biblioUièqne en possède un exemplaire in-18, couvert en parchemin, H 571. '
Pendant la dernière année de ce siècle orageux, il y ent ches nos chanoines des exorcismes à rencontre d'une femme nommée Marthe Brossier, que Ton disait possédée du démon, et qui n'était probablement que somnambule et cataleptique. On fit toutes les cérémonies usitées alors en pareille circonstance.
Dulaure croit que les prêtres avaient préparé cette comédie pour soutenir la juridiction ecclésiastique , attaquer indirectement redit de Nantes, et répandre de nouveaux germes de désordre dans rÉtat. La prudence et la fermeté de Henri IV surent déjouer ces manœuvres coupables.
Pendant la première moitié du xm* siècle, on embellit considérablement rintérieur de Saint-Ëtienne-du-Mont; on fit le jubé que nous voyons encore, plusieurs chapelles latérales et des charniers; enfin la reine Marguerite, première femme de Henri IV, donna trois mille livres pour le portail, qui est d*ordre composite, et voulut en poser elle-même la première pierre; on fit cette inscription :
Deofavenie, sancto Stephano deprecanie et auspicm MarguO" rifx reginss FcUesix^ anno Domini 1610, 2 augusti.
D'autres modifications furent apportées successivement au clocher et à diverses parties de Véglise ; on en trouve le détaif dans plusieurs livres, et notamment dans la Notice publiée par M. Faudet, le curé actuel, en collaboration avec M. L. de Mas-Latrie (1). '
(1) StiDt»ÉUeoDe<da-Moiit se recommande aux ourieiix par ses élégantes proportions, par son jabé, qui fut terminé en 1600 , par quekines terrien»'
ptiianre raconte, dsqpcès les Mémoires. d« l^'^Untidji qn^ la cjxàsse de m^lQ Geneviève n'ayant pas pu amener m (dm^g/^n fpent de tenyérature quon devrait vivemeat en 1003» le cr^ dit de la patronne reçut une certaine atteinte, ce dont Ws^ chanoines furent fort dépités; ils éprouvèrent donc le i^eacln d*un prodige éclatant, et ce prodige eut lien. Oo conduisait au bagne une chaîne de forçats : la procession la rencontre sqjc son passage par cas foriuit, un de ces minables se reeqio.'^ mande avec ferveur à la sainte, et aussitôt ses fers tombeoA miraculeusement.
Cela était plus que ^uf&sapt j^ur raffermir la foi ébranla ; ppr malheur, le galérien ne sut pas se taire» le procédé s'ét^i:uita, et les religieux ne retirèrent de tout ceci que de U confusion... ou plutôt, suivant leur usage, Us soutinrent que ^ miracle était de bon aI(H et tai^èrent les incrédules d'impiété.
Joseph Foulon mourut quelques années après; on Tavatt naguère accusé d'entretenir des intelligences secrètes avec Henri de Navarre , aspirant au trône alors , et de l'engager à abjurer sa foi pour y parvenir sûrement. II s'était disculpé tant bi^n que maL Cet abbé, vonlaiÉt empêcher qoe Sainte^eoe- Tiève ne tombât en comoiande comme beaucoup de mo^ na^es, se fit donner pour successeur Benjamin, de Brichan*
de celles que répara et entretiat longtemps le fameux Le Vieil , par trois bas-reliefs de Germaio Pilon, un tableau de Lesuenr, quelques pierres tumulaires, une magnifique chaire en bois, sculptée par Lescotard diaprés les dessein» de Ubire; eUQ est siii^ctée par Samaoa armé de la màdviire <L'tea et 9mx»qu^
teaut qui porta d*abord le titre de coadjut^ur, pvis devint évéque de Laon; sous le gouveruemeut de ce persoimage, la châsse fut réparée et ornée de pierres précieuses par un or** févre nommé Nicole.
Il ne se passa rien à Montaigu» dans ce temps, qui mérite une mention, si ce n*est le séjour momentané quy firent des béné*^ dictins anglais ; ces fugitifs enfroqués, qui ne voulalent.plu? prier sur uoe terre où régnait le schisme de Henri YUI, avaient dû passer le détroit, et Marie de Lorraine, abbesse de CbeUeUi les avait placés, on ne sait trop pourquoi, dans le collège de Standonck (1615); de là ces moines allèrent habiter la ru9 d'Enfer, et enfin celle du faubourg Saint-Jacquea.
Un peu auparavant, d'autres intrus n'avaieAt fait queparattre dans le même local : je veux parler de la commupauté de Saint- Mcolas-du-Chardonnet, qui sortait du collège de Reims.
Je résume rapidement, pour ne pas avoir à y revenir, ce qui a trait à Montaigu pendant toute cette période :
Uan 1619, les élèves soutinrent des thè^s publiques en grec avec beaucoup d'éclat, ce qui est merveilleux pour le temps, — ce qui le serait même pour le nôtre, qui se proclame plus savant. — En 1662, les religieux de Sainte-Geneviève vendirent au collège la vieille chapelle de Saint-Symphorien qui tombait en raine et fut démolie pour l'agrandissement de la maison. En 1664, Abraham Martin étant principal, il y avait au collège trois places fondées pour trois pauvres, à trois cents livres par an pour chacun, par la baronne du Tour, qui avait fait une fondation pareille au collège de Navarre. L*HdteI-Dieu payait ces pensions.
Onze and après, Montaigu fat menacé d'incendie, le 21 mars, «le fea ayant pris, dit Lemaire, à an appartement en entrant à droite, où étoit logée une certaine compagnie ambulatoire, dont les suppôts se nomment Gilotins (1). »
En 1683, on adoucit les statuts du collège, ce qui fait dire à l'historien de Paris que « les écoliers cessèrent d*ètre victimes et les maîtres bourreaux ; )> on doit entendre par là que la peine de la fustigation et les chAtiments corporels furent supprimés.
Nous voici maintenant arrivés à Tune des époques importantes de rhistoire de l'abbaye de Sainte-Geneviève, à celle de sa seconde réformation :
Benjamin de Brichanteau étant mort, les religieui élurent abbé son frère Philibert, et le cardinal de La Rochefoucauld fut chargé, par la famille de ce dernier, de faire agréer ce choix à Louis XIII; mais le roi, au lieu de le confirmer, nomma à ce poste le cardinal lui-même, qui se défendit de l'accepter, de crainte de déplaire -aux parents du défunt; Louis XlIIinsis-
(1) Nom que Ton donne à de pauvres écoliei*s, pour Téducation desquels un ecclésiastique nommé Gi lot, auteur d*un ouvrage sur l'éducation des enfants» a laissé des fonds [GiMinut), « Ils occupent une partie du coUége de Sainte-Barbe, à Paris. CesGilotint, en 1780, étant soupçonnés de mauvaise doctrine, le roi les ût réformer, ei depuis ce tempii on ne les appelle plus guère GUotint, mais la communauté de Sainie-Barbe. Ils ne sont IKNirtant point érigés en communauté; c*est seulement une pension d*étudiants. (Dictionnaire de Trévoux.) — Gilot élalt un docteur de Sorboane très-cbarilable et qui fil du bien, surtout aux collèges des pauvres écoliers. En foisant des reclierclies bibliographique:», j*ai trouvé ce titre d*un ouvrage qui parajt «inoir trait i^ la fondation de Gilot : ÈtàbliêHment de trêniê^ trois icolien de la famille de Jénu-Christ , vie^^vis te eoUége de Jlf(>nlaigu; Paris, I^ocolet, 1646, in-4.
tant, le cardinal finit par consentir à prendre la direction da couvent, à la condition que le roi, en le nommant, le chargerait de la mission expresse de le réformer. Les lettres^tentes royales sont du mois d'octobre 1619.
