‹ Histoire de la BretagneChapitre 13 sur 18 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

La UpM en Bretagn».

(157S— is»*)

Le calvinisme s t'tant n^pandu en France sous le règne de François 1*^, la Bretagne fut , de toutes les provinces de ce YoyauM; celle où il fit le moiiis de progrès. Lorsque la Ligne eut été formée par les Guise en 1576^ ce pays fut encore asset traiu{uille pendant plusieurs années et ne prit aucune pari ^ la guerre civile. iMais, sous le règne de Henri 111, le duc de Mercœur eu ayant été tait gouverneur le 5 septembre 15^-2 , elle se vit adtée des plus grands troubles, et il s'y passa des événemeuts méim^ables, dont peu d'historiens de fintagne ont parlé jusqu'ici.

Henii Ui, à sou retour de Pologne, avait épousé Louise de Lonmine, fille du comte de Vaudemont et sœur du duc de Mercœur. Le roi prit dès lors le duc en amitié , et ne songea t^u'a l'élever ; il Un lit épouser Marie de Luxembourg, diirhesse de Penthièvre et vicomtesse de Martigue, d'une des plus grandes maisons de l'Europe , et qui était d'ailleui> une très-riche héritière. 11 tit eucore plus pour sou beaufrère; il 6ta au duc de Montpensier, prince de son sang^ le gottvenment de la Bretagne , dont son petit-fils le prince de Oombes avait la survivance , pour le donner au duc de Mercosur, <fiiï n'avait alors que vingt-quatre ans , malgré les remoutraiices du chancelier de Chiverni, qui représenta

HibTOlRE DE \Ji BHKÏAiiNE

au roi que dam ces temps orageux c'était agir contre les lois de la politique que de confier un gouvernement de cette

iinptirtance à un prince qui avait, du chef de sa fenniie , i\r^ prétentions à In souveraineté de cette même province dont il le midail le inaitre; mais la complaisance du roi pour sa femme Temi^^rta sur les sages avis du chancelier.

Le duc d'Aiençon, frère unique du roi^ étant mort en i584> et Henri UI , quoique marié depuis dix ans . n'ayant point d'enfants, le duc de Mercœur regarda cet événement comme très-favorable au ilessein qu'il méditait. La vie que le r u uteuait annonçait qu'elle ne serait pas longue, et la situation des afTaires faisait espérer aux princes lon^ains, qui avaient causé jusque alors tant de troubles dans l'État , qu'elles y seraient plus brouillées que jamais, le roi de Navarre (depuis Henri IV) étant engagé dans Thérésie et regard/' par eux comme incapable de parvenir à la couronue.

G'^ tlatteu>es espécauct-s ne salislireut point l'ambitieuse impatience des Guise. En 1585, soutenus de la puissance de Philippe II . roi d Espagne , et d'im grand nombre de factieux^ ils formèrent une ligué , prirent les armes et se saisirent de plusieurs places. Le roi, alanné de leurs menaces et de leurs progrès, dut faire un traité avec les chefs de la Liuue , c'est-à-dire avec ses propres sujets. Il s'engagea à faire la guerre aux calvinistes de son royaume, devenus d ailleurs ses plus dangereux ennemis, et à douuer la conduite de cette guerre aux ligueurs. 11 fut stipulé expressément que le roi leur livrerait des places de sûreté. Le duc de Mereœur eut soin d'y mettre des commandants tout dévoués à ses intérêts.

Bientôt le «Inr , cvi ité par les autres princes de sa maisoii, se mit en campagne et entra dans le Poitou avec des troupes qu'il tira de son gouvernement^ au nombre de quatre mille cinq cents hommes d'infanterie , avec quelque cavalerie. Le monarque indolent, qui n'avait consenti qu'à regret à la guerre contre les protestants, avait retardé la marche de ses armées. Merc(iîui', n'étant point soutenu comme il Tespérait, se vit tout d'un coup sur les bras des forces trèssupérieures aux siennes. 11 jugea à propos de se retirer à Pontenay pour y attradre l'armée du rd; mais cette ville

tenant reftisé de le recevoir, il fut obligé de se loger dans le faubourg, où les habitants ne lui fournirent que peu de vivTBS et oiî il se vit bientôt attaqué par le prince de Gondé , un des capitaines protestants. La nuit mit fin au combat , sans aucun avantage de part ni d'autre. Le Jendeniain, Mercœur se retira à petit bruit vers la Loire , et Gondé se mit peu en peine de le poursuivre; Mercœur^ attaqué dans sa marche par une troupe de cavaliers , perdit plusieurs soldats, un»' initie de son bagage, le butin qu'il avait, et

réfugia en toute liàte d;in^ son gouvernement ( 1585;.

