CHAPITRE XI
FnmçoU I*' de llontrorl.— Malheurs de Gilles de Bretagne. — Pierre II. — Artliur de Riciiemont. — FrançoÎB II. — Pierre Landais, son ministre. — Ses crimes et son supplice. — Désunion des seigneurs brolons. — Mari.ifre d'Anne de Bretagne avec Charles VUl, — avec Luuis Xli. Réuuion de la Bretagne à la l-'rance sous François l«^
Ln tîiHMiv roiitiuuail toujours (»ntro Cli<tile,> Vii et Henri VI ; le nouveau duc de Bretagne , voulant marcher sur les traces de son père , envoya en Angleterre son frère Gilles de Bretagne, qui y était déjà allé plusieurs fois sous le règne précédent; et qui était fort aimé de Henri. Il le chargea de faire tous ses efforts pour assurer la paii entre les deux royaumes, et de demander la restitution du comté de Hichemont. Le duc permit eu luèine teuips à suu frère il\dlVii' ses servi* t»s ;ui monarque anglais, (iilles s aciiiiitfa de sa juissiuu ; lUiun ré|)ondit ]»ar écrit qu'il remerciait le Uu<^ U'ttvoir permis à son frère de le servir; qu'à Tégard du
AMCIEMNE ET AIODEHNE. 193
eomté de Richemont, il avait jusque alors ignoré sur quel titre son droit était fondé, mais qu*il Texaminerait et lui rendrait justice ; qu'au reste le roi remerciait le duc de
Bretagne de ses soins i)oui' j)ro(:urer une \ydi\ que le l'eu roi son père et lui-même avaient tuujuurii suuliaitée avec ardeur; que le duc pouvait même assurer Charles Vil des dispositions où il était à cet égard, et que prochaiuement il enver* rait une ambassade en Bretagne pour faire encore mieux oonnaitre au duc combien il 'désirait la paix; protestant d'ailleurs qu'il ne ferait jamais de traité avec le roi de France sans l'y comprendre.
Le conseil d'Angleterre avait ses vues en prétendant faire mention du duc dans les traités qu'il poumit conclure avec Oiarles VU. Il voulait Ty comprendre comme vassal de la couronne d'Angleterre , et se faire par là un titre de souveraineté sur la Bretagne.
Henri tint piirule, et voulut faire voir (l iii) (ju'il était en effet à 1 égard de la paix dans les di>i»osili(>iis lavurables qu'il avait témoignées au duc. Il envoya une ambassade à Charles VU pour traiter avec lui et pour demander en mariage Mai^erite d'Anjou, fille de René , roi de Sicile. U fut sérieusement question de la paix en^ les deux couronnes , et du mariapi ])roposé par Henri Vi. Ce deiiiiei article lit point de diliiculté; mais à l'égard de la paix on ne put s'accorder sur les conditions, et après bien des débats ou convint d'une trêve d'environ quatre ans.
En 1446 , le conseil de Charles Vil exigea du duc de Bretagne^ F^ran^is l'hommage qu'il devait faire au roi. François vint à Ghinon , où ce monarque tenait sa cour, et se piésenta devant lui debout et Vépée ceinte. Le chancelier de France ayant dit au duc ; « Monseigneur de Bretagne , « vous deveï être déceint. — Non fait , reprit le roi , il est « comme il doit. » Et, se prenant à rire , il ajouta qu'il voudrait avdr beaucoup de vassaux pareils. Après la cérémonie de l'hommage, François s'en retourna dans son duché.
Le connétable, qui avait perdu deux ans auparavant sa pi'emièiHî femme, Madeleine de Guyenne, et l'année précédente sa seconde , Jeanne d'Albret , se remaria cette aimée et épousa Catherine de Luxembourg. Après avoir conduit
194 HiSlulKt l>h L.\ lillKTAGNE
sa nouvelle épouse à Parthenay , il vint voir le duc son neveQ à Rieiix. Ce fut là qu'il apprit avec un vif déplaisir
le diflerend de Fraiirois avec sou frère Gilles de Breta^'iie , qu'il aimait b*»auroup »»t (lu'il reirardait comnie nu priuce de grande espérance. Le sujet de la mesmteiiigeuce entre les deux frères était le niéçontentement que Gilles éprouvait de l'apanage que le feu duc son père lui avait donné de son vivant. €et apanage ne consistait que dans la terre de Chantocé , et le surplus était assigné en artrent sur les revenus du domaine, (iillps, du côté de sa friiiiu»^ Fiaucoise de Dinaii, possédait plusieurs halles terres , comme Châteaubriant , Montafilant. Beaumauoir^ Bain, la Hardouinaye et leGuildo.
Françoise de Dinan, qui n'était encore qu'une enfant^ et qu'il avait épousée avant Tftge nubile , avait été promise auparavant au sire de Cavre, fils ainé du comte de Laval , par un écrit sicué du père et de la mère , conformément aux inclinations de leur fille. Après la mort du père de Françoise, Gilles de Bretagne enleva cette enfant, prétendant i'épouser quand elle serait en âge. Ce rapt lui attira de fâcheuses affaires, et fut cause de sa perte. Le duc son frère, qu'il ne ménagea point dans ses discours, loin de le soutenir , Fabandonna à la fureur de ses ennemis.
Ces ennemis étaient Arthur de Muiilaubau, qui avait secrètement formé le (less»,^in d épouser Françoise de Dinan, et Jean Hlngant , gentilhonuue de Fhôtel du duc, que Gilles avait maltraité de paroles. Ces deux personnes se partageaient la confiance de François I*'. Gilles , que don mécontentement tenait éloigné de la cour, et qui ne pouvait le dissiniulei, se vit en butte à tons les traits de la calomnie , qui s'efforça de le noircir anjirès de sou frèn». 11 avait depuis peu fait venir de Normandie quelques habiles ai-ehers anglais au Guildo, pour prendre aveg eux le divertissement du tir de Tare, exercice qu'il aimait beaucoup. Ses ennemis dirent au duc que son frère Gilles s'était vanté de faire descendre les Anglais en Bretagne, et qu'il en avait déjà introduit dans qnelqnes-uns de se^ eliàteaux voisins de la côte. On lit entendre la même chose à Charles VII , que ce rapport indisposa extrêmement contre le prince Gilles. L'affaire parut d'autant plus sérieuse, qu'on savait que Henri VI lui
avait otlt rt l'épée de connétable d'Angleterre; mais Gilles l'avait refusée noblement, pour n'être pas obligé, disaitril, de faire la guerre à son oncle, le roi deFraace.
FïanQols i*', qui voulait se venger de son frère, sans néanmoins être accusé de Tavoir fait par ressentiment et par rapport aux différends qui existaient entre eux, laissa agir Charles VII en cette occasion, ou plutôt il lui demanda justice contre son frère et le pria de le faire arrêter. Il fut donc vê^\é à iliinou, dans le temps qu'il y était pour rendre hommage, que , dès qu'il serait parti, le roi enverrait des soldats pour arrêter Gilles et le livrer au duc son frère , qui se flatta que , cet acte d'autoiité se faisant au nom du roi , on ne manquerait pas de regarder le prisonnier comme criminel d'État. Charles Vn envoya en effet quatre cents lances iu Bretagne, sous les ordres de l'amiral de Goëtivy. Ces troupes arrivèrent devant le Guildo , oùdilles, cjui ne se doutait de rien , jouai! ;il'U's à la pauuie avec ses écuyers. Il lÉI trè^-étonné de Tarrivée de ces gens de guerre ; mais, ayant sa qu'ils venaient de la part du roi son oncle, il leur fit ouvrir tes portes et les reçut bien. Ils commencèrent par se saisir deadefs du château, de toute la vaisselle d'or et d'argent et de toiales joyaux ; puis, s'étant rendus maîtres de la persoime de Gilles, ils le conduisirent à Dinan, où était le duc.
Le connétable , qui n'avait été informé de la resolufioiï prise coulie son neveu qu'après le départ du duc de Bretagne, en parla vivement au roi et lui en fit des plaintes . amères : a Sire, lui dilr-il , vous ne £ûtes pas bien de traa vailler ainsi à la destruction de la maison de Bretagne ; a VOUS auriez pu trouver aisément d'autres moyens de « remédier à ces maux imaginaires sans rendre irrécon- « ciliaijles deux frères déjà divisés par d'autres diff'é- « rends. » Cbarlcs Vil, touché des paroles de Hichemont, lui répondit : « Kh bien ! beau -frère de Bretagne. « pourvoyez-y vous-même, et faites diligence; autrement « la chose iroit mal; car ils sont partis, tous délibérés de le « prendre et de le mettre entre les mains du duc. » Le connétable se hâta d'aller trouver Fi*anox)is I" à l^iu.ni; mais il n était plus temps : Gilles était déjà arrêté. Alors
Digilized by Coogle
Richemont pria le duc de vonioir bien au moins avoir en sa
présence un éclaircissement avec son frère. Le duc y consentit , et , accompagnés du {iiince Pierre , ils allèrent à la chambre du château où Gilles était eulenné. Dès que celuici vit le duc , il se mit à genoux et lui demanda pardon. Riebemont et Pierre se jetèrent aussi aux pieds de François, et tous les trois, les larmes aux yeux, implorèrent sa clémence , et le supplièrent de vouloir bien avoir pitié de son malheureux frère. Leduc fut iutlexihle; il s'abaissa même jiNijn'à abusci' de la situation du prisonnier, et àl'in«în1ter j iar des railleries hors de saison. De Dinan, Gilles fut transféré à Rennes, et de là à Châteaubriant et en plusieurs autres endroits, sous la garde du sire de Montauban , maréchal de Bretagne.