« Le prélat, dit la chronique, vint demeurer dans le logis abbatial, où il fut plutôt attiré par la sainteté du lieu et la vénération de la sainte patronne de Paris que par la beauté et la grandeur des bâtiments qui n*estoient pas bien considérables : aussy tost qu'il y fust , et qu'il vist de quelle manière les religieux se comportoient, il prit résolution de faire ce que le roy lui avoit ordonné et de remettre le bon ordre en ceste maison de piété, envoyant pour cet effet quelques-uns de ceux qu'il estimoit plus capables d'instruction à Saint-Vincentde^Senlis pour voh- ce qui s'y prattiquoit et apprendre à vivre selon les lois de leur profession. » Mais il ne se borna pas à cela, et tira plus tard de Senlis douze religieux de cette maison, notamment le P. Faure, qui le seconda dans ses travaux (1), et le P. Louis Duhamel, qui mourut bientôt après son arrivée. »
En 1621, le pape accx)rda des indulgences aux seize porteurs de la châsse de sainte Geneviève et aux vingt-quatre atten^ dan(ê,^ce qui veut dire, j'imagine, porteurs-aspirants,^ et la même année le cardinal, qui s'occupait toujours de sa réforme, rendue urgente par l'indiscipline des chanoines, rassembla des religieux de tous les monastères réformés de Paris, afin de s'entendre avec eux sur les moyens les plus propres à rétablir la
(i) Le portrait de ce religieux existe dans le cabinet des manuscrits au-dessus d*iuie porte : le P. Faure a le teint pl^le et maladif; il est vêtu d'un surplis.
fègiiïarîté et le ton ordre. « On convînt de certains articles, ctit Heliôt, on les coiïiniuniqna à là communauté ; des chanoines parurent vouloir s*y soumettre, maïs cela n'eut aucune suite; et tout ce que le nouvel abbé put obtenir à force d'instances, ce fut l'acquiescement de cinq pères sur dix-neuf. Alors il ihanda des hôtes de la maison dont ]*ai déjà parlé , et dut les conduire lui-même aux dortoirs, au réfectoire, à Téglise, pour en imposer aux récalcitrants et empêcher les murmures des anciens habitants de Sainte-Geneviève.
Il eut donc à surmonter les obstacles qu'avait rencontrés autrefois Fabbé Suger poursuivant une réformation semblable ; A déployait le zèle de son précurseur, il fut aussi heureux que lui.
Pour engager les religieux à se prêter docilement à ses vues louables , il obtint des lettres patentes du roi qui promettaient la crosse d'abbé aux moines réformés, à l'exclusion des autres : — c'était attaquer les obstinés par l'ambition, un des côtés faibles de l'humanité.
D'autres lettres patentes rendirent la charge d'abbé élective tous les trois ans; le même abbé pouvait être réélu plusieurs fois ; l'abbaye devint chef-d'ordre d'une nombreuse congrégation.
Sous le cardinal de La Kochefoucauld, l'intérieur de l'église abbatiale subit beaucoup de transformations; on releva l'efBgie de Clovis, qui était presque au niveau des dalles du pavé et on fit à ce roi une nouvelle sépulture : a Cette effigie, dit Tiallon, étoit couverte d'un coffre de bois, sur lequel on lisoit cette inscription, que je croirois avoir été faite du temps d'Étfenne de Tournay :
« Hic est flhiétrissimus rex Ludovîeus qui et Clodovœus ante baptismum est dîctus, FYancorum rex quititus, i^ed vere christianus qui ab ADastasioiniperatore, consul etaugustuâestcreatus. Bine sanctus Remigius baptisavit et in baptismate ejus angélus ampullam sacri chrismatis detulit, vi ex Aquitania Arianos expulit, et totam illam terrain usque ad montes Pyreneos subjugavît. Hinc per Viennam Auvium eervus mira magnitudîne viam ostendit, per quam rex ac milites yadum transienint et in ejus adventu mûri Ëngolismae civitatis c«rruerunt. Alamaniam , Thuringiam ac Burgondiam tributarias fecit, et terram adjacentem transivit. Parisiis sedem regni constituit. Ecclesiam istam fundavit in honore apostolorum Pétri et Pauli , monitis sanctissimae et non satis commendandae Clotildis uxoris suœ et beats Genovefae, quam sanctus Remigius dedicavit, in qua post laudabilia opéra rex sepultus est à quatuor filiis suis regibus Theodorico, Ghildeberto et Glotario, anno Domini quingentesimo decimo tertio, regni sui trigesimo. ?>
Viallon fait remarquer rinéxacUtude de cette date.
L'inscription latine en prose que je viens de rapporter avait remplacé cette é^itaphe poétique, ia premiëire de t<mte8> et que roD attribuait à saint Rémi lui^ème; elle était aussi gravée mt^ un coffre de bois;
Dives opum, virtute potens, clanisque trîumpho, Gondidit banc sedem rex Glodovœus, et item Patritius, magno sublimis fulsit honore.
Plenus amore Dei, contempsit credere mille JNumina , quae variis horrent portenta fîguris. Mox purgatus aquis et Ghristi fonte renatus, Frangrantem gessit, infuse chrismate, crinemi
Eiemploiiiqiie dédit, fcqmtor qaod ploriiiia torta Gentil» populi , spreto çoae errore raonuD Duetomoiy est enhnra Deom reromqoe parentem.
Hif felh mentis, toperavit gesta priomin, Semper ooiutlio, castm bellisque tremendos, Hortatn dox ipte iKMms ae peetore fcMtis, Constroetaf acies fimiayît in agmine prirnns.
Le cardinal de La Rocbefoiicanld fit placer sur le sépulcre royal cette épitaphe, qni subsista josqu'an temps rérobitioiinaires:
CLODOTCeO MAGNO
miGUIl FBAHCOBUll PBIMO CHBISTIAHO
HUJU8 BASTUCJE FClilPATOBI
SBPVLCHBVlf VULGABl OLIM LAPIDB STBUGTIIIC
ST U>1IG0 JETO DEFOBM ATCM
ABBAS BT COBTBRTVS MKLIOBl OFBBB
aiLTVQVB FAdBM BBROYABUlilT
ABNO CHBim M-DOXYin.
J'anrais dû peot-ètre rapporter deaxde ces trois ÎDScriptioDa tonmiaires k leur date, mais j*ai reuta qae l'on pûtleseomparer et éviter de revenir plusieurs fois sor le même sajet
Oovis était rq>résenté, sdon Tnsage, étendu tout de son long sor le tombeau, la couronne au front et le sceptre à la main. Ce monument est reproduit dans un respectable ouvrage de 1607: LeffasieSf antiquitez et choses plvs remarquables de Paris, labeur de curieuse et diligente recherche, diuisé en trois Hures, par M. Pierre BonfoM, Parisien, controolleur (sic) au grenier à seldePonMse^
Je reviens aux réparations faites par ordre da cardinal : on reconstruisit le maltre-autel et on l*orna d'un beau marbre; on confectionna un tabernacle de porphyre et de jaspe avec ornements en bronze doré et pierres précieuses; une riche balustrade en marbre et en cuivre délicatement ouvragé ferma le chœur; enfin des colonnes de jaspe, surmontées de statues de vierges qui supportaient la chAsse et dont l'exécution était de Lemercier, — présent de Louis XIII, — complétèrent cette nouvelle décoration. Les fonts baptismaux furent transportés de Téglise de TAbbaye dans celle de Saint-Ëtienne.