il n'y eut , le reste de Tannée . d'autres événements eu BreUgue que la prise du château de Blin par Mercœur. Le très^(ietit nombre de protestants qu'il y avait en Bretagne fut cause que le calme régna dans cette proviuce durant cette année <U les deux suivantes , alors (|ue dans les autres jinivinces il y eut tant tie sang répandu.

Vitré était la seule ville de Bretagne où dominât la religicm prétendue réformée; comme cette place était très-importante, le duc de Mercœur, en 1588^ tenta de la surprendre. N'ayant pu y réussir, il s'en alla faire le siège de Montaigu en Poitou; mais le roi de Navarre s'étant avancé, il fut encore contraint de se retirer après quelques escarmouches. S»n arnère-garde , entièrement enfoncée, prit la fuite, et, outre les morts, laissa sur le champ de bataille huit drapeaux et dnq cents prisonniers.

Le projet du roi de Navarre était de se rendre maître de Fembottchure de la Loire et de celle de la Vilaine , par la prise de Saint-Nazaire, de Guérande et du Croisîc. Sur ces entrefaites, le dur et le cardinal de Guise ayant été assassinés à Blois , tout le parti de la Ligue , pour venger la mort (le ses deux principaux chefs, tourna ses armes contre Henri III , qu'on accusait d'avoir ordonné ce meurtre. Elle déféra au duc de Mayenne , ftëre des Guise , le titre de lieutenant -général cle. IKtat et courcume de France. La Bretagne devint alors f 1 589 ) , cnuime les autres provinces fin royaume, le théâtre d'une gueri*e civile et des plus affreux désordres. A la réserve de Heunes,de Nantes, de Brest, de Saint-Malo, de Vitré et de quelques autres villes, tout se déclara successivement pour la Ligue , surtout dans

IM HISTOUE B£ LA BREIAGKE

la )ia.s.s«' Bretagne , où le {peuple est resté extrêmement atta-

rh^* ail calholiiisifif. Dans le «xnniiieucement , le (lii< de Mtwjeur ne lev;t jMniit l'/triulani d<' l.i LiiriiP , quoiqu'il l'organisât seci^teuj« nt ses éumsaires; iijugeaà propos d'atteudre la tenue de6 états de la province , que l'on croyait devoir être eonvoqués à Vannes, afin de s'y faire un pins grand nombre de partisans; mais cette ville s'élant déclarée pour la Ligii»* , les états ne s'y assemblèrent point : il n'y eut même cette année aucune assemblée d'états de la province.

Cependant, la duchesse de Mercosur ayant surpris le cbAteau de Nantes , on conunença à apercevoir les vues du duc. La duchesse se déclara hautement contre le roi : ayant réuni le?^ principaux habitants de Nantes , elle leur repré-

si'iita If péril de la rpliL:i(Hi catholique et celui de la ville en paitirulier, où le roi de .Navari'e devait être bientôt introduit avec ses troupes huguenotes , qui ner manqueraient pas de se porter à tous les excès 9 déjà commis par elles dans tant d'autres villes. Le discours de la dudiesse fit impression sur plusieurs; mais il y eut des sujets fidèles au roi qui ne se laissèrent \}ohi[ ♦branler; on prit les armes , et les rues furent barricadées. Lt* parti de la Ligue ayant eu Favantage . plus de quatre-vingts partisans du roi furent mis en prison dans le château.

Le duc de Mercœur, après s'être ainsi assuré de la ville de Nantes , forma la résolution de mettre aussi celle de Hennés dans son ])arli , et il y réussit non sans peine et sans de rudes combats livri's dans les rues et sur les places df cette ville importante. Le duc, croyant sa puissance assez bien établie àHenu( s , en partit pour se saisir de Fougères. 11 y entra sans résistance et s'empara du château; quelques jours après, Sébastien de Rosmadeo-Nolac , qui avait voulu se fortifier dans Josselin , ville appartenant au vicomte de Roban , ua des chefs [irotestants , fut sur le point d'être surpris dans la ville par Saint-Laurent , maréchal de cani]» du duc de MercoBur^ et n'eut que le temps de s enfermer dans la forteresse.