Cependant le duc, >aiis aucun é^jard pour les remontrantes de son uncle, qui était encoi e à Dinan , fît venir Olivier du Breil, son procureur général, et lui ordonna, en présence même du connétable, d'instruire le procès de Gilles et de recevoir les dépositions des témoins. Du Breil fut contraint d'obéir et de faire Fenquète. Gilles était accusé d'avoir été d'intelligence avec les Anglais pour les introduire en Bretagne. Le duc présenta quelques juurs après, dans son conseil, plusieurs lettres d'Angleterre trouvées au Guildo, et, les ayant fait lire, les remit à l'évéque deSaint- Brieuc, un de ses principaux conseillers. Le procureur général reçut ordre de dre^r son accusation. Il le fit ; mais il se contenta d'accuser en termes généraux le prince de félonie et d'ingratitude , sans spécitier aucun cnuie. Il présenta sa plainte en cette forme au conseil du duc, qui n'en fut pas content, et lui ordonna de former une instruction plus ample, contenant en détail tous les faits sur lesquels il voulait que son frère fût jugé. Une partie du conseil était d'avis qu'on lui fit son procès ; d'autres, au contraire, voulaient qu'on «'ût égard à sa naissance et à sa jeunesse. Le procureur général refusa de poursuivre l'accusation; mais le duc lui ordonna absolument d'exercer sa charge , et de tenir les articles prêts pour l'assemblée des états à Redon : le magistrat , cédant à la force, obtempéra à cet ordre. '
Richemont ne manqua pas de se trouver à l'assemblée
ANCIENNE ET MODERNE. i97
d6$ états pour 7 défendre son neveu, qu'<m accusait des crimes les plus énormes, et surtout de félonie et de haute trahison. Quelques seigneurs et quelques prélats se joignirent au coiiiiétable , et soutinreiiî que le dnc ne pouvait condamner son frère sans l'entendre, de queltpie nature que fussent les charges. Les sollicitations et le crédit de Richemont remportèrent , et les états ne voulurent rien dédder sur cette affaire. Cependant Gilles demeura toujours en prison , et le connétable, se flattant d'avoir rompu tous les projets des ennemis de son neveu , s'en retourna pour quelque temps à s ui château de Partlienny. François suivi de son procureur général, alla fi* nver le roi, qui était àRasilli près de Ghinon , et fit remettre les articles de l'accusation entre les mains de Guillaume Gousinot, maître des requêtes de rh6tel , qui en fit son rapport à Gliarles VU. Le duc n'oublia pas de prévenir en même temps ce monarque contre son frère, et. de le lui peindre comme un rebelle et un ami des Anglais. De retour en Hretagnç , François fît amener le prince Gilles à Chtit(xuibriant, pour y continuer les informations contre lui. Elles furent faites à Nantes, à Vannes et ailleurs , et remises au duc, qui demanda au pmureiir général ce qu'il en pensaii. Gelui-ei répondit que les charges ne suffisaient au plus que pour justifier Temprisonuement du prince. 11 ajouta que quand même Gilles serait coupable, la loi ôtait à Tainé le droit de poursuivre criminellement son frère cadet; qu'ainsi le duc ne pouvait faire le procès à Gilles. Francis, désespérant de réussir par cette voie, renonça alors aux procédures , et résolut d'em* ployer des moyens plus efficaces pour perdre son frère.
Il fit venir J ean Hingant et Olivier de Meel, tous deux membres de son coiiseil, en qui il avait beaucoup de coufiancp . et (\m lui avaient paru jusque alors entièrement dévoués à ses volontés et ennemis de son frère. Le duc com* muniqua d'abord à Hingant le dessein qu'il avait d'ôter la vie à Gilles , et lui proposa de le servir dans cette occasion. Hingant ne promit rien , et cependant il ne refusa pas ouvertement, dans Talternative où il était de couunettre un crime ou de désobéir à son maître ^ et de se précipiter dans un abime de persécutions. 11 se retire , et envoie prier le
proriirpiir général de venir le trouver la nuit, et de prendre ^%Tr<i(' dV'tre va d'Olivior de Meel, ayant une chnso trèsimportaute à lui communiquer. Du Breil est fi(]t 1«' au lendez-vous : Hingant lui expose le projet sanguinaire du ànc, et le phe de Taider de son conseil dans une affaire où sa fortune et son honneur sont également compromis. Dn Breil lui répondit qu'il comprenait tout son embarras , mais qu'il se Tétait créé lui-même par la faute irréparable qu'il avait faite en senianl la division entre les deux frères. 11 finit par lui conseiller de s'absenter pour quelque tenifis de la cour; le lendemain Hinirant était hors de la Bretnmie.
Olivier de Meel n'eut ]y,\3 la conscience aussi délicate. Né siget de la maison de Montauban, il se chargea avec Robert Roussel de la garde du prince^ et promit au duc de le défaire bientôt d'un frère odieux. U eut d'abord recours au poison, et il en envoya chercher en Italie , où ils étaient dès lors très-conununs. Mais, soit que le poison a "eût point assez de vertu , soit que Gilles eût pris ses précautions, ce moyeu ne put réussir. Les ♦•nnemis du malheureux prinre, auxquels François 1" avait abandonné la garde et le sort de son frère, résolurent de le laisser mourir de faim. Oilles fut des* cendu dans une chambre basse du château de la Hardou-» naye, dont la fenêtre , garnie de barreaux de fer^ donnait sur les fossés. Là , on le laissa plusieurs jours sans lui apporter ni à manger ni à Loire. Le malheureux jeune homme , dévore îku la faim et par la soif, implorait le secours de tous ceu\ ([uc de sa fenêtre il voyait passer au delà du fossé, et leur demandait instamment du pain et de Veau pour Ifamour de Dieu , en poussant des cris lamentables; mais, ou on ne Tentendait point, ou il était difficile de le secourir. Une pauvre femme cependant , qui demeurait près du château > se glissant en secret dans le fossé, déposa sur sa fenêtre du i)ain avec de l'eau et prolongea son existence. Cependant le prince, exténué, tomba malad<' : sentant qu'il n'avait plus que peu de temps à vi\Te , il pria sa charitable bienfaitrice de vouloir bien lui procurer un religieux auquel il pût se confesser. Elle lui amena la nuit un Gordelier, auquel il fit ses aveux au travers des barreaux , en s'y cramponnant de ses bras amaigris. 11 lui apprit en
Digilized by G
Digilized by Coogle
IL FIT SES A'/tXSX AD CORDEUER. AU TRAVERS DES BAPJŒAUÏ, EN S'Y CRAMPONNAîrr DE SES BRAS AMAIGRIS.
ANCIENNE ET MODERNE. în
même temps qui il était et tout ce qu'il avait sou tfc i l ; il lui dit que ni ses suiiini^^i' ii'î, iii ses prières, ui ses protestations n'avaient pu tleciur son frère , qui l'avait livré à ses plus cruels eouamis. « Ores, dit-il eu adievaut le récit de tt «ses malheurs , ores vais-je passer de ce inonde en l'autre , o où le Créateur des homines entendra ma plainte, «le l'ao- « caserai , mon père , Je rappellerai devant son juge et le « ilhien. Je vous eharge , je vous adjure , dès que je ne serai « plus , d'aller vers le duc François; vous lui direz Fétit (Ui « il m'a inhumainenieut abandouné, et les maux que je « souffre, et ceux que j'ai soullerts par son ordre, à tort et « injustement. Je l'attends au jugement de Dieu; je l'apa pelle, «piaiante jouiSL après ma mort, devant sa juste «justice; et cet appel. Dieu vous ordonne de le lui « dénoncer. »
Cependant les gardes du prince, ministres barbares de la
haine de ses ennemis, craignant que s'il vi^;ul encore lorsque le duc serait de retour de Normandie, où il était allé combattre les Anglais, les sollicitations du connétable et de ses autres parents et amis ne lui sauvassent la vie , jugèrent qu ils n'avaient point de temps à perdre. Ils entrèrent donc dans sa chambre, et s'étant jetés sur lui, ils Tétouffiàrent entre deux matelas. Dès que les bourreaux du- prince lui eurent ôté la vie, ils lui bouchèrent le nez et les oreilles , de peur ([u'il ne sortit du san^ de son corps , el l'ayant couché dans sou lit, comme s'il fût mort naturellement , ils allèrent à la chasse avec plusieurs autres gentilshommes qu'ils avaient invités à cette iiartie de plaisir, pour éloigner tout soupçon et ponr faire croire qu'ils étaient absents lorsque le prince avait expiré.
a Ainsi , dit Alain Bouchard , fut accomplie la parole de cr monseigneur saint Vincent Femer. » La duchesse de Bretagne, Jeanne de France, épouse de Jean V, était enceinte : saint Vincent venait souvent lui porter la parole divine et solliciter sa charité pour les pauvres. Un jour elle le supplia de lui révéler la destinée de l'enfant «lu elle portait : « Bonne dame, dit le saint, vous êtes grosse d'un « martyr ! » .
La nouvelle de la mort de Gilles, répandue dans la Bre-
tagne, OÙ ron ne douta pas qu'elle n'eût été le résultat d'un crime /excita de violents munnares contre François. Richemont surtout^ qu'elle affectait le plus douloureusement,
Vaccabla de reproches. Le duc eut beau vouloir se justifier^ personne ne put se persuader que sans son ordre ou eût osé att»'nt<T à la vie de son fnTo. Le duc, qui était au siège d'Avranciies lorsqu'on apprit la nouvelle de cet événement, alla , après la prise de cette place , coucher au Mont- Saint-Michel* Lorsqu'il était en chemin pour s'y rendre, il rencontra sur les grèves un cordelier qui demanda à lui parler en particulier. C'était le confesseur de Gilles à ses derniers nionients. Ce religieux le cita de la juart de sou pénitent au jugement de Dieu, pour y comparaître dans quarante jours. François , qui était d'ailleurs déchiré par ses remords, fut très-effrayé de ces paroles, et se retira en Bretagne. Le chagrin dont il était rongé le fit tomber dans une langueur qui donna sujet de craindre pour ses jours.
Déjà les quarante jours expiraient, et François ne traînait plus que les restes d'une vie languissante. 11 rassembla son conseil, ses barons, les prélats, et comme il ne laissait pas d'enfant mâle, il remit la couronne ducale à son firtee, Pierre de Bretagne , en lui recommandant la duchesse sa femme et le sort de ses deux filles. Il donna ensuite des marques d'ime édifiante piété , (jue ses craintes de 1 avenir rendaient plus vive encore. 11 reçut la communion en présence de tous ses gens, et leur demanda pardon en leur disant : « Mes amis, que Tétat où je suis vous s^e cr d'exemple ; j'ai été votre prince, et maintenant je ne suis « rien. »
François I" mourut le li juin iinO. Ce prince avait quelques vertus; il était libéral et très-brave, mais trop facile à prévenir contre ses plus proches. Trop livré à ses favoris, dont la haine et l'ambition abusaient de sa erédu^ lité, il préféra leurs conseils insensés et criminels à ceux de la raison et du sang. La mort de son frère Gilles de Bretagne , qui hâta la sienne en empoisonnant de remords ses derniers jours , a llétri à jamais sa mémoire.