Le cardinal réunit à tordre des Chanoines réguliers de la Cmgrégation de France l'ancienne maison du Yal-des-Écoliers ou de la Culture-Sainte-Catherine, se donna le P. Faure pour coadjuteur, et le fit élire plusieurs fois supérieur-général de la congrégation (1). Ce religieux, de mœurs pures et ascétiques,
(1) Yoid la description du cofitnme d« ces chanoines régniiers, d^aprëf le ng. de Sainte-GenevièTe :
Une robe de laine blanche ou de peau descendant à une palme de terre, sur laquelle on portait un surplis à Téglise et ailleurs; les manches de ce surplis étaient très-longues, eUes passaient les mains et se repliaient sa? les bras. Les officiers avaient, hors de Téglise, un rochet à manches étroites « pour leur commodité ( tuniea linea ); » sur le surplis ou rochet ils portaient une chape d'étoffe noire avec capuce, à peu près comme les chartreux; ces chapes étaient moins longues d'une palme que le surplis. En hiver, ils ayaient dessous une pelisse. Le chroniqueur dit que depuis deux cents ans environ ce costume a été-modiOé : de son temps, les surplis fittts à manches courtes ne passaient pas les genoui. Les chanoines avaient au bras-une aumusse de la longueur du surplis: ils étaient coiffés d'un bonnet rond ou carré, suivant la mode du jour. Les robes n'avaient point de collet; leurs manches furent garnies de fourrures, remplacées ensuite par de Tétoffe noire, dent on lit des parements à ces mêmes robes quand on les ouvrit par devant. Les chanoines portèrent toujours du Unge sons leur habit, ce qui n'éuit point en usage dans les autres ordres monastiques,
ftrt chargé de bon nombfé de missions relatives X fa réfordië déà malsotis de chanoines. La bibliothèque possède foute une collection de manuscrits ih-folio sur ce sujet, qui n*a plus qu'un intérêt très-médiocre et qui est d'une grande aridité.
n y eut en ce temps quelques disputes entre les religieux de Sainte-4}enevièye et le clergé de Téglise Saint-Étienne à propos de processions; je laisse aux histoires spéciales le soin de faire connaître avec détails ces misérables conflits de vanités et d*a-<» môurs-propres.
Le P. Faure mourut Tàiï 1643; il laissa divers oiivrages manu^ritâ relatifs saAs doute à ses missions, et fit imprimer ûà livre qui si pour titre le Directoire des Novices; sa vie fut écrite pat* les PP. Laliemant et Chartonnet, du même ordre et de la m&tne maison.
Le cardinal habitait Sainte-tienevièvé, mais ne s'occupait plus du gouvernement de la communauté; il parsât que ses focoltés intellectuelles s*étaient considérablement alTaibKeSy puisqu'il passait son temps à « composer des pâtes des reliques des saints et du sépulcre de Sainte-Geneviève, qu'a pétrissait de ses propres mains. x> Enfin la fièvre remporta, à Tégë de quatre-vingt-cinq ans^ an mois de février 1645.
Ôh liii érigea un beau mausolée de marbre dans une chapelle du bas^té méridional de révise abbatiale; il y était représenté en {iied, et un ange lui servait de pagë-caùdataire, ce qui fit faire des idaisanteries sur l'orgueil du défunt. Dulaure se montre toH séVèré à l'endroit de ce prélat; je ne veux pas épouser aes^inicms phis que les idées contraires^ afin de resHet dans hi |usUc6 et Tiiïipartialité qui conviennent à ûh historiographe.
Selon cet auteur, le cardinal était a un ligueur doué
d'une crédulité et d'un fanatisme extrêmes. » Il ajoute que « son entêtement à soutenir et faire valoir les extravagances ou les fourberies de Marthe Brossier, prétendue possédée du diable, a couvert sa mémoire de ridicule. »
Revenons au tombeau de La Rochefoucauld :
Une note marginale de l'abbé Mercier de Saint-Léger, dans notre registre manuscrit, dit que ce morceau était de la main de Philippe Buister, sculpteur ordinaire du roi, qu'il fut fait de 1656 à 1660 ôii environ, et qu'il coûta 7,400 livres; elle indique l'emploi des sommes qui produisirent ce total.
 peu près à cette époque, la congrégation vit surgir dans ses rangs Louis de Sanlecqiie, fils d'un habile graveur en caractères d'imprimerie; il se voua h la poésie satirique, se déclara l'erinemi littéraire de Boileau, et fronda les ridicules des gens d'égliàé.
Personne n'ignore que Descartes mourut à la cour de Suède en 1650. Dix-sept ans après, ses restes furent apportés à Paris et déposés dans Téglise de l'abbaye Sainte-Geneviève (I). Ceux d'Êtistache Lesueiir gisaient depuis Î655 dans le cimetière de Saint-Étienne-du-Mont.
(1) Je dira} plts tard ce qu^ils devinrent. — Dans^ la nef, ân-dessus des' confessionnaux, on plaça le portrait de Dëscartes en profil, et une sphère; aa-dessoas était une tablette de marbre blanc avec une inscription. — Saint- Élienne-da-Mont reçut aussi des morts illustres : Le Mfaistre de Sacy, traducteur de la Bible; Pascal en leea, et Racine en 16611. — On a établi de nos jOQVB dans cette église une chapelle mortuaire où sdnt inscrits les no^s des gens de marque enterrés dans le cimetière paroissial et les égliseé irôi* siaes supprimées.
A la date de 1667, on comptait cent maisons soumises h la règle de la congrégation des chanoines réguliers; elles Turent divisées en quatre provinces, composées chacune de vingt-cinq couvents : France, Champagne, Bourgogne et Bretagne; mais cette division n'existait que pour les élections du chapitre-général.
Trois ans après, Etienne Beurrier, curé de la paroisse du MoDty établit au presbytère, ou dans le monastère de Sainte- Geneviève, une institution de charité pour Téducation des Jeunes filles pauvres (1); on la supprima à la fin du siècle suivant.
En 167b, Tabbaye perdit le droit de Juger les causes du res^ sort de son flef, sa Juridiction fut réunie à celle du Châtelet, Cette fusion fit disparaître de graves abus : on indemnisa les religieux. A quelques années de là mourut le P. Anselme de Paris, qui avait publié un livre intitulé : Crapanee de ViglUe grecque sur l'eucharistie.
Brice mentionne, dans sa description de Paris, le don que la reine fit, en 1686, d'un bouquet de diamants de grand prix pour la châsse de la patronne, autour de laquelle il y avait des lampes d'argent et des ex-voto.
(1) On aatigne encore à ce fait une autre date : 1695.
La communauté de bienfaisance fondée par la pieuse M«* de Miramion, sous le nom de la Sainte-Familh^ se réunit à celle des FUlei de êainte Geneviève, établie dans le même but, celui de former des inslftotriccs pour l(;s jeunes paysannes, des maîtresses d'école de village, qui étaient aussi , en quelque sorte, des sœurs de charité. Le nom vulgaire des disciples de M»« de Miramion !utmiramion$i. (Voir pour plus de déutls Moreri.)