Ceux des habitants de Rennes qui étaient royalistes , reprirent courage après le départ du due de Mercœur.

ANCIENNE ET MODERNE. Ml

Le i avril, le sénéchal de l*t mU» <<nivint avec les prinrijKuix de ceux ([ui elitieiii attachés au roi , que le lendeniaxu ils iraient par les rues , criant : Vive le mi ! L'en* trepnse réussit^ el bientôt toute la vilie retentit du même cri ; le sénéchal reprit les clefs des portes , on rendit la liberté' à ceux qui avaient été emprisonnés par retire de Mercœur, et tous les gens suspects furent chassés, entre autres le célèbre Bertrand d'Argeatré, historien de la Bretagne. Bientôt l'on vrt les royalistes accourir à Heuues de toutes parts ; alors le parlement y reprenant sa première autorité y écrivit au duc pour l'engager à faire cesser tout . acte d'hostilité et à licencier les compagnies de gens de guerre de la province , suivant la volonté du roi. H rendit enfin un arrêt qui déclara iMercœur rebelle au monarque, et permit de le poursuivre ainsi (|ur t(»uh ses adhérents.

La réduction de Rennes fut si imposante pour les intérêts du roi , que les états tirent dans la suite frapper une médaille d*or, où l'on voyait d'un côté les armes de Bretagne^ et de Tautre celles du sénéchal de Hennés , principal auteur de cette révolution , avec cette légende : Ut olim de patria hene merilis^ sic et (irhis liberatori patria coiitulit.

En ell'et, si Hernies fut demeurée sous la puissance du duc de Mercœur, le parti du roi eût été altôolument ruiné en Bretagne, et le duc s'en serait entièrement rendu Je maître. Rennes fut, durant toute la guerre, la place d'armes des royalistes , Fasile et la demeure des commandants que le monarque envriva dans la province, et le lieu de la convocation des état» , qui s'y assemblèrent tous les ans.

Le duc de Mercœur se repentit , mais trop tard, de s'être éloigné mal à propos d'une place aussi importante que Rennes , pour «ne entreprise aussi peu sérieuse que la prise

de Fougères. Henri \\\ voulut rapjK 1er auprès de lui le duc, en lui offrant de grands avantages; mais le Ligueur, qui . n'avait pas oublié le sort des Guise à Blois , resta en Bretagne 9 persuadé que la duchesse sa femme ne trouverait Jamais une occasion plus favorable de faire valoir ses droits sur le duché de Bretagne.

Henri 111, nepouvaiit ébranler Mercœur pur ses ottrcs, se

HIsfoiHK I)K LA BUKTAGNE

trouva très-ciiibarrassé. Les pnuciiiaiix cbefs royalistes iê sollicitaient vivement de venir en Bretagne , où ils l'assuraient qne tout se soumettrait s'il fiaraissait seuleinent snr la frontière. D*tm autre 061 é , le roi de Navarre , avec lequel

il venait de roiilracter alliaiici' , lui lit écrire par Diiplessis- Moriiay qu'il ruinait absolument ses affaires s'il allait en hretauiip , et qu'il devait plutôt ne résigner à perdi*e une province que tout son royaume. Ce dernier avis fut suivi. Mais tandis que Henri iil délibérait , Mercœur avait profité de son irré.solution. Fresque toute la Bretagne avait embrassé la Ligue : Hennés, Saint-Malo^ Vitré ^ Malestroit, Josselin, Plo^rmel, Moutfort> Cbàteaubriant^ Gnérande, t^Kiini()er et Brest seulement tenaient pour Henri III; encore Quim|)er penchait-il du côté delà Li^ne, dont cette ville prit hautement le paih dans la suite. Toute la ressourre (hi roi tut donc d'envoyer dans la province le cx)mle de Soissons p(Mir y connnamler, et avec lui le comte de Vertu^ et Lavardin, alin de fortitier son parti et de ranimer le zèle de ses partisans. Il révoqua en même temps les lettres de gouverneur qu'il avait accordées à Mercœur, et confirma Tarrèt du parlement , ((ui l'avait déclaré rebelle.