Le testament de François 1'', vmcii dans l'intérêt de la
ANCIENNE ET MODERNE. ÎOl
tranquillité imblique, stipulait que sou^&ère Pierre II succéderait à la couronne ducale ^ et qu*après la mort de Pierre, si ce prince décédait également sans enfant mâle , elle
retournerait à leur oncle conuxiiui , le (ionnétable Ai tiiur de Richement.
Pierre II, d'un esprit faible, d'un caractère triste et mélancolique , se laissait facilement gouverner par les per- ^ sonnes qui Tentouraient; mais on admirait sa générosité, et plus encore sa profonde aversion pour les impôts illé*
gitimes dont ses prédécesseurs n'avaient pas hésité à surcharger les peuples de Bretagne. On ne vit sous son règne m doublement de tailles, ni demandes de subsides, ni levées de deniers pour quelque besoin que ce fut. Il se contenta de ses propres revenus, et sa cour n'en fut ni moins brillante, ni moins honorée.
Un des premiers actes du gouvernement de Pierre 11 fut la punition des meurtriers de (iilles de Bretagne. Olivier de Meel;, le plus cruel de ses bourreaux, après avoir consommé son crime , s'était réfugié au château de Marcoussis près de Paris, appartenant au maréchal de Graville, beau -frère d'Arthur de Montauban* Richemont, ayant appris le lieu de sa retraite , l'envoya pren<&e et le fit conduire à Nantes : ce procédé blessa la cour de France , où l'on trouva tort mauvais que le duc de Bn^tagiie eût ainsi , sans la perinission du roi, fait exécuter dans le royaume un décret donné en Bretagne. On regarda cette entreprise comme un attentat à la majesté du souverain , et Ton envoya des députés à Vannes pour redemander le prisonnier. Mais le crime d'Olivier de Meel était si énorme, qu'après quelques contestations entre les députés et les officiers du duc, ils convinrent entre eux que, sans s'arrêter à des lorinalités qui auraient pu dérober le coupable à la justice , les envoyés du roi se contenteraieiit qu'on le leur remit entre les mains seulement pour la forme, et à condition qii'ils le rendraient aussitôt aux officiers du duc, ce qui fut exécuté. Ainsi Ton continua à faire le procès à de Meel, qui eut la tète tranchée à Vannes , ainsi que ses complices , dont les corps coupés par quartiers furent portés en divers lieux et exposés publiquement sur les grands chemins. ^
m HISTOIRE DE LA BRETAGNE
Eu paix avec toutes les poissauces^ Pierre II s'occupa d'administration. Les actes qu'on nomma les constitiition» de Pierre II amenèrent quelques aniéljor it miiN dans rexoicice du notariat; roMiiraîion intim»'»» au\ avorals de plaider les causes de leurs parties pour la somme de cinq sous^ et celles des pauvres gratuitement ; enfin Texemption des tailles, fouages (1) et Impôts, accordée aux tisserands , brodeurs, teinturiers, etc., qui viendraient s'établir en Bretagne. Pierre If consentit aussi des traités de commerce avec TEspa^^ne et le l'orlugal.
Quoique IMerre montrât assez de disposition à se main* tenir en paix avec les puissances, il n'eu avait pas moins jugé convenable d'envoyer des secours à Charles VU , qui continuait en Guyenne la guerre avec succès. Pierre If lui fournit des vaisseaux et confia ses meilleurs guerriers à son cousin François de Bretagne, fils de Kichard, frère de Jean V, j»nni»' prince à peine âgé de seize ans, qu'accompagnèrent , pour le diriger, le maréchal de Moutauban , le sire de la Uunaudaye et Roland de Carné. Les Bretons assiégèrent Gastillon, vainquirent les Anglais dans une affaire de grande importance, tuèrent le fameux Talbot, et assure l'en t au roi la conquête de la Guyenne.
De iioineaux états se rassemblèrent à Vannes; le dur annonça que, ^lour obéir au testament de feu son frère François 1*', il mariait Marguerite, sa nièce., au jeune furince François, fils de Richard. Cette union , qui réunissait les prétentions des deux branches collatérales de la maison de Bretagne , était approuvée par le roi de France : les états la confirmèrent.
La femme de Pierre II , Fi aut uise d'Am boise , devenue bienheureuse par la sainteté de sa vie , servait Dieu avec une pureté angéiique. Pierre U méconnut le trésor qu'il possédait; il devint jaloux; sa passion le poussa jusqu'à frapper plusieurs fois sa sainte compagne'. Un jour que les coups dont il 1 avait accablée l'avaient mise toute en sang, elle lui dit avec une douceur incomparable : « Mon ami , croyez « que j'eusse mieux aimé mourir que d'otlenser Dieu ni
(1) Droit que payait au seigneur chaque feu ou famille.
« VOUS. Mes péchés toutefois méritent peut-être plus rude c€ châtiment que celui-ci. Mou rhpr ami , nul n en est « exempt. Dieu nous veuille ])ar(lonnerî n Pierre alla plus loin; il chassa tout Teatourage de la duchesse , et même sa nourrioe, femme yertueuseet tendrement aimée de Françoise^ dont la douleur fut telle qu'elle tomba grayement malade, et qu'en peu de jouis on désespéra de son rétablissement . La nourrice pénétra dans sa chambre , nonobstant les défenses et les gardes , et s'agenouillant près du ht : « Madame et bonne uiaitresse , dit-elle, hélas ! si votre « cœur pouvoit parler, il me ferait connoitre qu'on vous « persécute à tort et sans cause. — Ce monde n'est point « un lieu de félicité , répondit la duchesse , mais de travaux « et d'afflictions. Mon Seigneur Jésus-Christ, qui a tant 9 souffert, veut que ses amis participent de ses douleurs ; « il m'a donné de son vin d'amertume > mais aussi de sa « patience. Que sou nom soit à jamais béni ! »
Leduc, sollicité par les barons et les seisroeurs, nnint à des sentiments plus sages , et reconnu s^aut ses torts envei's la sainte compagne que Dieu lui avait doiméo, les expia par une rude pénitence. Peu de temps après, il sentit venir les approches de la mort, et s'y étant préparé pieusement , il la considéra sans effroi. Il désigna de nouveau, pour lui succéder, le connétable de France, Arthur de Bretagne, comte de Richemont, et après lui , François , comte d'Étampes, fils de Richard. Pierre emporta dans la tombe les regrets du peuple, qu'il n'avait |i;is écrasé d'impôts ( 1457 ). La duchesse embrassa la vie monastique au couvent des Coëts , près de Nantes.
Arthur de Richemont, fils de Jean le Conquérant et frère de Jean Y, grand capitaine et prince d'une expérience consommée, avait prés de soixante-cinq ans lorsqu'il s^assitsur le trône de Bretagne. 11 se rendit Tannée suivante (1458) à Tours, où Charles Vit , qui y était alors, l'avait extrêmement pressé de venir pour conférer avec lui sur des affaires importantes. Il partit de Nantes, suivi d'un grand nombre de gentilshommes, et passa par Angers, où une indisposition le retint quelques jours. Lorsqu'il fut près de Tours , tous les seigneurs de la cour vinrent au-devant de lui et l'escor*
Digitizeci by Coogle
t04 HISTOIRE DE LA BRETAGNE
tert'iit au In-is «lu rni. Le duc faisait jwiler devant lui, pai' Philipjte de Malestroit , sou pr«3niicr éciiyer, deux épées, rtme la pointe en haut , et l'autre en écharpe : la première comme duc de Bretagne , et la seeande comme connétable de France. Arthur, malgré les remontrances de ses barons, qui lui représentèrent que cette chaw était au-<lessoLis d'un duc de HndaLnii» . ne s en était point déniis. «.lé veux, dit-il, « honorer dan.> nia vieillesse ce qui ni a honoré dans ma « jeunesse. » irailleurs, dans sou désir de venger la France de TAngleterre , il avait formé le projet d'effectuer une descente en Angleterre avec une puissante armée, et il espérait que le titre de connétable du royaume engagerait un plus grand nombre de Français à se joindre à lui pour celte expédition.
Après avoir demeuré un mois à Tours , il demanda à être admis à faire hommage de son duché* Le roi marqua le lieu et le jour pour cette cérémonie. Le ctmseil de Charles VU insista plus fortement que jamais sur la nature de rhom-
inage, qu'il prétendait rtrc liiTc, dans l'idée ([ne le duc, qui était si dévoué à la Fiain»- ♦ ( si attaché au roi , aurait de la peine à refuser ce qu'on exigeait de lui. Arthur fut en eflet très-embarrassé , ne voulant ni déplaire à Charles VU , ni renoncèr à ses prérogatives. Pour se tirer d'affaire, il répondit qu'avant d'accorder ce qu'on lui demandait , il ne pouvait se dispenser de consulter les états de Bretagne, qu'il assemblerait sans retard à cet ♦ flét. Il pu fit aussitôt trèsmécouti'ut et s'en alla dans son duché, résulu de ne revenir jamais en France, où l'on abusait ainsi de son dévouement aui intérêts de la couronne. Mais un motif pressant l'engagea i revenir à la cour l'année suivante, pour y prendre la défense du duc d*Alençon.
Celui-ci avait été arrêté trois ans auparavant par Tordre du roi, et conduit prisonnier à Mclun. Ce prince, qui était de la maison de France et issu d'une duchesse de Bretagne^ mécontent de la conduite de Charles VII à son égard, avait traité avec le roi d'Angleterre et avait promis de lui livrer ses places. Mais, pour que cela eût lieu sans qu'il parût y avoir part, il s'était éloigné d'Alençon et il habitait Paris. Ayant été arrêté par le comte de Ounois, Ai lhui , quj
n'était alois que connétable ^ fut chargé de Faller interroger. Mais il n'en put rien tirer, sinon qu'il dirait le fait au roi , et non à d'autres. H fut donc mené à Charles YII^ qui ,
après l'avoir convaincu d'avoir traité avec les ennemis de TÉtat, résolut de lui faire faire son procès. On le lui fit en effet dans les formes trois ans après. liiclieinont^ sollicité {»arla duchesse d'Alençon^ qui était allée exprès en Bretagne Tannée précédente afin d'implorer son secours^ avait promis à cette princesse d'employer tout son crédit pour sauver son mari. Il {int parole : Charles VII, à sa considération, fit grâce de la vie à d'Alencou, et permit que la duchesse son épouse et ses enfants pussent jouir de tous ses biens meubles, excepté rartillerie et les armes ^ et conservassent tout le reste de ses biens immeubles^ excepté Alençon^ Yemeuil et Semblançay. Le duc d'Alençon fut envoyé au château d'Aigues-Mortes , où il demeura prisonnier.