Onsaitquer/mtïa^ton de Jésus-Christ ionneilien à beaucoup de commentaires, et que l*on en attribua la paternité qui k Jean Gerson, qui à Jean Gersen, qui à Thomas A-Kempis; les génovérains prirent part à ces polémiques, et le P. Claude du Molinet, procureur-général de la congrégation, numismate et antiquaire, dont je parlerai de nouveau, publia, en 168T, un opuscule en faveur de Thomas A-Kempis; il est mentionné dans la dissertation bibliographique de Barbier sur les soixante éditions du célèbre livre.
On lit dans la Galtia christiana, -^ qui donne la suite des abbés de Sainte-Geneviève, le manuscrit de la bibliothèque n'arrivant pas jusqu'à cette époque,— que Jean-Baptiste Chaubert, abbé en 1697, céda aux habitants de Meaux, d'après leur demande, une cdte de sainte Geneviève, à la condition que, chaque année, ils célébreraient avec solennité le jour de cette translation et la fête de la sainte.
A Chaubert succéda Jean Polinier; je le mentionne, parce qu'il a laissé deux ouvrages, savoir : des Psaumes avec des ar-' gumenls qui en donnent Pidée et des réflexions qui apprennent tusage qu*on en doit faire^ 3 vol. iD-12, 1698, et une Expli' cation littérale et morale des Évangiles, 6 vol. in-8'' (le tome 6"* parut en 1702).
La dernière année de ce siècle, Raymond Chapponel d'Antescourt, genovéfain, prieur de Saint-Éloy de Roissy, qui mou-* rut en 1700, publia une Histoire des Chanoines réguliers, ou Recherches historiques et critiques sur l^ordre canonique, in-&° et în-12. On a encore de lui un Traité de Vusage de célébrer le service divin en langue non vulgaire, et de Vesprit dans lequel
il faut lire VÉcriture sainte, Paris, 1687, in-12, et un Examen des voies extérieuresy 1700, in-12. Cette production théologique, dirigée contre le quiélisrae, est le seul ouvrage du P. Chapponel que la bibliothèque possède.
Je ne m'occupe pas ici de ce qui concerne cet établissement que le xvii« siècle vit se développer avec rapidité, et je renvoie, pour cela, à la deuxième partie de mon travail, qui lui est exclusivement consacrée.
Il me reste fort peu de choses à dire du collège de Montaigu : je vais faire connaître ce qui se rapporte à lui pendant tout le cours da siècle dernier, qui fut le dernier de son existence.
Le 7 août 1744, le parlement mitigea de nouveau Tétrange discipline de la communauté; dès ce moment, Toffice que Ton célébrait à la façon monastique fut supprimé, les écoliers firent gras au repas de midi, et le soir ils eurent un repas maigre trèsfrugal.
On avait compris en6n que des étudiants ne peuvent pas vivre comme des trappistes, et que de nombreuses pratiques de religion absorbent un temps précieux. Cet ordre de choses fut maintenu; cependant Poncelin dit, dans son histoire de Paris, qu*il restait en 1761 a assez de devoirs étrangers à une éducation honnête pour gêner les jeunes gens dans leurs études ( 1). »
D'après Hurtaut etMagny, il y avait dans le collège, en 1779, trente-quatre boursiers artiens et grammairiens de tous pays
(1) Nos inyesligations bU)liographiques nous ont USX découvrir le litre de cet écrit que nous croyons du temps : Factum pour M^ Claude Cordon, docteur en théologie, de la maison de Montaigu, élu principal de la mime maison {et collège), contre les PP. chartreux, opposants à wtt$ élection (suivi de quelques pièces); in-4<» de S8 pages.
^f, diocèses, qoipipés par le prieur des ohartreuXi et iiistaliétf par le pénitencier de l'église de Paris :
Sept places pour ceux de la ville de Saint-Qi)enUii ou altr^ du diocèse de Noyon (dont quatre étaient remplies par des écQ^ tiers de la nomination du chapitre de SaintrQuentip» et trois par des jeunes gens du chpix des chartreux);
Deux places pour des élèves de tous pays, désignés par \f vicomte de I^ocbçcbouart;
Peux places poqr des écoliers natifs du viUaged'Hornoy, dipi» cèse d'Amiens, à }a présentation du pr|eur d^s c)iartrettx d'Àbf beville;
Douze pour des étudiants en (béologiç qui devaient avoir fait au moins leur rhétorique et leur philosophie au collège en qua-r lité de boursiers;
Trois enfip (dites grandes bourses] tirées au sort dans le chat pitre de Paris par les boursiers théologiens ou artiens; elles ya** laient 300 livres par an, et c'était le bur^u de THôtel^Dieu qui les payait.
En 1787, le nombre des bourses était le même, c'est-à-dire de soixante (1); on recevait alo^s. des pensionnaires moyennant 350 livres par an. Ceux de ces pensionnaires qui obtenaient desi couronnes à la distribution des prix de TUniversité étaient gratifiés d'uife bourse à Montaigy, qui avait pour principal l'abbé Qégnard.
Ce fut vers cette époque que Ton donna à l'établissement de Standonck le nom de Cottége des haricots^ car on y faisait tou^ jeurs assez pauvre chère.
(i) YiBg V4ittU de aulDS qii*att xv aièele.
La terrible année 1793 fat celle de la suppression du collège; ce séculaire logis se ferma au temps des vacances, et ne se rouvrit que pour recevoir des malades et des blessés; on en avait fait an hôpital/ou plutôt une ambulance pour l'armée, une succursale du Val-de-6ràce; il devint ensuite prison militaire, puis caserne d'infanterie, dépôt de recrutement, et enfin bibliothèque publique provisoire.
Plus des trois quarts des bâtimens ont été abattus; ce qui reste de cet ancien collège offre à l'œil une façade vieille et brunie sur la place du Panthéon, et disparaîtra dans deux ou trois ans.
La nouvelle bibliothèque s'élève de jour en jour derrière cette façade qui la cache; elle occupe une grande partie de la cour qui était oblongue, depuis la rue des Sept-Voies jusqu'à la ruelle des Cholets, suppri.née pour l'agrandissement du collège de Sdnte-Barbe.
Achevons ma:.i'cnant l'histoire de l'abbaye de Sainte-Geneviève, que nous avons arrêtée aui premières années du xviu* siècle
Voici ce qu'on lit dans la notice sur l'abbaye de la Gallia christiana, à l'article de Jean de Montenay, abbé : « Cette année (1703), une grosse somme d'argent fut payée à Sainte-Geneviève par le roi, tant pour une partie du palais et du jardin du Luxembourg, cédée par Sainte-Geneviève, que pour la justice de l'abbaye passée au Châtelet (l). »
(1) On trooTe cet article sar la justice abbatiale dans le Guide deê amateun et étranger» à Paris, par Thierry :
« Bailuacb db SAiiiTB-«BiiivifcTB — MM. de Satete-Gewviève, étant
Le monastère perdit, en 1708, un religieux qui s'était adonné avec succès à Tarchitecture : le P. Claude de Croil; le ministre Colbert, qui avait grande confiance en son savoir, lui fit demander des plans pour là reconstruction du Louvre; le religieux se mit à Touvrage, et en fournit de si riches, qu'ils furent jugés inexécutables à cause de la dépense qu'ils auraient entratnée. Claude de Creil fit aussi des dessins pour les réparation^ de Sainte-Geneviève et de Sainte-Catherine*de-la-Culture.
