CHAPITRE XIII
La Bretagne depuis la fin du règoe de Henri IV jusqu'aux prélimiiiairps
de la léTolation française.
En passant sous le sceptre des rois de France , les Bretons
ont snbi le sort de tons les penples agglomérés dans cette iiiMuarchip. Ils ont cessé de former nno nation ponr faire partie d une vaste puissance dont on anrait peine à reconnaître rélément primitif. Dès ce moment la Bretagne n'a plus son histoire particulière. Les événements dont elle s'est trouvée le théâtre appartiennent à l'histoire de France > puisque ce n'est cpie par l'histoire de France qu'on peut les expliquer. Par exemple, sous Louis XIII, une conspiration, entre, plusieurs autres , fut tramée runtr»^ Uictielieu par le jeune comte de Ghalais , de la maison de Talleyraiid. Il en coûta la vie à ce seigneur^ qui fut jugé par une commission du parlement de Bretagne et décapité à Nantes. Les soupcniis de Richelieu s'étendirent jusque sur César de Vendôme; le cardinal l'obligea à démolir, à ses propres frais, iiuingamp, Laiiil>alle, Moncoiitnur, que la fille du duc de Merranir , sa femme, lui avait ajjjiortésen dot; mais , ])our le dédommager de ce sacrilice, ou lui lit payer, par la province , une indemnité de trois cent cinquante mille livres.
Malgré ces exigences et bien des vexations > la Bretagne ' resta fidèle à la monarchie pendant les guerres de la Fronde. L'exemple de tant de villes soulevées, surtout en Guyenne , ne put ébranler la loyauté des enfants de la vieille Arniorique. Aussi lurent-ils autorisés à relever quelques forleresses , tandis qu'on ne cessait d'en abattre partout ailleui's.
La iierté de Louis XI Y eut a lutter contre Tespril d 'iudépendance qui distingua toujours les Bretons. Ce prince suspendit les fonctions du parlement de Rennes; et pendant deux ans les sujets de cette province se virent obligés de venir plaider à Paris. L'impôt du tabac et l'étabUssement ilu droit de timbre, non consentis parles états, occasionnèrent en Knri une sédition j;éiiénile, dont les premières étincelles érialcrent à Nantes. Le gouverneur, le duc de Chaulnes, voulut la réprimer a ver dureté : son orgueil fut humilié ; sa sûreté même fut compromise dans des rixes sanglantes. Alors on envoya des troupes qui écrasèrent la province^ et des exécutions innombrables amenèrent une soumissimi forcée. Les Bretons se rachetèrent par une amende de trois millions.
Xn'u i (11 quels termes, d'une b'ucrcfé souvent rriu'llr, yi"'' de St'vigné r.icdiitp ces dnuii»'s s.iii^^laiits : a Nos pauvres « nas-Hreloiis s attroupent quarante, cinquante par les « champs^ et, dès qu'ils voient les soldats, ils se jettent à a genoux et diifcnt : Meii culpâ : c'est le seul mot de français « qu'ils sachent; on ne laisse pas de les pendre. Us deman- « dent à boi!:e et du tabac ^ et qu'on les dépêche; et de «< Caron pas un mot... M. de Chaulnes amène quatre mille « hommes à Rennes \\i\\\v en \)\\\\w les liahitanls. L'émotion u est grande dans la ville cl la liaiuo in<Tnyal>lt' dans toute « la provuice cunlre le gou\»'rneur... Les pauvres L*\ilésde « la rivière dt; Loire ne savent iioint encore leurs ciimes... »< M. de Cliaulues est àltennes avec heaucoui) de troupes. « Il a mandé que si on en sortait,ou si on faisait le moindre « bruit , il ôterdit pour dix ans le parlement de cette ville. « Cette crainte fait tout souffrir... M. de Chaulnes est à « Rennes avec quatre mille hommes : on croit qu'il y aura « bien de la penderie. M. de (.haulnes y a été reçu comme « le rui; mais, comme c'est la crainte qui a fait changer a leur langage, M. de Chaulnes n'oublie pas toutes les in- « jures qu'on lui a dites, dont la plus douce et la plus « familière était gros cochon , sans compter les pierres dans c( sa maison et dans son jardin , et des menaces dont il paa raissait que Dieu seul emjièchait l'exécution ; c'est cela « qu'on va punir... La ruine de Rennes emporte celle de la
ANCIENNE J:T MoiJKUNE. - iVi
tf province... Cette province a grand tort; maiii elle est (( rudement pnuie, et au pomt de ne s'en remettre jamais..
« Voulez -vons savoir des nouvelles do f{cniios? Il va à <c présent ciiK] initie hoiiinios , cnr il on ost vpiin cncorf» cîh H Nantes. Oii a fait uiic laxc de cent mille t'eus sur le kmr- « geois, et, si on ne trouve pas cette somme dans vingtce quatre heures , elle sera doublée et exigible par les soldats. « On a thassé et banni toute une grande rue , et défendu « de les recueillir, sous peine de la vie ; de sorte qu'on « voyait tons ces misérables, fcnnnes acconcliées, vieillards, « eiilaiits, errer en pleurs au soiiii* de celfe ville, sans « savoir où aller, sans avoir de nourriture^ ni de quoi se « coucher... Vous pouvez compter qu'il n'y a plus de Brec( tagne , et c'est dommage. »
En 1685, la révocation de Tédit de Nantes souleva les populations» amena de nouveaux troubles et partant de nouvelles rigueurs.
Les ^iueires maritimes de ce retrne attirèrent plusieurs fois sur la iiretagne les ellbrts des ennemis de la France. En 1693, les Anglais, jaloux de la prospérité de Saint-Malo, essayèrent de détruire cette ville' au moyen d'un bâtiment chargé de poudre , ({ui heureusement fit explosion avant d être arrivé dans le port. L'aimée suivante (1094), la Hotte combinée d'Angleterre et de Hollande débaniua , dans le voisinage de Ikiîsl , unt; troupe (}ni espérait surprendre celte place. Les habitants, accourus sur le rivage, ne se contentèrent pas de la repousser, ils Tenvironnèreut; et une tempête ayant écarté les vaisseaux, il n*y eut plus de moyeu de retraite; toutes les trou|X's mises à ferre furent massacrées ou réduites à se rendiv. i^ s armateurs de Hrest et de Saint-Malo se vengèrent des Ani;lais en allant détruii'e les établissements de cette nation à Gambie , sur la cote d'Alrique, et dans Tiie de Terre-Neuve. Le brave Gassart, qui s'illustra par son courage , mais qui ne sut pas corriger la rudesse de son caractère , trouva djins une prison d'État la récompense de ses services.' Dngnay-Trouin surtout s'immortalisa i»;ir la prise de pins de trois cents navires marchands, de vingt bâtiments de guerre, et entin de la ville de Hio -Janeiro.
i\h HISTOIRE DF h\ BKKTAr.NI-
Mais «•••s ^ih »f^> luinlaiiis ir»'iii)M'( iinrnt pas 1rs rnlanïit/'s de iaî;uoi're de pi's»'!- sur la KraïK ^s do la inettri' pu daiipT, et d exiger des peuples de nouveaux sarritices. Un impôt, qui se percevait i>ar tôte sous le titre de capitation , fut établi eu i095. La Bretagne fut taxée à un million sept cent mille francs , dont cent mille sur la noblesse, et un * million six cent mille sur le reste de la population. Dans l espoir d éviter raccroissenienl de cet inif>ot , et surtout pour /m jj.'ipj.er à Tinconvéïiient des (axes arliilraires , la province olfrit de le payer par abuiinemeuL Cel arrangement fut accepté* Le roi s'engagea à supprimer cette coalributiou aussitôt après la paix signée. En effet, elle cessa d'être perçue en I69B, après le traité de Riswick; mais on la rétablit en t70], à Toccasion de la guerre de la Succession ^ et le prix de l'abonnement de la Bretagne fut doublé.
L"Aniiuri<in»' devait être encore, sous la miiiorité de liOuis XV, h' théâtre d'événements non moins douloureux que ceux dont nnu:^ nvnns fait plus baut le récit. Pbilippe d'Orléans, régent de France, après avoir rompu d'al)ord avec la politifiue dn grand siècle, n'avait pas tarflé à abandonner les idées parlementaires et les théories de Féuelon , pour s'emparer de la direction suprême et absolue du pouvoir. Un tel revirement ne pouvait manquer de donner naissance à de graves événemeuts. Le ]mrlement de Paris, (pii depuis la Troudr avait vu cliaiiue jour son autorité dérn»itre, avait eiubrass»' av<'c aid»Mir le parti du régent, nonseulement pour reconquéi il', mais encore pour accroître sa [missance. Les amis du duc d'Orléans avaient reçu l'ordre de prodiguer les promesses à la magistrature; ces promesses, trop belles pour pouvoir être réalisées, avaient entraîné tous les suffrages. On peut juger de la fureur de messieurs du ]>arlement, lorsqu'ils s'aperçurent que le régent les avait joués. Tonte la magistrature des provinces pai tagea bientôt ces i«'ssenlinients. Les mœur^i iutàmes du duc d'Orléans, l(»lérées à Paris, excitaient au loin un dégoût profond. Menacés dans leurs privilèges, les pays d états n'attendaient flu'une occasion favorable pour arborer l'étendard de la rébellion : ce fut, comme toujours, la Bretagne qui la. première se leva et s'arma.
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bepuk^ la mort de Louis \IV, la Hir(amie avait l'ait il iiiiluenses saciiticei> : elle avait accordé trois mi liions de livres \m\v don de jrïvoux avènement, quoiqu'elle fût chargée d'une dette d'environ trente -six millions. Les trois ordres n'étaient donc rien moins que disposés à accueillir de nouvelles demandes crargeut. Ce fut alors que le duc de Montes([uiou vint demander aux états iViiiiis à Vannes le vole par acclamation d un million de livres à titre de don gratuit ( 1717) : le refus le plus formel accueillit cette réclamation. A cette nouvelle^ le régent , par un acte d'un despotisme plus absolu que celui du grand roi lui-même, ordonna la dissolution des états de Bretagne et la levée des subsides au nom du roi. Cet acte incroyable remua |irofondénieii( le pays; la noblesse adressa an coiiseil de j'i-^ence nue jtlaiule dont la forme était respectueuse, mais dont le fond, [dcjn de vigueur, indiquait nue résolution iuébran)a])le de résister à Tarbitraire. Le parlement de Bretagne joignii ses remontrances à celles des états. La noble fermeté de la province eut en France un inuiiense retentissement. Le régent, irrité d'une telle conduite , dirigea de nouvelles trouj»es vers l'Armorique ; trente nulle soldats furent échelonnés de Nantes jusqu'à Rennes et Dinan . Cette mesure acheva d'exaspérer au plus haut point la noblesse bretonne.
Dans le même temps, le cardinal Alberoni, premier ministre d'Espagne , formait le vaste dessein de conquérir la Sardaigne et la Sicile , de faire marcher les Turcs contre l empereur, de rétablir les Sluarts svu' le troue d'Angleterre, et d'arracher la régence de l'rance au duc d'( U léans , pour la faire passer dans les mains de Philippe V, Ce vaste pian n avait en France que le caractère d'une conjuration , ou même d'une intrigue. Tandis qu'il corrompait la duchesse du Maine et quelques courtisans , le ministre espagnol établissait des intellii^ence.s en iîretagne, où le despotisme du régent et la bassesse de sa politique avaient révolté tous les cœurs généreux. Le plan des lirelons , une fois le duc d'Orléaus renversé, était d'exiger la restitution de toutes les francliises confisquées depuis Tuuion, ou l'abolition do l'union elle-même et le retour à l'aucienuc indépendana». Le premier de ces projets était assurément légitime et pos«
i|f> IllSTOlUË DE lÀ BU£TAUN£
sMv : mais rien n'était dis$|io^^ ])onr l'aecomplisseuieut du siMoiul , heaii iv\i* do quehjues tèles plus ardontos que st'iisées. Huliv (vl iuU'ivt ii.itiuaal , les geiifilshoiiiiiu'S bre- ' Ions voulaient sauver la rouronue et la vie de Louis XV^, que les chefs de la conspiration disaient menacée par Tarnliilion du régent.
Laissant les Parisiens écrivailler et bavarder dans rombre, nos ^ntilshommes , qui ne savaient qaer manier leur épée, s'armèrent pour agir au grand jour, et donnèrent le signal de rimlépt'ndaïK'C. Chaque manoir devint iiii foyer de réiKîllion, et les « liAtelaiu» s se tirent les chefs de reiirôleiiR'iit. Les capitaines lurent MM. de tîuer, de Poiicallec, de La Hoessière, Lambilly, du Couedic , de Melac-Hervieux , de Moutiouis^ les trois Talhouet, les deux Polduc> cadets de Roban^et bien d'antres; tous liés à leurs vassaux par les mêmes intérêts , par les mêmes travaux et par la même langne.
On fortilia de toutes jiarts les tourelles, ou rouvrit les souterrains, ou (((riocha du mur les vieilles épées. ïalhouet du lionamour np| cla sa troupe les aoldats de la liberté; du Koskaer inscrivit sur sa bannière : Pour le Droit et la Itaimn; Lambilly devint maître Pierre; et du Koskaer^ le cheualier du Ban- Sens, — Eniret^ dans la forêt voulait dire entrer dans la conspiration. Une veste de coutil et un cbapeau de paille d'où pendait un ruban noir, tel était l'uniforme des sauveurs du pays Le parlement était secrètement d'arrord avec les insurgés. En lui mot , »' vejité les villes, facilement contenues par les garnisons, et peu disposées il aiUeui-s à la révolte , toute la province et surtout la ' basse Bretagne allait entrer dans la forêt, quand, après lUiC longue attente, arriva la flotte espagnole, chargée d'appuyer le mouvement , apportant trois mille bommes d'élite avec des munitions et des armes , et lançant des ])roc1amations au nom de Philit>pe V, roi d'ilspagnc et régent de France,
Ce siMours paralysa Tinsurreetion. A la vue des l 'spairnols. qui les avaient tant opprimés sous la Ligne , le jicujiie refusa de suivre ses chefs , et dans ses alliés ne voulut vou' c(ue des étrangers et des ennemis. Montes(|uiou , prévenu de longue main, saisit IWasion imur frapper un coup
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décisif; il re(>ou8sa les conjurés qui venaient au-devant des
vaisseaux, et enchaîna les mis et les antres, eu h\\\ mier- (lisaiit toute comimiiiication. Los pMililsliomines, s»' s* ii(aiit perdus, tentèrent un dernier etlort, héroïiiuc niais inutile : le régent et Dubois avaient mis leurs têtes a prix. Pour l'homieur de la Bretagne^ il se trouva à peine quelques misérables assez lâches pour trahir le secret de la retraite des chefs de rinsurrection. Sur cent quarante-huit accusés, on n'en put saisir que quatre : le Hi.ii(|iiis de PoUicallor , de Montlouis, «le Talliouel vi du Couedic. Tous les autres eurent le tciniis de gagner l'Espagne, sauf un petit uombi'e qui restèrent inconnus dans le pays.
Le peuple iiiguria comme délateurs et menaça de anort tous les témoins qui se rendirent à Fappel de la cour instituée pour juger, ou plutôt i>our condamner à mort , Ic^î niallicureux cfiefs de rinsurrection. Ce fut à (|iii leliiserait au tribunal les moindres renseignements , à qui recmeillerait, au péril de sa vie, les malheureux poursuivis d'a.sile en asile. Tout le monde se lit gloire d'eflacer aiusi les trahisons qui avaient signalé les commencements de cette lamentable affaire. Une glorieuse et touchante tradition , conservée dans la famille de Bnic , l'aconle ainsi les aventures du marquis de Poncallec et de ses com|)agnons. Knfermés d'abord au château de Poncallec , ils y furent surpris par des cavaliers qui avaient entouré de linges les pieds de leurs chevaux; mais ils s'évadèrent par un souterrain ^ et se réfugièrent au milieu de la nuit dans un cimetière. Là s'élevait nu if énorme et creux, dans lequel les fugitifs parviiireut à trouver place : ils y restèrent pendanl quinze jours ^ nourris et gardés en secret par les paysans , dont aucun ne préféra le ricbe prix de leurs têtes à la mort infâme qu'il encourait en les sauvant. Ils quittèrent enfin ce refuge pour s'embarquer sur des vaisseaux espagnols : Poncallec seul refusa cette voie de salut; un devin lui avait prédit (|ii"il mourrait par la mer; il traversa toule la France , au milieu de mille péril», e( allait loucher l«; soi de la (iastille, quand il l'ut arrêté déguisé eu moine, et ramené de garnison eu garnison jusqu'au château de Nantes.
Les (iuali'»' irnil ilsiimimiMs rdjnp.irurent devant leurs Juges le mardi de la Seiiiaiiie sainle , 26 mars 1720. Uji seul jour sullit au\ débats, à la coudanmation et à Vexécution, taut le régent et ses dignes représentants étaient altérés du sang de ces nobles e% héroïques victimes. Pour que rien ne manquât à Tiniquité, de tous les conspirateurs q«*on eût pu saisir les quatre accusés étaient les moins coupables, a II frîiit (l(»ni' traiidKT le mot . dirons-iiiMis avec un niilciir de derniers ffinps, la cninlaintiatioii d»* ces iKuiiines lut une lâche barbarie; leur mort lut uu véritalile martyre. »
Nous en appelons à un témoin oculaire et impartial^ qui nous a laissé le récit de leurs derniers moments^ au P* Nicolas , confesseur de Talhouet. Nous lui empruntons la touchante simplicité de son style ]K}ur raconter la mort des .([iiatre gentilsliommes, dont la piété rappelle la loi des premiers chrétiens.
«( Les l'( ivs l'ieiTe, Matlhieu, Georges et Nicolas, se rencUrenl au château de Nautes : on les avertit que qua4re gentilsliommes étaient condamnés à la mort, et que leurs arrêts devaient être exécutés sous deux heures. 11 ne fallait pas manquer de leur en donner avis , afin qu'ils prissent mieux leurs mesures et qu'ils missent ordre à leurs affaires et conscience... Le Père Pierre, conmie le plus ancien, s'avaiira. II a|M'rnit, en euliaiit, .M. le marquis de IVuit allec à uviioiix , à (jui on finissait de lire son arrêt de iiinj-t. La douleur qui le saisit lui tit r(''iinidre quelques larmes; mais il n'opposa aucune résistance lorsque les exécuteurs lui lièrent les mains... 11 fut^ dans Tinstant, conduit à la. chapelle avec son confesseur. — « Pensez -vous, mon Père, a lui dit-il d'abord , que Dieu veuille bien me pardonner « mes péchés ?» — Le confesseur lui proposa plusieurs motifs en la miséricorde infinie de Dieu. Le marquis ajouta qu'il avait toujours beaucoup compté sur la protection de la sainte Vierge.
« La frayeur des jugements de Dieu et le regret de l'avoir offensé furent les premiers sentiments que MM. de Montlouis et du Couëdic témoignèrent d'une manière fort chrétienne à leurs dh*ecteurs... M. de Talhouet fut le der-
ANCIENNE Kl MODERNK. i.i.
iiieràqui oa proiioiii;4i rarrèt... Il im stsiiiblf eiicuru le voir se relever d*un air fort ])eiislf ^ les yeux baissés , mais avec la plus grande tranquillité du monde, pendant que les exécuteurs lui liaient les mains,.. Comme nous entrions dans la chapelle^ M. de Poncallee, qni n'avait rien dit, \oyaiit nitrer MM. <ie Moiitlouis et du Couedic, s'écna : « Ah 1 voilà uii bien lioniiète lioinme que l'on fait mourir!» Il voulut lenibrasser en disant : «Ah! quelle injustice! »> Puis, se tournaui vers moi : « Ab ! l'ère, quelle injustice ! » M. de Talliouet lui répondit trop bas pour que je le pusse entendre; je dis seulement alors : a Eh! Messieurs, ce que nous ne ]x)UYons empêcher, souffrons -le d'une manière grande , généreuse et chrétienne : recevez de la main de Dieu, et non de la part des bommes, la disgrâce qui vous est arrivée. »
« Je Osaloi's un petit compliment à M. de Talliouet, tout bas : « La Pi'ovidence nie destine à vous rendre service , Monsieur, dans une occasion bien importante , mais bien triste : c'est pour moi bien de l'honneur, mais bien de Tafiliction! Puisque Jésus -Christ a bien voulu mourir pour nous, nous mourrons aussi très-volontiers pour lui et ]>our notre salut ; lionorez-moi , je vous prie , iM(iii>i('ur, de toute votre coiiliance : je ne la demaii<l<' (jne jiuur \utre utilité. Ab! Monsieur, il faut mourir d'ini L^rand ra-ùr pour celui qui est mort pour nous , et dans la même semaine qu'il est mort pour vous. »M. de Talhouet me répondit qu'il regardait comme une grande grâce de Dieu de mourir dans la Semaine sainte, et témoigna que je lui ferais toujours plaisir de lui parler de la Passion de Jésus-Christ.
« Comme il me parut s'avancer vers moi , je [)ris la liberté de l'embrasser. J'ajoutai d'uu Injj plii> hurdi : « Oli! Monsieur, le monde s"t''\anoiiit et s'enluit loin de \ons; réteriiité s'annonce et se présente à vous; j'ai ordre de vous le dire. Monsieur, réteriiîf / , (pii est si longue, n'est éloignée de vous que de l'espace de deux lieurcs : deux heures de temps bien courtes , mais bien ménagées, vous procureront une éternité de gloii'e et de bonheur; ne perdons pas uu moment d'un temps si précieux , oublions tout le monde, ne pensons plus qu'à Dieu , au ciel el à réterjiilé. » M. de
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450 UISTUIKE OK LA imtiAUNt
Talliouet se mit à geuoux pour commencer sa confession^ qui était depuis peu de temps...
« M. de Poncallec se plaignait avec assez de modération . . .
Jamais ji* ne lui entendis ]«*ononcer aucuns jurement^y, ni au(:uu( > p i rôles iiijuricuws. \md à |n'ii ]très nMjiril disait : « Hiit'llr iiijiiNhcL' î lier les mains à des ,i:»'iitil^liniiiiin\s î eela ne se doit pas fîiire. Nous voilà donc coudamués à mort, sans jamais avoir tiré Tépée ni un seul coup de pistolet contre l'État. Voilà donc cette royale chambre qu'on disait agir avec tant de douceur ! Quelle douceur ! Tant de fois on m'avait dit : Poncaliee, dis tout, déclare tout ee que tu mis; ce$t le mot/en de n'avoir jMJtnt'de mal. J*ai fait tout ce qu'ils m'ont demandé, et ils ne font pas eo (ju ils m'ont inoniis. On nw dis.'iif dimandi»' (]n»' M. de MiAne avait enln; srs mains la giàce de M. de Monllouis. Onoi donc! lui lier les mains et ù nous aussi l bummes-nous donc li s quatre vietinies 9 pendant qu'on en épargne d'autres plus coupables que nous !» 11 ne nommait ceiiendàut personne.
« Toutes les plaintes de M. du Couêdic étaient de s*écrier de temps en temps : « Seigneur^ pardonnez -moi mes péchés; mon Dieu, sauvez mon àmeî » Je m'avançai fort respectueusement >t'rs ISÎ. de I*uacallec , cl lui dis d'un ton ass4*z bas. alin qu'il m»' ivpondît d»» niAme : « Ali ! Monsieur, que je suis désolé de vous voir dans une si triste situation! Ah! que ne puis-je , à quelque prix que ce soit , contribuer à votre consolation ! — Ah 1 mou Père ! me dit-il d'un ton et d'un air fort doux , nous sommes condamnés ! — Eh bien , Monsieur, repris -je, le Fils de Dieu a bien voulu être condamné liii-inème le plus injustement du Ce (jui se trouve le plus admirnî'li ilms tout le cours de sa Passion, c'est qu'au milieu de hmlcs les i)ijii>tices et de tous les outrages qu'on lui faisait , il gardait un silence qui a quelque chose de divin. C'est le propre des grandes âmes de soulTrir, et de souffrir courageusement toutes les plaintes injustes. »
<f M. de Talhouet me dit qu*il n'était pas tant affligé de mourir (fiie de laisser une femme désolée et de pauvres «'iifaiils >an< aucune rt'>soiuve ; il répéta ces mt»t> : Pater, uon meu voluHias, sed tua Jiat, « N'écrivez point d'abord à
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mou é|K>(is(> , me dit-il ; enceinte, je crains qu'iMi recelant la nouvelle de ma mort elle ne meure de duuleur, parce tjue c*est elle qui est cause que je suis ici; cause innocente ! Elle croyait bien faire, au^;si bien t|ue fous mes amis, (jui iJie coiisoill('rcnl comme ello de nie ivndre , pan e cjn'ils siniaginaieut que le phuec régent ne demandait <j[u'uue soumission, n
Les coudamnés avaient demoudé un délai de vingt-qualiu heures pour mettre ordre à leurs affaires temporelles et pour se présenter dignement devant Dieu ; leur requête fut l'ejetée. A neuf heures du soir^ à la lueur des torches , les quatre martyi*s, entourés d'une triple haie de soldats, fuient conduits au suppliri'. IVndant le trajet, Talliouet , dont le calme et la douceur sVlaient point dciuentis un seul instant , se penctia ver.s le \\l'Iv Nicolas cl lui dit :« Vous voyez , mon Père , nous nous laisiioiis (-onduire connue des agneaux à la boucherie. — C'est en cela. Monsieur, lui répliqua le carme , que vous vous rendez plus semblables au Fils de Dieu. Il pouvait d'une seule parole renverser et anéantir tous ses ennemis, mais il crut qu'il était plus digne de lui de faire éclater la pénitence que la force. » Quelques moments après , les cris et les gémissements du peuple, que uuus entendions, nie donnèrent urrasiun de lui dii'e : « On plaint votre sort. Monsieur, et on ne plaignait pas celui du Fils de Dieu. i> il me protesta plusieurs fois qu'il n'avait dans le cobut le moindre ressentiment contre ceux qui le faisaient mourir, ni contre aucunes autres personnes... Comme nous entrions dans la place du Bouffay : « Est-ce ici , mon Père? me dit-il. — Oui , Monsieur, c'est ici votre calvaire, lui répliquai-je ; c'est ici qiîe vous tlevez quitter la terre pour aller au ciel; les cieux >uiit déjà uuvci'ls pour vous, si vous soutirez bien généreusement el cliréticnneinciit. »
« Plus nous avancions et plus nous découvrions de soldats; c'est ce qui me fit lui dire : a 11 y a inliuïjneut plus d'anges qui vous attendent et vous recevront avec joie dans le ciel, qu'il n'y a de soldats pour être témoins de voli-e départ. »
Lu [x ii .i\ant d'art iNci au lieu du snp|>lice, M. de Moullouis aperçut sa iénmieà une leiiètre; elle avait >oulu rece-
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â&i klISTOlU£ i>L LA Btt£TAG^£
voir les derniers adieux de son mari. Montlouis leva les
\va\ vei's rinforlnnée : « Adieu! adieul » lui cria- 1- il. M"* (le Montlitni> répondit par des cris dédiiraiil>, qui fureut répétés par la multitude.
Montlouis, après avoir sorrr dans ses bras ses nobles amis, monta le pi'emier sur Térliatand , et, au moment d'incliner sa tèle, dit à haute voix : Sancta Maria, Mater Dei... Ora l^ro nobisf répétèrent les voix fermes de ses frères. La hache se leva et retomba.
« Ah î Messieui's , s écria le père ^Sicolas , il est déjà dans le ciol 1 »
Talhouet montn < iisiiite, se déshabilla, et se touniant vei's la foule : « Priez \Hn\r moi, priez pour mon Ame! dit-il d'une \oh f i tt\ — Nous le ferons! nous le ferons I » répondit la foule. La tète du martyr roulait un moment après. Le père Nicolas fut tout couvert du sang de son pénitent : « Jesttf Maria/ Credo f » s'écria du Couëdic, et il reçut le coup de la mort.