Le comte de Soissdiis marcha vers la Bretagne à la tête de quehpie^j tr(ni[M's ai avec du rauou : Mcrco'ur résolut de lui con|)«'i' le ( hemin. A trois lieues de Rennes, le comte fut atta(ju(> par des forces supérieures dans le mauvais poste de Châtonugiix)n, et dut se défendre jusque dans la cbambre de la maison où il s'était retiré avec plusieurs gentilsbommes. On lui criait en vain de se rendre^ qu'il aurait la vie sauve : il y consentit enfin , et demanda à être conduit au duc , (iiii reçut son épée pour la lui nadre au.ssitùt. Cependant les coiinnuin's du ]»ays qui avaient pris les armes en faveur du duc (h* Mcrca-ur arrivèrent à Chàteaugirou le lendemain de cette acliou, et en attaquèrent le château , où une partie des gens du comte et des habitants s'étaient retu*és. Les assiégés , avant d'avoir eu le temps de reconnaître les assiégeants , les prenant pour des troupes réglées , capitulèrent et obtinrent de sortir vie sauve et d'emmener leurs chevaux. Mais uu ^^oiitilhomme d'entre eux, eu quittant le château , voyant que ceux à qui ils s*é-

ANCIENNE ET MODEKNt. 233

taxent rendus u'étaient que de la milice^ honteux d'avoir cédé k de telles gens, en tua un d'un coup de pistolet. Cette imprudence mit en fureur ces communes, et fut cause du massacre de près de soixante-douze hommes , tant nohles

que soldats, qui Inn-nt jmssés au til de IVpée. \.\ défaite du comte de t^ois^^uns, jointe à rv massacre, «'onta la vie à quatre-vingts gentilshomme s : il \ en eut soixaute laits prisonniers 9 sans parler du comte de Soissoiis , du comte de Vertus et autres. Ces deux chefs furent conduits au château de Nantes , sous bonne escorte , par le duc de Mercœui*. Le roi remplaça le couite de Soissous par le prince de Domhes, à |iriii(' âgé (le ili\-sc|it ans, celui-là uième qu'il a\;nt dépouillé de la survivauce du ^^ouverueuieut de la [iruviuce pour en revêtir Mercœur Au reste, le roiute de Soissons ne fut pas longtemps prisonnier. Au bout d'environ trois semaines, comme on lui portait à manger de la ville , il fit un jour le malade afin d'être servi dans sa chaïuhre. 11 uiit un paue dans son lit, et s'arrangea si bien dans un des grands paujcrs duiit ou usail [K>ur le service de sa table , qu'il passa au milieu des gainles sans être déœuvert , et se lit porter dans la ville ^ d'oti il s'échappa sous un déguisement , en se dirigeant vers Angers.

Sur ces entrefaites arriva la mort de Henri III. Le duc de Mercanu" envoya à Rennes le sénéchal de Fougères pour aunoiicer que le roi avait été a-- i-^iné. Le parlement , indigné de voir un magistrat se charger d'une pareille mission^ et venir de la part des Ligueurs pour exciter im soulèvement , fit pendre l'émissaire le soir même de son arrivée , se déclara pour le nouveau roi , et prêta serment à Henri IV le M octobre 1589. Leduc usa de représailles, et tit pendre à sou tour un juge de Laval qui était son prisonnier.

Cependant le changement de règne lit cliauceler dans leur hdélité quelques-uns des seigneurs opi)Osés au parti de la ligue. Le parlement donna l'exemple delà fermeté dans les principes en s'empressant de recomiaitre Henri IV , sous la condition que la religion catholiciue serait maintenue , et que le nuu\eau n>i serait supplié de l'embrasser.

Le prince de Dombe^ arriva à Rennes le 13 août, à la tète d'une nombreuse cavalerie , de six cents honuues d'iu-

m UlâTOIRE D£ LA BRETAGNE

fknterieet d'une jurande quantité de noblesse. Le duc de iMercœur, ay.ml .ippris son arrivée, Irva dès le lendemain 1p siège de Vitré, (|u'il avait déjà coiunieiicé. La présence du prince de Dombes fit aussi lever le siège de Bliu, château fort à six lieues de Nantcii». Mais il se passa à ce siège un événement singulier, que nous ne devans pas omettre.