La première de ces maisons lui dut, entre autres choses, un portail et un escalier dont la voûte n'était supportée que par deux colonnettes d'une grande légèreté.
L'an 1710 amena une disette è l'occasion de laquelle les échevins de Paris eurent recours à l'intercession de Sainte-Geneviève. Un tableau votif fut peint par De Troy et envoyé k l'église abbatiale pour servir de pendant' à celui que Largillière avait peint, en 1669; dans une circonstance pareille. Ces deux toiles furent placées plus tard dans l'église Saint-Ëtlenne-du- Mont. Hurtaut et Magny ont écrit la date de 1725 à propos de l'œuvre de De Troy, l'autre date est celle de Dulaure et des auteurs les plus estimés.
Ce serait ici le cas peut-être de parler du jansénisme, qui eut à Sainte-Geneviève des partisans déclarés ou secrets,— et cela se comprend, cette doctrine touchant à saint Augustin dont les
seigneurs de partie du quartier où est située leur abbaye, ont un bailliage qui conoatt de toutes causes, taut civiles que criminelles, dans toute rétendue de son ressort, et dont les appels se i*elèvent au parlement.
« Les audiences de ce bailliage se tiennent les lundis non fêtés, à trois heures de relevée, dans une maison située près de Tabbaye. »
On voit que cet article est antérieur au transport de la juridiction.
g^QvéAiiog suivaient la règle, — de citer les écrite du tempg, de mentionner les hommes qui se mirent le plus en évidence dhn^ celte gu^re : je réserve ce que j'ai à dire à ce suj^ pour la féconde partie 4e mon travail» pour l'histoire de la bibliothèque, dans laquelle on verra aussi tout ce qui a trait au duc Louis 4*0r)éanS| qui devint le commensal des habitants de Tabbaye.
£n 1730, sous Gabriel de RiberoUes, qui avait été d'abord prieur-puré k Uemx et possédait l'affection de Bossuet, « od ^eva plusieiirs maisons commodes dans un espace vis-à-vis de )§ principale entrée du clottréi » et douze ans après, le même abbé gouvernant encore la maison » on fondit et bénit 8olen«« nellement douze clodies; Gabriel de RiberoUes of6cia revêtu de ses ornements pontificaux (1). Sainte-Geneviève contenait (dc)rs soixante-dix religieux.
Cependant les géno^^fains trouvaient leur église trop exigud pour Taffluence des visiteurs et pèlerins, ils étaient honteux de leur vieille nef du xv siècle, d'une si respectable figure, et ja-^ Ipux de tous ces monuments soi-disant grecs qu'élevait le mau- Yius goût, le ridicule enthousiasme du temps; il leur fallait un de ces dômes lourds, tristes et sots dont on a coiffé Paris sous Louis Xin, (iOuis Xiy et Louis W. Pour arriver k leur Imt, c'est-à-dire décider le roi à faire quelque chose en faveur d'une maison chère à sa race et qui s'intitulait abbaye royale^ ils mi** rent en avant un de leurs procureurs nommé Féru, homme plein d'intrigue, qui persuada au marquis de Marlgny, sur-*
(1) On trouve les détails de cette cérémonie dans Is M^rwfê de l^enc^ de l*ana^ USa, pages itss et SSII.
iotendant des bâtiments, qu'il ))onQrerait sop ppm p( spn administration en faisant reconstruire Téglise Sainte-Geneviève.
Ce projet sourit à la vanité de M. de Marigny, et il le soumit à Louis XY, lequel, quoique fort galant, n*en était pas moins dévot. Ce prince étant tombé malade à Metz invoqua la sainte, fut guéri et ne manqua pas de lui attribuer son rétablissement. Dès lors la fondation d'une basilique fut résolue, et }'on exécuta les travaux préparatoires; la construction n'était pas encore commencée, quand les çlianoines réguliers présentèrent au roi une requête exposant que l'ancienne église menaçait ruine, que les fidèles n'y étaient point en sûreté, et que la réédiflcation devenait urgente; ils déclaraient qu'ils se trouvaient dans l'impossibilité de pourvoir eux-mêmes aux dépenses nécessaires, et faisaient un appel à la piété, à la munificence royale, qui jamais n'avait fait défaut à leur antique maison.
Certes la bonne volonté ne manquait pas au roi, mais c'était l'argent; on imagina donc, en 1755, d'augmenter de quatre sols les billets de loterie, ce qui leur donna la valeur de âd* sols au lieu de 20 (ressource que Dulaure taxe d'immorale); cette augmentation produisit 4*00,000 livres par an et permit de mettre la première main à l'édifice (1).
En 1767 et 1768, on s'occupa des fondations, et on trouva dans le sol plus de cent cinquante puits qui avaient jusqu'à quatre-vingts pieds de profondeur; ils étaient l'ouvrage des
(1) Cette foudaUon fût célébrée par un rimear génoyéfain en vers d*un style dithyrambique. La première pièce est intitulée la Reconstruction de Végliêc SaintC'Geneviévc, o<i« préicntéc au roi U % juillet iW, r^vuf
Romains qui prenaient le Targiie nécessaire à leurs potiers. Ces excavations furent comblées par de la maçonnerie.
Soufflot avait présenté plusieurs plans avant celui qui obtint Fapprobation royale et que nous pouvons juger; les entrepreneurs furent : Poucet, Thevenin et Le Tellicr pour la maçon* nerie. Brûlé pour la charpente (ce nom dut effrayer les gens superstitieux) et Girard pour la serrurerie. Je ne décrirai point ce monument aux colossales proportions, qui a été Tobjet de gtauAs éloges et de grandes critiques; j'admirerai , si Ton
depuii et corrigée coneidirablement , par l'auteur Bernard, chanoine régulier de Sainte-Geneviève, prieur de Nan terre. En voici une strophe :
temple \ doux héros éternisent ton lustre :
Vainqueur à Tolbiac, le généreux Clovis, Érigeant de sa foi ce témoignage illustre, Te date du berceau de Tempire des lis; »
Le vainqueur de Lawfeld , épris du même zèle,
Te donne uue forme nouvelle.
Il commande, et tes murs renaissent embellis.
La deuxième ode est intitulée : A LouU XV le hienniimi, poiani la première pierre de la nouvelle igliee de Sainie^Genêviéve, le 6 eepiémbrê 1764. J'y ai remarqué cette strophe en faveur du pouvoir de droit divin :
Périsse sans retour ce dangereux système
Par le fanatisme enfouté, Qui, limitant des rois Pautorité suprême, Soumet leur sceptre au joug d'une autre autorité.
De leur sublime indépendance La religion même est le plus ferme appui.
Images du Très-Haut, il est de leur essence
De ne dépeudre que de lui.
Ces deux morceaux ne sont remarquables ni par la forme ni par le fond; la Mbltothèque les pos^de réunis en un mince in-i^, Y 16i.
veut, sa masse hardie; mais je déclare que rien ne me choque plus que le culte catholique dans un temple à fronton» à péristyle grec» à colonnes d*ordrc dorique, ionique ou corinthien, lors mémo que ce temple s*appclle la Madeleine ou le Panthéon; et comment dépeindre mon horreur quand je vois une belle église, comme Saint-Eustache ou Saint-Pierre de Genève par exemple, honteusement déOgurée par un accouplement impossible de notre architecture nationale avec celle de Tantiquité païenne?