I*oncallec, se tournant alors vers le ^Tetlier de la chambre royale, tout pàie.de IcntMii' et dViiiniion : a Mnnsnnu', dit le genlilliomme d'inie. voi.v assurée, vous avez de l'argent à moi; ne manquez pas, je vous en l'rit , di; faire itricr Dieu pour le repos de mon âme. » Le greffier salua , étouUé par ses sanglots. « Et toi /dit Poncailec au bourreau, garde cette bagne et dis-moi ton nom. — Je m'apiielle La Mer, » répondit Texécuteur. Poncailec se souvint de la pro^ phétie qui lui avait dit : Tu mourras frnr la mer, et il tressaillit. Un inst.nil .iinès, son Ame Mllait ivjdiudr»' crllos de hes héroïques anii^. Tous les quatre fui*eul iiUiuniés dans le couvent des Carincs , comme ils en avaient expiimé le désir.
Philippe V ne put retenir un torrent de larmes quand il apprit rhorrible sort de ses nobles alliés. Les populations bretonnes réhabilitèrent hautement la mémoire des quatre
martyrs; leurs images furent recueillies comme celles des .maints , dans les chîUeaux et les chaumières , et la poésie populaire chanta sous mille formes ef chaîit(» encore anjcui d*hui le dévouement de leiu* vie et i liéroisme de leur mort. Le lendemain même de cette exécution, seize gentils-
hum mes , (îii'oii n'avait pu saisir, furent sup|»li«i»'.s .on effifîie. K«'>laient les exilés, qui se nu<uraient du mal du pays à la rmir d'Kspairne : dt''nn<'s d»» înnî . im\> linp liers pour implorer un pardon , beaucoup linneiil loin de leur vieille et clièi'e Bi*etagDe; les autn's cédèrent ou furent amnistiés^ et rentrèrent sur le sol de la patrie.
Une horrible catastrophe vint combler enfin les malheurs de cette fatale année 47^. La ville de Rennes tout entière fiit la proie d'un vaste incendie, dans la nuit du 22 au "l'A décembre. Ce désastre dura plus de huit jours, et dévora (rente-deux rues ou places (tnns millp deiiv cent quatrevinct-quatre maisons, liabitées par treize nulle cent nienages), ruina cinquante - huit mille personnes, tua ou blessa six à sept mille individus, et causa en somme une perte de quatre-vingt-dix millions. Renues dut à cette calamité les beaux quartiers qu'on y admire aujourd'hui; maii4 elle perdit ses monuments historiques , ces grandes pages où la sculpture a buriné les annales d'un peuple.
La Bretagne vit avec joie la fin de la Ré^^^ nce, et salua par des fêtes publiques la majorité de Louis Xy. Ce monarque avait rendu aux villes bretonnes , moyennant tniances, quelques-unes des franchises coniisquées par Louis XIV. Quand il voulut les ressaisir comme son aïeul , sauf à les revendre encore dans l'occasion, il trouva la bourgeoisie bretonne plus décidée que jamais à les maintenir (1733). Si les Bretons combattaient la monarchie dans ses usurpations, ils n'en faisaient pas luoiiis i ude guerre aux ennemis de la France; et l'iKunieiir de la victoire de Fontenoy (174.%) doit être partagé entre la maréchal de Saxe et un pauvre canonnier de Nantes, nonnné Pierre Toucart. Ce fut aussi vers ce temps que les Bretons repoussèrent les Anglais de Lorient, de Quiberon et de Belle-Isle.
En ilÂS , le bon duc de Penthiè^Te visita son gouvernement, et fut ;i( ciii'iUi .i\ec enthousiasme dans toutes les villes de la Brrlauue : « Je ne veux pas d'honneurs , je ne veux pas de dép(Mi>es. s'écriait - il ; je ne veux que vos cœurs. » Et il lit supprimer clefs d'argent , arcs de triomphe, dais et feux d'artifice. <c Ces clefs sont en bonnes mains.
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î5t ihstoihr de i a dretacne
}(unicz-l('s .» (lisait-il l'ii souriaut aux magistrats qui les lui offhiivnt inalgn* lui. a Attendez du moins ^ roosamis^ que j*aie méHté votre reconnaissance , i> répondait-il au peuple (fui ré[M^tait avec délire le nom de Penthièvre. De tels
lionmies auraient saiivi' la niouarchie si clic ei\t pu être >an><V. MallHMiivusf iiH iit , Vigm^mt flo Richelieu , duc (UAi- Lniillon, fnis.'iit pi-j'^ciue ru meiii»' (ciiijts son «'iifn c cii Bretagne, en achetant pour six cent mille livres au duc de Chaulnes , lils de Tancien gouverneur, la chaîne de lieutenant-général du roi. Les états le punirent de ce trafic sans ^ vergogne par une forte réduction sur la gratification. Ils ne lui duiniL'iTiil soixante mille livivs après en avoir doniif' rent mil!»' a nui priMlécessenr, snns compter quiiize mil le fxmr Madame la lieutenanl-générai, D'Aiguiliou était ruiué si le roi ne lui eût envoyé cent mille livres. Les Bretons aimaient pourtant cette monarchie , qui se déconsidérait à plaisir. Ils le prouvèrent en courant baiser la main de Louis XV après l'attentat de Damions. Ils y mirent un empre»emrjit si cordial, que la famille royale en fut toncliée jusqu'aux larmes : «Ah! s'écria la sainte uiadamo Louise, « tout le monde voudrait être Breton aujourd'hui. »
En I7ÔB eut lieu la fameuse victoire de Saint- €ast, à laquelle contribuèrent si puissamment trois mille cinq cents gardes-côtes normands et bretons. Sur quatre mille Anglais , deux cents à peine regagnèrent leurs vaisseaux. Le duc d'Aiguillon avait dit à ses soldats : « Français ! montrez qui tf vous êtes , quel roi vous ser\T*z , et quel chef vous con- « duit. » Après son triomphe , toute la province le porta aux nues. Les éf ats^ réunis à Nantes , le fêtèrent comme un sauveur. Et c'était cependant le même homme que la mal^ diction générale devait Ivientôt poursuivre. Une épigrannnc l>ré[iara ce fatal changement. — 1/Aiguillon était entré avaut la bataille dans un moulin d'où il sortit tout Manc; de mauvais ])laisants prétendirent <[uo c'était la seule poudre qu'il eût respirée à Saint-Gast; et La Chalotais, procureur général au parlement, sacrifia le repos de sou [ta y s au désir de faire ce bon mot : « Si notre général ne a s'est pas couvert de gloire, il s'est du moins cou\ert de « farine. »
ANCIENNE ET MODERNE. 2a5
Le duc fît payer cher cette parole à La Chalotais qui Tavait dite^ et à toute la Bretagne qui l'avait répétée. Il
croyait avoir le droit de compter La Chalotais parmi ses eiinoinis, et il le déiionra à la cour roiimuMui maj^isfraf iiiii(lf>lt' à raiitorité royale. Le parlement, dajis des remontrances où le patriotisme breton allait jnsqn'à la rudesse , repoussait les édits buisaux, et accusait formellement d'Aiguillon d'exactions et d'actes arbitraires. H semblait que la province , en protestant de sa fidélité , y mit pour condition le rappel du gouverneur. Le gouverneur fit enregistrer ses édits à la laveur d'un appareil militaire. Tous les membres du parle^^ent, à rexception de douze, donnèrent leur démission. La Ghalotais, son fils, trois conseillers, furent arrêtés» enfermés dans la tour de Saint-Malo» puis trans^ férés à la Bastille. Des commissaires furent nommés pour instruire leur procès. Il n'y allait pas de moins que de leur tète. Le duc d'Ai^niillou , luaiiitemi dans songouvernemeiil , triomphait de ia haine publique. Cependant l'opinion, c'est-à-dire l'iudiguation générale, se manifesta si hautement contre les juges de La Ghalotais, qu'il fallut avouer l'innocence de ce magistrat citoyen^ rappeler le parlement de Bretagne, et soufiVir que le parlement de Paris ioformât contre le duc d'Aiguillon. Il y fut déclaré x»révenu de faits contraires à rhoiiiicnr, et RuspiMidn dos fonctions de la pairie. Mais telle était la molulil»' de la cour, anssi imprudente que timide, qu'immédiatement après lel arrêt, tous les parlements furent cassés, et le pair flétri appelé au ministère.
Trois ans après, en 1774, Tautorité royale pa5.sa dans d'autres mains, qui, si elles n'étaient pas plus fermes, étaient an moins pures. Si Louis XV avait vécu encore un <ui , il anrait vu éclater la révolution française : les rélurnies de Louis XVI la retardèrent de quinze années. Le premier acte du roi martyr fut une rupture éclataute avec les scandales du dernier règne. La Bretagne respira comme la France, et salua le monarque avec amour. Le bon doc de Penthièvre, revenu enfin dans son gouvernement, représenta dignement la nouvelle royauté aux ét.itsde 1771. « Je ne veux point (riionucurs , je ne veux que vos cœurs, « dit-il dans la première assemblée. — Us sont à vous, »
iS« HISTOIRE DE LA BRETA(iNE
n»|M>n<li! î'» \ù(juc de iieiinesau milieu (rapplaiidisseiiieuls uiiiiiiijiâe.s. Les parlements furent réUiblis , aussi inipmilomment peut-i'lre qu'ils avaient été supprimés : toutes les victimes du duc d'Aiguillon furent plus ou moins vengées.
Cependant de graves sympttoes annonçaient chaque jour que Louis XVI avait entrepris l'impossible. Ce n'était plus tant le parlement et la noblesse qui menaçaient ia monarchie, c'était le tiers-élat. Vers cette épcMjue eut lieu la guerre d'Aiin'rique , dOù les conqucnniN dtM'iii<l('j>eiidaii( c des États-I rnppnricicnt In çoiïtagimi de la liberté. La Chalolais était revenu eu Iriouiplie à Nantes, et leuthousiasme pour sa personne était si vif en ce moment, que son portrait fut inauguré à Machecoul dans une fête publique , où Ton vit des vieillards octogénaires quitter leurs béquilles pour danser autour du feu de joie.
A partir de <779, des émeutes journalières d Nantes et à Kennes auiiuiuaient rimminence d'une e\pl(»siuu ré\ulutionuaire en Hretaguf^. Le juniement sé\i>s;iit en vain. Aux remuons à coups de jx'ing succédaient les réunions délibérantes. Les étudiants , le peuple et jusqu'aux femmes préludaient aux clubs révolutionnaires. La cause sans remède de ces troubles était l'embarras croissant des finances. Pour comble de malheur, les récoltes de 1783 furent nulles ou mauvaises, et l'hiver de ilHX horriblement ripjureux. i'riidaiil (ju;itri' mois sans iiiU rniplinii . h' froid , la glace et la neige sus]u'iidii'eiit les travaux en liret;»i:ne : le jif'ii|)le, mourant de faim , assiégeait les boulangeries en |)lein jour. * IL fallut les faire garder par des soldats : il s'eusuivit des rixes où le sang coula.
En 1785, La Ghalotais meurt , et La Fayette parait au.v états de Bretagne. La pompe funèbre de l'un, le triomphe de l'autre , influèrent puissamment sur l'avenir des idées révi)lutiuiiii;iirt'S dans la vieille Armorique. La l'^iyclto ('tait breton par sa mi'iv , dont les biens étaient en gr;m(!i' partie situés euliretagne. Au miheu de la diM 'tn^idéjatioii où tombait chaque jour la royauté , dans iapersouue du vertueux mais faible Louis XYI, c'étaient encore les trois ordres de Bretagne qui respectaient le plus sincèrement le roi , tout en se défendant avec fermeté, avec ni<U)sse même, contre
ANCIENNE ET MODEKNE.
ses ministres mmteUigents. « Mais^ comme Fadil tfèsbien un historien moderne^ chaque victoire remportée par
la vieille indépendance bretonne était célébrée comme une
conquête par la jeune liberté franraise; de sorte que sans le savoir et sans le vouloir, par la nature même des ohoscs, la plus dévouée des provinces se trouvait à la tète de la révolution, n
Au milieu de ces aiigoisises sans cesse renaissantes^ de ces luttes dont la gravité effirayait tous les esprits sérieux et
les cœurs vraiment patriotiques, un remède infaillible fut indiqué par ton I le monde : on demanda à grands cris la convocation des états généraux de France! La monarchie, devançant la révolution pour la contenir, promit d'ellemême ces états généraux, si ardemment invoqués, et ensevelit les parlements dans les réformes suivantes : suppression des chambres des enquêtes et des requêtes; abolition des tribunaux d'exception ; linutalioij du ressort des cours souveraines par la création de cours intérieures; l'emaniement de l'ordonnance criminelle ; institution d'une cour i^énière pour l'enregistrement des lois, composée de S6ig:neurs, d'évéques, de conseillers d'État et de MM. de la grand'chambre du parlement de Paris (lit de justice du 8 mai 1788). Fresque toutes ces réformes étaient excellentes; mais elles \ euaient trop tard. N'ayant que la moitié de ce qu'il attendait, le peuple accueillit par une réprobation unanime ce qui lui était offert ; et les parlements, appelant toute la France à leur aide, rendirent à la monarchie le coup (]ui les frappait, en l'obligeant d'établir ses réformes par les moyens les plus despotiques. La cour de Paris renouvela en toiiibaiit ses protestations ; celle du l)auphiné mit le pays en révolte ouverte ; toutes les anti es l'imitèrent avec plus ou moins de succès; huit d'entre elles furent exOées par la force des armes ; enfin le parlement de Rennes eut son tour ; mais on ne doit point le condamner comme les autres : la situation de ce parlement était en effet tout exceptionnelle.
Les réformes qui promettaient la liberté k la France , en abolissant les privilèges , menaçaient Tindépendance de la Bretagne, dont les privilèges formaient toute la base. Ce
i5K lUSTOlHE DK LA HHETAGNE
qm était iMxir celle-ià ta rénovation^ était pour celle-ci la ruine et rassujettissement, La question n'était pas^ pour la Bretagne, d'être plus ou moins libre , mais d'être encore
ou de «'psser d'être la Bretagne. Malheureusement pour sa nationalité, la Imurgeoisie des villes allait bientôt ^arrifier son patriotisme aux réformes françaises ; et cette disposition n'était que trop justifiée par le dédain croissant des gentilshommes pour le tiers-état.
Le 5 mai 1788^ le parlement de Rennes, toutes chambres assemblées , protesta « contre toute loi nouvelle qui pourrait porter îiU^iiih' ;ui\ lois et aii\ consfitiitimis du royaume en général . aux droits, fraurhises nt libertés de la Bretagne en particulier , etc. » Les adhésions ne se tirent pas attendre ; celle de la noblesse et des commissions intermédiaires des états fut présentée^ à leur tête > par le comte de Botherel, procureur général syndic de son ordre. Après, vinrent tous les corps publics : les avocats, les facultés de droit, la milice, le chapitre, etc. La foule assiégeait les portes du palais, applaudissant chaque députation au passage. De son côté , M. de Thiard, commandant \iO\xv le roi , faisait entrer à Rennes toutes les garnisons voisines^ dont la tenue menaçante exaspérait les habitants. Tout à coup les magistrats apprennent que leurs collègues de Paris ont été enlevés de leurs sièges à inaiu armée. Au moulent où ils rédigent une protestation, M. deThiard leur euvoie l'ordre de s'assembler le lendemain, 10 mai, pour recevoir les ordonnances de Sa Majesté.
Dès cinq heures du matin , la cour entière était au palais. Bientôt le président apprend que les grenadiers de RohanjMuulbazou couvrent la Motte, et que d'autres soldats remplissent les Cordeliei-s; il ordonne alors aux huissiers de fermer les portes de la salle. A sept heures, arrive de Tliiard avec ses gardes : aux cris du peuple : Vive le parlement! Haro mr les traîtres! il entre au palais, arrive devant la salle, aux portes de laquelle ses honunes frappent en vain. Las d'attendre , les soldats, sur l'ordn' de leur chef , forcent l'entrée, et lecture est donnée des ordonnances royales au parb'ment, qui refuse de les enregistrer et se retire en hou ordiv, au milieu des cris du peuple : Vive le parlement! M. de.
Thîard et ses grenadiers veulent sortir à leur tour ; pris
mim deux foules, ils essaieiil de s'ouvrir un passag*» avH* leurs sabres et leurs l»;ii(»imeltes : le peuple et Us ciudiauts, furieux, leur lauceul mille projectiles. «Aux arun-sl » crient les gardes exaspérés^ et les fusils s'apprèteut^ quand uu officier apaise le courroux populaire par une parole d'à- [)ropos. Le peuple veut embrasser le bon citoyen et se presse autour de lui ; croyant qu'on en veut à la personne d*un de leurs chefs , les soldats se jjrécipitent sur la foule , qui les reçoit à coups de pierres. Cette uiéprise amrue un vrai combat , dans lt»quel le paciticateur est blessé à la joue. L'ordre se rétablit enân^ mais pour ne durer qu'un moment.
Moreau de Morlaix^ qui devait être un capitaine accompli» étudiait alors à Rennes : aimé de ses condisciples , du peuple et de la bourgeoisie , il devint l'instrument actif de toutes les insurrections dans cette grande ville. Hennés semblait pris d'assaut, tant ses points principaux étaient garnis de soldats étrangers à la province^ munis de cartouches. Forcés de fuir dan» la nuit, traqués par les patrouilles^ les membres du parl^<mi, les uns travestis , les autres à demi nus, se for« nient en assemblée dans une maison particulière, et jurent de défendre jusqu'au bout les antiques franchises du pays.
Nouvelles émeutes ; les soldats sont insultés , et ne semblent se défendre qu'à la dernière extrémité. Le ptmple triomphe, et conduit le parlement à l'hôtel de Guillé, eu criant : Vivent le parlement et /S» lois! Pendant ce temps-*' là , le feu de l'insurrection gagnait toute la province. A Nantes , la cour des comptes suivait l'exemple du parlement de Hennés et était soumise aux mêmes vicissitudes. Ce dernier, rejoignant ses membres et s'uuissant à M. de Botheivl et â la commission des états, en qui se résumaient les pouvoirs de la Bretagne, envoie ses dernières remontrances à Louis XYI , en sa cour de Versailles , par douze de ses i^présentants. Le roi blâme cette démonstration par une lettre sévère , et fait mettre les députés à la Bastille. La noblesse bretonne adresse à son toui duuze envoyés au monarque; ils arrivent à Paris, et font un appel à tout ce qui porte un ccBur breton. Le ministère s'effraie des sympathies qu'ils rencontrent , et les fait jeter à la Bastille.
160 HISTOIRE UË LA bH£TAGNK
• Cette noiiv*»llt» apiK»rtâî en Bretagne est «Miime l'étincelle (jui (Iclrriiiine un Niuleiit incendie : siiigt récits, plus t'-ti MiiLTcs les uu> ([ue Ir's autres, en augmentent encore la ::ravité. Celte fois, ce ne sont plus douze députés qui s'élancent vers Paris : ce sont cinquante^trois gentilshommes et bourgeois; c'est toute une représentation nationalè , décidée à parvenir au roi morte ou vive, et chargée par la solennelle réunion des trois états : de maintenir toutes les protestai tioii.> antérieures, — de demander la restitution deô franchises bretonnes , — de provoquer Télai^issemeul des prisonniers de la Bastille. Ceci se passait le 15 août 1788.
Louis XVI et ses ministres comprennent enfin ce que c'est
que les volontés bretonnes. Mais Brienne consigne impilovablement les députés , les -i u h: des marches du houe, jUMju'au jour qui vient l'en pn djuter lui-même (25 août). Les premiers lauriers de cette victoii-e furent pour les représentants de la Bretagne, malgré tous les efforts de Necker. Le dimanche 31 aoùt^ les dnquante^trois Bretons et leurs vingt-quatre amis, qu'ils venaient d'arracher de la Bastille, se présentaient dans le grand salon de Versailles et remettaient au lui lui-même le mémoire qui contenait leuis lemontrancos. La délivrance des nouveaux martyrs de la liberté bretonne fut célébrée par des fêtes nationales dans toute leur province , comme naguère celle de La Ghalotais et de ses compagnons.
Le 2i septembre , le parlement de l*aris, triomphant par les Hretons, flt sa rentrée et se laissa glorifier en leurs personnes. Le 10 mai, celui deKeimes recevait les félieitaUoiis publiques.
Mais Je jour fatal d'une autre lutte était venu. Victorieuses en commun de la monarchie ^ la noblesse et la
bourgeoisie se retrouvaient face à face avec leurs rivalités implacables; toutes les deux avaient pris pour devise : Vaincre ou monrir pour la liberté / La liberté , pour la noblesse , c'était le maintien des franchises bretonnes , dont faisaient partie ses privilèges ; et la liberté , pour la bourjeeoisîe, c'était l'aholition de ces privilèges, même aux dépens des franchises bretonnes. La grande députation était
ANCIENNE tT MODERNE.
encore à Paris, que déjà la division éclatait en Bretagne. Vingt libelles persuadèrent au tiers que la noblesse le dupait sous le masque de la nationalité, qu'un grand complt)î se tramait contre lui entre l'É2:li«;e et les gentilshommes . et que les plus dangereux instruments de ce complot étaient le parlement et la commission des états. Une immen-^e réaction de la bourgeoisie contre le parlement, si aimé quelques jours auparavant , s'opérait ; elle inaugurait cette loniruê série de contradictions dont se compose la triste et monotone lii^loire des révolutions. Li* 10 eï le 17 août, rémeute commençait à gronder dans Ouimper : on avait d'abord brûlé en elfip:ie les principaux membres du parie* ment ; l'enfêvement des grains par les accapareurs vint compliquer encore ces désordres à SaintrBrieuc , à Morlaix , à Pont-VAbbé , à Lamballe. Les saturnales de Paris furent imitées à Rennes. A mesure que la fièvre révolutionimire s'emparait du peuple, il montrait à quels excès pouvait aller son délire.
Enfin arrivèrent les états de 1788-9, qui furent les derniers états de Bretagne et le premier acte de la révolution. C'est de Nantes que partit le premier manifeste de Tinsurrection bourgeoise , de même que la première étincelle de rinsurrection p ipuiaire en était partie sous Louis XFV^ Depuis ce moment , les notables et les bourgeois de toutes les villes de Bretagne regardèrent comme acquis le droit de s^assembler et de délibérer sur leurs intérêts : telle fut Torigine des clubs révolutionnaires. Presque tous les pamphlets du tiers sortaient de Nantes. Telles furent les dispositions violentes dans lesquelles se réunirent les derniers états de l^reî iiTîie. Le vent de la révolution agitait toutes ces têtes, comme un océan près de se déchaîner.
Les députés du tiers et leurs agrégés s'assemblèrent à Rennes du 16 au â7idécembre^ rédigèrent le cahier de leurs réclamations , et jurèrent entre autres articles : qu'on voterait , dès l'ouverlure des états, par tête et non par ordre, — que le tiers s'abstiendrait de délibérer sur tontes affaires quelconques avant d'avoir obtenu régalité d impùt et de représentation. Us avaient reçu ce mandat impératif de leurs commettants y sous peine de désaveu fxxwÊàâ^
m HISTOIRE DE LA BRETAGNE
Plus de neuf cents gentilshommes étaient accourus à Rennes de tous les points de la province : ceux mêmes qui se trouvaient hors de France avaient franchi mers et monts pour être au rendei-vous.
Le, "2^, les trois onînî> , leurs présidents en tête , se rendirent SL'|);irémeiit au couvent dos Gordeliei-s , disposH pour les recevoir. Le 30, après la messe du Saint-Esprit, ils commencèrent leurs travaux par le vote du don gratuit et le renouvellement des fermes. Puis le président du tiers , M. Borie y œ leva et dit à la noblesse et au clergé : « Vous M n'irez pas plus loin sans nous entendre ; » et, il |)ropose in»'ttrr' en déliljér.ition les mefs de son urdiv. No] i liasse et clergé demeurent sourds, >'t s'occupcut des eomniissious intermédiaires. Le 31 , nouvelle sommation du tiers, tout aussi infructueuse. Le i*' janvier 1780 , la noblesse dépèche un courrier au roi; durant sept jours, le tiers persiste dans ses soninuitious. Des violences allaient se "produire, (pi-iiul , le 9, arrive uu arivt du cnuseil d'Ktat qui enjoint à l a^-^* iiibice de se dissoudre sur-le-rhani|» , et aux députés du tiers d'aller i*enouveler leui-s pouvoirs , chacun dans sa ville. Ceux-ci obéissent et rpiittent la salle en silence ; mais la noblesse demeure et se déclare en permanence.
Cependant les communautés s'assemblaient, suivant Tordonnance royale , ))our renouveler les pouvoirs de leurdéputés. Le pari t'i lient , drjà suspect, se vit alors enveloppe dans rinipopularité de la noblesse, pour être venu à son aide en interdisant les assemblées électorales^ qui, en dépit de ses injonctions, furent plus nombreuses qu'auparavant. Enfin, des insultes on en vint aux coups. — Ici nous nous abstiendrons de donner des détails ; la partialité des historiens , tons du tiers, doit nous faire suspecter rautheuticité des faits rapportés. On peut penser qu'un malentendu fut la seule cause d'un mouvement où sans doute le sang fut versé , sans qu'on sache qui commença l'attaque.
Tandis que le tiers état triomphait en Bretagne, il en était encore en France à préparer ses armes. L'élection des députés aux états généraux n'était pas même entamée. C'est donc la bourgeoisie bretonne qui a coinuieucé la révolution de 1789, révolution préparée peudant un siècle par
ANCIENNE ET MODERNE. i(>3
la noblesse et U- iMileuieiit Livtoii. Noblesse et parlement avaient déconsidère la mouai'chie; le liei-s frappa de mort Taristocratie : la démocratie pouvait désormais marcher sans obstacles.
Le plus éloquent champion du tiers était Volney , le futur auteur des Ruines, qui fondait à Rennes sa réputation, si exagérée depuis. Enfermé seul incognito hn er une prt'ssf . il rédigeait et imprimait la Senfinelle du Pci'jilo , daiis laquelle il injuriait d une manière sanglante la noblesse. Averti qu'on devait le saisir^ il se réfugia dans le château délabré de Mauiepas, que la foule disait hanté par des revenants. Volney s'y retira avec sa presse; la nuit il rédi- L( ait et imprimait sa feuille, que chacjue matin une laitière piiUosophe portait à la ville, où nobles et bourgeois s en disputaient la lecture.
La révolution était née eu Bretagne ; et plus qu'ailleurs elle devait y produire des horreurs^ mais aussi des dévouements sublimes. 11 nous reste à raconter Thistoire de ces temps désastreux où le pays, abandonné à lui-même, sembla près de s'ahiuier pour toujnuî-, ]iM|ii au in uiient où , par nu miraclt^ tle la Provjilenre, la leiupèle funeiisese calma , pour faire place à des temps , sinon glorieux comme ceux du passée du moins tnmquilles comme la paix des tombeaux.
ClISQllÈMt FAllIlK
CHAPllKli XIV
La Bretagne pendaut la révolution française.— Depuis les états généraux (le France jusqu'aux préliminaires d$s guerres de la Vendée.
Le résult&t des états génératix de Franee , la rupture des
trois ordres qui les composaient, le serinent du Jeu de Paume et la prise de la Bastille, eurent un iniineiise n ti iitissemeut daub toutes les provinces et surtout en Bretagne, en ce pays qui avait devancé la France dans la voie des révolutions.
 la première nouvelle de la prise de la Bastille , annoncée ainsi par un Parisien à un Nanfais : « Vous aviez juré la « ventreance , nous rpxrciituii.^ ; » à cette noiuelle , le délire bourgeois fut à sou comble. Les moindi*es bicoques regardèrent avpc indignation leurs forteresses, et se demandèrent s*il ne fallait point atussi les abattre : la célèbre Quiquengrogne de Sainir-Malo et le vieux château de Nantes faillirent tomber du contrecoup. Quelques jours après , les volontaires nationaii v furent organisés dans toutes les villes bretonnes. Les comités de sûreté générale, absorbaiit à la fois les communes et les tribunaux, s*arrogèrent sur-lechamp les pouvoirs dont ils devaient si cruellement abuser : police intérieure et extérieure des villes , faculté de poursuivre les délits publics et disposition de la force armée. Us
HISTOIRE DE LA BRETAGNE. m
cxigèient des citoyens le serment civique , emportant adhésion à tous les actes de l'Assemblée nationale j et ils regardèrent comme suspects ceux qui refusaient de
le prèler.