Richemont étant sur le point de retourner en Bretagne , le roi le pressa de rendre son hommage. On contesta encore beaucoup au sujet de l'hommage lige : le duc soutint avec fermeté qu'il n'y était point tenu; il l'emporta enfin ^ et fit scm hommage à la manière usitée^ le 14 octobre 4458.
Peu de jours après son retour en Bretagne , le duc se sentit fortement indisposé ; sa sauté était déjà chancelante, et le bruit courait même qu'on avait essayé de se défaire de lui par le poison. Il languit assez longtemps, et mounit • vers la fin de décembre 1458 ^ après un règne de seize mois. La Bretagne perdit en lui un des plus grands prûices qu'elle eût eus jusque alors. Il avait beaucoup de religion et d'excellentes mœurs. Il était fier et uliabie , économe et libéral , ami de la vertu et de tous les gens de bien , sévère à l'égard des méchants^ protecteur zélé de la faiblesse et de Tinnocence, chéri du peuple, obligeant et poli avec la noblesse > dont il était également esthné et aimé. Ses grands talents pour la guerre le firent préférer aux plus illustres capitaines de son temps pour la charge de connétable de Frai] e, dont il remplit longtemps les fonctions avec Leaucouji de succès et de gloire. Ce fut en partie à son habileté pour la conduite des armées que Charles VII fut redevable du recouvrement de son royaume et de l'expulsion entière
tm IIISTOIRK DE LA bUHTAGNE
des Anglais, qui, lorsqu'il mourut, n'avaient plus en France qu'une seule plaoe forte. Le mérite de RichenuMit lui fit beaucoup d'envieux à la cour, et Charles VII prévenu lui
refusa luiiL:îriiips ses lu mues grâces; mais ni rindifférence du roi, 111 les mauvais traitementji des iavoris ue pureut jamais porter atteinte à fidélité.
Quoique Arthur eût été marié trois fois, il ue laissa pas un seul fils, et le duché de BnHagne échut à une branche collatérale , dans la personne de Fteii|ois II. Il avait une fortune très-médiocre avant d'être duc de Bretaj^e ; Olivier delà Marche, qui l avait vu à la cour de Bour^'ogne en 1449, disait de lui qu'il était pauvre prince et di&etteux ^ mtm beau, vertueux et de gratide apparence. Dès qu'il eut appris la mort d'Arthur, il vint en Bretagne^ accompagné de sa mère , et fit son entrée solennelle à Rennes le 3 février I4S9. tl alla ensuite, le 28 du même mois, faire son hommage au roi à Montbazon ; il protesta contre la prétention qu'on élevait de lui faire rendre uu hommage lige> et parvint à gagner sa cause.
. Le commencement du r^e de François II fut honorablement marqué par l'érection d'une université dans la ville de Nantes. Une bulle du pape lui accorda les mêmes
privilèges qu'aux universités de Pans, Bologne et Sienne: c'est-à-dire que les étudiants eu étaient préférés à tous les autres pour la provision en cour de Home des bénéfices ecclésiastiques ou séculiers, qu'ils étaient dispensés de résidence , et qu'ils n'en jouissaient pas moins des fruits annuels.
La Bretagne était llorissante. Quelques discussions ayant trait aux apanages des quatre duchesses qui existaient à la fois ( les trois veuves de François 1*', de l^ierre II , d'Arthur lU), et la duchesse régnante, furent facilement apaisées. Charles VII achevait alors sa carrière mémorable et sa vie agitée. Son entoiu*age n'attendit pas qu'il eût rendu le dernier soupir pour l'abandonner et courir au-devant de la faveur <le Louis XI, son successeur. Seul, Tanueguy du Chastel , son grand écuyer, fils du célèbre guerrier qu'on accusait d'avoir assassiné Jean Sans-Feur, resta près du roi, sans crainte des ressentiments de Louis XI , sans espoir d'en
ANCIENNE ET MOUEHNE. M7
ètie récompoiisé ; seul , il conduisit à Saint -Denis le corps de Charks VII , et lui fit faire à ses frais de magnifiques obsèques. Il y dépe nsa plus de cinquante millè livres (près d un million de francs de nos jours), et ce ne fut que dix ans après qu'on l'en dédonunagea par des terres, qui furent ensuite enlevées à ses héritiers. Tanueguy du Ghastel y mal reçu par Louis XI , prit le parti de se retirer dans sa patrie « en Bretagne y où l'accueillit honorablement François qui lui conféra 4a charge de grand maître de son hfttel et celle de gouverneur de Nantes.
Louis XI, à peine sur le trône , se rappela que, tandis qu'il était dauplini et révolté contre son père , il avait prié François H de lui prêter quatre, mille écus^ que le duc lui avait refusés I et il crut que Tinstant de se venger était venu. 11 prit pour prétexte d'un voyage en Bretagne un pèlerinage à Saint-Sauveur de Redon. François comprit surle-champ qu'il lui iailait recevoir un liùte dan^^ereux ; il accueillit le roi avec uràce, et déploya tuiite sa magiiilicence IX)ur lui faire honneur. Louis XI ne lui en témoigna sa reconnaissance qu'en favorisant renlèvement de la veuve de Pierre 11^ la bienheureuse Françoise^ qu'il voulait unir au due de Savoie , pour troubler ensuite la possession de François 11. l/entreprise déloyale de Louis XI échoua contre la ferme k sistance de Françoise , et le roi dut se n Urer, charge de la haine du duc de Bi*etagne ; mais il avait eu le teoips de s'informer de ses moyens et de ses forces , et de piéparer des événements qui devaient amener la ruine de son hôte y dont il convoitait le beau duché.
Louis XI profita du moment où les Anglais menaçaient les côtes de Bretagne pour susciter à François II une quer^^lle qui le jetait, au dépourvu, dans les plus grands embarras. Pendant que les Bretons ne songeaient qu à tepoiifiser les Aurais de leur territoire, le roi cirvoya à leur duc le chancelier Pierre de Morvilliers , son afiidé. Parmi de nombreux sujets de plaintes relatives aux intrigues du^ comte de Cliarolais, depuis duc de bourgoj;ne sous le nom de Charles h; Téméraire , et à ses liaisons avec l'^rauçois II, ie roi taisait lui crime au duc de Bretagne d avoir lait battre des monnaies d'or sans sa permission; de se servir, en tête
m HISTOIRE DE LA BRETAGNE
d(î s«s actes, de la formule par (a grâce de iHeu; de surmonter récu de Bret^tnie d'une couronne , au lieu d'un simple chaitt'au. H lui siguifmit expressément qu'il ne voulait plus qu il rceût à raveuir l'iiouimage lige de ses seigneurs ; il lui défendait d'imposer ses peuples sous quelques prétextes que ce fût, prérogative qu'il se réservait désonnais à lui seul eomme roi , etc., etc. A défaut d'obéissanœ et de prompte soumission, Louis Xï déclarait la guerre à François II, se disant duc de Bretagne.
Les états du royaume s étant assemblés à Tours au mois d'avril 1464, la guerre contre le duc de Bretagne fut résolue. Le duc, consterné , demanda grâce, et proposa de traiter avec le roi; au fond, il ne voulait que temporiser. Louis XI accorda le délai demandé; il avait en ce moment -là des démêlés avec le comte de Charolais et le due de B<:>urgo£rne , et il ne voulait entrer en Uretagne qu'avec la certitude de n'être pas attaqué par derrière. La ligue des grands vassaux de France contre le despotisme de Louis XI venait de se former sous le nom de ligue du Men publie; François II, d'après le conseil de Tannegiiy du Ghastel , s'y fit admettre; il y fut accut'illi à bras ouverts, et en fut déclaré le chef. Le secret avait ét»' si bien gardé, que Louis XI, averti des levées d'hommes qui se faisaient de toutes parts , les considérait comme des renforts destinés à son armée. Quand il voulut prendre un parti, Tétat des esprits refihiya; partout on était en armes contre lui. Il eut alors recours à ses expédients ordinaires; il essaya, par des oifres avantageuses, de séduire les ducs de Berri et de Bi'etagne, et de diviser les conjurés ; il publia des manifestes apologétiques et même une amnistie; mais déjà le comte de Charolais s'avançait vers Pans avec dix mille chevaux , et François II , chef de Tannée delà ligue, partait de Ghâteaubriant pour rejoindre le comte sous les murs de la capitale. Louis XI, cerné de toutes parts, se vit forcé de parler de paix. L'aine des tils du duc de Milan , Galéas Sforce , le politique le plus habile du siècle , lui fit sentir qu'il fallait accorder tout ce que demanderaient les chefs de la ligue , sauf à les rendre ensuite jaloux les uns des autresTet à les détruire par leurs pvùfm mains. Tel fut le résultat de la ligue du hien public; elle
A^aENNË ET MODËKNË. t09
ne changea rien au sort des peuples , et le fou de François U rappela le jeu du roi dépouillé ; mais ce qu'il ne savait pas , et ce dont Louis XI était comaiucu, c'est qu'à ce jeu, tôt ou tard, qui jierd gague.
Louis XI, voulant protiter du conseil de Galéas Sforce, essaya de rompre Talliance qui unissait le comte de Gharolais au duc de Bretagne. François U espérait bien gouverner le duc de Normandie , qui , après avoir été son hôte dans des jours uéfastes, Un devait sa nouvelle grandeur. Il voulut aller présider à son installation : le sage Tanuef/uy du Chastel fit tous ses eflbrts pour l'en dissuader. Tanneguy avait raison; mais il s'aperçut que François II lui retirait sa confiance, et crut à propos de prendre le chemin de ses terres. Tout se passa comme l'avait prévu Tanneguy. Le duc accompagna son protégé en Normandie ; à peine furentils à Rouen , que les partisans de Louis XI répandii-ent le biniit que François 11 voulait enlever le duc de Normandie, Le duc de Bretagne, craignant pour sa sûreté, repartit pour ses États; mais à peine y était-il rendu, que Louis XI vint assiéger Rouen, et s'empara sans obstacle de l'apanage de >oii frère de Normandie, qui n'eut bientôt . d'autre asile que la cour du prince breton.