En 1763, la crypte du nouvel édifice fut creusée, et. Tannée d'après, Louis XV, entouré de sa cour, vint poser avec apparat, la première pierre de Tune des colonnes de la coupole; cette cérémonie eut lieu le 6 oqjtobre; on avait peint le fronton sur une toile pour en donner une idée au roi.
Viallon, qui écrivait à cette époque la vie de Clovis, dit, dans son ouvrage : a Nous espérons voir bientôt ce superbe édifice conduit à sa perfection, il est digne de la magnificence de Louis Xy... »
Cette fondation n'amena pas la destruction de Tandenne église où Soufflot fut inhumé en 1781.
On doit encore à cet architecte le b&timent de FÉcole de droit (1771), auquel on se propose de donner pour pendant la mairie du 12* arrondissement.
En 1767, le collège de TAve-Maria, où avait professé Ramus, fut réuni à celui de Louis-le-Grand; tousles petits établissements de ce genre furent de même, dans ce siècle, absorbés par les grands.
A répoque où Viallon fit imprimer son livre, c'est-à-dire
eh 1788, le corps dé sainte Clolilde occupait une châsse de vermeil et on Texposait le jour de la célébration de sa fête.
Cet auteur dit, en parlant du sépulcre de Clovis : « On pourra transporter ce tombeau dans la nouvelle basse église, mais il conviendrait d'élever à la gloire de ce prince dans la haute église un mausolée ou monument digne du fondateur d'une des plus illustres monarchies de Tunivers. x>
En 179d, l'abbaye de Sainte-Geneviève subit le sort de toutes les communautés religieuses de France, elle fut supprimée, et ses bâtiments devinrent le collège Henri IV. Ceci étant du domaine de l'histoire moderne, je me bornerai à une simple mentioti. Un grand nombre de génovéfains adhérèrent de conviction aux idées nouvelles, q[uittërent le froc et se marièrent.
Le dernier abbé fut le I^. Claude Rousseîet, qui ne voulut pas prêter serment à là constitution civile du clergé. Le k avril 1791, le dôme venait d'être terminé, FAssemblée Constituante décréta que la nouvelle basilique deviendrait le lieu de sépulture des hommes illustres de la France, et porterait désormais le nom de l^arithéon. On dut enlever alors le tombeau de la patronne; on fit disparaître du tympan du fronton le bas-relief de Coustou, figurant une croix entourée de rayons et adorée par des anges avec cette inscription :
8TB INTOGATIONB SAIVCTiE 0EN0VBFJ2.
M. Antoine Quatremère fut chargé d'opérer la transformation dûiêtïïple; cfù énléVà les sculptures reUgieiïsès de Desar; danl
rîfitérfextr, et M. ^aàtoret composa rinscrîptîort c(tte l'on a l'établie de nos jours :
AUX GEANDS HOHMBS hk PATRIE BBCOHNAMSANTB.
Au commencement de cette même année, Tadministration départementale avait demandé que la châsse de sainte Geneviève fût déposée à Saint-Étienne; il y eut des oppositions et des pjourneroens; ce dépôt fut fait en 1792; en 1793, la section du Panthéon transporta la chAsse à la Monnaie. On lit ceci dans le Moniteur (2^ décade de brumaire, 9 novembre 1793) :
« GOffUtJI^Ë BB PaBIS.
« Conseil^énéral du 17 de brumaire.
a Un membre rend compte au conseil de la translation de la châsse de sainte Geneviève à la Monnaie. Ce transit de la patronne des Parisiens s'est opéré avec beaucoup de tranquillité et sans miracle par le comité révolutionnaire de la section de cette sainte docile. »
Le i" frimaire an n (21 novembre 1793), la commune s'occupa encore de la chAsse (voir le Moniteur de tridi, 3 frimaire). Je copie textuellement le journal officiel :
k Le conseil entend ensuite lecture du procès-verbal du dé«
|K)niIlement de la châsse de sainte Geneviève, et arrête que ce procès** verbal sera envoyé à toutes les sections, ainsi qu'au pape.
a Arrêté, en outré, que les ossetnents et les guenilles qui se sont trôtreés dans cette bohe seront brûlés suir-te-champ suf la place dé Grève, pour f eitpiér le crime d'avoiir servi à propager rerreur et a enfréteidr lé loxè de tant dé fainéante.
« La dépouille de cette chAsse a produit S8,8S0 livres. Un membre observe que ce produit lui paratt bien médiocre, attendu que Ton pouvait à peine supporter l*éclat du brillant de cette cbâsse. Le rapporteur répond que tous les objets qui rornaient sont encore en nature, et que la majeure partie des diamants sont faux, et notamment le fameux bouquet, dont le prix serait inestimable s*il était en pierres fines.
■ Le conseil arrête que les sections seront invitées à nommer des commissaires pour vérifier si lesdits objets sont dans le même état qu'avant le transport de cette chflsse à la Monnaie. »
Je complète ces documents par l'extrait du procès-verbal de la visite de la châsse que fournit encore le Moniteur (i frimaire).
« Après nous être transportés dans un bâtiment situé à la
Monnaie, après avoir reconnu que les scellés apposés sur la porte de la chambre où était enfermée la châsse de sainte Geneviève étaient sains et entiers, examen fait de ladite cbâsse, les susnommés ont reconnu que Popinion publique avait été grandement trompée sur le prix exagéré auquel on a porté la valeur de cette châsse, dont la majeure partie des pierres sont fausses. Les diamants et les perles fines et fausses ont été estimés, ainsi que les parties d*or et d'argent, S8,880 livres. Nous avons trouvé dans cette châsse une caisse en forme de tombeau, couverte et collée en peau de mouton blanc, et garnie de bandes de fer dans toutes ses parties, de deux pieds neuf pouces de long, neuf pouces de largeur et quinze pouces de bauteur. Ladite caisse, contenue avec du coton, sur lequel nous avons trouvé une petite bourse en soie cramoisie, ayant d*unoôté un aigle à double tête, et de Tautre deux aigles avec une fleur de lis au milieu, brodés
— sien or; dans la bourse, un petit morceau de voile de soie dans lequel est enveloppée une espèce de terre. Dans le cercueil, il s*est trouvé deux petites lanières en peau jaune. Dans une des extrémités, un paquet de toile blanche, attaché avec un lacet de fil; dans ce paquet, vingt-quatre autres petits paquets, les uns de toile, les autres de peau, et plusieurs bourses de peau de différentes couleurs. Une fiole lacrimatoire, bouchée avec du chiffon et contenant un peu de liqueur brunâtre desséchée. Une bande de parchemin sur laquelle est écrit : Una pars casulœ sancti Pétri, prinoipis apostolorum, et plusieurs autres inscriptions sur parchemin que nous n'avons pu déchiffrer. Ces vingt- quatre paquets en contenaient beaucoup d'autres plus petits, renfermant de petites parties de terre qu'il n'est pas possible de décrire. Un de ces paquets, en forme de bourse, contient une tête en émail noir, de la grandeur d'une petite noix, et d'une figure hideuse, dans laquelle est un papier contenant une partie d'ossements. Un autre paquet de toile blanche gommée contenait les ossements d'un cadavre, et une tête sur laquelle il y avait plusieurs dépôts de sélénite ou plâtre cristallisé. Nous n'y avons point trouvé les os du bassin. Nous avons aussi trouvé une bande de parchemin portant ces mots : Hïc jacet humattm sanctœ corpus Genovefœ, Plus un stylet en cuivre en forme de pelle d'un côté et pointu de l'autre. Cet instrument servait aux anciens à tracer sur des tablettes enduites de cire.