En présoiK »' de l'élan révolutioiuiiiin' des \ illes, voyous * ce que devenaient les châteaux et les chauuiièros. Les châteaux .se divisaient déjà en deux camps : la majorité des nobles se retirait du sein des villes ou protestait; la minorité s'associait ou feignait de s'associer au mouvement du ' tiers , dans Tespérance de diriger le torrent en se jetant au mi lien de son cours. Le cler^'é protestait vivement. Quant aux paysans j il^ a>M^laieiit .uiv preiuiers ((uhImIs delà noblesse et du tiers avec une impassibilité remarquable. lU attendaient y pour se lever et pour agir, que la révolution les atteignit dans leur âme et dans leur corps en attaquant leurs autels et leurs foyers , ces éléments puissants de toute natiuiialité, et surtout de la uMtionnlifé bretonne.
(]e l'ut à cette é|)0(iue que le ciaù breton devint r('»lèl»ri'. Organisé depuis longtemps en Bretagne, il s'était transiMute à Paris dans la personne des députés du tiers , des agrégés placés auprès d'eux par les conununes, des correspondants et des ambassadeurs , qui allaient et venaient incessamment de la province à la capitale. Là , s'agitaient d'avance les questions à débattre à l'Assemblée nationale; là, se rédigeaient les comptes rendue regulifis que les députés envoyaient à leurs conmiettants ; là , toutes les sommités du tiers se groupaient autour des Bretons ^ dont la position exceptionnelle accroissait l'ardeur et Finfluence. Chose bizarre , ces meneurs de la révolution étaient encore présidés par le duc d Ai^^uillon, conquis par la peur et la iiiiiue aux id( t"s luuivelles, dans ce qu'elles avaient de plu^ exagéré et de plus dangereux. Flus tard, le club breton s'appela le club des Amis de la Constitution, et ce nom fut adopté par tous les clubs de Bretagne. Enfin, il choisit pour lieu de réunion le cloître des Jacobins , et fut ainsi l'origine de ce club des Jacobins qui domina si cruellement la Convention
Non contente d'avoir doté la France (b's clubs , la Bretagne lui inspira encore la première idée des fédérations.
26« HISTOIRE DE LA imETA(JNE
Dès l'ouverture des états généraux y un acte fédératif avait été signé à Rennes , adopté par le prévôt général et la maréchaussée y et solenulsé aux éclats du eanon dans le champ
(le Montiiioriii , par les représentants de la plupart des villes, r't'tait le pr»^lude de la grandi' féd»''iatiun de Pontivy. Cet acte célèbre l'ut] précédé d.tus la basse Breta;:ne , priii( i[jalement à Launiou , par des émeutes terribks. A la mèiue époque , le parlement de Rennes > dernier rempart des franchises bretonnes ^ s'écroula sous les attaques réitérées du tiers; Tarrèt qui supprima le parlement de Rennes enterra les libertés de la province, hélas! déjà mortes depuis uii au. Ainsi liuit le c/'lebre parlement (le Bretagne; il avait été le premier détenseur de la dignité du pays, il en l'ut le dernier champion. Les autres grands corps de la province s'étaient^ pour ainsi dire^ éteints d'eux-mêmes. Depuii» plus de six mois la cour des comptes enregistrait silencieusement à Nantes les décrets révolutionnaires qui devaient aboutir à sa. propre suppression.
Cependant la propagande révohitiunnaire commeui^tà efirayer les campagnes de l'Ouest : elles refusèrent aux villes leurs provisions ordinaires; les paysans pillèrent un convoi de cent vingt tonneaux de grains qui descradait d'Angers i Nantes, et ces deux grands centres allaient être afllimés connue Brest, si les volontaires, exécutant leur pacte, n'eussent forcé les paysans d'aller aii\ nian^hés (-1790).
L'ceuvre décisive de la Constituante fut la suppression des anciennes provinces et la division de la France en quatre vingt-trois départements. La Bretagne en comprît dnq : la Loire-Inférieure^ le Morbihan ^ Tllle-et-Vilaine^ lesCêtes* du-Nord et le Finistère. Mais la Bretagne , pas plus que la 'Vendée, n'était mûre pour uii<* telle révolution, ou du moins son application y demandait une fouie de ménagements et de concessions qui échappèrent aux esprits absolus de TAssemblée nationale. On s'en aperçut bientôt aux élections des nouvelles municipalités. Voyons par quelles circonstances les bienfaits du nouveau régime mnnidpa] devinrent luie persécution pour les Bretons et les Vendéens; car nous ne devons plus désoi-iuais les séparer dans ce (^ue nous dirqns do la Hévolutiou française.
En Bretagne^ d'abord tout le monde avait été loin d'approuver d'un accord unanime l'enthousiasme avec lequel
les représentants de la province avaient sacrifié ses franchises sur l'aufel de la patrie, contrairement au mandat qui lenr enjuiunait de les conserver intactes. La noblesse et le clergé, dont les privilèges reposaient sur ces franchises, exprimèrent leur légitime mécontentement. Or, malgré leur défaite aux états particuliers et généraux, ces deux ordres étaient encore très-puissant» en Bretagne.
En 1790, on comptait en Bretagne pins de trente mille individus jouissant des privilèges de la noblesse, c est-àdire ayant leur trésor particulier, leurs justices , leurs prévôts, leui-s tabellions, leurs moulins, fours, halles, pressoirs, et tous ces droits féodaux compensés par des devoirs analogues. Un grand nombre des seigneurs avaient depuis longtemps laissé tomber en désuétude les plus onéreux de ces droits. Luui d alfaiblir leur inliuence locale, ces concessions volontaires et gratuites l'avaient décuplée en leur assurant la reconnaissance et le dévouement des paysans. Or, plus ils rendaient leur autorité douce et patriarcale , moins ils étaient naturellement disposés à se la laisser' ravir.
Nous emprnntons le porti ;iit du clergé breton à un auteur nioderjie, don( on ne peut suspecter la partialité à r»''gard de cette classe ; voici ce qu'il en dit. « Le cJei'gé breton n'était pas moins imposant que la noblesse, et il était plus vénéré et plus aimé encore. Sans parler du clergé régulier, si nombreux et si prépondérant, il y avait jusqu'à cinq prêtres , terme moyen, dans les bonnes paroisses ; quelquesunes en comptaient jusqu'à douze. Les ni és enregistraient, comme les notaires, les actes civils, contrat testaments, etc. Un grand nombre devaient leurs cures au concours , et la plupart y étaient inamovibles. Au-dessous d'eux pullulaient une infinité de jetmes kloèr (clercs ) qui exerçaient le sacerdoce en attendant un vicariat ou un bénéfice. Presque tous sortis de la masse des paysans, dont quelques-uns portaient encore les longs cheveux ; regardés par leurs [)aî ( iil> et par leurs amis comme des êtres supérieurs, ces kloer passaient des années entières ctiez. les fermiers , mangeaient
avec eui le pain de seigle et les crêpes de sarrasin , leur
( li.iiitaioiit dos cantiques, élevaient les enfants et mariairiit Ips tianci's , i»artageaient le» travaux et les habitudes, les jMiines et les plaisii-s de la famille, et acquéraient ainsi une iwpulahté sans bornes , dont on peut juger encore par les milliers de wms (chants domestiques) où s'éternise leur doux souvenir. Il faut dire que les kloêr justifiaient et maintenaient leur influence par la vie la plus inéprodiable et la plus édifiante. »
On se fiiruie a>«»c quelle (l»'liaii( e une noblesse et un clergé constitués ainsi virent l'ancien ordre de choses renversé de fond en comble , la nouvelle division et la nouvelle administration de la France , le bouleversement des domaines féodaux , des communes et des paroisses^ et tous les pou- \uiis publics, le dix)it de délibérer, de voter, d'élire et de juirer, eontiés à te jiriijib' souverain qur devait en faire un si terrible u^atre î Aussi les élections municipales de i'îK) furent en Bretagne un étrange spectacle. Qu'on se représente toutes les affaires de la province interrompues d'un seul coup par l'entier remaniement du territoire et de la population. Ce fut un déplacement, et par conséquent un cfmtlit d'intérêts dont le chaos pent seul donner l'idée. Le ronllit dos opinions en résulta nt*cessa i rement , et le pirmier eulkuusiasme produit par ces rélormes s éteignit dans les larmes et dans le sang : témoin les tumultes de Qùimper^ de Lorient , de Vannes^ dé Brest et de Nantes.
Le 19 juin 1790^ l'Assemblée nationale avait décrété l'abolition des titres, armes et armoiries, et la suppression de la noblesse comme corps de l'Ktnt. Les fédérés bretons, à leur retour de la grande fraternisation de Paris, se cliar- . gèrent de l'exécution de ce décret. A Quimperlé ils attaquèrent les balcons armoriés et en mirent les écussons eu pièces; ils jetèrent ensuite les meubles par les fenêtres; de là ils coururent aux églises, et mutilèrent les tombeaux à coups de sabre. En vain le disii ic t dénonça ce vandalisme à la commune : la commune répondit qu'elle n'avait |MÙnt d'ordres à recevoir du district, et elle laissa les passionsuivre leur cours.
A Quimper, les gardes nationaux tirent un feu de joie de
tous les insignes féodaux qui décoraiènt les balcons et les
portes des nobles hôtels, et dansèrent alentour aux cris de : Vive la nation ! vivent les fédérés! « Toutes les haines (|iu déchirent la France vont s'apaiser au souvenir de cette cérémonie ! » disaient les administrateurs du département. Cette cérémonie justement inaugura les saturnales qui allaient ensanglanter la France.
Le 19 décembre 1789 , FAssemblée nationale , amvée au bord de Tabime de la banqueroute en jiassaat i)ar le déficit, avait déclaré , sur la proposition de Talleyrand , que le clergé n'était pas propriétaire, mais administra teur des biens par lui possédés; que la nation^ dont il les tenait , pouvait les lui reprendre en se chargeant des frais du culte. G^était supprimer en masse le premier ordre de l'État, et violer la propriété dans ce qu'elle avait de plus sacré et de plus légiliiue; disons plus , c'était frapper de mort la r<'ligion. en faisant du prêtre cafholKiue rinstrument salarié du pouvoir temporel : le clei*gé protesta vivement dès l'origine. A peine fut-il dépouillé y qu'au lieu de Tindépendance qu^on lui promettait en échange de sa ruine matérielle^ on entreprit de l'asservir. L'Assemblée nationale acheva de se perdre vis-à-vis des cœurs chrétiens et honnêtes en vutant la constitution civile du ("lerf:«\ Les méuies législateurs qui avaient déclaré que leur auvre, basée sur Tégalilé évangélique , réaliserait la parole de Jésus-Ghrist, refusèrent de reconnaître le catholicisme comme religion de TÉtat. Enfin r Assemblée nationale mit le comble à ses fautes en exigeant du clei*gé le serment à sa nouvelle coustitutimi. La double liste des prêtres assermentés et non assermentés préludait digiiemeiit à la future loi des suspects. On vit dès lors daus tout le royaume deux clergés : Tun réfractaire, vertueux et croyant; l'autre constitutionnel , scandaleux et impie. Der* rière ce dernier se rangea îa populace égarée des villes, regardant comme des ennemis de ses libertés les prêtres qui défendaient la pins sacrée de foutes les libertés. C'en était fait du catholicisme en France , s'il n'eût troinedans l'Ouest un port de salut, si les paysans bretons et vendéens ne se fussent levés autour des derniers ministres de Jésus-Ghrist. Avant de dire les exploits de leur insurrection^ disons les
épreuves auiquelies on .soumit leur patience. — D'abord en Bretagne , plus que partout ailleurs ^ la tx>nstituti<Hi cÎTile et le serment du clergé furent une persécution aussi gratuite qu'absurde , attendu que les prêtres bretons n'avaient rieu fait ]>our la i)r(>voquer. Depuis longteuip^ jà, la révolution uif liait Itî clergé dans uJie position intolérable. Elle lui criait : a Ne vous occupez pas des intérêts tempoiels, u enfermez- vous dans l'Église. » Puis, au premier embarras , elle allait lui dîie : « AideMious à rétablir l'ordre dans u nos afiTaires. Quittez le sanctuaire pour la rue. » Qud qu'il pût faire , le clergé devint suspect aux révolutionnaires : les soi-disant inventeurs «le la tolérance religieuse orpiuiisèreut contre le prêtre la plus udutuse intolérance politique. " Si Fou compare la résistance du clergé de l'Ouest aux violences de ses ennemis, ceux-ci ne sont-ils pas de vrais persécuteurs, et ceux-là de véritables martyrs ?
Le nombre des prêtres qui refusèrent le serment fut iiiiiiieiL^e ; les \illes s'étourdirent sur ce fait très-siguificatif ; mais l»'s paysans , d.in^ l^ur bon sens , né de leur foi, se rallièrent autour des courageux ministres de Celui sans qui rien n'est stable, fort, ni honnête ici-bas. Pour remplir les nombreuses lacunes dans les cadres du clergé, les commîmes furent appelées à élire des évéques et des curés. Le Hdicule s'unit à la violence dans ces intronisations souteniK's par les bau)nn<'llcs; et quand les nouveaux pasleur> lurent iiislallés , il sr trouva qu'il leur manquait les pwmiers éléments d'un troupeau. Les couvents , qui ne voulurent point recevoir, on le conçoit bien, les visites de ces intrus, se virent Tobjet de menaces , d'insultes et d'outrages horribles; la populace en délire brisa les portes de diverses maisons religieuses, et fustigea des comiiiuiiiiutés entières de boiiiu s et rharitaMes sœurs. Des scènes ujîilognes aftligèreiit les cinq départements bretons, où pas un évêque ue consentit à prêter le serment, préférant la fuite au parjure. Partout les électeurs et les clubistes envahirent les cathédrales , profanèrent la chaire de vérité , parodièrent sacri* légement les invocations au Saint-Esprit, et installèrent dans If» sanctuaire des hommes tarés, la i)lupart du temps à peine minorés ou simples laïques. 6i la religion cousti-
tutionnelle n'avait pas été flétrie d'avauce, de pareilles scènes auraient suffi pour la tuer sous le ridicule. Aussi ^ loin de se fortifier, perdit*elle chaque jour de ses rares adeptes. Beaucoup de districts remirent indéfiniment les
élections e( f'l«''siasfiques, au iiu']iris formel de la loi. Pliisieiu*s curés, assennentés d'abord , se reptiutireut et rétractèrent publiqueiueat leurs erreurs.
Ce fut alors que la persécution jeta le masque. Les prêtres qui avaient refusé le serment furent chassés de leurs paroisses, arrachés de leurs églises , traqués dans leur retrail» et amenés devant les districts. Mais telle était re\altati(»n po])ulain' en lenr faveur, que In répression manqua d'ensemble et acheva de couiprujiiettre la cause révolutionnaire. Nulle part la fermentation des esprits ne fût plus vive, la persécution plus flagrante et la résis^ tance plus acharnée que dans Tévèché de Vannes, cette pépinière des chouans\ C'est de là que partit véritablement , dès 1p t3 février 1791 , le signal de la grande iusurrecliou de l'Ouest.
Aux motifs généraux qui allaient soulever les populations de rOuest contre les derniers actes de la révolution, et surtout contre la constitution du clergé , un motif particulier se joignait dans le cœur des paysans bretons : c'était cet instinct national (ju «m avait vu jadis survivre chez les Ceites à la domination romaine et aux invasions jrermaniques ; instinct propre aux peuples de la Basse-Bretagne, et surtout aux habitants du Finistère , du Morbihan et d'une grande partie des Gfttes-du-Nord. Là, non-seulement la révolution , dans ses bienfaits même , fut une persécution pour des gens qui n'en avaient anrnn besoin; mais elle réveilla toute leur farouche indépendance, lorsqu'elle \oulut mettre la main sur ces prêtres sortis de leurs chaumières, et qui leur prêchaient la loi du Christ dans la langue natale ; sur ces héritiers des saints qu'ils invoquaient depuis le berceau jusqu'à la tombe, sur ces successeurs des é\èqu(\^ et des curés qui avau al été les premiers et les derniers chanipioiis de Ifurs IVancliises. Dans le M^ilultan, plus que partout ailleurs, la noblesse et le cierge s » nUmdaient et exerçaient sur tout le pays une influence d'autant
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plus irr»'sislil)hî ([u'elle ôtait plus salutaire et plus uiérité»-.
hès \v mois de juillet 1790, les électeurs priuiairei» avaieut demaudé la conservatiou de leur aucieu prélat, Mgr Anielot. Assuré ainsi de Tappui des petits et des grands, il refusa non -seulement de jurer la constitution , mais de sortir de son diocèse. Son clergé en masse . suivit son exemple, et Tadministration resta paralysée à Vannes, n'osant affronter l'indignation des campagnes, que quelques violences cepeudaut liniiit bientôt éclater. Lu jour, l( s paysans de S;irzeau et des (imii unies environnantes s'assemblèrent au nombre de plus de trois mille, à la voix ' du tocsin de leui-s paroisses (février 1791). A ces hommes il fallait un chef rempli de la même foi qu'eux : entre tous les.gentilshommes du pays, ils choisirent le. seigneur de Sarzeau, le comte de Francheville du Pélinec, ancien ofRcier de marine, chargé d'ans et couvert de blessures^ maui encore plein de force et de courage , et tout à fait digni; d'ouvrir la ciirrière aux La Hochejacqueleiii et aux Cadoudal. — Le 13 février, il marchait i>ur Vannes avec ses trois mille paysans.
Si cette première expédition eût réussi , toute la Bretagne et toute la Vendée se levaient peut-être deux ans plus tôt et vingt fois plus redoutables. Midtre de Vannes^ M. de
iM'aiicheville l'était de Lorient et de Quimper ; le tocsin, se propageant de clochers en clochers , snulevail trois cent - mille paysans , et les cinq dejiarlemcuts de l'Ouest arrêtaient brusquement la révolution. Mais, prévenus par un espion , les administrateurs de Vannes eurent le temps . d'appeler à leur secours les volontaires de Lorient et le régiment de Walsh, qui , laissant venir leurs ennemis indisciplinés, les enveloppèrent et les mirent bientôt en déroute. Ciiiquaiile restèrent sur le champ de bataille, les auti*es regagnèn^ut leurs citH-liers; les prisonniers furent livrés à la rigueur des lois, et le pays, ([ue leur trioniplie eût t'ait lever en masse ^ tomba le lendemain dans la terreur. — Le département releva la tète, et la persécution s'y trouva organisée par la société des Amis de la Constitution improvisée à Vannes^ et par trois commissaires envoyés sur les lieux par TAssemblée nationale. Mgr Amelot ,
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accusé d'avoir encouragé le sonlèvement , fut cité et conduit à Paris par deux gardes nationaux : M. dé Francheville attendit une meilleure occasion de reprendre Tépée, et on retrouve ses cheveux blancs à tous les combats de la
i iujuiiiiiierie , jusqu'en n96 , époque à laquelle il se fît tuer pour sauver un jeune capitaine, léguant son œuvre inacbevée à son digne fils, au comte Desils et à Georges Gadoudal.
La religion catholique était hors la loi , le clergé proscrit , et cependant aucune force humaine ne pouvait faire albn* les nobles et les paysans du Morbihan à la messe des jureiir.^i. Et les dioses en ♦'taieiit là, non-seuienient daus le Morbihan . mais dauâ toute la Bretagne ^ mais daus tout Tonest de la France.
Vers ce temps-là , Louis XVI résolut de fuir une révo» « lution qu'il ne pouvait dompter; la fédération du 4 i juillet 1790 avait été son dernier jour d'illusion : il prit la route de la frontière, et l'ut arrêté, comme on sait, à Varennes le juin 1791. La fuite et ranestation de Louis XVI brisèrent le dernier frein de la révolution. Toutes les fureurs qui se contenaient encore firent explosion. Les Jacobins triomphaient; Robespierre et Pétion allaient arriver au pouvoir suprême. En Bretagne, comme ailleurs, la fuite de Louis XVl avait exalté les passions. On u lit:;*jta plus à faire main basse. sur les prêtres réfractnin»s. De leur coté, les contre-révolutionuaires ne s'endormaient point : ils adoptèrent pour signes de ralliement un ruban noir et un bonnet^ , avec cette inscription : Dum spiro, spero (Tant que je resr pire , j'espère ). 11 y eut des prises d'armes sur la Loire^ dans le Morbihan, au.v châteaux de Préclos et de la Proutière. M. de la Lézardière parut vers Marhecoul, à la tète de si.v cents villageois. Partout, sous prétexte de répression, les âmes pieuses furent tourmentées, et les gens qui ne criaient pas Vive la nation! dénoncés aux districts. La commune de Lorient dénonça le roi lui-même et tous les aristocrates en masse. « Le temps des proscriptions est arrivé , » disait une de c^s proclamations s.iuvagcs. Les proscnplh iis, en effet , se multiplièrent de toutes parts. Sur le simple vœu des Amis de 4a Constitution, ou|visita, on désarma , on
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arrêta les châtelains , les aumôniers , les étrangers eox-
mêmes. Tous les prêtr*»s non jurés reçurent les chefs-lieux pour prison , et tout riluyeii ijui eut avec <*ux des rapports fut livré à l'accusateur public. Alors « oiiinieucèrent à pleuvoir les (lénoncialioûs qui (levaient faire tomber tant de tètes; toutes les mairies et tous les clubs en furent inondés, et l'animosité générale se multiplia par les animosités individuelles. Alors aussi la puissance enyahissante des clubs (loniiiia tous les pouvoirs publics. Les moiiulrcs bourgades avaient leurs A mis de la (.(jnstiiuliou. La plupart des clubs, avons-nous besoin de le dire, occupaient les couvents d'où 1 on avait chassé les moines et les religieux.
En Bretagne surtout et dans TOuest^ l'application de la Constitution devint de jour en jour plus impraticable. Pour remanier ainsi de fond en comble Fadministration publique, il eût fallu la œniiance et le concours de tous les esprits sages... et Ton comnieuc-i par les proscrire. Or, presque tous les hommes de bien étant écartés, les atlaires échurent aux intrigants et aux brouillons. Des troubles, des émeutes , de.> collisions douloureuses signalèrent les premiers essais de la réalisation des rêves de la Constitution, irritées de leur propre impuissanee , les adniimsti ations les plus modérées (la us le principe devaient alHiutJi' A toutes les violences de 1 arbitraire; elles devaient hnir pai' trancher, à la manià'8 d'Alexandre, ce nœud gordien qu'elles ne pouvaient défaire : c'est ce qui arriva dès la fin de i79i. L'amnistie prononcée le 44 septembre au sujet de la proclamation de la Constitutif] lui révoquée ou violée partout, et la guenv reprit ouvertement entre les patriotes et le clergé réfractaire. Pendant ce temps-là , l'Assemblée législative, qui avait remplacé la Constituante , enlevait à la fws à la révolution et à la monarchie leurs illusions d'un moment. Là, la Gironde et la Montagne déterminèrent la gume civile et la guerre étrangère par les décrets contre les émigrés et contre les prêtres. Le second de ces décrets livrait à la justice les prêtres réfracta ires, et enjoignait aux départements d'en adresser les titres à TAssemblée. On ne leur laissait pas même la chétive pension qui leur avait été allouée en indemnité de leurs biens; c'était les* placer,
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après les nv< ii- dépouillés ^ entre la faim et Tapostasie (novembre 1791 ).
Les émigrés, sommés de rentrer, refusèrent d'obéir : quant au deigé, il fut martyr* Alors les révolutionnaires trouvèrent ce lien d'union qui devait être leur force , la guerre contre les puissiiiices élrangères, irienaraieut de tuer le vautonr dans sua œuf. La guerre de viugt-ciuq aus allait coiiiiiieiii er.
Les départements u'avaient pas attendu les décrets df l'Assemblée' législative pour \ioler Tamuistie en remettant la main sur le clergé. Les scènes les plus déchirantes vinrent émouvoir tout TOuest en faveur des nouveaux martyrs, et surtout en faveur des moines et des religieuses , arrachés de force à leur vie de pénitence et de dévouement , et jet»'*s sans défense et sans rcssonrec au mil^ ii d'une société (\ui les traitant en parias : lutte l)nrrit)le et inuuïe entre la prière - et le blasphème , entre le chapelet et le sabre !
tt L'expulsion des Calvairiennes de Garhaix fut un véritable drame. A toutes les visites et à toutes les sommations, ces pauvres fiUes avaient répondu qu'on les arracherait des grilles de leur parloir. La population des montagnes et des landes voisines était aceourn»' à leur aide. Les jiuliiers de mendiants qu'elles noums.^aient étaieutlà, giuiiUlant sous les haillons, tendaal i ecuelle de bois où ils recevaient la soupe, et remplissant l'air de lamentations et de phères navrantes : le jour fatal, toute la ville se joignit aux campagnes. Une heure s'écoula sans que les officiers chargés de leur expulsion eussent le courage de paraitre. Enfin, au moment où les sœurs distribuaient leur dernière aumône aux pauvres , les trois charrettes requises jxnrr l'enlèvement s'avancèrent , escortées par la garnison de (larliaiv, sons It's ordres de deux municipaux et du pi^ocureur syndic. Les soldats se postèrent aux issues du couvent, et leurs chefs entrèrent au parloir.
« Que voolez-vous? demanda une sœur converse. « — Parler à votre supérieure.
« — Elle est sans doute en prière.
« — Allez la chercher.
tt Bieutùt parut une petite femme eu longue robe noire.
m HISTOIRE DE LA BRETAGNE
avec béverlet éclatant, lui chapelet de bois et de cuivre à la ceinture. Elle s'excusa de s'être fait attendre. £Ue pansait une de ses sœurs à l'infirmerie.
« — Madame, dit le procureur syndic, vous connaissez « sans doute l'arrêté du département ; vous n'y avez cepen- (f dant point déféré. Les délai» sont épuisés. Voulez-vous « sortir libreuieiit 1
<t ^ Je veux et je dois mourir ici ; tel est mon engage- « ment devant Dieu.
« La loi ne le reconnaît point, et vous somme de « quitter ces lieux à rinstant.
« *— Je ne les quitterai que pai* force. Vous êtes les « maîtres de mon corps, et non pas de mon ànie.
« Alors un des officiers municipaux donne le signal et l'exemple. Les grenadiers secouent la grille de bois, la font voler en éclats, et se trouvent en face des viei^s du Calvaire. La supérieure tombe à genoux , le front dans la poussière; ses sœurs Timitent aussitôt^ et toutes, dune seule voix , entonnent le Mtsererp. La multitude dps assistants éclate en menaces et en sanglots. Les exécuteurs s'arrêtent pâles et tremblants. Trois fois encore le procureur somme les religieuses de le suivre à leurs coules pour y chercher leur bagage. H n'obtient d'autre réponse que là versets du lamentable psaume. Enfin les grenadiers passent, les yeux fermés , sur le corps des sœurs , le sabre en main , emballent à la hâte les matelas et les scapulaires, les meubles et les livres d'heures, les empilent dans les trois charrettes, et, le soir venu, les transportent à la mairie entre deux haies d'hommes armés... De Garhaix, les mm fùrent ensuite menées au chef-lieu et déposées à la maison d'arrêt, en atltiidant la mort ou la déportation.
« On peut juger par cette scène de toutes les autres, dit M. Pitre-Chevalier, à qui nous avons emprunté ce fait.