François II, revenu dans son duché, travailla à augmenter ses forces pour être en état de résister au roi, en cas que ce prince voulût l'attaquer, comme il avait st^et de le craindre : il songea aussi à se fortifier d'alliances étrangères. Il traita avec Édouard VU, roi d'Angleterre, qui l'assura par des lettres -patentes qu'il vivrait toujoui's avec lui en bonne amitié et nitelligence réciprocpie. 1 lançois II négocia aussi avec Cbristiern I", roi de Danemark, qui s'engagea à lui fournir quatre mille hommes, soudoyés pour trois mois» quand il les demanderait. Il fit un autre traité avec le duc et la duchesse de Savoie , et avec Philippe de Savoie, comte de Bugey et seigneur de Bresse.
Cependant, tous les grands, qui jadis avaient rêvé l'affaiblissement de Tautorité du roi de France, rampaient abattus à ses pieds. Charles le Téméraire, cet ennemi si redoutable de Louis XI , n'était plus. Les bourreaux avaient fait justice des plus obstinés hvauz du pouvoir royal. Le
lie HISTOIRE DE LA BRETAGNE
duc de Bretajme seul i^HÏstaît encore ; mais il était l'allié
dp l'Anglelerre , et Louib XI n'osait l'attaquer ouverte-
Antoinette de Magnelais, dame de Villequier, mece d'Agnès Sorel, gouvernait entièrement l'esprit du faible duc de Bretagne et en disposait à son gré. Elle ût exiler Tànneguy do Chaste^ dont la fi*anchise un peu rude l'avait irritée. La seule personne qui balançât le crédit de cette , femme vaine et alticre, rtait le ministre Pierre Landais, auquel le duc accordait ^ comme à elle, une confiance illimitée. Ces deux êtres corrompus, liés par le crime et rinfamie, avaient uni leurs efforts et se soutenaient mutuellement.
Pierre Landais , tils d'un tailleur de Vitré , s'était insinué dans l'intimité du duc de Bretagne , en rain i udiant pour les devoirs de son état et en lui rendant de honteux services. Possesseur de tous les secrets du prince^ il déploya dans quelques affaires dont il fut chargé autant de finesse que d'habileté , et fut récompensé par la charge de grandtrésorier. Dès lors il se montra hautain , superbe , avide et vindicatif. Il s'attacha comme secrétaire Guillaume Guéguen , aussi adroit , aussi ambitieux que lui, et qui devint bientôt y par sa protection, président de la chambre des comptes et conseiller en la chancellerie.
Vers ce temps-là, François II envoyait de fréquentes ambassades au roi de France , pour lui témoigner en apparence sa fidélité et son attachement , mais en réalité pour Tempècber de soupcuiiuer son alliance avec FAngleterre. Louis XI, qui connaissait les vrais sentiments du duc de Bretagne à son égard, fut irrité de cette duplicité. Les envoyés de François 11 , étant venus à cette époque trouver le roi , furent très-mal reçus par ce prince, qui les fit arrêta' et mettre séparément en prison, où ils furent très-étroitement gardés. C'étaient le chancelier de Bretagne Chauvin, le vice-chancelier, le procnrenr général Kermeno et Poucet de La Rivière. Âu bout de onze jours ^ Louis XL fit venir Chauviu, dont il avait entendu parler comme d'un homme de bien, incapable de trahir la vérité. Le roi lui demanda d'abord s'il savait le motif de sa détention et de celle de ses ool-
ANCISMNE ET IIODfiMNE.
lègues. « ïl est difficile à (ks iiinoauits, iv[)oiuiit niodeste- « mejul le diaucelier, de devijier l<*s crimes qu'on peut leur « imputer» Pour moi ^ je crois u'ètre coupable que des fautes « d'autnii^ sans le savoir. » 11 ajouta qu'il suppliait le roi de vouloir bien lui apprendre le sujet de son méconten- ^ tementy et que, s'il avait quelque nouveau sujet de se plaindre du duc, il promettait de lui dire la vérité, et qu'il était en état de le justifier. « U est inutile , répliqua le roi , « de vouloir excuser voire maître; j'ai des preuves sans a réplique. Ne m'avez -vous pas, contimu -t -il, assuré , « toutes les fois que vous avez été dépêché vere moi , que tf mon neveu le duc de Bretagne n'avait aucune intelligence a avec le roi d'Angleterre? » Le chancelier assura que cela était vrai, et que rien n'était capable de lui faire avancer une fausseté. « Mais , re|)rit le roi , si je vous montre le « contraii'C par écrit, qu'aurez-vou.s de plus à dire? — Je « croirai ce que jo vorrai , « répliqua le chancelier. Louis .\I lui fit voir alors vingt -deux lettres, dont douze étaient écrites de la main ée Guillaume Guéguen, secrétaire du duc, et signées de ce inince, et dix qui étaient du roi d'Angleterre.
Chauvin^ ayant lu ces lettres , fut très-étonné de voir que son maître , qui le chargeait d'assurer le roi qu'il n'avait aucune relation avec les Anglais, traitait cependant avec eux et formait des projets contre In iM-ance. Il protesta devant Dieu qu'il n'avait eu aucune coaoaissauce de ces négociations, et que si le roi avait sur cela quelque juste soupçon contre lui ou contre ses collègues , il consentait que lui ou eux fussent punis avec rigueur. « Monsieur le chana celier, dit le roi , je sais bien que vous ni vos compagnons « n'en saviez rien, et que pour chose du monde vous « n'eussiez voulu être d'un tel conseil. Beau neveu n'a eu u garde de vous y appeler; il n'y a que son trésorier et a son petit secrétaire Guéguen qui conduisent cette mar~ « chandise ; et pour ce , vous voyez clairement que je ne a vous ai pas fait arrêter à fausses enseignes, ni sur des tt soupçons mal fondés. Retournez -vous-en , vous et vos « compagnons, par devers beau neveu de Bretagne ; portez- « lui ses lettres, et lui dites que je ne veux plus qu il
Digilized by Coogle
ili HISTOIRE DE LA BRETAGNE
41 envoie par devers moi pour me cnider (penser) estimer « son ami » s'il ne se défait de tout point de ce roi d'Angle-
Le^ aiiiba:>hadeiirs, de retour en Bretagne, firent part au duc de tout ce qui s'était passé à la cciur de France, et de la disposition où le roi paraissait être à son égard. Chauvin lui montra en particulier les vingt-deux lettres que Louis XI lui avait remises. Le duc, très-surpris de la découverte de son secret , manda sur-le-champ Landais , et lui montra les lettres que le roi avait liuunées à son chancelier. « Je sais, « lui dit Frauijois, par qui elles ont été envoyées, et de « quelle conséquence elles sont. Je ne me suis coniié qu'à « vous, c'est donc à vous de me dire comment elles sont cr tombées entre les mains du roi. » Landais demeura d'abord interdit, changea de couleur et ne sut que répondre, lise jeta ensuite aux pieds du duc, et lui protesta qu'il n'avait rien lait contre son devoir. Il ajouta qu'il n'avait pas porté ces lettres lui-même , comme le duc le savait bien; qu'il s'était servi d'un jeune homme de basse condition nommé Maurice Gourmel, qui était son secrétaire, et qu^il avait jugé fidèle ; que c'était ce jeune homme qu'il avait employé pour porter ces lettres et rapporter les réponses; que c'était dune de lui seul qu'on pouri'ait a])prendre comment elles étaient tombées entre les mains du roi.
Le duc , par le conseil de Landais , donna ordre d'arrêter ce jeune homme dans un port de Bretagne où il était près de s'embarquer pour FAngletene , chargé encore de quelques lettres pour Édouard. Il fut pris , amené à Nantes et inlerrotfé. 11 avoua qu'il y avait à Cherbourg: un homme avec qui il était d'intelligence; que cet homme ouvrait les dépêches dont il éUiit chargé pour l'Angleterre , en retenait les originaux et en faisait des copies ^ imitant parfaitement les signatures du duc et deGuéguen; qu'il en usait de même à l'égard des réponses d'Angleterre , et contrefaisait les signatures d'Édoiiard et de son secrétaire. Cet aveu sauva la vie à Landais. Gourmel tut envoyé au château d'Auray, et on donna ordre de le noyer secrètement.
Landais crut être parvenu à efikcer les impressions que Louis XI avait reçues par Ik trahison de son messager, et il
ANCl£.\iN£ ET MODEftN£. iU
devint plus que jamais nécessabe au duc de Bretagne. Il fut alors le maître absolu de tout , disposant des charges et
des bénéfices , réglani les alTaires d'KtRt , de jnslire et de finances. Au luste , c était peut-être le plus adroit politique qui t'ùt alore en Europe ; hardi et secret dans ses entreprises , infatigable au travail , mais d'une dureté et d'un orgueil insupportables^ vindicatif et cruel^ tyran du peuple, oppresseur de la noblesse y et ennemi de tous ceux qui pouvaient lui faire le moindre onibrajje.
LamLns haïssait surtout Chauvin, un d<'^ hommes les plus vertueux que possédai la Bretagne. Il prévint le duc contre lui , et obtint un ordre pour le faire arrêter, il l'accusa de péculat^ de malversation dans sa charge , de trahison mème^ et nomma des commissaires pour lui faire son procès, c'est-à-dire pour le condamner. Le duc lui ôta sa charge et fit saisir tous ses biens ; ce qui fut exéeuté avec tant de rigueur^ ([u'on ne laissa pas même à sa femme et à ses enfants de quoi vivre. Chauvin ayant appelé à Louis XI et au parlement de Paris , en déni de justice , le roi reçut rappel du chancelier, le prit en sa sauvegarde, et manda au duc qu'il lui ordonnait de déférer à l'appel, de mettre Chauvin en liberté, ou de l'envoyer avec les charges, s'il y » en avait, à la conciergerie de Paris. Mais sur ces entrefaites le chancelier mourut dans sa prison , accablé de chagrin et des mauvais traitements qu'on lui avait fait essuyer. Sa femme avait cessé de vivre, peu de jours auparavant, sur une place publique. Quatre cordeliers les enterrèrent par charité , et le cercueil ne fut accompagné que de leurs enfants et d'un ^^eux pauvre (1 178).