Pendant le siège de Vitré , la ville et le fart de Blin furent surpris par les royalistes, coniiiiaiulés par Le rionst; le même jour le>; Limirnis investirent la place, et dès le lendeiuaui l'attaque connaenra. Comme les assiégés se défendaient avec vigueur, la duchesse de Mercœur, pour réduire la place, eut recours à un stratagème. Elle gagna une demoiselle , parente de Le Goust^ nommée La Salmonaye, laquelle, ayant pris des instructions de Guébriaut qui faisait le siège, s'apprf>rha des murailles et demanda à parlera un capitaine de la |>la( e nommé Henryaie , qui était son frère. En ayant obtenu la permission et s'étaut avancée sur k contrescarpe, elle lui dit, les larmes aux yeux, que leur ]ière et toute leur famille étaient cruellement persécutés à cause du parti (]u'il avait pris ; qu'elle avait été conduite prisonnière à Nantes, et qu'elle .-^i élait échappée pour venir luourir avec lui. Kn parlant ainsi , elle ira ;;na insensiblement le bord du fossé et y descendit. t)n lui jeta aussitôt une corde avec un bâton en travers, et elle eut la hardiesse de se ïaire enlever à quarante^nq pieds de haut. Pour mieux couvrir le jeu , les sentinelles des assiégeants lui tirèrent quelques coups d'arquebuse.

Cependant Le Goust , ayant soupçonne une trahison «le la part de henryaie et de sa sœur, les lit arrêter l'un et l'autre et interroger séparément. La demoiselle, intimidée par les menaces, avoua que le duc de Mercœur avait promis de lui donner, à elle et à son frère , et de garantir à leurs héritiers le château de Le Goust , où le frère serait mis en garnison ave(î cent hommes entretenus . sans compter dix mille livres pour la marier, à condition que Henryaie procurerait la reddition de la place. Le Goust lui répondit que, poiur se venger de ceux qui lui avaient conseillé aux dépens de son honneur une si noire trahison , elle devait eni[»loyer pour une entreprise contraire les mêmes moyens qui avaient été

concertés par les ennemis. La demoiselle y consentit , et loi

expliqua quel était leur plan [jour s*» faire introduire par elle dans ]ît ]ilace : aiu'ès quoi , ayant (hMiiaiulé à so retirer, elle descendit, avec la^rémeut de (juébriant, de la même fa^n qu'elle était montée^ et se rendit au camp des assié^ géants. Là elle joua si bien son rôle» qu'ils arrêtèrent que le dernier jour de juin , jour auquel Heuryaie devait corn* mander à l'endroit de la descente du fossé ^ la demoiselle de La Salmonaye monterait la première, suivant la ^on^ention faite avec son livre , et douuerait un signal. La dejnoiselle monta, et au signai qu'elle donna , un oilicier monta après elle : celui-d» ayant trouvé tout bien disposé en apparence pour Texécution de l'entreprise , cria à ceux qui étaient dans le fossé : « Amenez-moi mon cheval ; » c'était le mot convenu. Ils furent hissés l'un après l'autre au nombre do ^oj\aute-sept, tou> ulticiers. A niesuie ([u'ils arrivaient sur le raveliu, ou les fais^tit entrer un à un dans une cbambre , où ils étaient aussitôt arrêtés et désarmés.

Guébriant, avant de risquer davantage > envoya un jeune homme en qui il avait beaucoup de confiance , et lui recommanda de donner un nouveau signal dès ([u'il serait monté , en sn|i{)«t^,in( n"y eût aucune supej-rlierie. Le jeune

homme monta et ne donna jK^int de signaL Les assiégés , voyant qu'il ne se présentait plus personne pour monter, et se doutant de la précaution , voulurent contraindre le jeune homme, le poignard sur la gorge ^ à inviter Guébriant à monter lui-même; mais il déclara qu'il aimait mieux perdre la vie. Le Goust admira sa vertu, et s'en tint à la menace. Les assiégeants, di» leur côté , n ayant de sa part aucun nouveau signai, jugèrent qu'ils avaient été dup* s par lademoisellc. Elle resta dans la place, et dans la suite du fdége elle se comporta en soldat, mettant elle-même le feu aux fauconneaux. D y avait déjà deux mois que le siège durait , lorsque le ]>rince de Dombes arriva en iJretagne ; Gueijriant s imagina alors qu'il allait avoir toute Tarniée de ce çrince sur les bras ; l'épouvante se mit en même temps dans ses troupes, et, comme elles se retiraient en désordre, elles furent vivement poursuivies par les assiégés. Tant que Henri III avait vécu, le duc do Mercœur u*avail