Dieu sait avec quelle violence fut exécuté Tordre de proscription des prêtres, arraché au directoire de Nantes par les menaces d'une foule en démence. Traqués de rue en rue et d'asile en asile, les prêtres s'éch;i])[ièrent déguisés, ou furent traînés à la maison d'arrêt. Tous ceux qui les cachaient risquaient leur vie : les familles suspectes
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de religioii furent harcelées de visites domiciliaires. Et cependant il se trouva une quantité de femmes, et surtout de femmes du peuple , qui se dévouèrent au salut des pasteurs, et qui déployèrent en cette circonstance une adresse et un courage admirables. Doit-on s'étonner a[)res cela que la contre>révoiution multipliât ses révoltes dans l'Ouest, que la noblesse et le clergé , poursuivis ensemble » s'entendissent pour leur salut commun, et que les campagnes , affamées en même temps qu'excommuniées, refusassent les contributions à des hommes qui leur prenaient à la fois leur argent et leurs prêtres ? Car, il ne faut pas roul>lier, à côté l'alànie relivn»'ux, Tabinie financier allait toujours s'élargissant , et sur ce terrain fatal les révolutionnaires se déchiraient entre eux.
Des révoltes éclataient sur tous les points contre les commissaires du fisc et du culte révolutionnaire : à Fouesnant et aux environs, le Juge de paix Alain Nédelec organisait quatre cents hommes, et luttait, le 10 juillet 1792, avec les gardes nationaux de Quimper. Les paysans furent vaincus; le lendemain on vit entrer à Quimper» à la suite des gardes nationaux vainqueurs» trois charretées de morts et de blessés qui arrosaient la route de leur sang , et Nédelec, qui avait survécu à cet horrible désastre , essaya en Bretagne le nouvel instiiunent de supplice du docteur (iuillotin. Cette affaire est antérieure de six semaines au combat de Bressuire, cité comme le premier combat vendéen.
On vit dès lors les révolutionnaires faire paitre leurs chevaux sur la tombe des morts , et dresser leur litière sur les dalles profanées des éjxlises.
Le sang coulait aussi daii> la Loire-Inierienre, à Pontchâteau , à Savenay, à Donges, à Montoir, à Vendille , où les Briérons massacrèrent les dragons envoyés pour s'emparer de leurs prêtres. On répondit à ces chrétiens en brûlant leurs maisons» funeste signal de Vincendie qui allait s'allumer partout.
Ce fut alors qu'éclata le fameux complot de La Rouerie, qui eût été» six mois plus tard» le chef-d'œuvre des conspirations.
Armand Tuiiin» seigneur de La Houërie» près de Saiut-
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Maio, était un de ces hommes merveilleusement doués qui peuvent tout. Après avoir follement dépensé sa jeunesse
dans le ])laisir , la débauche et h's duels , il rhaii^iea tout à r;uu|i, h apprêtait à faire ses vœux ilaus un couvent de la Ti-appe , quand les guerres d'Amérique éciatèreut. Il abandonne le froc, ressaisit l'épée y se fait appeler le colonel Armand , et illustre ce nom dans la campagne des États- Unis. De retour en Bretagne ^ il fait partie de la députation de 1787, qui réclamait de Louis XVI les privilèges de la 'province : on renferme à la Hastiile , d'où il sort triomphant avec ses compa^aïuas. l idcle aux vieilles franchises bretonnes, il provoque et signe les protestations de TÉglise et de la noblesse contre les premiers envahissements de Fidée révolutionnaire. La parole enfin ne lui suffit plus; il y joint l'action , et dès 1789 il remue toute la Bretagne du fond de sa terre de Saiut-Malo.
La Rouerie eut d'abord une idée toute nationale : ce fut de courir à Cobleatz arrêter le mouvement de rémigration. 11 dit à ses amis que c'étaiten France, et non pas sur le Rhin, qu'ils pouvaient sauver la monarchie : on le prit pour un rêveur. Alors il jura de prouver sa thèse par des faits, ef I CM lit en Bretagne où il convainquit les gentilshommes. Ayant obtenu eolin l'adliésion des princes, le 5 décemhrn 1791, il put entamer l'exécution de sou grand projet. Ou le vit , à partir de ce moment , faire une sorte de miracle en créant une association dans le pays le plus morcelé par ]es intérêts. Il arrivait seul et sans appui à Rennes ou à Vannes, et le lendemain il avait organisé un mwww royaliste animé de son ardent esprit. Il enveloiipa ainsi non-seulement les cités, mais les villages des Côtes-du-Nord , d*llle-et-Vilaine et du Morbihan, dans une organisation secrète aussi vigoureuse que la constitution révolutionnaire. La Rouèrie ne mit réellement dans son secret que Tinténiac , Fontevieux > le major américain Ghalfner et Thérèse Lemoëlien^ sa parente.
Le 2 mars 1792 , les princes rdiid'iN'iil A ].a Houerie des pouvoirs illimités; ces pouvoirs , signés des comtes de Provence et d'Artois, enjoignent enfin aux gentilshommes ét ne pas augmenter l'émigration, leurs services étant plus im-
portants au dedans qu'au dehors; recoimnandatiMi tardive^ malhettreusement accompagnée d'une menace des puissances européennes. La Rouêrie convoque aussitôt à son manoir
tous les chefs de sou assot'iation. Prévenus par des f;sj)ions , les gardes uatiouauv de Saint-Maloef de Saiut-Servan surprennent rassemblée au milieu de la nuit ; mais, averti luimême par sa contrei[>ohce^ La Rouërie disparaît avec ses amis dans un souterrain , et les soldats ne trouvent qjae des domestiques coucbés dans leurs lits. Le conspirateur ajourne alors rinsniTeclion pour y associer le peuple des campa^rnes; mais il n'a pas feiiij)s (Tni-ivltM' plusieurs agents sul);ilternes, tels tpie Charles iihiut et Keué Malœuvre^ qui tombent avec quarante autres au pouvoir des patriotes , ef périssent sans trahir le secret de La Rouërie. Celui «ci I epi*end ses excursions de ville en ville et de château en château , et- continue de ^Tossir et d'ori^aniser son parti eji y rattadiiuit les méci)ntents de toutes les classes. Eu basse Bretagne , il enrôle des léirious de mendiants^ ar^rus int'ailiibleâ et missionnaires insaisissables, hôtes et coniidentâ de tous les ménages^ au moyen desquels , se trouvant par* tout sans se déplacer^ il voit et entend tout ce qui se dit et se fait chez ses amis ou ses ennemis, et prêche la contrerévolution partout. Au pays du Mans , en attendant les soldats que les mendiants lui recrutent, il trouve des soldats tout prêts dans les contrebandiers du sel , aguerris de [me en fils à tous les dangers. Trente mille familles du Maine , d'ailleurs très-honnétes^ vivaient de cette lutte éternelle. C'était l'état des quatres frère Gottereau, types de chouans que nous allons liieniù! voir à l'epuvi^c. Entin, du même coup, La UouiTie gagne les employés de la irahelle euxmêmes , que les dernières réformes ont laisses sans ressource et sans pain.
Cependant le 10 août a sonné ^ et^ il faut Tavouer à la honte des villes brelonnes , les héros de cette journée néfaste ont été les fédérés de Brest, de Morlaix^ de Quimper, etc., qui égalèrent , s'ils ne surpassèrent les féroces Marseillais, Le lendemain Louis XVI était emprisonné avec toute sa famille, et pendant quarante jours la France demeura sans pouvoirs et sans lois , menacée à l'extérieur par toute l'Ëu-
lopn armée, contre, elle, et •louiinée h. 1 inférieur par les forcenés de l.i cnniniiiiii' de Paris qui criaient déjà ; La liberté ou la mort ! Fendaut ces quarante jours , les jacobins plantaient partout des arbres de la liberté, se jetaient le sabre . au poing dans toutes les maisons suspectes d'incivisme , et envoyaient aux quatre-vingt-trois départements le nouvel et suprême iustiument d»' leur justice , la guillotine! Alors commence la sanglante trilogie qui se résume dans les noms de Lfaulon, Robespierre et Marat. *
A partir de ce moment y on sévit plus que jamais contre les prêtres insermentés; on les força d'opter entre Texil et la prison. On ofiVit trente-deux livres par tète à quiconque les amènerait au district. 11 s'en trouva bientôt une multitude entassée daîis le rliâteau de Nantes, où, sans compter ceux du pays, Maïue-et-Loirc «.'ii envoya trois cents , et la 8arthe cent soixaute-buit. Entin parut la loi qui ordonnait leur déportation en masse (26 août 1792). Trois joui^s auparavant j l'expropriation des émigrés avait été décrétée par l'Assemblée législative : Royon-Guermeur arrive en poste à Quimper pour opérer, disait -il , la levée en masse des patriotes et la vente des biens d'émigrés, le nouveau ministre de la justice, Danton, frappait à coups redoublés sur la France monai'ckique et religieuse , et particulièrement sur les provinces de l'Ouest. Visites domidliaires^ ventes des biens nationaux ^ arrestation des suspects^ se multipliaient de jour en jour. En même temps la double guerre sévissait au dedans et au dehoi-s. Huit mille Vendéens enlevaient Rressuire, et les troupes allemandes, l'or- (;ant nos frontières, prenaient Lougwy et Verdun.
Une armée de commissaires et de procureurs fit payer ces échecs aux nobles et aux prêtres de l'Ouest. On dressa la liste des émigrés , de leurs biens , de leurs enfants et de leurs proches. Leurs receveurs et leurs intendants . sous peine de se voir traités connue suspects, ai)portèrent leui*s comptes aux comités de surveillance. Ce fut dans toute la Bretagne un bouleversement général de Tanclenne société, une immense hécatombe, pour ainsi dire, de propriétés séculaires.
Et qui achète à vil prix ces biens nationaux ? Ceux qui
ANCIENNE ET MODEKNE. m
eu ont chassé les maîtres dans cet espoir; quelquefois, hélas! le serviteur qui feignait de pleurer leur départ; parfois aussi, disons-le, un honnête homme qui semble
voler ceux auxquels il veut uu jour restituer leurs domaines. Four l'honneur de la France , pour lliomieiu' surtout de la Bretagne , ces derniers furent nombreux.
Les élections départementales, qui allaient enfanter 93 » furent dominées pslrtout par les émissaires de la commune de Paris , par ces brigands reconnus qui dilapidaient les fonds publics, comme les propriétés particulières, qui pillaient le jrarde-nieuble , les églises, les dépouilles des victimes de septembre, et allaient passer du vol juridique à l'assassinat légal. A leur exemple, les bandits ordinaires, n'ayant plus de frein ^ arrachaient aux femmes leurs bijoux en public^ pour en fàire, disaient- ils ^ hommage à la patrie.
Tout profitait aux jacobins , au dehors coiiinie au dedans, les triomphes i nuune les défaites de la France. La nation, pour échapper aux horreurs de la guerre civile, de la proscription , et à la mort honteuse des échafauds , passait dans l'armée : deux mille volontaires, affluant de toutes parts, quittaient chaque jour Paris pour courir à la frontière. Avec ces jeunes héros , Duuiouriez et Kellerniann réparaient à Valmy les échecs de Longwy et de Verdun ; Gustine enlevait Mayencc et Francfort aux Autrichiens , qui se vengeaient en brûlant sept cents maisons à Lille ; Montesquieu envahissait la Savoie, et Ansebne le comté de Nice; enfin la première heure de Tan de la République française sonnait au milieu de tout ce bruit d'armes et des cris de victoire (24 septembre 1792 ).
Les honnêtes gens qui avaient pu concevoir d'heureuses illusions en 89, ceux qui les avaient conservées eu 90 et 91 , ouvrirent les yeux devant les horreurs qu'inaugiurait 93 , horreurs que 93 devait encore surpasser. A la suite de beaux discours sur la liberté , la foule ameutée , qui venait d'applaudir aux promesses de tolérance , deniaiidait k ^^rands cris la tête des prisoniiieis. Ces prisuimiers, c'étaient des noblés, des prêtres, des moines, des religieuses, des suspects en un mot l Voyant diminuer leur nombre par la retraite
m U1ST01R£ DE LA BRETAGNE
des républicaiiis honnêtes, les sans-culottes bas-bretons
r»Mloublèi*P!it (11? violence.
L'année 1793 vint pour la France» , et le ^ I janvier le tils de saint Louis montait au ciel; avec celte noble el pure victime semblaient s'envoler tous les anges gardiens du pays, qui resta livré à une année de démons. La Bretagne n*avait pas attendu le 21 janyier pour se jeter en traveis de la Montagne. Trois jours après l'exécution de Louis XVI, la H*'|ml)lique avait décrété la levée de trois cent mille honiJiH's ([ui devaient mnrrlier à la frontière : de son côté, l'Europe monan-hique lançait quati-e cent mille soldats contre la Hépublique. Dès que la levée en masse fut promulguée f une scission profondis s'établit entre les villes et les campagnes de l'Ouest. Dans lesvilfes, l'enthousiasme ré[)ublicain entraîna les populations vers la gueri*e extérieure; dans les campagnes , la terreur des pavsans rappela celle qui a\ait glacé la France au commencement de l'an 1000. Est-il encore temps de sauver Tautel et le foyer? se demandèrent Bretons et Vendéens. Ce fut alors qu'on apprit la mort obscure de La Houërie; il avait cessé de battre, ce noble cœur, le 30 janvier 1793 ; il s'était brisé de douleur en apprenant que la tête de son roi avait rouie sur le.^ pianclies d'un écliaiaud.
Avant de mourir, La Rouerie avait tenté , par un sublime etfort, d'ébranler la Révolution par la main de ses propres auteurs. Son médecin et son ami, Latouche*Gheflel,'S'était offert à Im pour être l'instrument de ses projets ; mais Tceil péiiéti'.-ml (le La Houerie ap(»rroit l)ientôt une traliison au tuiui (les folies espérances dont Cliel'tel le berce; Cheftelesl à Paris , où il vend son ami à Danton. Ce coup terrible épuise les forces de La Rouerie, déjà miné par une fièvre mortelle : errant dès lors de forêt en forêt , de ravin en ravin; traqué par des ennemis qui ont son secret ; n'osant soulever son armée de peur d'accélérer la perte de Louis XYl, dont le jnirenu^nt durait encore, il ne lit plus que lantruir juscju ail ntiniiieiicenieiit ilf 179J. La mort de La Houerie demeura près de deux mois secrète. La Révolution avait perdu ses traces; Latouche-Gheftel les cherchait i)artout sans les trouver. Les Anglais furent plus heureux; ils révélèrent
à la Gonvention la retraite d« son ennemi^ par Tentreprii^ des Amis de la Constitution de Londres, affiliés aux Jacobins
de Paris.
\j\ lînu»nie inspirai! (ant de cramles à la République, que les deux agents dp police char«-r<^s d»^ l'antMt'r , f^f le croyant vivant , dcmandèi'eiit sept nulle hoinmes pour lei^ soutenir. C'était inutile : un jardinier^ mis à la question , conduit les agents dans le jardin du château de la Guyoma* rais , et leur dit :
« L'homme que vous cherchez est là.
ce — îl est d(n\c mort?
M — VA «'iiierro, suivant (lésii-h, avec toute sa corres- « pondauce et tous ses papiers. >•
fïn trouve en effet ces fatales lettres, qui tirent monter à réchafaud les nobles et héroïques complices de La Rouêrie; ils moururent comme ils avaient vécu , le cœur plein de courage. Il manquait cependant à la Convention la liste des complices du héros : Thérèse Lemo«'lieu la hrùla lorsqu'on vint Tarrèter. Ai li.>n ^énén'usr, niais qui p(U'dil la <:un>piration : compromis par la liste fatale, tous les confédérés se seraient battus jusqu'à la mort; sauvés par sa destruction , la plupart renoncèrent à la partie ou rajournèrent. On jugea plus tard , à Paris, vingt-sept des complices de La Rouêrie : douze montèrent sur Féchafaud ; il y avait là trois femmes, soutenues par Thérèse Lemo^lien. L'une d'elles , M"» de La Touchais, mourait à la placed'une sœur dont ell»* avait pris le nom. Tous refusèrent énergiqueraent les services des prêtres constitutionnels.
Morillon et liarthe annoncèrent en ces termes au gouvernement républicain la mort du grand conspirateur : a ... La (c Rouêrie est mort dans un accès de ra^; ses partisans « sont aux mains de la loi^ ou poursuivis par Vétemel V remords, La 4ïi-devant province de Bretagne est paisible: « il rCy a rien à craindre d^el/c' pDur la république. Nous « pouvons en dire aidant des rlé/iftrfeifwnfs limitrophes, La t( calotte et 1rs vieuv parchemins sont vaincus; mais il faut ft élever ce peuple ignorant à la hauteur de notre belle révoc lution; nous devons le contraindre à savoir être libre. De ff Imgtemps il ne sera tentée sans aucun doute, de se
i«4 HISTOIRE DE LA BRETAGNE
« révolter contre les principes satweun proclamés par la cr Convention ; mais si wm n'avez rien â craindre de lui, il « n'en est pas ainsi des patriotes , qui se sont affkdis dans
V im modéra lit isnie igiiomiiji«'u\. Nous allons nous mettre « à h\ < h.i^s»* (1rs prêtres et des nobles (|iii n'ont paseiiauv (1 expie k'iu' incivisme par ïexii ou par la guillotine. Cette « œuvre de sans-culot isme ne sera pas longue à accomplir. . . « Nous croyons devoir signaler à l'attention des comités « Fhypocrisie de quelques faux républicains qui regrettent « la mort dp Capet , et qui surfout affectent des erainies
0 diimérifpirs si/r In frn)i(/fa'i/îté des paysans. Que les levées « s efleclueul avec du cauuu et d»'S couiis de fusil , et i)er- « sonne ne sonirera à se révolter; nous vous le garantissons « sur notre foi de bons républicains et de sans-culottes. »
Cette lettre importante est datée du 5 mars 1793« Gmq jours après , la Bretagne , PAnJou et le Poitou se levaient eu masse. Mais avant de raconter IVxplosion populaire de
1 < hu'st^ disons un mot des derniers exce^ qui la reudiieut inévitable.
Les administrations départementales, non contentes de féliciter la Convention sur la mort de Louis XVI , allèrent jusqu'à dénoncer le jeune Louis XYII> sous prétexte d'extirper les racines de l'arbre monarchique, La délation fut ,
d'ailleui's , pailniit à Tordre du jour : « On put être infâme et l'avouer hautement », dit M. Mellinet. Quant aux prêtres, on ne se borna pas à les laisser mourir dans des cachots infects 5 on les accusa de continuer leur ministère, de faire des prosélytes à travers le guichet de leur prison, et désormais ce guichet ne s'ouvrit plus que pour le geôlier. Présidant une rén'juouie funèbre à rnccasion de l'assassinat du régicide Le Pelletier, un évèque constitutionnel s'écria : « Les Égyptiens condamnèrent les cadavres des rois; Le R Pelletier a fait infiniment davantage : il a jugé à mort a la royauté elle-même 1 » Et toute la populace dç répondre : « Mort aux rois ! mort aux aristocrates 1 mort aux « cîilotins ! n
Voilà ce qui se passait dans les villes de l'Ouest.
Dans les campagnes, c'était une persécution incessante, organisée de chaumière en chaumière. Qroyant étoufifer la
foi et la liberté à force de commissaires et d'agents, la Convention poussait à bout la patience des hommes les plus dociles. Au moindre péril de la révolution^ au moindre revers de ses armées, les Jacobins déchargeaient leur fureur contre les poiinlahoiis de l'Ouest, qu'ils accusaient de tous les malheurs de la France. — Calomnie, ingratitude ! Oiii avait jeté dans les cœurs ces germes de liberté et provoqué ces réformes dont la république se montrait si fière , sinon les Bretons et les hommes de TOuest? C'est une justice que Napoléon leur a rendue depuis longtemps. Les peuples de l'Ouest avaient toujours été libéraux, dans racception la plus vraie du mot; chez eux la liberté ne datait pas d'hier; elle avait fait rouler César, et avait maintenu ses droits contre les monarques français^ tout en leur gardant un respectueux attachement. Quelle ne fut pas la longanimité de ces dun enfants de TArmorique^ comme ils se nommaient eux-mêmes ! U fallut^ pour leur faire prendre lés armes, que l'oppression bouleversât leurs propres consciences et leurs propres foyers.
S'ils avaient défendu les gentilshommes fidèles au pays, et s'ils les mirent à la tète de leurs bandes , c'est que ces gentikdiommes étaient leurs frères encore plus que leurs maîtres. Sous une féodalité patriarcale leur vie commune était une vie dï\i;alité; leur ^^uerre d'insurrection tut la continuation naturelle de cette vie; œ fut vraiment la guerre d'amitié , comme ils se plaisaient à l'appeler.
Cet hommage au caiïctère breton a été fornmlé par un historien qu'on ne peut suspecter de partialité en faveur de rOuest, par M. Thiers lui-même ( Histoire de la Rémiution, tome iv, pat;e 79). Au reste, nous citons textuellement ses reniaitiiKildes expressions : « Le régime féodal, dit -il, s'était empreint, en Bretagne et en Vendée, d'un caractère tout patriarcal, et la révolution , loin de produire ^ne réforme utile dans ce pays, y blessa les plus douces halntudes et y fut reçue comme une persécution»,,.. Les sei* • gneuis entretenaient avec les paysans des rapports conti- Tiuels et faciles... Us faisaient la chasse en connnun... Les prêtres, d'une grande ])uret»'* de rareui-s, exerçaient un ministère tout paternel... On subissait l'autorité du sei-
gneiur^ on croyait à la parole du curé , parce qu'il n'y ami ni opjjreman ni icandale. »
LÂ Républi()ue s*était imaginé qu'il suflSrait de menaeer
les Bretons pour l»'s em-ôler sous son dnipeau. u Cette œu\Te M dt» sans -fiil(»li>iiic ne sera pas longue à accomplir, c aient écrit Morillon et liartlie; que les levées s'efieo « tuent avec du canon et des coups de fusil, et personne ne c résistera. » Du moins eùt*il fallu pour cela une loi f^ise et des ministres accrédités. — Or, rien de plus vague que la loi du i4 janvier, rien de niuiiis considéré que le< hnaijiir- rh;ugés de son exécution. - Le contingent de chaque commune devait être tixé dans les vingt-quatre heures de la promulgation. Des registres d'enràlements volontaires restaient ouverts pendant trois jours ^ et si le nombre des inscrits ne complétait pas le contingent, les appelés réglaient eux-mêmes le moyen d'y parvenir. De là mille conflits et raille querelles entre les citoyens et les ofliciei-s municipaux. En vain les coioinissaiies mettent sur les billets : soldats de la patrie. Ces billets d'honneur, comme ils les appellent, ne séduisent nullement les paysans bretons. Si Ton joint aux ambiguïtés de la loi rjrritation des esprits et l'impuissance des magistrats, on comprendra qu'il y avait là toute une coutre-révolutiou.
Ce qui acheva d'exaspérer Ii - \illages, c'est que les villes furent ménagées à leui^ dei>eus , sous prétexte qu'ils ne fournissaient pas assez de volontaires. « Faites peser la « réquisition sur les paroisses lesvplus récalcitrantes 9'» écrivait imprudemment le pouvoir exécutif. Plus imprudents que leui's chefs eux-mêmes, les commissaires menaçaient des postes les plus éloignés et les plus dangereux tous ceux (iui ne maalieiaient pas spontanément. Les paysans^ convaincus qu'on voulait les mener à la boucherie , répondirent : « Autant vaut mourir chez nous ! »
« Ce mot^ dit avec raison M, Pitre* Chevalier^ définit parfaitement toute leur insurrection , dans laquelle Tesprit de parti le plus aveugle a pu seul voir un complot organihé d'avance... Ce lut le mouvement le plus libre et le plus spontané qu'olfre l'iiistoire ancienne et moderne. Les persécutions religieuses avaient comblé Tirritation populaire,
ANGIBNME ET MODERNE.
la levée m masse l'ut l.i (lemièi'*^ geutt*- qui l.i lit (l«'l>nrtler. »
Ce ne fut pas la noblesse qui fit soulever les masses , ce furent au contraire les masses qui entramèrent la noblesse, au nom du peuple et de ses intérêts. Les paysans opposèrent à la république sa propre devise : Liberté, Égalité. On vit alors en Bretagne et en Vendée , comme Ta très-bien dit un écrivain de nos jours, cet étrange et merveilleux spectacle , si mécoiiini jusqu'ici par les historiens : d'un côté, un )j;oin Ploiement qui s'intitulait RêpubUtina , et qui dépassait toutes les corruptious et toutes les tyrannies de la monarchie absolue ; de l'autre côté , une armée de paysansqui réalisait, sous le drapeau de la monarchie, toutes les théories de la république.
A Vexception de quelques levées partielles , qui s'accomphreut avec facilité (comme à Nantes et dans certaines villes du Finistère )j il est vrai de dire que toutes les paroisses bretonnes repouss» ivut la loi du 21 janvier. Dans le Finistère même, si puissamment administré, on ne put contenir les territoires de Lesneven, de Brest, et sm'toutde Saint-Pol-de-Léon. . Cette répulsion fut particulièrement énergique dans le Morbihan; on y vit plusieurs villes assaillies ou enlevées par des milliers de paysans réfractaires. Pareil fait se produisit dans la Loire-Inférieure , rille-et-Yilaiiie et les Côtes- dn-Nord.
Une première bande se rallie à une autre, et, comme une avalanche , grandit en s'avançant. A Vannes, les magistrats et la garde nationale vont au-devant de huit cents rebelles, qu'ils somment en vain de retourner sur leurs pas. D'autres bandes s'unissent à celle-ci > et elles forcent la ville sous le feu de la garnison : on s'assomme d'une part (les paysans n'avaient que des bâtons), on se ' fusille de l'autre. I/autorité n'a le dessus qu'en s'assuraut de cent cinquante réfractaires.
« Quelles sont vos intentions 1 leur demandent les juges c( de paix.
« ^ Puisqu'il n'y a plus de roi, de loi, ni de prêtres, « répondent» ils, nous voulons cracher avec la nation. Nous « voulons savoir de quel droit on prétend recruter. Nous ne * connaissons plus de maîtres ; nous nous lèverons tous ! d
m HISTOIRE DE LA HKE^fAGNE
Et déjà les plus eflhtyants rapports viennent justifier cette menace. On reconnaît aux vengeani^es dont parlent
ces missives dps hommes poussés à bout par trois aii> (!♦• résigiiatîMii. Les affreux événenients de la Hoclie- Beriiard vieimeut terriiier les administrateurs et la milice de Vannes , au moment où ils se préparaient à courir au secours de leurs voisins. Le massacre de la Rodie-Bemaid fut le prologue du drame qui allait ensanglanter la Bretagne. 11 faut 1»' (lire, le plus beau rôle n'y appartient pas aux insiirffps: et ces terribles rej>resailles, qu'on valeur rendre a« centuple, nous rappellent la confidence que faisait naguère un de leurs chefs à un historien estimable : tt Une fols en guerre réglée, les paysans de l'Ouest furent « aussi humains que le permirent les circonstances; mais « aucune parole ne saurait exprimer la frénésie de leur (( })remier soulèvement. » Ajoutuiis qu'à la Hociie-Bemard les deux partis f'ureiit leurs héros comme leurs martyrs. On vit un gentilhomme, M. du Plessis, hravant la fureur des villageois égarés, aller chercher des médecins pour leurs victimes, leur porter lui-même ses secours et ses soins, et sauver dans sa maison, au risque de sa propre vie, le li( iitenant Monistrul. ih\ vit aussi la femme Priou^ Uiu i(in se faire la gardienne intrépide et la servante dévouée des patriotes, leur donner son lit, sa table, sa hourse, et les arracher, sous divers déguisements, aux poursuites de ses propres amis.
Il faut dire aussi que la principale victime parmi les républicains , Joseph Sauveur , enthousiaste révolutionnaire , avait souvent excité les citoyens de Rennes et de la Hoche-Hernnrd contre les paysans; qu'il s'était montré justicier impitoyable cuNcrs les [urètres réfractaires; enfin, que les paysans bretons lui attribuaient le coup de feu qui avait abattu un des leurs quand ils>fratemisai^t avec les habitants.