Il y avait longtemps que les Bi etons étaient indignés de la conduite de Landais : la mort de Chauvin acheva de les exaspérer. Las de sa tyrannie, ils résolurent d'en secouer le joug , et à cet effet de lenlever de force et de lui faire faire son procès, comme à un homme coupable de concussions, de violences et de trahison contre l'État. Jean de Châlons, prince d'Orange, ('lait alors à la cour de François il, son oncle maternel. Le motif secret de sa présence était une négociation dont il était chargé, à Tinsu de Louis XI, au sujet du mariage d'Anne de Bretagne, sa
fU HISTOIRE DE LA BRETAGNE
•Y.iiviii». , ;iv('r l'an hidïn* Maxiiiiilien d'AïUnche , veuf depuis peu par la uioH de Marie «le Rinirirogue , sa fernnif'. Le prince d'iiraûge^ oe trouvant pas Landais l'avorable à ses vues y entra dans la conspiration qai se tramait contre lui H 9 en déclara le chef^ avec Jean de Rieux, maréchal de Bretagne, Louis de Rohan^ François Tournemine et plusieurs autres.
\j b conjurt» se rendirent un s^îr foi1 tard au château de Aautes. s'emparèrent de ses clefs et de celles de la ville , et entrèrent dans la chambre do duc, qui fat très-surpns de leur visite à une heure si indue. François reftisa d'abord de les entendre ; mais il leur permit enfin de lui dire ce qui les amenait. \\< lui repres^^ntèrent , un genou en terre, l'ahus que Landais iai^ait de son autorité, sa témérité , son orgueil , ses injustices > ses dm'etés , son avarice et ses projets pernicieux, et le supplièrent de le leur livrer pour qu'on lui fit son procès comme à un criminel d'État. Le duc ne leur ayant pas donné une réponse conforme i leurs désirs ^ ils se mirent à chercher Landais dans tout le château; niiis iinilileuient, car il n'y avait pas soupé ce jour-là. Landais, averti de la conspiration tramée contre sa })ersonne , s'enfuit à Pouancé. Les seigneurs eurent alors à se repentir d'avoir si mal pns leurs mesures; car le peuple, s'imaginant que c'était une conspiration contre le duc, s'assembla en armes pour forcer les portes du château. Les conjurés se barricadèrent et se mirent en état de défense ; en même temps ils tirent paraître le duc aux créneaux. Celui-ci afiirma au peuple qu'où n'avait point attenté à sa personne^ et que, pour en être convaincus, ils pouvaient envoyer deux ou trois d'entre eux dans le château. Le peuple , s'étant assuré de la vérité par ses délégués , se retira.
Les seigneurs, ayant manqué leur coup, s'enfermèrent dans Ancenis , qui appartenait au maréchal de KieuA. Landais revint auprès du duc et reprit toute son autorité. 11 fit entendre â son maître que l'intention des conjurés avait été de s'emparer de sa personne, et de l'emmener avec sa femme et ses filles ci Ancenis , puis en France , et de disposer eiisuile du duché au gré du roi. Ainsi prévenu , François
ANQENNE ET MODERNK. 215
rendit un arrêt par lequel il déclarà toufi les biens des conspirateurs confisqués^ défendit à tous ses sujets de leur donner aucun secours , leur ordonna de saisir au corps tous
ceux d eiitre eux qui se trouveraient dans le pays, aliu qu'ils f lissent rigoureusemeut puais, comme rebelles et criminels d Etat (U84).
Louis Xi n'était plus. Charles VIll , encore enfant , venait . de lui succéder» sous la tutelle de la duchesse de Beaujeu, sa sœur. Les seigneurs exilés lui demandèrent une sauvegarde; elle la leur accorda, en exigeant qu'ils reconnussent (| Il (près la mort de François 11. le duché de Bretagne apparliendrait aux rois de France, en vertu de la cession faite à Louis XI par Nicole de Bretagne, la dernière des Blois- Penthièirre. Ce traité fut signé à Montargis , au nom des proscrits^ par le prince d'Orange, le maréchal de Riéux, du Ferrier, Villeblanche et le Bouteiller. Landais, voulant opposer intrigue à intrigue , promit alors au duc d'Orléans (depuis Louis Xll) la main d'Anne, héritière de la Bretagne, à peine âgée de huit ans, et l'attira à la cour de François II , où il essaya de capter sa confiance ; mais M"'^ de Beaujeu força le duc d'Orléans de revenir près d'elle, et lui fit déclarer par écrit qu'il ne prétendait nullement épouser la fille du duc François, qu'elle réservait à Charles VIll.
Landais, enfin, se proposa d'écraser d'un seul coup les seigneui-s exilés. Il leur fit déclarer la guerre par François II, et mit le sire de Goëtquen à la tète de l'armée , qu'il chargea de s'emparer de leurs places. Mais quand les adversaires furent en présence, il s'établit nécessairement des rapports entre les membres des mêmes familles , prêts àsentr'égorger; et au moment on toute la Brelagne s'attendait à un combat sanglant , on apprit que les deux armées s'étaient réunies et n'en formaient plus qu'ime, déterminée à hâter la perte de Landais, auteur des troubles et des malheurs du pays. Le ministre ne parut point alarmé de cette fatale jonction, qui augmentait le nombre de ses ennemis ; il n'en fut que plus animé à la vengeance. Il fit dresser des lettres patentes au nom du duc , par lesquelles on déclarait criminels d'ktat tous ceux de i'armee de François Il qui s'étaient joints aux l'ebelles, et tous leurs biem
il6 iHSTOIHE DE LA BHETAGNE
cooâsqaés. Il envoya aussi ces lettres fin chancelier, avec ordre de les sceller ; le chancelier s'y refusa. En même
temps Ions seigiiriirs ligués d/putaient vers le chancelier pour le soiiuiier (h) faire am^ter Landais e\ (riiistruire son procès. Le chancelier, mécontent du ministre, à qui cejiendant il était redevabl e de son élévation , entra dans le projet des seigneurs , qui lui promirent de le soutenir. Il fit faire des informations secrètement et à la hâte , et donna aussitôt un décret de prise de corps mnire Landais. Ce cmiji hardi de la part du chef de la ju>tice remua h's esprits lK)pulaires ; la foule courut au château pour voir l'etret du décret porté contre un ministre également détesté du peuple et de la noblesse. Landais commença à trembler; tant de seigneurs armés , et cette foule de peuple assemblé autour du château , qui scîiihlait demander l'exécution du d<'M ret . ne lui Iaiss;»ipnl jilus d'iuitre ressource que rauturité du duc, dont la protection le rassurait faiblement. Dans Tinipossibiiité de s'évader^ il'alla se réfugier dans la chambre de ce prince^ ne croyant pas qu'on osât violer cet asile.
Le duC; effrayé lui- même , envoya le comte de Foîx> son beau-frère , pour parler au peuple et l'exhorter à se retirer ; mais il ne pul {lercer la foule , et il la trouva si furieuse, qu'il n'osa ouvrir la liou» he. Il revint trouver le duc, et lui dit : «Monseigneur, Je vous jure Dieu que (f j'aimerais mieux être prince d'un million de sangliers et que de tel peuple que sont vos Bretons. Il faut de néces- « sité livrer votre trésorier; autrement nous sonunes tous « en dan^rer. » Alors le chancelier entra , suivi de quelques gentilsliomnies, et dit à François II qu'il était obligé d'arrêter le trésorier et de le mettre en prison ; qu'il le suppliait de vouloir bien y consentir pour apaiser le peuple, a Quel « mal a-t-il fait? repartit le duc. — On Faccuse , dit le (f chancelier, de plusieurs crimes ; il est peut-être inno- « cent; mais quand il sera arrrté, la fureur du peuple se « calmera. Au reste ^ on ne lui fera aucune injustice. — Me « le promettez- vous? » intrrrompit le duc. Le chancelier le jura sur sa foi , et aussitôt François alla prendre Landais par la main, et le livra au magistrat. « Faites justice, « ajouta-t-il, et souvenez-vous que c'est à lui que vous êtes
ANGi£NN£ ËT MODERNE. W
it redevable de volic charge : ainsi soyez -lui ami en
« justice, n
Pierre Landais fut conduit à la toui* Saint- Nicolas au milieu des archers de la garde, rangés en haie, de peur que le peuple ne kû fit quelque outrage. Dès que les seigneurs confédérés eurent appris Temprisonnement du favori , ils se rendirent à Nantes et vinrent saluer le duc, auquel ils exposèrent les motifs de la conduite qu'ils avaient tenue. Le duc goûta leurs raisons et leur pardonna.
Cependant des commissaires furent nonunés pour travailler au procès de Landais , en présence du prince d'Orange , du maréchal de Rieux et du comte de Gomminges. Pierre avoua nue partie des crimes qu'on Im impulaif ; mais la lorUi} !' siMile put lui arracher la derla ration des autres. La jnort de Cliauvin, celle d'un fils de l'infortuné Gilles de Bretagne , une foule d'homicides subalternes , des arrestations illégales, des clercs jetés à Teau dans des sacs » des concussions de toute nature, des distributions de lettres de marque à des corsaires pour attaquer les vaisseaux des puissances avec basque lies on \ ivait en paix , l'incendie de plusieurs villes , l'abus du sceau particulier de François II , tels furent les principaux points de l'acte d'accusaticm de Landais.
Le procureur général donna ses conclusions : « Vu les
a confessions publiques et secrètes de Landais, |>rcuves, a enquêtes et informations ; attendu l'énormité des crinje.s a et délits dont Landais est chargé, il est jugé que ledit cr Pierre a commis tT ahison, et qu'il doit être conduit par « le bourreau, la corde au cou, jusqu'au gibet, et pendu Q jusqu'à ce que mort s'ensuive : ses biens et meubles « seront confisqués et acquis an duc. H doit être traîné sur « la claie; mais, par certaine considération, le duc lui » remet cette peine. Ôr, le duc ne savait pas un mot du jugement, ni de la condamnation de son ministre ! Les conseillers voulaient, selon les r^les de l'équité , donner avis i François II de l'état de la procédure ; mais les seigneurs s'y opposèrent, de peur qu'il ne lui accordât sa grâce; et dans ce cas que n'avait-on pas à craindre. Landais se Uatta jusqu'au dernier moment, et s'imagina que le duc
ilH HISTOIRE DR LA BHËTA6NE
lui enverrait sa «;ràce ; mais on y avait mis ordre. On avait «•n l:i luvc.miKjii <le fair«* ganler non-seuleinent les portes du château , mais même celle de la chambre du duc, atin qu'il ne pût apprendre aucune nouvelle de la oondamnation de Landais. Tandis que «m favori marchait a« supplice, le œmte de Gonuninges entra dans la chambre du doc , affaibli |)ar l'à^e et la maladie. François H lui dit d*nn ton chagrin : »» Compère, j'ai su (jue Tou hesoigne au procès de mon u trésorier. En sça\ex-vous rien? — Oui, Mou^eiKiK'ur, « répondit le comte; et l'on y a trouvé de merveilleux cas; « mais quand tout sera vu et entendu. Ton vous viendra « apporter l'opinion du conseil, pour en ordonner ainsi « qu'il vous plaira. — Ainsi le veux-je, dit le duc; car, «< quelque cai qu'il ait commis, je lui donne sa jrrâce . et si H ne veux point qu'il meure. » Le comte eulrehiil ensuit»' le duc de clioses agréabiei> , et l'amusa jusqu'à ce que Landais fût hors d'état de recevoir sa ^Tâce.