m HiSTOIRK DK \Ji BRETAGNK

point tait éclater le dessein de se rendre souverain de la Bretagne. Le prétexte de sa rébellion avait été la vengeance du meurtre des (lUise et la muservation de la religion catholique. Mais après la nioii princt», son beaii-frèrp r( Mtii iMeiitaiti'ur, quoiqu'il neùi pas Ir iiirjiie reprorhe d ingratitude à se faire à l'égard du nouveau roi, il ne laissa pas de dissimuler encore. La duchesse sa femme n'eut |ias tant de modération ; on dit qu'étant accouchée d'un fils, elle voulut qu'on le nommât le prince de Bretagne; il mourut l'aunée suivairte. Non-seulement Merco»ur s'abstint «le prcndiv le litre d»' iluc dr Bretagne, niaiî? il ne |»nl)lia aucun mauitesle à c<; sujet. Sa plus grande ambition , ou le sut depuis , lut de conserver la religion catliolique en Hretagne, eu préservant cette province de la domination d'un prince hérétique.

Le prince de Douibes et le duc de Mercœur se faisaient la guerre avec assez d'activité ; le premier prit Henneboii <l i> iLil et enleva Quimperlé par surprise ; Moncontour se rendit à lui. Mercœur attendait un secours de cinq mille homnïes que le roi d Kspagne lui avait promis. On ne pou- \ait se dissimuler le danger qu'il y àvait à introduire dans la province les troupes d'un prince qui prétendait aussi y avoir des droits; ces sortes d'imprudences sont coiuiaunes dans les «ruerres civiles. Le roi d'Espagne et le duc de Mercœui' s étaient ligués pour arracher la Bretagne à la France, en attendant le moment de se disputer cette possession.

A peine débarqués sur un promontoire voisin de l'embonfhure du Blavet, les Espagnols s'empressèrent de s'yreti anclier, pour s'assurer un lieu de refuge et une commuiiiratinn avec la mer. Les forlitica lions qu'ils y bâtirent tirent comprendre plus tard l'importance de cette position. A l'aide de ce renfort, Mercœur mit le siège devant Uennebon , qu'il força de capituler.

Une assemblée des états, qui fut convocfuée à Rennes en tr>9<> , lit voir à quoi le parti du roi était réduit; il y vint peu de gentilshommes, pas un evLUjue, et seulement les^députês des villes de Hennés, Vitré, Tréguier, Saint-Brieuc . Moncontour, Quintiu et Malestroit. Mercœur, de son côté, convoqua des états a Nantes ; cette assemblée établit des

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taxés et jura les articles de rimioTi v mais le due ne se fit

pas reconnaître pour souverain du pays. H y nvait alors en Bretajine deux irouvernemeuts , deux parlements, deiiv corps des états. La Ligue avait les Espagnols pour auxiliaires ; deux mille quatre cents Anglais arrivèrent, qui venaient renforcer le parti royaliste. On voit que cette malheureuse province ne jouissait guère de cette paix tant piromise, comme résultat de son incorpora tioti à la France.

Les denx armées se rencontrèrent dans une plniiii' \ (iisiiie de Guiugamp. Celle des Ligueurs était de dix nulle iiommes^ ayant dix pièces de canon de gros calibre. Le prince de DcMnbes n'avait que cinq cents cuirassiers ^ deux cents arquebusiers à cheval , deux mille cinq cents honmies d*in- 1 a literie française , à pen près autant d'Anglais, et quatre canons. Cependant il attaqua avec beaucoup de résuiulinn , et les charges de sou infanterie obligèrent celle des Ligueurs à se replier derrière celle des Espagnols ; mais là s'aiTêtèrent les avantages du parti royaliste. Les deux troupes restèrent •en présence 9 échangeant quelques coups de canon sans effet. Après six jours d'inaction le duc de iMercœur s'éloigna , et le lendemain le prince de Dombes vit arriver dans son canq) le fameux capitaine Lanoue, Breton de naissance, 4|ue les états avaient supplié le roi d'envoyer au secours de <sa patrie. Sa présence redoubla Tardeur des troupes. On marcha à l'ennemi , qu'on ne tarda pas à atteindre ; mais le duc ne voulut pas connnettre sa fortune au hasard d'une bataille; il se retira du roté dp Pontivy.