Quoi qu'il en soit , tout cela montrait à la Hépubliqu® qu'après avoir semé le massacre elle allait recueillir le carnage. On se figure sans peine que la réaction n'épargnait pas les prêtres assermentés.
Les vainqueurs de la Boche, grossis de village en village ^
ANCIENNE i:r MODEHNK.
se jetèrent sur Rocbefort, sur H* «ioii et sur Guérando. Déjà llnsumction avait trouvé d'habiles capitaines : elle le prouva à Ploënnel , et surtout à Pontivy.* La garde nationale y fut écrasée par les paysans , qui s'emparèrent à coups de fourches d'une pièce de canon ( 15 mars 1793). A Rochefort, le chevalier (le Si [7 roiiiinaïuiait les villaîienis sons le nom de général de llocheturt. Il avait sous ses urdivs MmU Méjan, dit Dupuis, Chevalier, Guérin, La Rivière et La Roque, 11 fut le premier à organiser l'insurrection par contingents de communes , qui se relevaient les uns les autres^ et à lui donner le drapeau royal. Les bleus manquèrent à la défense de Rocfaefort , dont les blancs s'emparèrent , le 16, sans coup férir.
En trois à quatre jours lexplosiou des campagnes avait ébranlé les cinq dé])art»'ui('nts brûlons. Kn plusieurs endroits, les curés patriotes guidaient les républicains contR» les paysans bretons. Saiut-Pol-de-Léon fut, depuis le 14 jusqu'au 24 mais, un véritable champ de bataille, à Toccasiou du tirage de la conscription.
Déjà l'insurrection s'agglomérait en armée, armée d'autant plus terrible qu'elle était insaisissable, et eUe trouvait chaque jour de nouveaux chefs dans les nobles compagnons de La Houcrie. Mais les meneurs les plus influents furent partout les simples laboureurs qui , comme Yves Helloco, quittèrent la charrue //our se battre en famille Jusqu'à la paix. — Exposons maintenant l'insurrection de la Loire- Inférieure, et par là, entrons en Vendée.
Ce fut un spectacle imposant des deux côtés. Dans les campagnes, une armée de paysans soulevée contre la liberté des villes ; dans les cités , une armée de citoyens repous* sant la liberté des paysans. Ici , de pauvres gens traqués dans leurs foyer>, défendant avt r tles faux et des kUous cette vieille croix du Christ qui avait allVauchi le monde. Là, les fanatiques d'une religion nouvelle inq)osant à coups de fusil leur symbole, et convaincus qu'il allait à son tour sauver la France.
Nantes , en proie aux plus vives alarmes, apprêtait un système de défense, comme si les paysans l'eussent menacé d'un siège en règle. Au dehors, les villageois occu-
m\ IIISÏOIKK bK I A URETAliNF,
paient toutes les issuos de la ville , à une lieue à la roode. En \aiu les administrateurs essayaient -ils de leur promettre |>ardoa entier s*ils se désistaient de leur attaque; il
étîiit liMp tard \miv parler ainsi, et ou ne les écoutait pas. Il ailU'iirs, un trihuiial extrauidinain» venait d'être créé pour juger tous !♦ s rebelles qui seraient pris les armes à la main. Le 15 mars, grande alei*te. Le maire de Nantes redouble d'activité; il veut que la ville qu'il administre devienne la citadelle de la République. On se disposait en6n à s'^irorger en France entre Français, comme on s'égorgeait Mil Ici In (litière entre 1- raucais et Autndiiens. Ce fut rIofs que la Vendée tout entière se leva romrae un seul homme, et vint donner la main à la Bretagne.
CHAi'ilttE XV
Saite de la révolution en Eretagne. — Iji Vendée militaire. — Gathelineau. — La RochejacqneleiB. — Cbarette. — Pmnièfe époqœ.
Avant tle raconter le drame de la guerre de Venili-e. dessinons en peu de mots le tableau géogi apluque^ et indiquons les principales divisions de cette terre de héros.
Nous entendons d'abord par Vendée toutes les paHies de l'Anjou, du Poitou^ du Maine et de la Normandie qui se joignirent à la Bretagne dans Tinsurrection dé l'Ouest : telle est proprement la Vendée wllitaire, dont M. Grétineaii- Joly a écrit récemment l iiisiuire, avec cette ampleur de vues et de style qui lui est particulière.
L'ensemble de ce grand théâtre de la guerre civile a pour limites , d'im c6té> la mer qui baigne les cètes de Bretagne dans toute leur étendue , et de Tautre côté , tme ligne qui part de 1;« Manche, près du Cal \ ados, remonte l'Orne jusqu'à la source du Sarthon, suit cette rivière jusqu'à la
ANCIENNE ET MODERNE. i91
Sarthe . traverse la Loire à Sauimir, et alKmhi à l'i N-j'an, près (it's Sahles-d'Olonne. toniloire reiifernu* au moins cinq miliioas d'habitants. Il itérait trop long d'en examiner successivement les points principaux; nous serons donc trèsh-bref à cet égard.
La Vendée militaire comprend presque tout le département de la Vendée^ une partie de celui des Deux- Sèvres , et toute la rive gauche de la Loire dans les départenieTits de Maine-et-Loire et (le hi L(»ire-InfrTienre. Cai dernier tleuve doit être coii.sidere cuiuiiie une ii^aie de séparation constante entre la Vendée et ia chouannerie. Ce grand centre vendéen a au moins huit cent mille habitants. On distingue en Vendée le Bocage , la Plaine , le Marais et les Iles. Le Bocage est le centre, et en quelque sorte le résumé de la Vendée, sous tous les rapports. On y trouve peu de grandes forêts , mais une quantité de petits bois , et le pays tout entier .^t inl 1» couvert d arlires, tant les clôtures (composées d'un talus de cinq pieds de haut et d'une haie vive ) y sont rapprochées et multipliées.
En 1793, tout ce pays était un obscur et inextricable labyrinthe > où se croisaient^ entre un dôme de verdure et un gouffre de boue , ces terribles diemins creux qui engloutirent tant de bleus. Beaucoup de ces chemins étaient encaissés jusqu'à dix ou douze pieds au-dessous du niveau des terres. Il n'y avait que deux grandes routes, celle de Nantes à San mur par Chollet , et celle de Nantes à la Rochelle par Montaigu. « Encore, dit Kléher dans ses Mémoires, ces grandes routas n'offraient- elles d'autre.s avantages qu'un peu plus de largeur; car^ tlanquées par le même système de clôtures, on ne pouvait s'^ déployer ' nulle part , et les embuscades et les surprises y étaient aussi dangereuses que fréqnentes. »
En Vendée, dès les premiers temps du moyen Ago, les libertés populaires étaient placées sous la garde et la garantie des prêtres. Qu'un s'étonne, après cela, de raccueil (|ue reçurent en ce pays la constitution du clergé et la levée des trois cent mille hommes. L'influence des nobles en Vendée, toute grande qu'elle était en i 793 , était subordonnée à celle des prêtres. Gomme l'intérêt des seigneurs ne se séparait
jamais de celui dos ferniioi-s , cette solidarité maténrll»' oiig»'iiili.iii la fiafririit»' nidiale. Toute la Vonflée rtMti divisée par mélaiiies dont les li'uits se partageaieni euin» les propriétaires et les cultivât ears , les relations entre reux-ci et ceux-là étaient journalières et continuelles. Les uns s'affligeaient naturellement des pertes des autres^ et se réjouissaient de leurs bénéfices.
Toutes les nx-tairios qui dépendaient d'un château en faisaient en qu«*l(iii»' Ma ir jiartie, et les métayers composaient ou coHipietaieut la tanulle du seigneur. C'étaient à peu près de part et d'autre les mêmes mœurs, le même langage, et parfois le même habit. Le noble présidait en père à toutes les phases de la vie du fermier: à son baptême^ à sou mariage et à sa mort. Il était son conseil et son avocat dans sesatl'aires , son confident dans ses joies et son consolateur dan> ses charnus. Il lui remettait son loyer, ou même lui pK'tait du grain et de l'argent dans les années de détresse. Il le faisait asseoir à sa table et le servait de sa main , toutes les fois qu'il recevait sa visite. Le métayer lui rendait la pareille chez lui dans la même occasion^ et cela se renouvelait à peu près tous les jours. S'il y avait un malade à la ferme, tout le château accourait : madame la comtesse ou nja<iaine la martiuise apportait des drogues ou d«.'.s douceurs, ^0 faisait garde-malade et sœur de charité. Les bals dn iiimauche se tenaient dans la cour du manoir. Le maître dansait avec ses métayères» les métayers avec la maîtresse; on trinquait et Ton chantait ensemble^ sans que la familiaïité oubliât jamais le respect.
Hâtons-nous de dire que la plupart des nobles familles wnd^M'nnes ont conserve ces habitudes patriarcales.
Celle Iraternité profonde avait trois racines égalemeut sAcrées : la religion, l'éducation et le iiatriotisme. Beau- <vmp de citadins, surtout dans le Bocage , prenaient part JiVN' les paysans aux chasses des nobles , le seul luxe de ces dmiers. Cette fraternité dans un plaisir (lui efface si facilemriiî loutes les distances, eut les plus heureux résultats iiirs «k^ guerres vendéennes ; aussi verrons-nous un grand nmVx^ lie bourgeois parmi les officiers de l'armée de l'intGifit«tftkw« Ht si d'autres^ adoptant la révolution qui les
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éle\ait à l aiishjci'atic , iiïvni uue pierre t'iit'i'gicjutî aux uiineiuib de la république, presifiie Uma les épargiieretil ou les sauvèrent quand l'occasion s'en présenta. L'ennemi du bouigaois vendéen était plutôt le payi^u que le gentilhomme. Le villageois se feisait uu jeu de gmailler, selon son expression > ou même de vexer tout parvenu qui se donnait des airs de grand seigneur. Aussi ces deux classes lurent les plus acharnées l'une contre l'autre pendant ia Hévolulion.
En 1793, on ne voyait en Vendée ni un mendiant ni uu aubergiste , ce double iléau des campagnes. Celui qui n'avait ni feu ni lieu n'avait qu'à entrer à la première ferme venue; il y trouvait du travail, un gîte et du pain. Ainsi du voyageur , quelle que fût sa condition : l'hospitalité latteudait et riiél)ergeait de porte en portc^ d'un bout à l'autre de la Vendée. Presque tous les traités se laisaitait de vive voix, sans notaire ni papier, et se gardaient religieusement sur parole pendant une suite de génératioo.s. On savait à peine ce que c'était qu'un voleur dans le pays. La confiance générale était telle, que les maisons restaient ouvertes tout le jour et se fermaient* à peine dura:nt la nuit.
Nous nous arrêtons à regret, et nous inuisuns ue puiisoir mieux terminer ces aiHirçus , (jue nous euàprunlons aux historiens de la Vendée, qu'en laissant tracer à la plume de M. Grétineau-nloly un parallèle fort Juste entre le caractère des Bretons et celui des Vendéens.
« Autant le Hreton est âpre , emporté et tenace dans ses idées . aillant le Vendéen a de douceur <'t d'aménité dans le caractère. Façonnés de Ionique maui aux tourmentes des guerres civiles , les enfants de l'Armorique ont tous encore dans la tête et dans le cœur un peu de ces instincts belliqueux qui caractérisaient leurs grands hommes... Habitants d'un pays plus riant et plus tranquille , les Angevins et les Poitevins n'avaient pas les mêmes mœurs. Tout était contraste en eux , tout , jusqu'à la bravoure, ne |*rocédant pas des mêmes causes, ne produisant pas les n^èmes résultats. Plus expansifs, plus joyeux , même à travers ce fonds tristesse qui caractérise Thabitant du Bocage^,»
- l).nt>iiin'ties (les ' '•uuiuciit les plus \AU's atrocités sans liocoul^ venge aux ^*«uire. Près de la r (iaston revêt l'habit «l.iraichins au carnage.
1 Souchu surtout , le . «'.et homme était un -1 rage personnelle M [»arut la loi du recru- 11 \ criminels; et, eu pré-
' tyrannie révolutionnaire, i houannerie , au môme cri : mourir^ mourons au pays, le nos consciences et de nos
cent inillt^ hommes était nh'ons se d<'iiiiiti(laieiit entre iiiice. « Non, l'ut leur réponse urir au pays qu'à la frontière! »
lars qu'ils se rendirent dans les es d'enrôlement. Cette journée se ♦'S et des injures. Mais on apprit, patriotes faisaient demander des On assura même que le district de 'îiri<|ti(M' un grand nombre de nimottes : uiliere les jeunes gens attachés deux iMdic , le tocsin sonne de toutes iiarts, •^ntisscut du cri de vengeance, et Ton se iiix chefs-lieux, où Ton brûle tous les e\cepter les registres de l*état civil, i^sa le 10 mars à Saint-Florent- le -Vieil <1'' toute rinsurnu:ii()ii viMidéenne. — Les iii «listrict étaient assemblés dans la chapelle il . «lont on avait fait réglise paTui>^iale en '••Il la brûlât. A la porte, une coulevruie chariMi' menaçait les jeunes gars qui refusaient de
i»k lllï^rOiKL DE LA liHLiAGNE
de r AiQou et du Poitou n'avaient jamais été nourris de cette passion militaire qui acclimata chez les Bretons la sombre
énergie dont ils donnère nt lant de preuves. Les ^'uerres de succession , de relijrion on d'envahissement ont bien aussi passé sur la tête de ieuis ancêtres; mais ces guerres n'ont laissé aucun tiel dans les cœurs ^ aucune tr^ce sur cesde^ nières provinoes. Après la victoire ou la défaite^ les paysans ont repris leurs travaus delà semaine^ leurs plaisirs du dimanche , comme si rien n'avait troublé les simples félicités de leur vie et les joies de la famille... Les Vendéens de 179.'J ne savaient des choses et des hommes qn»* ce qu'ils en apprenaient au prône de leurs curés. Ils pratiquaient avec simplicité toutes les vertus chrétiennes, et no se doutaient guère qu'ailletirs il en pût être autrement. Aussi ces hommes encore primitifs ne comprirent -ils rien aux passions que 1789 avait fait déborder. »
Mais il est temps de dire au lecteur les causes véritables de l'insurrection vendéenne, cette guerre de géants, comme rappelait Napoléon dans son admiration.
Le cotiiplot de La Rouérie avait , dès I792> enveloppé la Vendée sous le nom de Cmfêdératim poitevine et par Fentremise influente du prince de Talmont; mais là comme en 1]iv1.il:iii' toute Thabileté du grand consi)irafeur n'avait pu qu'enrôler les gentilshommes sans eutiainer les paysans. Les Vendéens aussi attendaient que la Révolution vhit les traquer dans leurs chaumières. Us repoussèrent , il est vrai, la constitution civile du clergé» mais sans lui opposer . d'autres armes que la fidélité à leurs croyances. Us tournèrent le dos aux curés constitutionnels, mais sans les maltraiter comme en basse Bretnunie ; ils recueillirent et cachèrent leurs prêtres proscii}.^, allèrent entendre leur messe et recevoir leur bénédiction dans les genêts , mais sans leur former un rempart de leurs corps et de leurs fusils, comme les Morbihanais.
Tous les soulèvements qui précédèrent celui de 1793 manquèrent en effet d'ensemble et de suite. Ainsi , près de Bressuire, le 24 août 1792, le puelier-maire Delouche, après avoir incendie le district de Gliâtillon, lance une masse de paysans contre les gardes nationaux des villes voiwnes.
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ries nialheuieux sunt iacilement ntis eu pièces, et leui-s vainqueurs emporteut au bout de leurs baïonnettes des oreilles, des nez et des mains sanglantes. Ck)uiment les plus paisy)les Vendéens eussent-ils souffert de telles Sitrocités sans représailles? — Joly, chirurgien de Machecoul, venge aux Saliles - d'Olonne les victimes de Bressuirr. Près de La (iaïuache et de He.uivoir, le perruquier Gaston revêt l'habit d'un officier qu'il tue, et conduit les Maraicbiusau carnage. Dangy^ de Vue^ se rue sur Pomic. Mais Souchu surtout , le féroce SouchUj ravage le bas Poitou. Cet homme était un Imnâit qui exploitait au profit, de sa rage personnelle le mécontentement des Vendéens. Enfin parut la loi du recrutement , accompagnée des tribunaux criminels; et, en présence de cette sui)rème raison de la tyrannie révululiomiaire, toute la Vendée se levé avec la chouannerie , au môme cri de ralliement : « Puisqu'il faut mourir^ mourons au pays, « et mourons pour la liberté de nos consciences et de nos « foyers ! »
Depuis que la levée des trms cent mille hommes était
décrétée, les jeunes ffars vendéens se dénia ndaient enti'e eux s'ils tireraient à la milice. « Non, fut leur iv|»onse « unanime. Mieux vaut mourir au pays qu'à la frontière! » Ce fut le 10 (ou le 13) mars qu'ils se rendirent dans les districts pour voir les listes d'enrôlement. Cette journée se termina par des menaces et des injures. Mais on apprit, dans k nuit , que les patriotes faisaient demander des secours dans les villes. Ou assura mr*me ([ne le district de Machecnnl av;Mt fait fabriquer un }zi'and nnmlu'e de in»'nuttes pour emnieiier à la trontière les jeunes gens attachés deux à deux. A cette nouvelle , le tocsin sonne de toutes t»arts, les camp^nes retentissent du cri de vengeance, ei Ton se porte en masse aux chefs-lieux, où Ton brûle tous les papiers, sans en excepter les registres de Tétat civil.
Ce qui se pas.^a le 10 mars à Saint -Florent -le -Vieil donnera l'idée de toute i insurrectinn vendéenne. — Les commissaires du district étaient assemblés dans la chapelle des Bénédictins, dont on avait fait l'église paroissiale en attendant qu'on la brûlât. A la porte, une coulevrine chargée à mitraille menaçait les jeunes gars qui refusaient de
m * HISTOIRE D£ LA HftSTAGNE
M'iur îiitT. (>ii\-ci arrivaient par bandes sous la gueule du t'.iiinu . ,i\tH h iir.N |*art^uts , leui> tiancêe*! et î»*ur> anus; liMirs i.iiij^i ghississïient d'ht^ure eu heure ^ur la place; mais pas uu ne se rendait à l'appel qui les réclamait. « Venei « tirer« tm voiis allet mourir 1 » hurie un oommusaiie. « Plutôt mourir ! » répond un jeune gars. Un coup de canon pail ti laboure les rangs des conscrits. Mais déjà tous se si>nl nit^ mt la pièce, et dispersent , ou assomment avec leurs bâtais « «rtilleurs et commissaires.
Ils se Miraient le soir, croyant tout fini, lorsqu ils r»*ii- rontrrnMit ,lat <)n«'s ( lu Imeaii , pauvr»' marchand tdlpnileiir «le lauie, \mv t\v l inq enfants , humble, sage, véuure du pays euluT cinume lui saïut , oracle et arbitre aimé sur Ions It^ champs de foire «ralentour. Catbelineau veuait d «p|»reu4lre la révolte de Saint «Florent ^ au moment où il pétrissait pain ; aussitôt il avait endossé sa Teste et volait au sefour» de ses frères , lotsipi'il aperçut les jeunes gens «pu sVn ristournaient rhea eux. A l'instant , cet homme de ^ciHt' ru >^abt>1s devina >a \ocahon «•! celle de .^un pays.
M Ouo « 1 11} tf 7 - \itu^ faav majuteuaut, mes amis? deu*»anda-t'il au\ villageois.
(( — Nous temr tranquilles et reprendre nos travaux.
« Mors TOUS allez tous mourir!
« - • ikMument cela !
<f «— Les gt^ndarmes que vous avea battus ce matin vont « venir demain vous prendre ou vous tuer l'un après l'autre « dans vos chaumières... ^> que vous venei dê faire exige
« unr snilc. »>
A ( t'> mois les ii'unes i;ars se rangent autour du voiturier (^alheliueau : ils Nint vingt-sept aujourd'hui , et n'ont que des hâtons; dans trois mois ils seix)ut vingt mille, et assiégeront Nantes , sous les ordres du généralissime Catbelineau. — Telle fut riiéroïque simplicité de 1 insurrection vendéenne.
Cathelineau et ses compagnons , recrutant des forces de
métairie en métairie, arrivent le \ i inaih à la Poitevinière. Le lucsiii ^oinie de eloclier en clocher : à ce signal . tout paysan s'arme de ce qui lui tombe sous la main, fusil, bâton^ faux^ fait sa phère et court rejoindre ses frères.
Oq attaque le château de Jaltais , défendu par k ligue et la garde nationale de Ghalonnes , sous Jes ordres du médecin Rousseau. Gelui-d croit les réduire en faisant braquer sur ces hommes indisciplinés une pièce de six ; mais les intrépides Vendéens improvisent la tactique qui leur donnera tant de victoires : ils se jettent tous spontanément conln^ terre, laissent passer la mitraille , se relèvent, et, prompts comme Ja foudre , enlèvent la pièce et ceux qui la servent. Ils imposent aussitôt- à ce premier trophée le nom de Jtf»iùmnaire. Puis ils surprennent Ghemillé , où ils saisissent encore trois canons et des fusils. Là, de nouvelles recrues arrivent à Gathelineau. Les mêmes scènes se passaient eu nièine temps sur tous les points de l'Anjou et du Poitou , et exaspéraient au dernier point le républicanisme des cités, qui était impuissant à réprimer ces premiers succès des paysans.
A Maulévrier, le garde-cbasse Stoffiet, homme résolu > armait douze cents paysans. Tonuelet, autre garde, en réunissait cent cinquante, et leurs rangs se grossissaient des insurgés de Mauves, chasses par la garde nationale de Nantes. Les gens de Pouzauges et des alentours forment une petite armée, mettant à leur tête MM. de Sapinaud, de La Verne et Royraud, et livrent à Saint -Vincent une bataille en règle aux bleus : là, comme à Jallais, les canons sont enlevés à coups de fourche. Tout le centre du I^ocage, tout le pays de Fonteuay à Nantes, sont t;n armes sous les ordres de Béjarry, de Verte uil et autres châtelains.
Le 15 mars, Stoiilet, fonnelet et Forêt s'unissent à Gathelineau pour attaquer OhoUet; le combat dure cinq heures, au bout desquelles les Vendéens entrent en vain* queurs dans la place. De là Gathelineau court à Vibiers repousser les gardes nationales de Saumur, et leur enlève un magnifique canon, que >es soldats surnomment Marie- Jeanne. Le conseil de Maine-et-Loire , épouvanté , demande à la Convention nationale un tribunal d*abréviaiion, pour faire tmnber les têtes des conspirateurs; mais toutes les mesures de rigueur ne font que donner des ailes à Tinsurrection. Elle s'étend, comme une traînée de poudre, de la Loire à ht luer; cl la Couveutiou, n'ayant pas de soldais
HISÏOIHK Dk. LA iihETAGNE
pour la combat tr(>, vote deux mi^^inns pour h corroiapre.
On voit combien rini^nmction de l'Ouest fut populaire et libérale : le choix des nobles qui la commandèrent n'est (|u*iinc preuve de i)lus de cette vérité. Gatbelineau avait
dit dès le principe : « Nous sommes aussi braves que les « gentilshommes, mais ils sont plus s.ivants que nous; « c'est à eux «le nous diriger. » Aii-ilùt chaque village courut prendre i>our chef le seigneur du manoir le plus proche. Les gentilshommes ^ qui avaient vu éobouer le complot de La Houêrie^ ne purent croire d'abord au succès des paysans. Tous , ou presque tous^ refusèrent donc , dans les premiers temps^ de s'y associer; et ce fut par déivouement qu'ils cédèrent à cette voix du peuple ^ où ils ne reconnaissaient pas encore la voix (!♦' Dieu.
M. do Sapinaud, un des pn^uiiers chefs de la Vendée centrale, ayant t'té prosipu' cnlovp à sa famille par les villageois pour être leur commandant , hésitait à se mettre à leur tête ; mais ce fut en vain : « Que m'auriez* vous fait , « leur dit-il plus tard, si j'avais refusé de vous conduire? « Je vous aurions tiré un coup de fusil, » répondit un de ces Spartiates chrétiens. C'est ainsi que MM. de Gharette, de La Rochejacquelein , de Lescure, d'Elbée, de Bonchaui])s, etc., passèrent à l'improviste de la retraite au champ de bataille. Toutes ces iioldes têtes, dont nous regrettons de ne pouvoir au moins esquisser les traits , étaient dominées par la grande et populaire figure de Gatbelineau, entouré de ses quarante -deux parents. Ce paysan de génie était la complète incarnation de la Vendée.
Les premières armes des Vendéens furent les bâtons qu'ils avaient pris pour se rendre au tirage. Une fois en pleine révolte, ceux qui possédaient des fusils de chasse les avaient saisis; ceux qui n'en avaient pas prirent des fourches, emmanchèrent des faux à Tcuvors, se tirent des sabres avec des faucilles, et attendirent ainsi que la défaite des bleus leur procurât des armes régulières. Us allaient au combat en disant à baute voix le chapelet, qui ne quittait jamais leur bras; une baute piété régna toujours dans la grande armée proprement dite, u Tout ce qu'on a dit et écrit du courage vendéen (c'est uu républicain qui parle-)
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est croyable ixnir l'observateur qui babitait le pays. » Le Vendéen, muni de r.il)snlution , courait à la mort cnimin' à une fête, bien sur daller droit au riel. Les paysans s'organisaient par compagnies et par clochers. Chaque compagnie choisissait son capitaine par acclamation; c'était d'ordinaiie le paysan oonnu pour le plus fort et le plus brave; tous lui juraient obéissance ^ à ]a vie, & la mort. Ceux qui avaient des chevaux formaient la cavalerie ; ceux qui n'en avaient pas se réservaient d'en prendre aux bleu»; ainsi des fusils , des pistolets et des sabres. Paruii ces soldats il y avait mouib île souliers que de sabots, et ces derniers manquaient souvent : n'importe. Chacun attachait à sa boutonnière^ à côté du chapelet et du sacré «ccBur, sa cuiller de bois ou d'étain.
Bien peu de chefs parvinrent à équiper régulièrement un corps complet; M. de Bonchamps fut peut-être le seul. Ses chasseurs^ après la prise de Saumur, portaient lliabitvert fleurdelisé, ie pautalou blanc, le gilet blanc, les revers blancs et les épaulettes vertes. Mais cet uiiifi.irme ne diini jias longtemps; les paysans lui prél'éraieat leur cu>liuiie journalier, plus ou moins rapiécé , plus ou moins en guenilles.
« Généralement, dit un auteur moderne, les compagnies vendéennes offraient le coup d'œil le plus étrange et le plus disparate: c'étaient des chevaux et des hommes de toutes tailles et de toutes couleurs , — des selles entremêlées de
bats, ^ des chapeaux, des bonnets et des mouchoirs de tète, — des reliques attachées à des cocardes blanches, — de-s cordes et des ficelles pour baudriers et pour étriers, — « des étendards et des épaidettes républicaines pendues à la queue des chevanx, etc., etc. Les victoires amenèrent Tabondanoe des armes et des munitions sans rien changer au désordre de la tenue.
« Les chefs n'avaient giu re plus de coquetterie. Les capitaines de paroisse n'ajoutaient à leur ca^Uiuie villat^eois qu'un long |)lumet blanc, lixé à U Henri IV, sur le bord relevé de leur chapeau. Les officiers gardèrent leur premier habit de gentilhomme tant qu'il dura; mais la plupart négligèrent de le renouveler, et le remplacèrent par tout ce
4ui Icui tomba sous la maiu. LU adjudant -général de ia république, introduit dans les bois de \eûns, refusa de reconnaitre M. de La Rocbejacqoelein sous sa yeste de bure et son bonnet de laine , avec son bras en écharpe dans un grossier mouchoir. Ou vit le chevalier de Beauvallier aller au feu en robe de procureur. Quand M. de Verteuil se fît tuer, il puit;iit deux cotillons de serge grise, l'un allai lié au con, et l'autre à la ceiiiUire. M. Hoyer avait un tiuibau et nu liaJjit turc^ dépouille d'uu acteur ambulant. »
L'antiquité n'offre rien de GCMnparable à tant de simplicité unie à tant d'héroïsme.