Le duc ne tarda pas à apprendre le sort de son favori ; il s'abandonna à la plus vive douleur, et maudit cent fois le comte de Comminges. Le corps de Landais, à la prière de ses parents, fut détach»' du iribet et enterré dans l'église Notre-Dame de Nantes, uu il lut juis dans une chapelle qu'il avait fait bâtir. Il ne laissait point d'enfants^ si ce n'est une lille^ héritière de ses biens considérables^ par une faveur pirticulière du duc.
Telle fut la fin d'un ministre d'une immense capacité , d(Mit le «renie fécond ne manqua jamais de ressources dans les pénis où la it ilitique des temps jeta souvent son maître , mais que sou orgueil ^ sa cruauté > son despotisme leudirent odieux aux petits comme aux grands,
La mort de Landais amena la réhabilitation de la mémoire du chancelier Chauvin ; le duc reconnut son inno- (•«•nce, et restitua tous ses biens à Jean Chauvin son lils. Les .^eifineurs exilés furent aussi réhabilités et réintégré> dans leurs biens confis(|ués. Le priuce d'Urange devint lieutenanlrgénéral de Bretagne , le maréchal de Hieux partagea ce titi^ avec lui y et le sire de Rohan fut créé baron de Lanvaux , qui était une des plus grandes baronies de Bretagne (l-i86).
ANCIENNE ET MODERNE. f19
Fraucois II, accablé de vieillesse, n'était plus qu'un instrument passif daiis la aiaiû des hommes qui l'entouraient. Cependant il songeait profondément aux malheurs qae le partage de sa succession^ ou les querelles qui s'élèveraient à saf mort , pourraient précipiter sur la Bretagne. Il réunit donc ses états , déclara solennellement la princesse Amie son héritière , et après olle sa seconde fille , Isabelle. On leur prêta serment comme à deux souveraines ; et le baron d'Avaugour^ issu de François 11^ leur promit de ne jamais sortir du duché ^ afin de leur donner^ en sa personne y un gage constant de sa fidélité. Mais le mariage même de la jeune Anne était déjà une source d'intrigues pour les mécontents qui environnaient les rois de France , d'Allemagne et d'Angleterre. Les prétendants étaient : le prince de Galles; rarchiduc Maximilien, roi des Romains; Louis duc d'Orléans (I); le sire d'Albret; le vicomte de Rohan ^ et le roi de France Charles Vlll.
M"^ de Beaujeu, toujours en défiance des projets de Louis d'Orléans, continuait à le retenir à la cour; mais le . duc, las de cette surveillance et craignant d'être arrêté , se réfugia en Bretagne sous prétexte de visiter sa sœur, abbesse de Fontevrault ; le comte de Dunois, paient et ami de Louis f vint bientôt le rejoindre. Le roi , qui ne les regardait que comme des factieux^ leur déclara la guerre^ à eux et à leurs alliés. D'un autre côté, les seigneurs réhabilités, s'imaginaul que c-es étrangers n'arrivaient en Bretagne que pour servir le ressentiment caché que leur gardait François II, crurent devoir s'opposer à cette ligue redoutable. M** de Beaujeu ne manqua pas de fomenter la rébellion qui se préparait; elle ofiHt des hommes, donna de l'argent, et trouva merveilleux de ruiner le duc par sed sujets et ceux-ci pai ie duc. Quand la noblesse bretonne reconnut son erreur et sa faute , il était trop tard ; Tenvahissemenl de leur pays par les armes de la France étnit consommé. A la nouvelle de i'iuvasiou, les intrigues des princes
(1) Il était niririé ^ Jeanne de Valois, fille «to î,nnis XI: mais la stéiilite (1p sa femme et l'espnir d'oMi'îiir la [wissessiou du duché de Bretagne lui inspirdieut déjà l'idée d'un divorce.
m HISTOIEE DE LA BRETAGNE
fniiir.'iis se iiniiè^'iit a\ec plus de force. Lo dnc d orléans {noiiiit de répiulu r s.i leiiaiie , sœur de Charles Vlil^iii François il couseutnit à lui donner la luain de la princesse Anne. Danois, qui n'avait d'autre but que de le servir, offrait cependant en secret la jeune duchesse au sire d'Alhret , à condition qu'il appelât en Bretagne ses troupes rfui nauhattaient dîiiis les l*vréiiées. Ôn écrivit à Maxiiiiilien ijiie le hULces (lu luaiiage (ju il rêvait dépendait du prompt en\oi d'une armée. Les mêmes moyens furent employés {four attiser l'ambition du roi d'Angleterre.
Cependant les corps français réunis aux vassaux des seigneurs bretons faisaient de rapides ])rogrès. Ploërmel , assiégé contraii'enient aux promesses du roi , se rendit sans coup févii ; la garnison, qui prétendait (pi on voulait la faii'e massacrer p.ir le^? étrangers, déposa les armes sans eoniljat. L'armée royale^ licre de ses faciles succès, assiégea bientôt François II dans Nantes, où il s'était réfugié. Le duc était perdu si Dunois, à son retour d'Angleterre, ne se fût mis à la tête des paysans , au nombi*e de plus de quatre-vingt mille. L*amiée française, saisie d'épou\a i i{e à la vue de ces masses, se retna et mit fin à un siège dont Cbarles^ VIU attendait un autre résultat.
Charles VIII voulait s'emparer de toute la Bretagne, nonobstant les traités précédents* Désespérés de l'état de leur patrie , les sei^eurs bretons se rapprochèrent du vieux duc et sollicitèrent un pardon , (juc sa bonté accorda à leur reiK^ntir bien tardif. L'Angleterre s éiuut; elle s'agita , mais sans fruit pour elle-même et sans résultats pour la Bretagne, dont les dangers devenaient de plus en plus menaçants. La discorde la plus déplorable divisait les Bretons et leurs alliés , tandis que la discipline la plus parfaite assurait aux Français d'innnenses avantages. La bataille de Saint- Aubiu - du -Cormier fl4H8), gagnée par l'armée royale, coûta quatre mille honunes aux vaincus; le duc d'Orléans et le prince d'Orange furent faits prisonniers. Rennes, Dinan et Saint-Malo se rendirent peu après, presque sans effort. Le malheureux François, désespéré, sans espoir du côté de l'Angleterre, ((ui promettait tout et n'accordait rien, sans espoir du côté du roi des Hoinains, aloi's prisonnier à
ANCIENNE ET MODERNE. m
Bruges^ demanda humblement la paix. Apr^sde longues discussions dans le conseil du roi et une vive opposition de la part de de Beaujeu , la France consentit à traiter.
Les romlitious ne furent p;is celk's (riiii paient , mais d'ini souverain qui coHiiiiande à des rebelles. On evigea de François 11 le renvoi des troupes étrangères , et ie serment de n'en jamais appeler dans ses États ; la promesse de ne pas marier ses filles sans l'agrément du roi; la cession de Saint-Malo» Fougères, Dinan, Saint -Aubin -du -Cormier; l'entretien d'une i^arnison à L>ol; Thommage lige ; l'appel de ses cours de justice au parlement de Paris.
Ainsi la Bretagne, après mille ans, cessait de former un Ëtat indépendant. Cette paix désastreuse n'éteignit pas les haines qui dévoraient les grands seigneurs ; les intérêts étaient trop partagés^ et la révolution cpii devait unir Tantique Bretagne à la France se préparait. Fran4;x>is II ne survécut pas à sa honte ; il rendit le dernier soupir à Nantes, le 9 septembre 14S8,
La jeune Anne lut proclamée duchesse après la mort de son père. Charles VIII exigea de sa parente qu'elle ne prît pas ce titre et qu'elle remit ses droits en arbitrage; il réclama sa tutelle , celle de sa sœur, et la garde noble de leurs terres et seignenries pendant leur minorité; et il requit impérieusement le licenciement délinitit de tous les œrp» armés. Les projets du roi de France devenaient manifestes. Vainement Anne implora le secours de la Flandre et de la Bretagne : Charles vm triomphait en Bretagne par ses lieutenants, qui tous étaient des Bretons acharnés à la perte de leur pays. Au milieu de toutes les anil>iti(ins mises en jeu par la convoitise de sa main et surliint de son duché, Anne crut voir luire un espoir de i)aix,dout Maximilien réclama le prix en demandant la main de la fille de Fran-cois II; mais il ne fut jamais son mari que de nom^ n'ayant pu débarquer en Bretagne , où sa fiancée déployait un courage , une grandeur d'âme dignes du noble but qu'elle se proposait , l'indépeinLiiice de ses fitats. hlUt résistait au sire d'Albret , qui venait de livrer Nantes aux Français, sons condition d'épouser la princesse ; elle refusait opiniâtrénieut sa main même à Charles VIIL
Le duc ti Orléans, libre alors, eut quelque iufiueiuîe sur ses déterminât ions y et les sentimeuts personnels d'Aune cédèrent à l'espérance de rendre un avenir à ses peuples^ la prospérité à ses villes demi-ruinées, le repos i ses campagnes dévastées. Les conditions du mariage d'Anne avec le roi de France, furent la paix, l'oubli du pass»'», la coiibf ivation des franchises et privilèges, le maintien des formes judiciaires^ la remise des confiscations , un douaire immense, la réserve de tous les droits de la primMn anr son ducbé^ et la reconnaissance de son autorité spéciale. ERé inâi à peine quinze ans; son couronnement, comme reine de Francis eut lien à Saint-Denis; elle fît son entrée à Paris aux acclamations d un peuple uninense.