Les royalistes allèrent ensuite former le siège de LanjbaUe^ contre Tavis de Lanoue, qui , de concert avec Alontmartin et Poigny^ fit tous ses efforts pour détourner le prince de Dombes de cette entreprise téméraire. Malgré leurs remontrances, on investit le château; deux canons furent mis en batterie et firent une petite brèche que Montmartin eut ordre d'aller reconnaitre ; il eu revint dangereusement blessé ^ et les ingénieurs qui raccompagnaient rapportèrent qu'il n'y avait pas moyen de donner un assaut Lanoue, voulant lui-même examiner la brèche^ monta sur une échelle plantée derrière des ruines. H fut alors frappé au front d'un coup d'arquebuse qui lui froissa Tos et le ren-

m lliSTOlUL DË LA BKËTAGNK

venu ; il cassa la tète en tomlNiiit, etdemeura suspenâQ i

l'érhellH par une janil>e où il avait une blessure reçue m >iege cir Paris et dont jI n'était pas encore bien guéri. Unie transporta a Moncontour , où il mourut au bout de quinze jours y âgé de soixante-dix , victime de Tignorance de son chiroigien, qui ne youIuI {loint le trépaner. Telle fut la fin d'un des plus braves , des plus prudents et des plus exp^ riineiités capitaines de son siècle. Ce gentilhomme breton , qui s'était acquis tant de ^^loire dans les ^^uerres de Guyenne et d Italie, et qu'on suriiumniait Bras-de-fer, revint ainsi dans sa patrie pour y trouver la mort. Le roi en fut trèstouché , et lorsqu'il apprit cette nouvelle , il dit que c'était un grand homme de guerre et un véritable homme de bien , H qu'il était triste qu'un petit château eût fait p^ir ce capitaine qui \ . il. lit toute une province.

Jusqu'en là^i , la guerre n'avait pro« lui} iinuii événement dont les suites fussent importantes. Les maladies qui attaquaient les troupes anglaises obligèrent de les envoyer en Ai^ou. Le générai de l'armée royale^ déjà plus drcon* spect qu'il n'appartenait à son âge , le fut alors par nécessité. Son adversaire, embarrassé autant qu'aidé par ses auxiliaires ie> Espagnols , s'appliquait surtout à ne pis compromettre les troupes qui étaient à lui. Il eu résulta qu'ils se rencoutrèreut plusieurs fois sans se combattre : il y eut cependant entre Craon et Château «GcMithier une affkire dans laquelle les troupes du prince de Dombes, surprises, furent mises en déroute avec perte de six cents lioiiiiiie.v Ot échec fit éclater la mésintelligence entre le printH* et le parlement , entre les troupes du roi et les Anglais. Ceux-ci, réduits au nombre de sept à huit cents, demandèrent à se retirer par la Normandie ; mais dans leur marche ils furent attaqués par les ligueurs et réduits pres(jue entièrement.

Le 17 septenibi'e ir)9*:2, une escadre tîspa^'uole débarqua des troupes dans le voisinage de Tréguier; o ttc ville , hors d'état de faire aucune résistance , fut prise , pillée et brûlée en partie.

La. discorde qui régnait dans Rennes partait un grand préjudice aux affaires du rd. Le parlement metlait des

ANCIENNE £T MODEKNE. m

obstacles à tontes les levées de deniers que voulait faire le

gouverneur, tandis qnc las états de la Ligue . assem])lé8 à Vannes, fournissaieut au duc de Mercœur un subside de six mille livres par mois et un fonds de cent dix-sept mille quatre cent trente-six livres. Pendant que le prince de Dombes se compromettait par des abus de pouvoir et s'abandonnait aux plaisirs avec toute la fougue de son âge , une cuiispiration se tramait pour livrer Hernies au\ Ligueurs. Le due de Mercœur avait gagné un jeune houmie nouuné Jean de Hieux, marquis d'Acérac, et celui-ci avait coucerlé son projet avec le baron de Crapado et de L'Étaug-Breilmarin : le gouverneur, en ayant eu avis, iit sur-le-champ arrêter, juger par un conseil de guerre et décapiter ces deux derniers. D'Acérac était absent; il écbai)pa au supplice. Ces jugements militaires , quoiqu'on n'eu contestât pas la justice , excitèrent de violents luuimures conti'e le prince.