Les prêtres bénissaient les armes, ils ramenaient les fuyards au combat en leur montrant le crucifix, et ils assistaient héroïquement les blessés jusque sous la gueule des canons. Les femmes paitageaient avec eux ce i-ôle de dévouement.
La tactique des Vendéens est devenue célèbre. F'cndant que leur avant-garde attaquait renuemi de front , tout le corps d'armée l'enveloppait en se dispersant à droite et à gauche. Ce cercle invisible se resserrait en tiraillant à travers les haies , et si les bleus ne parvenaient point à se dégager, ils périssaient tous dans quelque carrefour ou dans quelque. cbemin creux. On conçoit quel élail l'avantage des indigènes dans ce labyiiiitlie fourré du Hocage, dont eux seuls connaissaient les détours; s'ils étaient vaincus, ils trouvaient le même avantage pour fuir. Ces soldats primitifs n'entendaient rien à la retraite; point de milieu à leurs yeux entre la victoire et la déroute.
Le Vendéen n'avait rien du soldat régulier; il ne savait pas même faire une patrouille, ni monter une garde. Même inhabileté dans les sièges, qui furent tous mortels pour la Vendée. Enfin les combats nocturnes étaient la terreur des plus intrépides. Les Veiidf'eus étaient, dans toute l'acception du mot, des iionnnes iibics, se battant librement et gratuitement pour une cause, et sous des chefs de leur choix.
a Le Vendéen, dit M. Crétineau-Joly, garde son individualité jusque dans les canqis. H s'asseoit à la table de son général. U veut pi'feudrc sa pari des conseils, bien sûr de se
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ANCIENNE ET MODERNE. Sot
pppsontor le jour 01^ on frrn np] pI à >a v.iliMir. Daiisi eUe pieleutiun, rommiiue aux iîivtims ainsi qu'aux Manreaiix , il ne faudrait pas chercher une trace d oi-gueil. Le paysan de l'Ouest, quand il se sait pnWenu du danger^ est plus sûr de lui. L'incertitude inquiète son courage^ et dans ses défiances il a toujours une arrière -pensée qu'on peut le trahir. Libre et sincère, il ne cache ni à lui ni aux autres la vérité. Si un gentilhomme a faibli : Ce que vous avez fait n>ftf pas beau pour un noble , lui avouent-ils dans leur rude iranrhise. on on n entendu même dire à leur général : Vous avez été un peu lâche à tel choc. Et personne ue peut taxer ces jugenients d'injustice ou d'irréflexion. Les volontaires ont YU^ ont jugé leurs officiers sur le champ de bataille. »
Gomme le dit très-bîen M. Pitre-Chevalier, «r le Vendéen
est un ^^('ant, mais un géant comme Antée, qui perd toute sa force en quittant le sol malernel. » Une fois éloignés de leur clocher, sé|)arés de leur famille et privés de leur maison , les Vendéens ue formèrent qu'une armée sans ordre et sans vigueur, décimée par la nostalgie, et, d'eflTorls en efibrts désespérés^ ils aboutirent ftux désastres de Savenay^ du Mans^ de Dol et de Quiberon.
Mais il est temps de parler de Henri de La Rochejacquelein et de Charette , les deux héros les plus populaires et les plus opposés de rarmée vendéenne.
L'apparition de Henri do La Rochejacquelcin dans Tanné*' vendéenne n'eut lieu que le H avril MS):\. — La Semaine sainte avait raj)pclé les paysans aux devoirs de Pâques. Fendant cette trêve de Dieu, le pays sembla calmé comme par enchantement^ et la Convention , croyant qu'elle n'avait plus qu'à punir^ se mit à discuter ses plans de vengeance?. Elle délibérait encore le lundi de Pâques , lorsque les Vendéens reprirent les armes avec une nouvelle ardeur. Les magistrats républicains de Bretagne et de Vendée rendirent aussitôt les décrets suivants :
a i* La Convention arrête que , huit jours après la publication du présent décret, tout citoyen e^t tenu de dénoncer et arrêter les émigrés^ ses père et mère, et les prêtres dans le cas de déportation, qu*il saura être sur le '
HISTOIRE DE h\ BRETAfSNE
h»rri!oiit' iU'. la Fii'|»nl»li«iue. I.»'s ♦Muigrés el h's ]»nMres qui soui daiiâ cas aevoni c onduits dans la prison du district, jugés par tin jury militaire, et punis de mon dans les \'ingt-> quatre heures.
u 9" Les citoyens pris les armes à la main seront livrés, daui» les \1ngt- quatre heures, à Texécuteur des jiigtMiieats rriniinels, et mis à mort après que le fait aura été recounu i'i déclaré constant par une commission militaire de cinq membres, formée par les officiers des divisions employées rentre les révoltés. »
Dès lors les généraux républicains furent traités conune les anciens capitaines carthaginois : on leur imposa li victoire ou la mort. Le vieux Marcé, battu par Sapiuaud et Royraïul, fut réservé pour la ^ruillutiiic , ii il monta l'auuée suivante. On lâcha sur le Bocage les brigands connus sous le nom de Vainqueurs de la Boitille, En même temps arrivaient à Tarmée républicaine ces conventionnels besoigneui, dont Tinsolence égalait la 1àcheté« Dès leur premier début , les vainqueurs de la Bastille furent chasses de Coron par les bourgeois et les femmes, et reculèrent neuf contre un devant quelques paysans coutluits par Jean Hrunet. La défaite de Ghemille apprit aux commissaires de la Convention ce qu'étaient les Vendéens. Ici cependant Id trahison servait la République : Tartilleur Bruno décha^ gea les pièces pendant la nuit^ et les hourra de terre et de sable. Surpris et dénoncé, il fat fusillé à la vue des premières lignes républicaines. On trouva sur lui le prix de sa trahison , en or et en assignats. Bruno fut le premier et le dernier traître vendéen.
Berruyer^ général républicain^ justifia sa défaite par im rapport tellement favorable aux Vendéens > quil fut tenu secret. — Gefiendant, faute de munitions, les Vendéens ne jjrofitéreut ])as du grand choc do Cliemillé; Herruyer revint sur eclto et la nqirit. Cette nouvelle sauva les prisonniers républicains détenus à ChoUet depuis un mois par le. comité royaliste. Ou vit à cette occasion toute la différence du caractère breton et du caractère vendéen. 'Quinze cents Bretons, arrivés dans la nuit àChollet, voulaient massacrer tous les prisonniers; les Vendéens du pays, au contraire,
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agenouillés dans la cour même de la prison, priaient Dieu , les mains jointes, de ne pas pennettre le massacre. Le
passade de d'Elbée vaincu et la dispersiua de sa troupe exaut I l ent lo vœu de ces braves gens.
Dans le même temps ^ BoQchamps et ses hommes étaient écrasés auMénil par Gauvilliers. £nûn celui-ci, formant un cercle avec Ugomùer, Bermyer et Quctiiieau , allait broyer les quatre chefs de Tarmée d'Anjou, retirés à TilTauges, lorsque surgit Henri de La Rocbejacquelein.
Quand rm.^urrection du mois de mai's (Vlata , La ii»H liejacqueleiii était à Clisson avec M. de Lescure et sa famille, oijjet de respect et d'amour pour tout le pays. L'ordre de tirer à la milice arriva à Clisson ; Henri était de la classe du tirage. Un jeune paysan qui venait de Tarmée rebelle lui dit : « Est-il bien possible. Monsieur, que vous irez « dimanche tirer la milice à Boismé, pendant que vos ' u paysans se battent pour ne pas tirer? Venez avec nous, M Monsieur, tout le pays vous désire et vous obéira. — Je « pars! » répondit Henri. M. de Lescure allait le suivre; mais Henri lui confiant sa famille : a Je viendrai te a délivrer si on f arrête! » U prit aussitôt, dit M"** de La Rochejacquelein ( alors de Lescure ), cet air fier et martial , ce regard d'aigle que depuis il ne quitta plus... Il arriva pour assister à la déroute du Ménil. — Tout est perdu ! lui dirent Bonchamps, Gathelineau, Stofflet et d'Elbée; nous n'avons plus deux livres de poudre» Henri se retira, navré, à Saint-Aubin, chez sa tante. » — Laissons parler cette upble femme, et citons ses Mémoires,
« Il n'y avait encore aucun chef , aucun point de réunion dans ces cantons. Les paysans dont les paroisses n'étaient pas ocxupées par les réj)ublicains arboraient le drapeau blanc et s'en allaient joindre rarniée d'Anjou. Henri ne supposait pàs qu'il eût rien à faire. Les paysans , apprenant qu'il était arrivé , vinrent le trouver en foule , le suppliant de se mettre à leur tète ; ils l'assurèrent que cela ranimerait tout le pays, et que le leudeuiain il aurait dix mille bomiiies à ordres. Il ne balaîira pas , et se déclara leur clief. Dans la nuit, les paroisses des Aubiers, de Nueil , de Saint-Aubin , des Échaubroigne^ , de Cerqueux, d'izeruay,
elr. , onvovfVcnt leurs honimos, et le lîombn» promis st^ fnmva à inni près complet. Mais los iiaiivres gens n'avairnt |iuur anncs que dos Mtons . des taux , des bûches ; il o'y avait pas en tont deux cents fusils ; encore c'étaient de mauvais fusils de chasse. Henri avait découvert soixante livres de poudre chez un maçon qui en avait fait emplette |>our faire sauter des rochers : ce fut un trésor. M. de La Hn< iN'i;i( (jneleia parut le matin à la tête des paysans, et leur dit ces propres paroles : « Mes aiuis^ si mon père était ici y vous auriez confiance en lui. Pour moi^ je ne suis qu'un enfant ; mais par mon courage je me montrerai digne de vous commander. Si j'avance^ suivez-moi; si je recule, tuez-moi; si je meurs, vengez-moi! » On lui répondit par de cr.iiidt's Mcrl.iiiiaîions. Avant de partir, il demandai . .déjeuner; pendant que les paysans allaient chercher dn pain hlanc pour leur général , il prit un morceau de leur pain bis, et se mit à manger de bon cœur avec eux. Cette simplicité 9 qui n'avait rien d'afiTecté, les toucha beaucoup sans qu'il s'en dout&t. Malgré tout leur zélé, ces braves gens étaient un peu eflrayt'S ; la plupart n'avaient pas vu le feu ; d'autres venaient d'être témoins d'une défaite ; presque tousse trouvaient sans armes. /Cependant la troupe arriva jusqu'aux Aubiers, que les bleus occupaient depuis la veille. Les paysans se répandirent autour du village, marchant derrière les haies en silence. Henri , avec une douzaine de bons tireurs , se glissa dans un jardin , assez près de Fendruit où étaient les républicains. Caché derrière la haie , il commença à tirer; les paysans lui approchaient à mesure des lusils chargés. Comme il était grand chasseur et fort adroit, presque tous ses coups portaient. Il en tira près de deux cents, ainsi qu'un garde-chasse qui était auprès de lui. Les républicains, impatientés de perdre ainsi du monde sans voir leurs ennemis et sans être attaqués en liane, firent un mouvement pour se mettre en bataille sur une hauteur qui se trouvait derrière eux. Henri proflla du moment , et se mit à crier : a Mes amis, les voilà qui s'enfuient *. }» — Les paysans se le persuadèrent. Aussitôt ils sautèrent de toutes parts par- dessus les haies en criant Vive le roi f Les échos augmentaient le bniit: Les bleus,
ANCIENNE ET MODERNE. .m
surpris d'une attaque 4 imprévue et si étiange^ n'acbeyàreut pas leur moaTement et prirent la fuite en désordre ^ abandonnant deux petites pièces de canon, leur seule
artillerie. Les Vendéeiis les poui'suivirent jusqu'à une demi -lieue de Bressuire. il y en eut soixaute-dix de tués et beaucoup de blessés. »
Telle fut la première victoire de La Bocbejacquelein ; die sauva la Vendée , qui allait périr en naissant. ' %
Des Aubiers Henri court aussitôt sur Tiffauges, et délivre l'armée d'Anjou. Catheliueau et Boncliamps reprennent courage. Les Vendéens rentrent successivement à Cholet, à Ghemillé, à Vihiers; ils mettent en déroute Ligouaier, qui abandonne mille cadavres et sou artillerie- tout entière sur le champ de bataille. Henri et Gathelineau enlèvent le idiâteau de Bois^Gioleau à Tribert, à qui La Rochejacquelein rend son épée , en le faisant asseoir à sa table. On tue lâchement aux blancs deux parlementaires à Saumur, et ils traitent leurs prisoumers eu chrétiens^ ou les renvoient sans rançon.
Le 24 avrils les Vendéens remportait l'importante victoire de Beaurepaire, et huit jours après La Rocbejacqueleiu court délivrer Donnissan^ Lescure et Marigny, dans lesquels
la Vendée trouva trois bons généraux de plus.
L'armée d'Anjou passa deux jours à Bressuire, sans exercer aucunes représailles : à Bressuire, où les Mareeillais, malgré Thonnète Quétineau et les autorités de la ville ^ impuissants à les contenir, avaient sabré, dans leur vengeance , onze Vendéens sans armes , arrachés de leurs lits» et qui moururent à genoux en criant : « Gloire à Dieu ! vive le roi ! »
Alors parut Gharette , que , dès les premiers jours de ma es , les gars de Macbecoul et des environs étaient allés chercher dans sa retraite de Fonteclause. 11 refusa deux fois de se mettre à leur tète : la troisième fois, ils lui déclarèrent
qu'ils le tueraient sur place s'il n'acceptait pas enfin le comniLiiidement. Gharette, devinant ce qu'on pouvait faire d'hommes aussi résolus, leur dit : « Je serai votre chef, « mais je le serai sérieusement. Souvenez- vous que c est « vous qui l'avez voulu, que vous me suivrez partout où il
m HISTOIRE DE LA BKETAGNE
« me plaira y que vous m'obéirez, quoi que je vouseom- « maiide, et que le premier qui âèvera sa yûîx eontre la
a mienne sera fasillé à Finstaut ! »
Le leudeiiiaiii, 1 armée de Cliaiette faisait trembler le Marais et la Plaine. Ce chef et cette armée n'a\aient rieu de commun avec la grande armée chrétienne ; Charette entendait etfit à fla manière la guerre de partisan. Il avait toutes les qualités et tous les défauts des dictateurs. Armé d'une force morale incroyable et d'une immense confiance en luimême, il ne souffrait ni h' s ordres, ni les conseils, ni la résistance , ni la contra du lion ; il allait à son but envers et contre tous, aimant mieux échouer à sa façon que de réussir à celle des autres^ préférant un pouvoir absolu dans son Marais au commandement disputé de la graude armée vendéenne. H n'avait m la piété de M. de Lescure , ni la chaleur de M. de La Rochejacquelein , m la générosité de M. de Bonchanips; niais il réunissait à froid tout leur courage , tous leur:^ talents militaires. Il y avait en lui beaucoup de Du Guesdin commandant les grandes compagnies.
n commença par réprimer les attentats du féroce Souchu^ qui déshonorait le nom de Vendéen par les plus horribles cruautés ; il fit tonner la voix des prêtres contre ses paysans assassins , et donna son propre château pour asile au républicain Beurrier, poursuivi par Souihii. Tl garda en personne les captifs désignés par cet homme sanguinaire à ses bourreaux. £nfin il le fit juger militairement, et un sapeur lui lendit la tète de deux coups de hadbe.
Les premières tentatives de- Charette pour défendre le pays contre le progrès des armées ré]Jiil}licaines ne furent pas lieureiises. Ses paysans i abandoimèrent sur un champ de bataille^ et quelques-uns même essayèrent d attenter aux jours de cet homme de fer. Il se vengea enfin des bleus i Legé et à Sainte-Pazanne y à Saint-Golombin^ où il en écrasa douze cents le 6 mai^ et à Machecoul, où Tanciea régiment de Lamark passa aux Vendéens avec armes et bagages. A force d'audace et de persévérance, il ramena la victoire sous les drapeaux royalistes.
« Tout va mal , écrivait Ganclaux à la ConventioiL Nos volontaires refusent le combat ou se font battre honteuse-
ment. Les enfente de Paris ont seuls Tenthousiasme natîonal. Les patriotes de ces provinces ne l'auront que lorsqu ou leur accordera de brûler les châteaux et de coulisquer les terres à leur profit. 11 faut leur offrir ce stinuilaut, qui leur permettra de se dévouer à la France. » Ce fut alors que la ^ révolution^ ne pouvant triompher par Fautorité, organisa pulilicpienient h Terreur. D^à ^ depnis un mois , les pri-sonnierB blancs étaient fusillés i Nantes, et la guillotine fonctionnait avec une redoutable m tivité. Les délations pleuvaient de toutes parts et multipliaient les victimes. Les tribunaux révolutionnaires des chefs-lieux étant insuiti* sants, on en établit dans les moindres villes^ telles que Savenay et Paimbœuf • On déclara les habitants de chaque commune responsables de tous les actes contre*réTolution* naires dont ils ne livreraient pas les auteurs à la justice. — A ces lâchetés, la Vendée catholique répondit par de nouveaux ex[)loits.
L'année d'Anjou s'avançait en grossissant comme unemarée montante; elle assiégea l'importante place de Tbonars le 6 mai^ le jour même de la victoire de Saint- Golombin. Le 7 , la ville était cernée par quatre c6tés à la fois r Donnissan , Marigny , Gathelineau , Stofïîet , d'Elbée , Lescure, La Rochejacquelein et i^oiicliamps bloquaient la place. Deux fois la poudre leur manque... Après des efforts ^ ino^ et une égale bvavonre des deux parts^ les assiégés se rendinttt. Mais le plus beau triomphe des Vendéens fnt de se vaincre eux-mêmes, en épargnant les habitants de Thuuars, qui naguère s'étaient livrés, dans leurs campagnes, aux brigârid;iLM^> les plus impitoyables, l oiites les représailles des vaim^ueurs se bornèrent à faire un feu de joie des habits bleus ^ des drapeaux tricolms et des archives du district. Cinq mille prisonniers fnrent élargis sans rançon ; un grand nombre d^entre eux entrèrent avec enthousiasme dans les rangs vendéens. Les chefs signèrent de leur main des sauf-conduits \n)\\v tous ceux qui avaient CMnbattu contre eux. La révolutiun s arma de ces généreux passe -ports comme d'autant de preuves de rébellion, et ^ jeta dans les cachots les parents de tons ceux qui* les . avaient accordés.
«H18T0IRE DE LA BRETAfiMK
Les Vendéens ne surent pas profiter de leur victoire ; ils perdirent deux jours à Thouars , et après avoir enlevé ditliciiement La Châtaigneraie . une grande partie étant retournés chez eux , de vingt mille qu'ils étaient d'abord, ils n'arrivèrent plus que de sept à dix mille à Fontenay (16 mai), ils fuient complètement battus. Ilsy lais-aèrent deux cents prisonniers et Marie^emme, dont la perte les découragea encore plus que leur défaite. Rien ne put arrêter la dispersion générale : toute Tarmée s'écoula comme un torrent, et les chefs se trouvèrent seuls avec quelques volontaires. .
Alors Cathelineau se fait missionnaire, il va de terme ea ferme rallier les paysans : « Vous aviez pillé à La Ghàtai-^ « gneraie, leur dit-il , le bon Dieu vous a punis à Fontenay. m MaisUÂtutreprendreMonWcoiiiie.RendeE-yousdanshuit « Jours à GhAtillon-sur-Sèvre. La vicloire nous y attend! » Et, au jour dit, trente -cinq mille Vendéens se retrouvent sous les armes. Tous jurent de mourir ou de reprendre Marie- Jeanne, Ils n'ont que leur courage, avec quelques vieux fusils de chasse et leurs faux à l'envers, a Allons, a les gars, crie La Rochejacquelein, s'il n'y a pas de « poudre dans vos poches^ ily en a dans celles des Ûeus. » Leseure s'avance sous la mitraille républicaine, Tessuie sans blessures, et agite son chapeau en criant : i Vive le « roi! Vous voyez bien, mes amis, que Il's bleus ue savent « pas tirer... Ainsi donc, en avant! » Au premier choc, les Vendéens sont maîtres de la plaine, et un instant après ils pénètrent dans la ville. Une halle atteint Bonchamp^, il tombe de cheval et crie à Leseure : a Sooges à nos prison-' a niers! » Les paysans furieux sabrent tous les bleus qui leur tombent sous la main : enfin ils sont maîtres de Fontenay, de plus de trois mille prisonniers, de quarante canons et d'une masse de fusils. Mai^ les bleus ont eutraîué Marie-Jeanne dans leur fuite ; les Vendéens s'élancent à sa conquête; le merveilleux canon est arrosé de leur sang, ils le tiennent, ils l'ornent de feuillage et le ramènent avec eux comme leur plus furieux trophée.
Parmi les prisonniers vendéens délivrés par Leseure, citons Pierre Bibard, dont le nom mérite rimmortalité.
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ANCIENNE ET MODERNE. m
fiibaid était resté, le 16 mai, sur le chaïap bataille , avoe quatre-vingt-dix-sept braves de la compagnie dont il était capitaine^ et qui, après la déroule des royalistes, se
firent tous hacher sur leurs canons. Bibard, couvert de vingt-six blessures, survécut seul et fut jeté ea prison, où on l'abandonna nu et sanglant. Il souffrait le martyre depuis huit jours, lorsque arriva raitaire du ^5. Pendant toute la bataille, son gardien l'accabla d'insultes et de coups, lui mettant la pointe de son sabre sur la gorge et jurant de le couper en morceaux si la ville était reprise. On arrive à son cachot , et La Rochejacquelein , d'Elbée et Stofflet l'embrassent , en lui otfrant telle récompense de sa bravoure qu'il voudrait. Bibaitl, sans dire un mot de ses souffiranoes, demande la liberté de son bourreau, et Fobtient. « Souviens- td, lui dit-il simptoment, que je t'ai « pardonné pour Tamour de Jésus -Christ. — Bibard, « s'écria La Rochejacquelein en Tembrassant de nouveau « quand il apprit ce noble secret, pour un verre de mon « sang je ne voudrais pas que tu n'eusses ponit taiî ce que « tu Mens de faire 1 Les républicains ne calomnieront plus « les brigands de la Vendée. »
Les trois mille prisonniers Meus furent traités comme le bourreau de Bibard.
CHAPITRK XVI
Bretagne et Vendée. — Deuxième époque.
Effrayée des progrès diaque jour croissants et de plus en
plus terribles de l'insurrection vendéenne, qu'on lui disait
morte, la Convention lança vers la Loire la fleur de ses clubs et de son armée. Douze mille hommes, commandéspar Santerre, et une artillerie formidable arrivèrent de
HISTQIHE 0£ LA. BB£TAGM£
PiriB i Sanmur : d^autra tnmpes et une eacellente cet a* lerie les suivireiit de près. En na mot, qomnte inill^
hommes aguerris (occupèrent Sauiùiir, Montreuil, Thouars, Doué et Vihicrs. Charles de Hesse, liimn et Westermanii coiumaiidaieut a\ec Santerip 1 armée de la Goûvention.
Après la prise de Fouteuay, les Vendéens s'étaient dis* pefséSy selon leur habitude 9 et leur absence avait permis aux lépublicains de reprendre âans peine quelques places ; mais les paysans revinrent bientM, et poussèrent Tennemî jusqu'à Saumur, qu'ils attaquèrent le 10 juin 1793. Sanmur, ou le sait, est uue des plus fortes clefs de la Loire, Cette ville était d'ailleurs bieu défeudue par Berruyer , Santerre, Herthier, Meuou et Ligouaier. Cependant Saumur ne peut tenir contre l'attaque des hlancs; ils entrent dans Id place et s'en rendent maîtres; quatre-vingts canoos, cent mille fusils et ouïe mille prisonniers tombent au pouvoir des vainqueurs. Les prisonniers sont renvoyés sains et sauli. dette vietoîreépouvanta la Convention, et confondit les Vendéens eux -mêmes.
n ne manquait plus à Tannée royale qn'im généralissime; tous les chefs tuiLiit d'avis d'en élire 1111 ; Lescure le désigna le pi*emier... Ce fut Catheliueau. Dans sa sainte humilité, Catheliueau protiesta de toutes ses forces, et ne céda, pour ainsi dire, qu'à la violence. L'armée catholique oflHt alors à l'Europe le tableau fraternel que la république n'avait pas su Ini donner. Forestier, de simple cordonnier de village, devint général de cavalerie; il n'avait que dixhuit ans. Une foule croissante de nobles accouraient sous les ordres de ces chefs en sabots : Charles d'Autichamp , de Firon, de La Guéri vière, et enfin le prince de Talmont.
On lit dans les Mémoires d'un otficier républicain cette phrase remarquable : « Si l'armée de l'Ouest s'était dirigée de Sanmur sur Paris 9 elle n'aurait pas rencontré de grands obstacles. » ^ « Ah! si nos chefs avaient su s'entendre après la prise de Sanmur, » s'écrient de leur côté tous les officiers et tous les soldats vendéens qu'on interroge sut les chances de la guerre de 1793, « nous aurions épargné la Terreur à la France, 6t hâté de vingt ans la restauration de la monarchie. »
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ANaEMNE ET IlOINttNE.
lit
Malheureusement les chefs, si unaaimt^ \^mv 1 elp' Uon de Cathelineau, ne purent s'accorder pour la marcbe des troupes. Le débat fut tiès-orageux dans le conseil , surtout «ntie Sto£Blet et Bonehampè. Gelui-ei demandait inslam* ment le pisage de la Loiie^et TaUianoe de U Bretagne et de la Vendée. Bonchampe avait mille fois raison ; mais le omtteîl se rangea à V avis de 6tof!let , qui voulait qu'on assiégeât Nantes immédiatement , ponr faire ensuite appeî à la Bretagne. C'était le chemin le plus ( oiu f , in ns non le plus SÛT, f't 1 événement justifia trop tôt liunchamps.
De SaumuTy les Vendéens se replièrent donc sur Angers , où ils entrèrent sans loonp férir : ils n'y restèrent qne le temps de vider les prisons républicaines. Leurs rangs grossissaient de victoire en victoire. A la seule nouvelle de 4'approehe des royalistes, toute l'ardeur révolutionnaire des Nantais se ranima. L Europe entière eut alors les yeux fixés sur Nantes; cette ville devint un moment la capitale de la révolution; elle devenait la capitale de la juonarchie, c'en était fait de la république. « Maitres de Nantes » dit Napoléon^ Gharette et Gathelineau n'avaient qu'à réunir leurs forces pour mardier sur Paris. Rien n'eût arrêté la maiobe trioiiiphante des années royales; le drapeau blanc e^ flotté sur les tours de Notre-Dame avant qu'il eût été possible aux armées du midi d'accourir au secours de leur gouvernement. » Tout cela serait arrivé sans l'énergie du maire de Nantes^ le girondin Baco. Les généraux républicains pensaient à capituler^ lorsque Baco jura qu'il s'ensevelirait plutôt sous les ruines de la ville.
Uamée de Gathelineau et de Gharette étaient devant Nantes. Gharette s'engagea i ouvrir Tattaciue le 39 juin avec toutes ses divisions. Il fut décidé qu'on donnerait l'assaut par tous les points à la lois . c'était une grande faute, et Gathelineau s'efforça de l'éviter. « Il faut laisser, « dit-il , des issues à la fuite des Nantais et de leurs dé- « fenseurs... Sinon vous doubleriez leur courage par le
désespoir^ et vous les forcerez à vaincre ou à mourir. » Cette sagesse fut méconnue^ surtout par le prince de Talmont. Gathelineau persista dans son avis; mais, seul contre tous^ il dut céder. L'émulation, pourquoi ne dirions -nous
111 HlSTOlliE LA BRETAGN£
pas la jaloosie? égarait déjà les cheft ^ndéèns. En se divisant pour attaquer Nantes dë toutes parts , ils croyaien t pntrer chacun le premier dans la ville, et s'approprier ainsi les honneurs de la journée. Cette combinaison multiplia les actes de courage ; mais elle sauva Nantes et p^^t l'armée royale.