Ce mariage , avant d'être accompli , avait causé de grands chagrins à la princesse; il lui avait fallu combattre son penchant pour Maximilien^ et vaincre son aversioD pour Charles VIU. La politique et la situation flcheuse de mu pays i aidèrent à triompher de ces obstacles , beaucoup pins que la haute qualit»' de reine de France. Le roi, de .son côté , devenu sou époux en quelque sorte maigré elle , n'oublia rien pour dissiper entièrement les chagrins que ce mariage lui avait causés ^ et il se conduisit si bien à son égard , qu'elle fut dans la suite très-satisfaite de son sort , et eut pour ce prince Tamour le plus vif et le plus tendre.
En devenant reine de France , Anne cessa d'exercer sa souveraineté connue duchesse de Iketagne : elle avait, par son contrat de mariage, remis Tadministration de ses iXàts au roi son époux. Charles ViU gouverna donc la Bretagne pendant près de sept ans que dura leur union. A sa mort, arrivée en 1498, la reine fit éclater une douleur dont la sincérité toucha tout le monde , surtout le duc d'Orléans, devenu roi sous le nom de Luiii^ Xll. Il permit à Aune de retourner en Bretagne , de rentrer en possession de son duché et d'y exercer tous les actes de souveraineté. £lle se rendit à Nantes, où elle fit plusieurs règlements très-utiles pour le bon ordre et pour l'administration de la justice. Quaud le temps du deuil de la reine lut passé , Louis Xll ngisa à Vépouser; car, selon le tiaité de mariage entre ]^]^es VUl et Anne , elle ne devait se remai'ier qu'au suc-
ANCIENNE ET MOUtUNE. ' %U
cesseur de Charles. Mais par ce même contrat la reine douairière avait la liberté de demeurer yeuve ou de prendre
un époux dans la |)orsoime du plus pMchain héritier de la couronne : s'il arri vn U qu'elle voulût rester veuve , la Frauee était en danger de perdre la Bretagne. D'ailleurs , la reine épousant un autre prince que le roi de France, la Bretagne n'aurait jAus été unie à la couronne , et l'on voulait éviter cette séparation si funeste au royaume.
Le remède qu'on trouva à cet inconvénient, fut de faire dissoudre par l'autorité du pape le mariage de Louis Xïl avec Jeanne de France, fille de Louis XL Le roi fit alors un traité avec Ânne , par lequel il promit de lui rendre toutes les places de Bretagne que les Français occupaient^ excepté Nantes et Fougères^ qu'il garderait un an pour assurer l'accomplissement de leur mariage, en casque le saint-siége eassât celui qu'il avait contracté avec Jeanne, et que, si cette affaire ne pouvait réussir, il rendrait ces ileiix places. Anne 5 de son côté> promit d'épouser Louis XIT , dès que les commissaires nommés par le pape auraient déclaré nul le mariage du roi. Après une longue suite de procédures^ les juges prononcèrent juridiquement^ le 17 décembre 1408, que le mariage contracté entre Louis Xn , alors duc d'Orléans , et Jeanne de Franee, était invalide et nul, et que le r< ii pouvait se remarier avec telle personne qu'il voudrait. Jeanne se retira à fiourges, où elle fonda Tordre de FAnnondade, et passa le reste de ses jours dans la pratique de toutes les vertus cbrétiennes.
Louis xn se rendit à Nanfes dès le commencement de l'année suivante (1499), où il épousa Anne de Bretagne le 8 janvier. Le contrat portait qn» le second enlant mâle , ou fille à défaut de mâle qui naîtrait de leur union, et les descendants de cet enfant» seraient ducs de Bretagne^ comme Favaient été les prédécesseurs de la reine; mais que si la reine n'avait du roi qu'un seul enfant mâle, la condition susdite serait accomplie [lar les enfants ([ui pourraient naître de cet enfant uiàle; enlin . (jiie si Anne mourait avant lui sans laisser d'enfants , le roi jouirait pendant sa vie du duché de Bretagne et des autres seigneuries dont la reine était en possession , et qu'après la mort du roi , le duché et
HISTOIKK DE I.A BKETAGNi:
toutes ies i»«MKneui'ies seraient ré ve»ibies aux héritiers de la reine. Quant à l'état de la firetagne ^ il resta le môme que sous le règne de Charles VIII.
L'amiée même de son mariage , Anne mit au monde une
tille qui i-eçiil le nom de Claude. Pi uiise d'abord à l'archi- (luc .1 Autri« ljr , elle lïit eiisuile tiaucée à François de Valois, coiute d'Augoulème, qui régna depuis sous le nom de François I**. La reine Anne mourut^ âgée de trente-sept ans, au château de Blois , le 9 janvier 1514 , après une cruelle maladie de sept jours ; son corps fut porté à Saint-Denis et son cœur à Nantes, pour être mis dans le toinLcau de sou pciv v\ (le sa iinTe, ronformémeut à ses dernières V(il(uités. Des quatre entauls qu'elle avait eus de Charles ViU et des ^ quatre autres qu'elle avait dounés à Louis Xli, deux seulement vécurent : madame Claude et madame Renée.
La Bretagne entière pleura la perte de la bonne ducheae ; les gentilshommes regrettèrent en elle le miroir de toutes it's vertia de sa race, les pauvrt'> Icui luere, les bonnes villes la protectrice de ieui-s privilèges, le clergé la fille dévouée de l'Église romaine/ ce refuge' la liberté des peuples* Femme soumise d'un prince qu'elle n'avait épousé qu'avec répugnance^ qui l'avait dépouillée de ses biens, et à qui elle était infiniment supérieure par sa capacité , elle se renferma dans les vertus de son sexe, tenant sa cour avec dignité , veillant avec attention Mir la coudnite des dames dout elle s'entourait, et s occupant des soins domestiques et de rétiquette comme si elle n'eût pas été capable des aJTaires du gouvernement. Cependant Mézérai dit que, dès son entrée en France, elle voulut avoir part aux affaires, et donna du covde k M"'*' de Beanjeu ; mais ce ne lut que sous le règne su i va ni (jiie celte ambition se d6velopi»a. Elle fit voir en plusiem-s occasions que le titre de duchesse de Bretagne, qui lui appartenait en propre , lui était plus cher que celui de reine de France; elle affecta souvent une sorte d'indépendance à l'égard du gouvernement de la Bretagne , réglant elle-même les affaires de la province.
Peu de temps après la mort de la reine Anne, Louis XII éjjousa Marie d'Angleterre. 11 se vit alors forcé d'abandonner la Bretagne au duc de Valois , son gendre^ qui avait épousé
ANCIENNE ET i^ODEKNE. * m
la princesse Claude ; mais il pourvut en même temps au ^ droit lie Renée , sa seconde tille. Ce prince , surnommé ie Père (iff /teuple , mourut Tannée suivanle (1515), après un règiu' (Je. dix-sept ans.
Le duc de Valois , sous le nom de François l", lui succéda. Ce prince, non content du don que son prédécesseur lui avait fait de la Bretagne^ voulut que la reine Claude sa femme le lui confirmât. Elle lui donna d'abord le ducfaé à vie seulement ; mais , daub la iiicme donation , le roi l'engagea à le lui douner à titre d'héritage perpétuel , en cas qu'il lui survécut sans avoir d entant d elle (28 juin 1515), Immédiatement après la mort de Claude ^ arrivée en le roi son mari nomma des commissaires pour recevdr en sou nom le serment et les hommages de la Bretagne : c<{ qui eut lieu dans l'assemblée ^es états tenue à Rennes le 2(> novembre 1524.
Par le traité de mariage eiitrj; Louis XII et Anne de Bretagne, le second tiis de France, ou à <nu défaut un auti'e de ses fils^ devait être revêtu du titre de duc de Bretagne et posséder le dudié en propre^ à titre de souveraineté ; mais dans le traité de mariage entre le duc de Valois et Claude , la reine Anne sa mère avait spécitié que si sa fille avait un ♦tutantmâle elle pourrait lui donner le de lîretagne,
dérogeant par cet article à ce qu'il pourrait y avoir de contraire dans le traité de son mariage avec le roi. 11 est certain que pour la tranquillité du royaume^ et pour ses propres intérêts , il était à propos que la Bretagne n'eût plus lie souveraius particuliers. Aussi la reine Claude, dans sou testament, <lonna-t-elle le titre de duc de Bretagne au dauphin, son fils aîné.
Le roi, qui n'était qu'usufruitier <le la Bretagne depuis la mort de la reine , voulut, avant que le dauphin en prit possession , que le duché fût irrévocablement uni à la couronne. 11 vint donc en Bretagne en 1532, et séjourua quelque temps à Ghâteaubriant, en attendant l'assemblée des états indiquée à Vannes. Il ne fut pas question dans cette assemblée de délibérer si le duché serait imi à la ( ouronne de France. Les Bretons savaient bien que ce n'était pas dans le dessein de voir par la suite ce duché séparé de
U France, et soumis à des souverains particuliers, que Charles Vili et Louis XII avaient recherché avec tant d'empressement et épousé successivement Théritière de Bretagne. Ainsi f quoi({ue la plupart des Bretons eussent un penchant naturel pour le rétablissement de leurs ducs, ils sentaient qu'ils étaient hors d'état de se le procurer en s'opposant aux voiuiités du roi. Ce prince , ayant trois fils, aurait pu, il est vrai, revêtir son second iils du titre de duc de Bretagne , ou le troisième à son défaut; mais il ne crut pas que cette disposition fût avantageuse à l'État. La bonne politique demandait qu'une province liguée depuis plusieurs siècles avec les ennemis de la France , et révoltée sans cesse contre ses prenur'i;^ xtuverains, fi^t enfin incorporée à la monarchie 9 pour être désormais lioi^ d'état de lui nuire.
Après bien des résistances et des conditions posées , les états de Bretagne durent enregistrer Tincorporation de leur pays au royaume de France. Le dauphin se rendit alors à Rennes le 12 août , et le i 4 il fut couronné duc de Bretagne, avec des céréniuuies ma lhiI tiques. Ce prince étant mort quatre ans après, Henri son frère eut comme lui le titre de duc de Bretagne.
Depuis 4532, la Bretagne, unie indissolublement i la couronne de France, n'a eu ni ducs particuliers, ni ménie^ aucun des enfants de nos rois qui aient porté le titre de dur
HiT'tairne, e\<'e|>té sur l.i tiii du règne de l.ouis XIV, où les deux liis aint s du duc de Bourgogne portèrent successivement le titre de duc de Bretagne.