Mercœur soutint encore la lutte pendant six années, quoique , dès le S5 juillet 1593 , le roi eût embrassé la foi catholique. Le retentissement de cette abjuration fut nu

eoup mortel jxmr l'ambition du duc de Mercœm . Après le sacre du Béarnais, le duc, voyant ([ue la partie était perdue, ne songea plus qu'à mettre au plus haut prix possible sa soumission. Des conférences eurent lieu à ce sujet à Ancenis ; mais les prétentions du duc étaient telles que toute négociation cessa sur-le-champ ( i 594 ).

« Cependant , dit un auteur du xvii' siècle , en Tannée 1597, le roi.... se voyant chargé tl autres aftaircs, et qu'il n'y avoit plus que le duc de Mercœur qui lut sous les armes en Bretagne , et ne vouloit accepter de lui aucunes conditions , quoique bien avantageuses ( car il lui offroit , outre la continuation de son gouvernement de Bretagne, la main-levée de la confiscation ancienne du bien de Penthièvre) , il S4î résolut de le mener à la raison san^ lui rieu donner, et vint avec une grosse année pour devoir assiéger Nantes, où ledit sieur de Mercœur avoit sa principale retraite. Son avantr-garde étoit déjà bien avancée sur la ftontière de la province, et ledit roi jusqnes à Angers. Xe duc, ne se fiant pas trop aux Nantais, qu'il counoi^soif

iiê HISTOIRE UE Ui UHËTAGtf

désireux de la paix et très-ennuyés de la guerre» cominença à s'étonner et à se repentir d'avoir si tard pensé à ses allhires

et né^li^'é les Itounes offres que le roi lui avoit fait faire... 11 envoya donc i.i du(hi'-<e d»» Mern^ur, avec sa 1ilie,âgée de six à sept ans, sa seule héritière, trouver le roi A Angers. La capitulation l'ut que ledit duc se retireroit de Nantes avec tous les siens , dans peu de jours, en ses terres de Lamballe» Monoontour et Guingampy le gouvernement de la province demeurant en la possession de Sa Majesté, et en outre que ladite fille épouseroit un prince du sang , auquel il donndt pour héritage le duché de Vendôme et le faiswjit gouverneur de Bretagne... .

« Ainsi il j eut tin à la guerre , qui cx>mmeiiça à s'éclore en 11185 et finit en 1597. »

Le rigide Sully blâma vivement Henri IV de s'être laisjë prendre si facilement aux larmes de la duchesse de Mer^ cœur, «t Vous savez, lui répondit le roi, que je suis « pitoîable à ceux qui s*humilient, et que j'ai le cœur cf trof) tendri' pour refuser une courtoisie aux larmes et u suppiications de ce que j'ayme; partant, n'eu parloUî» « plus. »

MercoBur, dans lequel les Bretons avaient cru voir un instant le restaurateur de leur indépendance, quitta la France et alla guerroyer contre les Turcs, n se distingua dans ces combats par les plus grands exploits ; il rendit son nom redoutable aux infidèles , prit plusieurs villes , et les battît PU Hiuiutt's rencontres. Il mourut à Nuremberg, coninie il s vu revenait en France , le \S) IV'vrier 1602. Le roi lui fit faire des obsèques magniliques dans I église Noire- Dame de Paris , et ce fut saint François de Sales qui prononça son oraison funèbre.

Peu de jours après la soumission de Mercœur, Henri IV était arrivé à Nantes ; et , lorsqu'il eut parcouru cette belle ville, admiré sa situation et son port , visité les fortifications et le château, il ne put s'empêcher de dire ; « Ventresaint-gris ! les ducs de Bretagne n'eluieut pas de petits compagnons. » Ce fut là qu'il signa, le 13 avril J 598, cet édit célèbre connu sous le nom â'édit de Nantes, qui régla le sort et les droits des protestants eu France.

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La paix de Vervins, qui fut conclue vers ia même époque entre la France et rKspagnè, assura le repos delà Bretagne, et con^^mma définitivement la réunion de c^tfe province

à la monarchie.

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