« Cette châsse a été faite en 706 par le ci-devant soi-disant saint Éloi, orfèvre et évéque de Paris. Elle a été réparée, en 1614, par Nicole, orfèvre de Paris. Il paraît que c'est à cette époque que l'on a substitué des pierres fausses en place des fines qui y étaient. Le corps de la châsse est do bois de chêne très- épais. Entre autres choses fort ridicules et fort extraordinaires, nous avons remarqué sur cette diâsse une agate gravée en creux, représentant Mucius Scevola brûlant sa main pour la punir d'avoir manqué le tyran Porsenna. Au-
dessous est gravé : Constantia, Sur une autre pierre, un vil Ganymède enlevé par l'aigle de Jupiter pour servir de giton au maître des dieux, et, sur d*autres pierres, des Vénus, des Amours et autres attributs de la fable.
<i Tous les ornements qui couvrent la chAsse sont des placages d'argent doré très-minces. »
Les reliques furent brûlées en Grève le 3 décembre. Un ecclésiastique qui a écrit tout récemment la vie de sainte Geneviève dit à ce propos :
« Toutefois, au milieu de ces disgrâces, le Seigneur a daigné
ménager aux âmes pieuses quelque consolation : plusieurs portions considérables des pieuses reliques échappées au naufrage (1) ont ^été déposées dans son église, comme nous le verrons ci-après. »
Je ne garantis nullement ce fait; on sait qu*il est d*usage que Ton sauve toujours quelque chose des reliques; sans cela comment entretiendrait-on le culte déplorable des objets matériels^ comment alimenterait-on les superstitions?
Pendant que tout ceci se passait, un comité révolutionnaire siégeait dans les bâtiments de Tabbaye.
Le même ecclésiastique nous assure que le père Rousselet, craignant que les restes de sainte Clotilde et de saint Céraune ne subissent un traitement pareil, les réduisit en cendres, que renferme aujourd'hui Téglise de Saint-LeuSaint-Gilles, rue Saint-Denis.
(1) Le mot u'est poinl heureux , puisque ces reliques ont péri parle fea et non pas par Teau.
Cette année, les honneurs du Panthéon forent décernés à Bescartes sur lé rapport de Chénier; l'on ordonna que ses ossements y seraient transportés, mais cet ordre ne reçut pas d'exécution. Puisque j'en suis à ces apothéoses républicaines, je dirai que l'on octroya une semblable gloriflcatton à le dépouille de Mirabeau et de Voltaire en 1791, à celle de Marat (je rougis de l'écrire!), h J.-i. Rousseau en 179*. D'autres révolutionnaires y furent apportés. Mais, si la roche Tarpéienne étuit près du Capitole, Clamart n'est pas loin du Panthéon; Mirabeau et Marat furent bientôt arrachés outrageusement du temple des morts immortels et jetés à la voirie.
Ce fut un sage et prudent décret que celui de la Convention, du 20 pluviôse an m (8 février 1795), portant qu'un citoyen ne pourrait être jugé digne du Panthéon que dix ans après sa mort. Par là on prévenait les retours, toujours fâcheux, de l'opinion publique et l'acte révoltant et impie de la violation des sépultures.
A cette époque et jusqu'au commencement de l'empire, on employa beaucoup de maçons et de tailleurs de pierre à gratter et à diJtruire tout ce qui pouvait rappeler le culte de la sainte. Le dôme fut restauré sous la direction de M. Rondelet, qui l'avait fait élever.
Napoléon, toujours occupé à rompre avec une révolution à laquelle il devait sa prodigieuse fortune et à reconstruire pièce à pièce ce que l'on avait renversé, rendit à l'édifice son nom pripitif par un décret, mais il ne put faire oublier celui que le peuple avait adopté. Le Panthéon, toutefois, resta tombeau; on en fit la nécropole des dignitaires de l'État, en même temps
- tt —
qQ*Qiie église desservie par mi chapitre de six chanoines. On y enterra une foule d*honnétes membres du sénat conservateur qui ne sont pas devenus plus célèbres pour cela» et qui sommeillent fort paisiblement dans un profond oubli» lequel» après tout» est la meilleure couche pour les morts.
Cependant on songeait à rétablir le culte de sainte Geneviève et à offrir quelque chose à la ferveur des croyants : le 8 novembre 1803» M. Gilbert de Voisin» curé de Saint-Étienne*da- Mont» pria M. du Belloy» archevêque de Paris» de faire lui-même ou de faire faire par Tun de ses grands-vicaires une visite à la vieille église de l'abbaye» pour examiner l'ancien tombeau de la sainte» situé dans la crypte» vide depuis la révolution» et en constata' l'authenticité.
La visite fut bite par M« Branot de Malaret» vicaire-général» qui» étant assistédu curé» de ses vicaires, de quelques habitants du quartier et notamment de M. Jean-Marie Viallon» bibliothé** caire du Panthéon» ancien chanoine régulier» dressa un procèsverbal. Voici ce que l'on trouva (j'extrais ces détails du procèsverbal même):
• Kons aTons d*abord remarqué» au milieu de ladite diapelle soulemine, quatre pilastres en pierre» décorés de mouhires d'un genre dorique» et aunlcssus une Toûte d*aréte; entre ces quatre pilastres une estrade composée de deux mardies rouant d*un pilastre à
fautie. Au milieu de ladite estrade» nous avons trouvé tm
tombeau en forme de piédestal quadrangulaire» décoré d'une base et d^me corniche dorique» laquelle corniche nous avons trouvée brisée
cl jetée parmi les décombres de cette chapelle Au-dessus de
cette assise» nous avons remarqué une élévation d'environ dix pouces»
qui nous a paru au premier ooap d'œil être composée de plâtras et maçonnerie; mais une partie qui était dégradée, vers le couchant, nous a fait reconnaître qa*au milieu de cette construction il existait une grande pierre dont un morceau était cassé et tombé au bas du tombeau. Nous avons alors fait dégager avec précaution les surfaces et les côtés de ladite pierre, et remettre en place le morceau qui en était séparé, et nous avons observé que cette pierre avait eu autrefois des rebords, ainsi qu'il est constaté par les arêtes et naissances
encore existantes D*après lequel examen il nous a paru constant
qu'elle ne pouvait être autre chose que le fond d'un tombeau , ainsi qu'on le foisait pour les rois et grands du royaume vers les t^* et
yi" siècles Examinant ensuite les bords de cette pierre, nous
avons remarqué des traces multipliées d'outils tranchants, semblables
à des couteaux ou ciseaux de poche Ladite pierre étant enlevée,
nous avons été à portée de remarquer que les pierres formant ce piédestal n'avaient que sept pouces d'épaisseur, et qu'elles étaient exactement liées ensemble au moyen de crampons en fer, ce qui for* niait une espèce de coffre. Continuant à creuser, nous avons remarqué qu'il n'y avait plus de plâtre ni de gravois, mais qu ils étaient rem* placés par de la terre sans aucun mélange de plâtre. Examen fait de cette terre, nous avons trouvé qu'elle était sablonneuse, très-sèche, qu'elle avait été battue et tassée dans ce tombeau , et plusieurs parties d'ossements que nous y avons trouvées nous ont fait juger qu'elle ne pouvait être autre que de la terre de cimetière..., etc., etc. »
Tous les assistants, la plupart anciens religieux, reconnurent le tombeau de la sainte, d*oà Ton avait tiré les os déposés dans la ch&sse et br&lés en 1793, et leurs signatures figurent sur la minute; ces témoins étaient :
Claude Ronsselet, ancien abbé de Sainte- Geneviève; Bartion»
disHioinei ancien supérieur et maître des novices de Tabbaye de Sainte-Geneviève; de Montellarlin, Champion, Btzet, Fremin, Viallon, anciens chanoines.