Lagamisûii de Nantes se composait de onze mille hommes, et les deux armées vendéennes réunies en comptai^t à
peu près cent mille. Tous les Nantais et tous les Vendéens qui étaient acteurs ou spectateurs de c^ drame formidable palpitent encore «i eniuîion après plus d'un demi-siècle, et manquent d'expressions pour i*endre rachamement des répoblMâiiis et des royalistes. — Gathelineau surpasse tout le monde, et se surpasse lui-même; mais sa valeur lui fait oublier sa prudence^ et il s'élance comme un simple capitaine , jouant sa vie à la tAte des plus bnivHS. Les Vendéens t^lectri'sês charsrent avec la baïonuett^: encore un moment, et c eu est fait de Nantes, où une partie de leurs troupes a di}k pénétré, quand une balle républicaine vient frapper CatiielineAu en pleine poitrine. C'était frapper au cœur la Vendée elle-même. La fatale nouvelle court de rang en , et sème partout le désespoir ; c ast une déroute complète parmi les troupes roy;Uistes. Le combat avait dure dix heures depuis Tassant de la grande année, treize heures depuis Fattaque de l'armée de Ghaiette, et trente -six heures depuis l'engagement du bourg de Nort. Charette irciQtinui même son feu jusqu'au lendemain sur la rive j:;*ucbe , et sauva ainsi les vaincus de la poursuite des \3iinqneurs. La République avait été sauvée œ jour-là. \u>i54 la Convention déclara- t-eiie que « Nantis avait bien m^té de la patrie, n Le rémunérateur d'un tel service dte^vùl être Ganierl
findanl ce temps-là, Charette retournait avec ses volon- Iwbret» à son quartier de Legé , et les soldats de la grande armée repasîsiient la Loire dans toutes les barques des dea\ rt^esi. Les compacrnoiis de C ifhelineau, espérant encore le sauver^ le déposèrent dans une voiture et Temme- !iei>^nt pur k tonte de Saint- Florent. Westennann et Biron n avaieut pa» attendu la déroute de Nantes pour entrer dans
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AMENNE ET MOMRNE.
le Bocage; toutes Ips fonvs roy.ilist«»< étant concentrées sur la Loire, ils rn'^ relièrent sans obstacle de Niort sur Saint* Maixent et sur Parthenay. Iiuugannt son système d'exterminatioii, Westermann aUume rincendie dans tous les lieux où il passe. Ces incendies mettent la rage an cœur des paysans ; à Tappel de Marie' Jmnne, la grande année se réunit à Chollet StoflQet, Bonchamps et d'Elbée viennent an secours <\o L.i Rochejac^ïuelein et de b'scure: et le 8 juillet, quand We^^termann rélébrait sa victoire, il se voit entouré de batiuUons qui semblent sortir de terre. En deux heures il perd son artillerie et son armée, et il abandonne tout le Bocage, en frémissant d'une fureur impuissante. La Tengeanoe des paysans fut terrible, et rien ne put la modérer.
Le iA juillet, Gathelineau expirait après d'horribles souffrances. Dès lors la Vendée fut perdue. D'Elbée fut élu îrénéralissinie; il succéda au saint de l'Anjou, mais il ne le remplaça pas. Cependant l'hydre vendéenne (comme rappelait Ban-ère) devait survivre encore V>îvjtem])s à la mort de Gathelineau. « Détruisez la Vendée^ disait Banrère à la « Cionvention dans son fameux rapport du 3 août, détruisez <r la Vendée, et tous torez maîtres de la France et de •r l'Europe! » Ce jour- là même parut le décret qui livrait le quart de la France aux tl iinuips : « Il sera envoyé à la « Vendée, par le ministre de la guerre, dit ce décret, des « matières combustibles de toute espèce pour incendier les « bois, les taillis et les genêts. Les forêts seront abattues, « les repaiies des rebelles seront détruits, les récoltes seront < coupées et les bestiaux seront saisis. Les biens des rebelles « seront déclarés appartenir à la République. » Et Barrère : « Cest faire le Lien que d'extirper ainsi le mal. Louvois w fut accusé par l'histoire d'avoir incendié le Palatinat, et « Louvois devait être accusé, car il travaillait pour les « tyrans. — Le Palatinat de la République, c'est la Vendée ! « Détruisez la Vendée, et vous sauvez la patrie! »
Tout en Europe se lignait contre la Vendée. L'Angleterre feignait de sintéiesser au sort de ce malheureux pays ; mais au fond elle ne voulait ni le triomphe de rinsurrec* tion, qu'elle encourageait, ni celui de la n'volulion, qu'elle
tu BI8T0IRE PE LA BtETi^B
avait fomentée. Elle voulait ruiner la France en y perpétuant la gueri-e ri vile, et se reiidie maîtresse des port? qu'elle indiquait pour y jet€r des troupes et des armes. Les cbeli vendéens ne le comprenaient que trop bien^ et > ne se confiant qn'en la bonté de leur eauee M en îeur pfopie courage, ils continuaient à triompher de la téputdique.
Cependant Fineendie était plus que jamais à Vordre du jour, i^anterre écrivait, à propos d*une nouvelle réqmsîtioQ en niasse : < Je préférerais des mines! des mines à force! et « puis tomber dessus ! » Il ail i plus loin, il jiniposa l empoisoanement du pays, il réclama la présence du chimiste Fourcroy pour aviser à la plus prompte destruction des brigands. Tout eela est constaté daiiis les Mémim du républicain Savary. Savin, lieutenant de CSharette, lui écrivait de flon c6té : « Nous fûmes stupéfaits de la quantité prodi- « gieuse d ai'senic que nous trouvâmes iirPalluau. On nous •f assura qu'un étranp i , fut tué dans cette aU aire, était « chnrKé de notre emiJiUMtDiu'ment général. »
C'est ICI iadniirablti moment de la Vendée. Voue> à l'extermioation par les républicains, abandonnés par la monarcfaie, trahis par l'Ëurc^, ses géants jurent tous de vaincre ou de s'ensevelir sous les débris de leurs chaumières» Gharette, Lescure, La Rochejacquelein et Royraud à leur tète, ils rencontrent les bleus aux Quatre -Chemins (4 septembre 1793), les exterminent, et sur huit mille ils n'en renvoient (^ue quelques centaines.
Mais alors arrive à Nantes la formidable armée de Mayence, conduite par Kléber, Marceau, Grouchy, etcomposée de vingt» quatre mille Mayençais^ de quarante -un mille soldats des G6tes de La Rochelle, de quinze mille soldats des côtes de Cherbourg et de trente^inq mille soldats des c6tes de Brest (cent quinze mille hommes!), sans compter la masse des gardes nationales et des prétendus volontaires qui marchaient sous peine de mort.
Les Vendéens se comjUeut; ils étaient un contre dix; mais, s'ils ne peuvent vaincre^ ils sauront du moins mourir avec gloire pour l'autel, le trône et le foyer domestique.
Kléber ne commandait que Tavant-garde de l'armée de Mayence; mais il en était réellement le chef par son in-
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fluence et par son talent. La grande; guerre (lui allait s'ouvrir, il faut le dire , fut siirualée des deux côtés par les fautes les plus graves. Les l^leus n-^ j mouvaient triompher que par l'ensemble, eu frappant de grands coups; et mille rivalités vinrent les armer les uns contre les autres. Les blancs, au contraire , ne pouvaient se défendre que par*des victoires partielles et midtipliées, par la guerre de tiraîlléurs; et ils renoncèrent i ce système naturel pour rêver une armée d'expédition impossible. Charettè seul demeura fidèle à ses habitudes de partisan; aussi sa petite troii|)e de volontaires survécut -elle trois aus à la grande arméecatholique.
Les Mayençais n'avaient fait que paraître, et ils occupaient déjà le centre du Bocage, brûlant tout sur leur passage et chassant devant eux une multitude épouvantée. vLes deux armées vendéennes ,, fortes de quarante mille
hommes, s'avancent alors avec tous leurs chefs, sdiu.'^ ou blessés, hors La K<>chejacquelein, qui n'a pu quitter sou lit de douleur. Le 19 septembre, à Torfou, le combMt le plus terrible et le plus solennel s engage entre les paysans et les Mayençais; les femmes, s'armant de fourches, de pierres et de bâtons, aj^rtent un renfort inattendu à l'aimée des blancs. La mêlée devient horrible : Kléber, deux fois blessé, tombe et se relève à deux reprises. Les invincibles Mayençais sont enfin vaincus; deux lieues se firent ainsi sans relâche et sans quartier. Tous les soldats républicains allaient périr les uns après les autres, lorsque Kléher, s'adressant à Chevardin, commandant des chasseurs de Saône -et- Loire : « Mettez- vous à la tète de ce pont, lut « dit-il, et faites-vous tuer avec tout votre bataillon. — « Oui, général, » répondit le sublime Chevardin, et il meurt avec tous ses hommes en sauvant Varmée.
Le lendemain, (^liarette et Lescure, celui-ci entraîné par celui-là, ne purent s'empêcher de couinrinfr leur victoire en allant surprendre et chasser de Mont^igu le général Beysser. Restait à battre le corps d'armée commandé par Mieskouski; Gharette et Lescure s'en chargent encore, et Bonchamps reste avec des forces plus qu'insuifîsantes. Aussi/ le il essuie un terrible revers à l'attaque de la Galis-*
HIOTOOE DE LA BBETÂ6ME
soiuuerp , où retiré Canclaux. Il rRprn< ha anierpment
à ses deux collègues de lavoir ainsi abaudoimé contre toute conventiou , et la discorde vint les séparer quand l'u^ mon leur était le plus nécessaire. Pour oomfaJe de malheur^ cette discorde gagna les soldats eux-mêmes. Si Ton s'était enteadtt, et si chacun avait rempli sesengagemnilsy au lieu de trois victoires dont la conclusion fut une défaite , on eût écrasé successivement et complètement les Mayençais. La querelle s'envenima , et finit, hélas! par une rupture ouverte. L'ensemble si heureux d'un jour aboutit à la désorganisation la plus fatale. A l'exception de Lescure, de Bon* champs et de La Rochejacquelein^ qui savaient immoler leur amour-propre i l'intérêt général , toute la gloire des chefs vendéens efll^ à peine rénormité de leurs torts. Une faute non moins immense devint la conséquence nécessaire de la première. Privés soudain de Canclaux et d'Aubert-Dubayet piir une destitution absurde, les Mayenrais, qui chérissaient res chefs, proposèrent leui*s services aux Vendéens, moyennant quatre cent mille livres et une solde de sept sous par jour. Les chefe royalistes délibérèrent si longtemps qué la transaction de^nt impossible.
Westermann , profitant de la division des blancs, reparaît dans le Bocage, où il met tout à feu et à sang; le lOoctobre, au nièine nionient , Carrier entrait à Nantes. — A Gholet . les Vendéens réunis tentent un dernier et sublime effurt le H octobre; mis en déroute complète, ils ont la douleur de voir mortellement blessés d'Elbée et Bonduuups. Trop tard» le conseil de passer k Loire, donné par ce dernier^ est compris. « Ainsi, dit Kléber, se termina cette san- « gknte et mémorable journée. L'ennemi pœdit douze « pièces de canon. Jamais il n'avait donné im combat ai (• opiniâtre, si bien ordonné, mais qui liu iùt en même / « temps si funeste. Les rebelles combattaient comme des
. « tigres, et nos soldats comme des lions. » La nuit de cett* journée désastreuse , Lescure, Bonchamps et d'Elbée , tous trois mourants de leurs blessures, se rencontrèrent à Beau*
^ préau pour se dire Téternel adieu. L'armée royaliste s'acbemina vers la Loire, à la hauteur de Saint-Florent, suivie de près de cent mille paysans de tout âge et de tout sexe ,
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qui^ chassés par le fer et le feu républicains^ n'avaient plus d'aute asile que le fleuve ou la mort. Ou arriva aiuii, k IB, au bord de la Loire. Il était temps 1 Rentré à Gfaolet» Carrier avait fait mettre la ville à feu et à sang; et Wes* termann accourait en tonte hâte pour sabrer ou noyer les derniers débris de l'armée vendéenne ; mais ses troupes, harassées, tombant sur la route, il leur donna quatre à cuiq heures de repos. Ce lut là le salut des derniers blancs. Qu'on se figure, s'il est possible, le navrant tableau du passage de la Loire par ces milliers de malheureux , et dans des barques en mauvais état. Bonehamps allait expirer, mais comme il avait vécu » en héros chrétien, et en léguant à la postérité le souvenir d'un des plus beaux traits que contienne rhistoire des peuples.
Cinq mille prisuuuiers ié|»iiblicains , des plus féroces et des plus exécrés, venaient d'arriver de Cholet à Sainte Florent; une voix unanime réclame leur mort. Déjà les canoiû sont braqués sur Téglise qui les renferme ; Bondiamps se relève sur sa couche de douleur, aux cris de : « Mort a aux républicains !» et il dit cette sublime parole : « Grftoe « aux prisonniers !... Que je ne meure pas sans être assuré tt de leur vie ! » Bonehamps meurt le sourire aux lèvres , car sa voix a été entendue, et la Vendée, riche de tant de nobles actions , pourra encore se parer de celld-là ( 18 octobre 4793).
Puis le passage de la Loire s'effectua avec tant de bonheur, qu'on n'eut à regretter que la perte d'un homme : grâce aux soins et à l'intrépidité du prince de Talmont, les canons
mêmes et les bagages , tout le matériel eutin, furent sauvés; et quand Westermami arriva aux bords du fleuve , tous les blancs étaient sur la rive opposée, où il ne put les poursuivre, les Vendéens ayant brûlé après eux tous les moyens de transport. Cependant l'armée royaliste , qui n'avait plus de i^(on ne savait où d'Ëlbée était allé mourir), élut à Tunanimité Henri de La Rodiejacquelein générali^ime; il avait à peine vingt-un ans. Conduite par lui, l'armée ne pouvait qu'aller en avant : les cinquante mille soldats qui h composaient encore prirent la route de Laval. Des chefs qui n'étaient point à la bataille de Ohoiet , et
nmoms m la mctacke
qui 1 mu venant isolés sur la iivc gauche que venait de quiit^ I La Hochejacqueîein , les uns déposèrent îe^ armes, en âtteudaut Toccasiou de les repi'endre ; les autres continuèrent la gu^re de clocher contre les détadiements Uictins. Gharette occupa llle de Noiimoutim , qa'fl oMt pour aiile à d'Elbée mourant. Charette continua ensmfe à prouver à la Convention que la Vendée n'était rien moins que soumise. Merljii de Thion\ille) proposa alors denuiumer c titte lerie le liéjMriement vengé , dt la partager à de
pauvres sans-culottes, à condition qu'ils ea détruiraient en six mois tous les bois et toutes les clôtures* Fayau^ plus expédilif; fut mieux écouté. « Je pense ^ écrivU-il^ qu'il « faut envoyer en Vendée une armée ineenâimre, pour que,
« pendant un an au moins, nul homme , nul animal De « puisikî trouver de subsistance sur ce sol ennemi. » Barrèï« avait déjà dit : « 11 faut désoler jusqu'à la patience des « Vendéens! »
Cest une honte étemelle pour la république^ qu'elle s'aehama sur la Vendée sans défense , qu'elle écrasa des femmes, des vieillards et des enfanls aLaiidonnés. On ne saurait croire toutes les horribles vengeances qu'exercèrent sur les pays de Tiffauges, de Vallet et de Clisson, les républicains vaincus de Torfou^ de Montaigu et de Saint-Fulgent. Tirons un voile sur ces horreurs; ce sont des Français qui les ont commises , leur honneur est trop le nôtre pour qu« nous rappelions ces faits qui attestent le délire et la folie d'un peuple éparé.
Le passage de la Loire avait dérouté les plans gigautesques d'exterminalîou formés par la république; cependant, au moment de se mettre en route ^ Farmée catholique avait reçu un coup terrible , la nouvelle de Fexéeution de la e ine Marie-Antoinette, après six mois d'effroyable misère et un jugement jilus effVoyable encore. Quelques avantages remportés sur les républicains suflisent à peine à ranimer 1'courage des Vendéens , épuisés par la fatigue et les privations de tout genre* Le i3 octobre, enfin, on entre dans Laval. Talmont avait promis de soulever tout le pays de Laval , rempli des souvenirs de sa famille ; la terreur qui glaçait les âmes l'euipècha de réaliser cette promesse. Mais
ANCIENNE ET MODERNE. m
im autre secours > des plus utiles , Tint fortitier les Vendéens. La èbonamierie do Maine , depuis longtemps insurgée , accourut en foule avec ses vieux fusils de chasse et ses fourches de fer. Les chefs , comme les soldats, étaient de pauvres paysans , Jean Collereau , dit Jean Chouan^ et ses trois frères ; Jean-Louis Treton , dit Jambe-d'A rgent , boi* ttux infatigable. Des Bretons vinrent aussi grossir la colonne intrépide, sous les ordres de Lemerder, siumommé ia Vendée, et ée Georges Gadoudal , qui jouera plus tard un si grand rôle. Kii jieu de temps il y en eut plus de six mille : ou donnait à ce rassemblement le nom de Petite- \ 'rmif^r.
Après deux joui-s de repos à Laval , l'armée royaliste fut , attaquée par les Mayençais et Westermann^ dans la lande de la Groix-^e-fiataille. Le combat dura toute une nuit et fut des plus acharnés. Les bleus perdirent beaucoup de monde. Entin ils se replièrent sur Chàteau-Gonthier^ où ils trouvèrent Léchelle et Kléber. Malgré Favis de ce dernier, une • bataille générale lut résolue; elle eut lieu le ^7 octubre 1793. Le triomjj^e des Vendéens fnt oomplet ; il les iit passer de l'abattement du dése^Mûr au délire de la joie. Jamais la chance n'ayait tourné si brusquement ni si oomplétement. Kléber ne ramena que de honteux débris de Tarmée répu<blicaine à Angers. C'est ici, conmie on Ta très-bien dit, que la guerre de l'Ouest devient, de part et d'autre, une guerre de géants! A Cholet, la Vendée eutière était anéantie, et, dix jours plus tard, elle ressuscitait TicUnneuse. Â Laval, la i^uhlique n'avait plus de soldats , et douse jours après elle retrouvait une armée. Mais par quels moyens? voici le sublime de la Terreur (qu'on nous passe cette, expression)!
Hommes et femmes, vieillards et enfants, sunt ivus en réqui&ition permanente. Les hospices et les ambulances manquent-ils pour les blessés, voici ce que Eanue, Prieur et Tunean ont imaginé : « On se plaint , dans les rapports, de la trop jurande quantité de blessés et de malades qui encombrent l'armée, et peuvent , dans uu eas de gravité , paralyser ses mouvements ou son enseml)le. Les blesses et les malades, étant francs républicains comme nous, doiveut, comme nous, se sacrifier au salut commun. Us ne peuvent pas combattre et mourir les armes à la main ; il faut qu'ils
m HISTOUB DE LA BftETAGME
meumit d'une mire manière. En cas d'absolue nécessité. nom autorisons dmir, dcius l intérêt bien entendu de la chose pubUqu6^ à «e délaùe le plus humamemôot possible de tous ceux ^ , par taison d'état sanitaire » apporteraient im préjudice qnelconcpie à la marche ou au auooèa des tfOttpee républicaines. Le patriotisme et la fraternité des iîénér;iux décideront des cas où le salut de la république commandera impérieusement ci's hacriiices. »
LûB soldats sout-ilâ nu -pieds , comme cela n'arrivait que trop souvent alon, « Tout citoyen quine marchera point . àladéfénaedelapatrie^aerateaude remettre i sa munid^ palité les souliers et les bottes qu'il a , sous peine d'être
réputé suspect, n
Si les souliers inu\ défant fil y a des communes où ion n'en trouve plus une seule paire ) , on met en réquisition les sabots : « Soldats > dit le ministre Bouehotle à Tarmée de rOuest , je vais tous parler de vos sabots. On vous les donne gratis; mais si vous les perdes, vous les paierec. La patrie préviendra vos besoins avec l'attention et la libéralité d'une mère tendre et reconnaissante des sacrifices que vous laites pour elle: mais vous devez, en enfants soigneux et économes , ne négliger aucun moyen de lui éviter des embarras et des dépenses! 9
fioursault agit mieux encore que Boudiotte ne parle : des soldats qu'il passe en revue lui montrent leurs pieds nus et san^dants : « Citoyens , dit le représentant à la foule des spectateurs , que chacun de vous ôte ses chaussures et les offre aux déiemeurs de la patrie. » Et l'écliauge s'accouiplit sui^le-champ. Quant à l'argent, on en trouve en mettajit ks riches à contribution ; et quiconque a un habit et un logis propre est taxé comme riche. De pauvres familles durent fournir des sommes qu'elles n'avaient janiais possédées ; tout n ia sous peine de suspicion, c'est-à-dire de mort.
« Nous voulons, disait le comité de Salut Public, faire le bien dn peuple > malgré le peuple. Il faut le c^ïntraiudre 4 Mi^lifeie! le forcer i tous les sacrifices! Timposer pour spa Mhrar M pour sa gloire !» — Le secret des lettres fut violé, \im 1H^ ) Iluis clos , dans un eMnet rudr^ mais publiqiiemwi ta "Aurttt d une loi iui meiie.
ANaBMNE ET MODERNE. w
C'est ainsi que la république improvisa une nouvelle armée. Entre la guillotiiio et le chaiiip de bataille, tout le monde préféra le clKiinp de bataille.
Cependant les chei» vendéens se distiugùaieat de plus en • plus par leur grandeur d'âme , et trop souvent par leurs rivalités. Il fallait aux Vendéens de Tunité , c'est- i- dire un régime monaiehique : ce régime leur manqua , et leur organisation trop libérale les perdit. La seule mesure que produisit la victoire de Laval fut l'émission de neuf cent mille livres de bom royaux négociables, avec prière aux fidèles sujets de Louis XVII de les ])rendre en paiement ou en indemnité. Et quand on refusait de les recevoir, on fusillait kéroiquement le soldat qui dérobait un morceau de pain. C'était répondre saintement aux violences de la Convention; mais c'était aussi se résigner aux désastres que nous allons voir*
Après de longues et vaines disputes sur la marche de l'armée , sur les propositions de l'Angleterre et sur 1 appel de la chouannerie bretonne, un se décide à gagner Hernies par Vitré ; puis l'itinéraii^e change , et l'on arrive le 3 no- ' vembre à Fougères, où Ton sauve trois cents prisonniers vendéens* On y perd ensuite quatre jours, au lieu de mardis sur Bennes, et Ton se brouille à mort au sujet des écharpes adoptées par les commandants. Et pourtant les paysans bretons accourai^ten foule à la voix de La Uochejacquelein, apportant des vivres, des armes et des bras de fer. Ce merveilleux mouvement eût enlevé l'Ouest Umt entier, si les chels vendéens se fussent entendus pour le seconder et le diriger.
Le 4 novembre, celui que la voix publique avait surnommé h saint du Poitou, Lescure^ expirait^ Agé de vingt-sept ans ; après la mort de Gathelineau, ce fut une des plus grandes pertes que pût faire Tannée vendéenne. La nouvelle de Texécution de Marie -Antoinette 1 a\ait achevé.
Cependant les lièvres et les dyssenteries décimaient Farmée : la discorde s'envenimait de plus en plus entre les chefs. Puis l'hiver approchait ; que faire ? — Tout à coup un transfuge se présente; c'est d'Oppenheim^ oificier du
m HISTOIRE DE LA BRETAGNE
Kt^nie. Alfilié au coiupiui Puisaye, il a tenté avec le général Winipfen dv soulever la Normandie et le Calvados eu faveur des Girondius ; il capte la contiance des chefs vendéens^ et leur persuade d'assiéger GranviUe. L'arrivée de deux envoyés du mÎDistère anglais les détermine. Ce suât Ik'itin t t Freslon , deux hommes honorables; leurs bâtons roitiir luifut des dépèches. On y trouve d'abord une telliti de iieui*ges 111, offrant aux \ » luleeus .>on concours Immédiat s'ils s'emparent de Salut -iMalo ou de GranvUle; mais une autre lettre du marquis Du Dresnay , chargé du mouTement royaliste en Bretagne , conseille aux Vendéens de ne pas se fier aux promesses de l'Angleterre. Et pourtant le coiisril . iii.iliiie l avis df* La Rochejacquelein, prend la resoluUun d assiéi:ei' (.ran^^lle aver 1»^ secours d'une flotte anglaise, ne demandant, en outre, à Georges III, que cinquante mille francs, le retour des émigrés, et surtout Tarrlvée d*un Bourbon à Farmée catholique. Les Bourbons ne répondirent même pas ; l'Angleterre continua de fausser sa foi: ses agents, qui dupaient Freslon, Du [Uesnav et les phiéraiix , étaient vendus à la Convention; d'Oppenheim retournait aux bleus , et les Vendéens ail aient se briser à Gramille. Le 9 novembre, ils arrivèrent à Dol; épuisés par ces longues marches dont ils n'avaient pas l'habitude , en proie au mal du pays qui consume ^tons et Vendéens loin de leurs chaumières, ils éclatèrent en nuH iiiures, en cris de détresse , et voulurent retourner dans le liocage. Plusieurs cenlaïues désertèrent sans armes, et furent les victimes de la cruauté des républicains. La Rochejacquelein assiège enfin GranviUe (14 novembre) avec trente mille hommes découragés. Les vaisseaux promis par l'Angleterre n'arrivent pas; après des prodiges de valeur, les Vendéens vont pénétrer dans la plac6 , quand la panique les prend, et rien ne peut arrêter une déroute d'autant plus terrible, que la nuit l'enveloppe de ses ombres.
Les Vendéens retrouvèrent le courage du désespoir pour retourner dans leur pays. Le I8^6vembre^ à Pontorson^ ils font un terrible massacre des républicains , qui-veulent leur
couper le chemin; mais leurs victoires ne devaient pas pjus
ANCIENM: El MOUtRNE. m
les sauver que leurs défaites. Enfermés dam Dol, ils eussent taus péri sans la présence d'esprit et le courage de La Rochejacqueleiu ; là encore des hommes brisés par l'insomnie , la fatigue, et la faim fout reculer \N t'steruiauu , Kléber, Marceau, S;n,iiy, Hossiguol et leurs vaiiiaut.s soldats , tant le (iesespuir et 1 amour du pays leur donnent d'énergie. La joie des Vendéens dépassa tout ce qu'on peut imaginer. Us pouTaient , après leur double triomphe , occu* p» Rennes et rejoindre les chouans morbihanais; le mal du pays ne leur en laissa pas la force. Rien ne put les détourner de leur fàtale marche eu arrière. Du reste, les bleus n'étaient pas moins désin>;.iii!sés.
Le 4 décembre , on atteint Angers; il s'agit de traverser celte ville ])Our continuer la marche. Après un combat de deux jouFs, les paysans , pris eu queue pai' les républicains, se mettent à fuir à Taveuture. Cependant la Vendée s'était émue au retour de ses enfants; La liouère et Pierre Gathelineau entreprirent de leur ouvrir les Ponts-de«-Gé, et battirent à Bressniie le général Desmares. Mais ils arrivèrent trop tard devant Angers, où Marceau et Klélier venaient d'eutrep. Les A'endéeus pénètrent eu vainqueurs à laFlèclie , mais ils ne fontipi'y passer. Ils traversent ensuite, le 10 décembre, la ville du Mans, où ils épargnent, coomie à Laval ^ deux à trois cents prisonniers. Us étaient encore
vingt-cinq milk environ , mais tous plus ou moinç épuisés , tous chaigés de tatmes» d'enfants et de malades. Marceau et Kléber rejoignent^ pour les achever, Chabot et Westermanu, surnommé te boucher des Vendéens. Les horriJjles journées des 1"2 et 13 décembre se lèvent alors sur les deux camps. Depuis le Mans juHju à Laval . où s'était enfuie l'armée vendéenne , quinze nulle personnes de tout âge , de tout sexe , avaient succombé dans le combat ou dans la retraita* Sur cette route de quatorze lieues on ne pouvait faire un pas sans se heurter à un mort ou à un blessé. Pas une famille qui n'eût à pleurer une partie ou la totalité de ses membres; des communes avaient perdu jusqu'à leur dernier représentant.