Après ces formalités, l'archevêque autorisa le transport du sépulcre dans la chapelle de Saint-Ëtienne-du-Mont, où on le voit encore, entouré d*un grillage de fer très-solide; la terre qui avait reçu les émanations du corps de la sainte fut recueillie avec dévotion.
Voici un passage de la vie de la patronne de Paris, par M. Tabbé Saint-Yves; je le cite d'autant plus volontiers, qu'il est tout à fait dans mes convictions :
«L'an 1807, fut démolie presque entièrement Tancienne église Sainte -Geneviève; le clocher seul subsiste aujourd'hui (1). En des temps meilleurs, un monument si remarquable eût été conservé, ne fût-ce que par respect pour son antiquité et pour la mémoire de tant de générations et d*un si grand nombre de personnages illustres qui sont venus en tous les siècles y fléchir le genou; ou du moins, si la démolition en eût été jugée convenable, on aurait recueilli avec soin
(1) On TappcUe quelquefois tour d$ ClovU; c^est k son sommet que Slandonck veDait étudier la nuit, à la clarté des astres. — Il est à regretter que la flèche n'existe plus, mais surtout que Ton ait fait disparaître du sol la vieille église Sainte-Geneviève, qui , accolée à celle de Saint-ÉlienneHla- Mont, en était le pendant. Les deux édifices avaient la même forme, sauf une légère différence dans le pignon. La façade de Sainte-Geneviève était sévère, grave, nue, et portait le cachet du xi« siècle; quant à celle de Saint-Étienne, elle se pare coquettement des atours fleuris de la renaissance. — Heureux coutrastel — Le clocher de Sainte-Geneviève et celai de Saint-Élienne étaient parfaitement à Topposite Tun de Tauire. L'église de Sainl-ÉUenne seule n*est donc que la moitié d*un tout qu'il eût fallu respecter. (Alv* aa B.J
les objets auxquels se rattachait un précieux souvenir. Le tombeau du grand Glovis n*eût pas été mis en pièces , les restes de René Descartes n'eussent pas été exposés dans Un musée de curiosités (1), les cendres de tant de grands hommes ensevelis eu ce lieu eussent été transférées honorablement dans le nouveau temple. MAis les démo* lisseurs d'églises n ont pas des vues si élevées. Renverser des mu- Vailles, transporter des matériaux et les vendre, déblayer un terrain, percer une rue, voilà toute retendue de leur génie. Ils ont eu cependant Tattention de donner à la rue nouvelle (qui est sur remplacement de cette église) le nom de rue ie Clovîs, afin que Ton n'ignore pas que la cendre du fondateur du royaume de France gît sans gloire et est foulée aux pieds par les passants (â).
Quant aux bâtiments de l'abbaye, ils furent consacrés à l'institution d'un collège qui porta d'abord le nom de lycée Napoléon, et porte a^jourd'hui celui de collège Henri IV »
Le réfectoire des génovéfains sert maintenant de chapelle aux collégiens; la sacristie renferme une statue assez grande de sainte Geneviève, en pierre, qui provient de Téglise abbatiale; un escalier des dortoirs monastiques est bien conservé, ainsi que le vaste local de la bibliothèque dont on nous a chassés.
Les guerres de Tempire arrêtèrent ou du moins ralentirent les réparations de la coupole du Panthéon.
(1) Celui des monuments français (palais des Beaux-Arts). I^es restes du philosophe furent transférés, en 1S19, dans une chapelle de Saint-Gerraaîndes-Prés; on y mit une inscription sur une lame de marbre rose, *- couleur peu funèbre assurément.
(9) La pierre tutnulaire de cette sépulture, que Ton avait transportée au musée des monuments français, a été placée déflnitivement dans Téglise de Saint-Denis en 1816.
La restauration rendit la basilique à sa destination première; on rétablit Tancienne inscription du fronton, que j*ai rapportée en y ajoutant ces mots :
LUD. XV DICAYIT, LUD. XVIII RESTITUn.
Le temple fut peuplé par M. de Quélen, archevèquei de prêtres de la congrégation des Pères de la Miséricorde » qui le desser« virent durant quelques années.
L'ouverture solennelle de Téglise fut faite par la famille royale, le 3 janvier 1822, jour de la fête de sainte Geneviève; Ton rétablit la châsse, et Ton plaça, par mépris, sous les marches du péristyle, Voltaire et Rousseau; une nouvelle confrérie se forma et la comédie des miracles redevint de circonstance.
Notre nation passe volontiers de Vincrédulité à la bigoterie, et vice versa.
1830 referma au culte les portes de Sainte-Geneviève, qui est redevenue et reste le Panthéon; les prêtres tremblèrent pour la ch&sse, elle fut cachée, livrée par trahison, mais respectée et finalement remise entre les mains de Tarchevôque, avec d'autres objets qui furent pillés et détruits lors de Tattaque du palais archiépiscopal.
La châsse est demeurée à Notre-Dame, où on Texpose quel* quefois.
Le Panthéon fut inauguré de nouveau en 1831; le 27 juillet, on enleva la croix de la lanterne du dôme, et le fronton, dé* coré du bas-relief de David, reprit Tinscription de Pastoret.
On se rappelle la cérémonie qui eut lieu, et Thymne que Victor Hugo composa à cette occasion; on y trouve ces vers :
C'est pour ces morts, dont l'ombre est ici bienvenue, Que le haut Panthéon élève dans la nue, Au-dessus de Paris, la ville aux mille tours, La reine de nos Tyrs et de nos Babylones,
Cette couronne de colonnes Que le soleil levant redore tous les jours.
{Chants du Crépuscule.)
Des tables de bronze placées là conservent les noms des corn* battants des trois jours.
Qu'on le laisse ce qu'il est ou qu'on en fasse de nouveau une église, le Panthéon, ce monument grandiose, mais triste, n'en sera pas moins inutile; Saint-Ëtienncdu-Mont suffit amplement aux besoins de la paroisse, et Ton n'accorde pas volontiers l'immortalité à ses contemporains. Pour que cette nécropole fût vraiment le dernier asile des grands hommes, il faudrait enlever la plupart des Intrus du régime impérial, dignes gens, sans doute, qui votaient docilement les lois faites par leur maître, mais qui n'ont pas, que je sache, bien mérité de la patrie.
Je crois qu'il est question de placer au sommet de la lanterne du dôme la statue de la Gloire par Corot; espérons que ce ne sera pas une contrefaçon du Mercure-Farnèse, comme le génie doré qui se tient sur un pied au faîte de la colonne de juillet.