AiTivé à Laval avec un reste d'armée qui semble mi convoi funèbre^ La Hocbejacqueleiu ne songe plus qu'à
m HISTOIRE DK LA BROV'AF.
génie. Affilié au complot de Fuisa> général Winipfen de soulever la Norm en faveur des Girondins ; il c.t vendéens, et leur persuade (le deux envoyés du min sont EJertin et Freslon , deux i bâtons contiennent (}o< (^^vM}o< lettre de Georges 111, immédiat s'ils s'empar» n mais une autre l»»ltî
mouvement rovali de ne pas se fier aux le conseil, mnlLi»' 1 résolution d .
anglaise , ne tl cinquante mill Tarrivée d'in bons ne i' fausser m Dresnav • d'Oppeiii se brise épuisé^ riiabii et Yen muni' le 1^.
furent Kocli aver par val»
pai d'à on
outefois 11 est eu La Roche- ^ surTautre -it repasser le ^ croit morts ou \ qui rendront csure qu'ils» arri- ' braves , à demi .-vfuge , au milieu Kléber, WesteriJ décembre 1793).
il ne fut pas le la boue , sous une t les premiei's avec les bleus. Ces derniei-s leurs fusils devient un était dispersée sans « chargèrent de Texter-
Icrmine ici. Voici ce que %riin (de Thionville), le •lay : « Enfin , mon cher lée royale ou catholique.
Français peuvent se flatter nSurope réunis contre un ^ ie brigands, qu'on affectait ^5^es, m*a toujours paru, ^ partie ; et il me semble à •mis nous ne ferons plus
dont on ne peut suspecter If plus bel éloge de la valeur
IN
\NCIENN'E ET MODERNE.
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CUAPlIKt XVII
i.i T'Treui en Vfadée.» Carrier à Nantes. Rp.k tion theimidorieuue. - Traité de ta Jaunais.— Hoche. — Récai^itulation. — La Chouaunerie. — Le Consulat et l'Empire. — U RestauraUon, etc.
Non, la Vendée n'était pas morte, et la guerre n'était point terminée; la république avait encore deux géants à vaincre : Gharette et la chouannerie. Mais, avant de raconter ces luttes suprêmes^ suivons jusqu'à la tombe ou à réchafaud les derniers chefs de la grande armée catholique etioyaliste.
Talmont, déguisé en paysan, est pris, conduit à Fougères, puis àliennes; trois semaines i\[nvs, a peine k^p de vingt-huit ans , il montait à l'éclialaud dressé devant la porte du château de ses pères , en criant : Vive le roi ! « A peu de semaines de là, dit M.Crétineau, les deux plus féroces ennemis de la Vendée, Beysser et Westermann, étaient aussi guillotinés comme conspirateurs. » Pendant ce temps-là La Rochejacquelein, Stoiflet, Langerie et, La Ville-Baugé, séparés de leurs soldats, erraient au hasard sur la rive gauche de la Loire. Depuis le départ de la grande , Charette avait poursuivi la guerre à sa
façon : ne cessant de tenir tète aux détachements républicains, trainantà brasses canons etson matériel, déployant^ en un mot, une volonté surhumaine dans cette guerre de détail pour laquelle il semblait avoir été mis au monde. « Gbaiette, écrivaient en décembre 1793 Haxo et Dutruy , G3iarette nous a fait un mal horrible. Ce brigand a trouvé ie moyen de déjouer toute la sagacité des plus habiles manœuvres. »
Le S décembre , rindomptable partisan a remonté le haut Poitou; il convoque, le 9 9 aux Herbiers > son état-majc»*, qui le nomme général en chef des armées du bas Poitou.
Charette alors organise et discipline ses forces , et dirige au cœur de la Vendée l'armée la plus aj^Litrrip qu'on y eût encore vue. 11 rencontre à Maulevner La Hochejacquclein ( 29 décembre ) ; celui-ci apprend 1 Extermination de la grande armée, et, par sa seule présence, lui enlève des milliers de soldats. C'était le moment de s'unir, et la division se mit entre Charette et La Rochejacqnelein. Charette, affaibli, quitte le Bocage, et regagne le bas Poitou; il se replie sur Machecoul ; mais il en est chassé après deux romliaK>> furieux. En môme temps , Turreau entreprend (iVnlever Noirnioutiers à la garnison de Cliarette, et s'en empare le 2 janvier 1794, après une résistance désesjiërée de la [larl des l>lancs : « Victoire ! tout est à nous , écrit Dutruy à Carrier; d'Elbée, Tanguy, d'Hauterive, Massip» tous ces chefs de brigands sont sous clef, et le rasoir national fera la fête ! »
D'Elbée eut une fin sublime ; torturé pendant cinq jours, il répondit à un interrogatoire insultant par cette dérlaration remarquable : « Je jure sur mon honneur que, bien « que je préférasse un gouvernement monarchique , j'eusse « vécu en citoyen paisible sous tout gouvernement qui eût « assuré ma tranquillité et le libre exercice de ma reli- « gion. » C'était ce que pensait toute la Vendée, et c'était aussi , disons-le, la condamnation la plus sanglante de la république.
D Eibee fut |)orté dans un fauteuil sur la place publique, et fusillé entre ses deux parents , Duhoux-d'Hauterive et de Boisy, au pied même de l'arbre de la Liberté, qui fut arrosé de son sang. — Wieland , qui avait rendu Noirmoutiers à Charette , eut le même sort, malgré les protestations des Vendéens eux-mêmes. M** d'Ëlbéer avait refusé de quitter son mari; elle périt le lendemain, avec M"* Mauriu, qui lui avait donné Thospitalité. La guillotine décima enfin toute la population de Noirmoutiers, qu'on appela Vile de la M(ut(agn€. — L'Angleterre contiuuiiit à tromper Charette, comme elle avait trompé les autres cheis vendéens.
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Ggpendant La Rocliejaisqiieleia, Stofflet et une poignée de braves j éciasaieat en détail les père$ de famille, ce bataillon d'égorgeurs si horriblement célèbre. La Convention organisa
aloi-s les fameuses colonnes iiifei'iiales : douze camps retrau chés, composés de soixante-dix mille hommes, oc(;ui)eiit les meilleurs pi stes du Boca^re, enveloppent et aHajueut la Vendée entière , et lancent de toutes parts des troupes sans artillerie ni bagages, chargées littéralement de tout brûler ei de ioui massacrer, « Je sais qu'il pentyavoir des patriotes « dans ce pays, dit l'ancien boucher Giignon, devenu géné- « ral; c'est égal, nous devons tout immoler, » La consigne infernale fut si bien remplie, que Lequinîo, qui l'avait conseillée , recula lui-même devant son œuvre ; mais il était trop tard! — Pendant un mois entier, la Vrndéc ne lut qu'un bûcher continuel et qu'un cimetière immense. Il faudrait citer auprès de la lâcheté des bourreaux le courage des victimes. « Idais^ conmie Ta très-^ien dit M. Pitre* Chevalier^ ce serait racontar Thistoire de presque toutes les cbaumières et de presque tous les manoirs vendéens. » — Les colonnes infernales ont achevé leur mission. Il n'y a plus qu'ini désert fumant dans tout le haut l'oitou et dans une partie de l'Anjou. Plus d'un quart de la [lupulation est mort; le reste a disparu. Deux cent mille bestiaux ont péh avec leurs maîtres. Ce qu'où a brûlé de fi^unages, de bois et de blé , est incalculable.
11 avait été donné cependant à un seul homme de dépasser toutes ces abominations ; cet homme était Carrier. 11 avait conunencé , étant conventionnel , par condamner Louis XVI , la reine et les Girondins, avant qu'on l'envoyât à Nantes, « pour passer sur la Vendée , disait Robespierre , comme un " tléau destructeur. » La Terreur, qu'il inaugurai Nante^?, efi'aça les plus sanglantes pages de l'histoire des peuples anciens et modernes. Il entre à Nantes le 8 octobre, résolu à purger la ville. « Eh bien ! dit^il en arrivant, cinq cents « tètes doivent rouler ici par jour^ et je n'en vois pas une ! « Il 7 a encore ici de Tancien esprit breton ; le fer et le feu « doivent nationaliser cette ville... Tous les Nantais sont w des scélérats , ajoute-t-il un autre jour. Nous jouerons à a la boule avec leurs têtes. — Plus de négociants, plus de
m HISTOliŒ DE LA BRETAGN):
« lidies ! » n n'aTiit qa'im regret^ et il l'avouail hautement, c'était de m pimoir égorger im^même toutes ses Tîctimes. — DeTons-noiis contumer le fédt de pareilles
atrocités? « I rœiir d'nii aristocrate, disait -il à table, serait - tit'uU» «n m»'t< extvlleut. »
Les premières \ictiiiie> lie Cirrier stuit les prisonniers vendéens , qui affluent de toutes parts. Puis il destitue et chasse les deniiers champions de la probité (rËtat, Grouchy, Oandaux, Kléber> DulMyet, etc... il déclare tous les manhands aristocrates^ et propose de faire piller leurs magasins le peuple. < Peuple, disaitpil^ prends ta n massue , écrase tous tes uégociants, enfonce toutes ces « boutiques, extermine tous ces scélérats! » — Désormais, Hu.unl l'heure sonup à l'horlo-:*^ d»* Nantes, un horrible chaut lie mort, le ça traf retentit sou- !• s marteaux du carillon. Oublier de tutoyer un citoyen, parler convenablement et sans jurer, c'était jouer sa vie. L'horrible et le ridicule se coudoient. On inscrit dans les bureaux : /et on 9e imioie , et au-dessous : Fermez ia porte, t^U wm plaît. On supprimait comme aristocrate une pièce intitulée le
bientôt la unilloUne n»^ va pas assez vite; Carrier organise les fusillades eu mas^c. Tant de cadavres s'amoncellent dam les carrières de Gigant , qu'il fiiut créer une compagnie d'enterreurs : elle ne suffît pas encm à l'œuvre ; on entasse les coxps en mmîa^ ripuhlicame. Enfin Carrier trouYO un tombeau assez profond dans les gouffires de la Loire; il invente les noyades. Tout tremblait devant ce monstre, même cette intrépide garde nationale de Nantes, qui avait re{ Mil issô cent mille Vendéens. La Montagne (cluh démagogique s'il en tut) eut l'honneur li'rtn^ dissonlf par Carrier, pour avoir demandé qu'on essuyât mieux la guillotine et qu'on attachât les chiens qui allaient dévorer les cadavres.
Le '22 janvier 1794^ la peste est dans les prisons et va gagner toute la ville : « Bravo , dit Carrier ; en avant les noyades ! » — Quelques incrédules ont nié ces abominations.
Qu'ils lisent Mellinet, et qu'ils consultent le greffe de iNautes. — Cepeudaiit les épidéimes les plus terribles pas-
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ANGI£NN£ ET MûD£RN£. 3S9
saiént des prisons à la ville ; les chiens devenaient enragés
en dévorant la chair Immaine.
Arrét(ni^-iions , tit reposons nos yeux sur les hommes de coeur qui osèrent lever la tête quand tous étaient courbes sous rasservissement le plus ahominable. Citons d'abord roffider républicain Hugo> père du fameux poète contemporain. — Carrier avait ordonné de massacrer an château d'Aux sept à huit cents paysans de Bougenais qui venaient de se rendre sur la foi d'une amnistie : Hugo défend à ses soldats d'obéir au proconsul ; mais ils craignent de jouer ainsi leurs têtes ; il proteste, il lutte contre eux , et ne se retire que devant la force, en disant : « Vous n'êtes plus mes soldats, vous êtes les soldats de Carrier! » Rappelons encore , entre autres , Tacteur Gourville , qui sauva quatre cents prêtres ; le ciseleur Boiviu , commandant temporaire de la ville, qui foula aux pieds un ordre de massacre, en disant : a Je suis soldat pour me battre avec l'ennemi, et « non point pour massacrer mes compatriotes ; » le général Haxo, qui refusa péremptoirement d'être le complice de Carrier; les femmes de la halle, qui arrachèrent à la guillotine et adoptèrent une multitude d'enfants, et tant d'autres.
Mais l'adversaire de Carrier le plus intègre , le plus opiniâtre, et en même temps le plus habile et le plus redoutable , fut le célèbre Boulay-Paty , sénéchal de Paimbœuf en 1788, administrateur de la Loire-Inférieure en i793. C'était un républicain pur et désintéressé, un homme véritablement antique par la science, par le courage et par la vertu... La lutte commença le jour même de l'arrivée de Carrier. Pui^ vmreut la disette et i ailaire des grains, où Boiilay-Paty défendit jusqu'à l'extrémité les négociants de Nantes. Les voyant incarcérer malgré ses efforts, il s'adressa avec ses collègues à la Convention : c'était jouer doublement sa vie. Désarmé par la loi du 14 frimaire, qui enlevait au département les mesures de sûreté, Boulay- Paty n*m continua que plus vivement sa résistance. Il se posa Taccusateur de Carrier devant le tribunal révolutionnaire de Paris; ce fut la première pierr*5 ([vn brisa les pieds d'argile de ce colosse de la Terreur. Boulay-Paty n'avait alors que trente ans.
m UiSTOiaE 0£ la £a£TA6N£
Que iK)uvaient faire les derniers Vendéeus aux pribes avec les noy^Mirs de Carrier et les colonnes infernales de Tuneiiài / ':<uv qui se rendaient mouraient comme ceux qui continuaient de se baUre : mieux valait encore le champ de bataille ! Les gais reprenneiil leuis armes et s*élaiiceat avec Gharetts, Stofflet et La Roch^acquéLeiii. Jamais ce dernier n'avait joué sa vie avec une telle audace ; il cherchait donc la mort? Il la trouva le 29 janvier 1794. Ses solda r> dlaieut tuer deux grenadierb bleus surpris dans un champ : « Arrêtez! s écrie le héros. — Rendez -vous, a ditril aujL grenadiers, je vous iais grâce. » Mais un de cet» forcenés a entendu pixmonter le nom de La Rochejacquelein ; il tire, et le tue à dix pas. - La Convention , qui comptait alors plus de neuf cent miUe soldats , fit vérifier le cadavre de celui qui a^ ait été si longtemps son épouvante. « O héros n'avait que vingt-uu ans, s'écrie ^iapoléon; qui sait ce qu'il fût devenu ? »
La république , délivrée de La Rochejaoquelein^ se déba^ rassa aussitôt de Carrier. Le proconsul quitta Nantes le U février, pour aller porter sa tète à Robespierre. — Stofflet succéda à La Uochejacquelein , sans le remplacer. Désormais la Vendée, sous Charette et Stofflet, rendit à la république extermination pour ex^termination. La Convention, qui croyait la Vendée morte, sut bientôt qu'elle reprenait des villes > et Tuneau lui-^me avoua que les ootonnes infernales avaient perdu leur temps. '« Les brigands se battent sur les ruines de leurs chaïunières , comme d'autres ne se battraient pas pour sauver les leurs... Il y a là qttelqve chose de surnaturel , donf tn/cua /miple rt'a donné l'ejuemple !
U nous faut donc encore changer de système. Noits avons été durs; essayons les voieê de la douceur* » Telle fut, en effet, la nouvelle consigne républicaine; mais les paysans s'y fiai^t moins que jamais.
L'hiver était venu, et Charette n'en continuait pas moins à se battre ; encore une l'ois il était maître du pays. 11 avait battu Cordellier sur tous les pomts ; Haxo fut lance cfjiitre lui : « .Dans six semaines, écrivait celui-ci au Comité de Salut Public, j'aurai la tète de ce inigand, ou il aura la mienne. » Haxo faisait la guerre en soldat^ et non pas en
bourreau ; ce qui le rendait d'autant plus redoutable à ia Vendée. Charette le craignait particulièrement. D'abord battu , Haxo triomphe à son tour^ et enfonce les blancs dans
la forêt de Ton voie. Mais Charotte rallie le:5 fameux gars du pays de Retz, et altin sou adversaire, le 19 mars 1794, aux Clouzeaux, où celui-ci tombe vaiucu et blessé à mort, après un saillant eugageuieut. Trois coups de feu acbè^ vent Haxo , au moment où Charette venait pour lui sauver la vie. Cette défaite et cette mort consternèrent les républi- cains* ^Bonaparte disait déjà ce que répétera plus tard^ en récrivant, Napoléon : a Charette me laisse l'impression d'un ^VRiid caractère. Je lui vois faire des clioses d'une énergie, d'une audace peu communes, il laisse percer du . génie. »
Voilà en effet le plus beau moment de la vie de Charette , dit un éloqu^t historien. Cette campagne d'hiver suffirait à l'immortaliser. Pendant trois mois^ sans vivres> sans munitions , aujoiu!dliui avec dii mille hommes, demain avec trente, il se battit continuellement, toujours comme il ' voulut , toujours où il voulut, et toujours avec succès.
Pendant ({ue Charette reprenait son ancKïn territoire, Maiiguy rt'iifi.iit , déguisé , daiiii le Bocage, après trois mois de misère vagabonde. 11 avait bravé Carrier à Nantes : o Je «t suis Marigny, le général des brigands^ lui avait-il dit en « lui montrant ses pistolets ; je vais passer quatre heures à « Nantes > et je te préviens que si tu me fais arrêter, tu « mourras avant moi ; j'ai pris mes mesures. » Carrier eut peur de tant de courage. — Les gars de Bressnire, de Mortagne et des environs s'assemblent à la voix si connue de Marigny, et la Vendée com[»te désormais un général en chef de plus. Sapinaud et Fieuriot lui sont aussi revenus. Le ^ mars, Marigny frappe uu grand coup eu prenant Mortagne : la république perdait sa force à mesure que la Vendée reprenait la sienne. Le 18 avril, nouvelle victoire de Marigny à Glisson; Stofflet se fortifie à Maulevrier. Turreau s'avance alors à la téte de ses colonnes , auxquelles il a dit : «Les blancs sont vendus à l'étranger ; l'itt et M Cobourg sontlem's vrais chefs. » (Iharelte laisse pénétrer dans les l^arais, et perd malUeureusemeut tous ses
m HISTOIRE D£ LA BRETAGNE
avantages par une intrigue d-ambitioii : il voulait être
généralissime. Personne n't^st iioiiimé à ce haut prade ; on signe M'ulfiin'iil une confédération vendéenne , et l'on convient d'agir de (X)iicert soub peiue de mort. Mariguy est la piemière victime innocente de ce dystème^ dont il subit rhorrible conséquence : il e»! fusillé le iO juillet Otte exécution fut un crime de la part de Cmarette et de Stofflot ; ce fut de plus une faute irréparable. Ces deux honiiiies, qui s'étaient fMiteudus pour le mal , ne parent 8'accorder pour le bien. Enlin un pacte tut signé entre Cha- TOitte, Stottlet et Sapinaud; mais il ne fut exécuté par la s»uite que d'une manière inégale et incomplète.
Le I" juin , Gharette et ses collègues écrasent deux mille républicains à Béjarry : le lendemain de la victoire, Tînténiac , échappé de nou\eau à mille dangers, apiiorl»' denouvelles de l'émigration. Après un silence d'un an et deux mois, le comte d'Artois dit qu'il arrivera ^ten^d/. Cette promesse j qui ne devait jamais se réaliser^ électrise cbefs et soldats. Si les secours promis par rAngletene avaient manqué devant Granville, il fallait l'attribuer à un malentendu; les Vendf'ens eurent le tort de croire à cette excuse , et demandèrent dix mille émigrés avec des fusils et de la poudre.
Défaite le 6 juin par Dutruy, à Tattaque de Chailans, Gharette accuse Stofflet de mauvaise volonté ^ Stofflet acouse son collègue d'imprudence? , et chefs et soldats se séparent
vivement irrités. Pendant œ temps-là, Robespierre passait de l'autel de l'Être supi-ème à la guillotine : sa dictature n'avait duré que quelques mois ; mais que de maux entassés en si peu de temps (9 thermidor [27 juillet] 1794) I La France respire un moment ; la Vendée refuse de croire à la paix que lui annoncent les républicains, qui les avaient me^ nés si souvent à la boucherie. Après Vimeux , Alexandro Dumas (le père du célèbre roinancier) , brave capitaine et républicain géueieuv , voyant comme ou cuml)at les Vendéens, donne sa démission, « préférant au commandement en chef d*une armée d'égorgeurs le service de simple soldat dans une guerre où Ton pût faire des prisonniers, j» Plus tard, Savary lui contait les ma^cres du Bocage , et aj ou-
AMCIEMHE ET ilODERME
tait : « Le.-^ ordres élaieul luriuei> : qu'oussiez-vous tait si « vous les aviez reçus? — J'aurais «iésobn, répondit Diuuas, « ou je me serais fait sauter la cervelle. »
La Convention persista dans les voies de la douceur^ et rappela tous les représentants et tous les généraux impitoyables. Biais elle sollicitait en même temps en secret les Vendéens de livrer leurs diefe. Une rupture survenue entre Gharette et Stoftlet vint affaiblir encore les royalistes, déjà ébranlés par les assurances de paLv qu'où 1* ui otlVait. Seuls les soldats de Gharette , soutenus par leur iii(b )uiptableclief, sont encore acharnés à la guerre. Caruot niuitiplie les promesses d'amnistie et de pardon. Onze rqnrésentants viennent dans rOuest arrêter les exécutions^ ouvrir les cachots^ rassurer les royalistes. Gharette^ disposé enfin à la paix, foute de pouvoir continuer la guerre , consulte ses offiders; tous opinent pour un traité honorable , à Texception de Sdviu, Le Moelle et Delaunay. On trompait les royalistes en les flattant. Stoftlet le comprit et résista toujours ; mais que pouvait-il faire avec des soldats» découragés? Cependant un traité de paix est signé , le 18 janvier 1795, à la Jaunais. Qu'on y voie un, chef-d'œuvre de rouerie républicaine, ou un modèle de crédulité royaliste, comme dit Napoléon, le beau rôle est de toute manière du côté des . "Vendéens.
Stefflet seul avait refusé de croire aux promesses dt» la république : il comprenait trop Lien que celte paciticatioii , prétendue générale, n'était qu'un leurre. D'ailleui*s la discorde divisait également et les chefs vendéens et la Convention nationale. — Stofflet continue la guerre, presque seul, mais avec une telle énergie, que la république tremble de voir renaître Tachamement vendéen. Épuisé et affaibli , St(^t signe enfin le traité de la Jaunais, et stipule, en iiubie cœur, le retour eu Fiiuu-e de son ancien maître, le comte de GollH^t, et sa réiutégration dans tous ses biens. Douze jours auparavant, le 20 avril 1795, les clieis de la Bretagne avaient traité à la Mabilais ; de sorte que toutes les provinces de FOuest se trouvèrent fiacifiées , du moins en apparence:
« Ni les Vendéens, ni les Bretons, ni les conventionnels
u tI<milS PC r\ BRETAGNE
-nuiK» «ii; la JtaÀiia» «M <ie la Jaimi:^ . lu un iminhiiH Là» i>ur:i<r* it*<»iaieiii <tnim ^i uiniiiiiBtiv» u— inJumaMiUt t.L inm«u «K* «a Fntim ir pui>ikatiir. L^nr moiiidEe contoct
•iiutt^uei i^ùuuMr «tes t nwinriifjK »
; Il -fiur «iau^ iiutn? l uin 'le narier <ie l'ige Bf ff tovti-
^ ^'it>«^ e i uàu>iii»-uuub « le uire i^m i e iitmi ie pin^damremnL cie ia {KicilieaUoo iat le nùnistm an^da»; ii a^ait bnum à iiMi pnjL d'eiitKHenùr rioerailie qui dé^nint la Fnmm, U tuMiitail dè» ion l'expédition de < jiiilimiL. ce linene p ttaimt •le I expétiitioo de 4;mTilie. ïj» nrinm, dmH T imbitiaii iiiiîs^ «^11 i^'ii, 'lotuieiit 'es . r^'inier» «lans * e riouTeaii jneiî**- 'U ' !!\<Mr*iîi niitrijuii; <l»^ RiMt»rt» i <'har^tte pnnr le
h ctîUe .t\e<î rHpiiiaïaiitv ui premier vrï»n: rnaii» il tend ew- (Uakuftbiil ia maiii a .iloittet» «^peadast l expéditei «Ip t^uiiMJroii se pn^parait («venanenl. La icawT» rtco am ae^ HU Veaiiéê ; Id juin t79B, le» répvblieain» (ni nolé la lai jurée eii suipraïaiil ialf , iia da»eàA wiitta»* «t ea I »*muwuaiit prisoiinier ;i Saumur. La r'-oiiveiitiou lyait pr»v fie iviuertre lUX Veudeeiis , iiv;iiit le l.î juni 17^^. ! iiittirlmie Luui> XVIl, i^* l.u*^^*» înoiini* leuteme^t m
LeuApie. Ce tut le pnncipai riiout «ie rapture iuToqne par < Jiarelte ei par tous le> chefs royalkte^ . dans ia «iédaralm soleuiielle qu'ils publièfeitl le ^ jimi* Apsm qnatie mois de re|Wi», la Veodée a retmrré et rallié s» feiee»; et » elles i i^il^l pin» TeaMBible et Vëssn é» ^193^ elle» tiewlrait' ii^it id Couvention en échec jusqu an jour (fui la verra ,.iàJ)er. riiiiiHfte reprend le*^ irmes le -2f> juin, -lu cri de : •w Luiuï» XVIII. rni Fninœ! — î.!! baî.uUon repu- .laïAi qw venait J arrêter pmm en mdiim sous <*m ilra- U annonce aloni à tontes i^es divisicw U mort 4e ^ WU et i'aféneflmt ém eamte «ie Pwf wme , laaaii» Jg» cftouasi de BMigiie et Fanivée pnchainb
.r^à Qnilieron. Ses lîentenants se lèvent cwtta «a
...1^ j. appei.
Par malheur, r»vyalislrs étaient (U\is«'s ;m «Irlhiis cocaïne au dedans. La rivalité d« Cliarette et de Stotllet vieut compliqua les embarras de la situation. Stofflet jalouse Ghtrette, qui vient de recevoir de Louis XVIII le hcevet de lieutenani^éDéral, etieftise à la fois de reoomiaitre le nouveau général et le nouveau roi.
Les premiers avantages furent aux républicains ; l'abus saiiirlant qu'ils en firent eut pour résultat <rinsf)irer aux \V'iiiU;eus et an\ < lumans un achariienicnt qui rliaiifrea la guerre en boucherie. En présence du péril de la cause royaliste^ on essaie, mais en vaiu^ de réconcilier Gharette^ et Stofflet, qui venait d'être fait maréchal de camp et chevalier de Saintl^mis. L'Angleterre Ikîsait toujours de belles promesses; mais comment les tenait-elle t L'expédition de rile-Dieu vint compléter les illusions de Granville et de nuiheron. La voilà, cette tlutte anglaise, qui amène enfin le comte d'Artois aux Vendéens! « La République était ensevelie dans son triomphe, a dit Napoléon, si le comte d'Artois eût touché le sol de la patrie ! » Mais il en était séparé par la duplicité britannique. A Hle-Dieu comme i Gianville , lord Moira, triste augure ! commandait en chef. Cent cinquante-huit gentilshommes des premières maisons de France s'étaient enrôlés sous son nom , tous anciens officiers si habiles et si bravas , qu'au dernier moment TAndeferre leur défendit d'omli in^uerî Le 55 août 1705, le romte d'Artois anuo&ce à (Jiaretto son arrivée pour les premiers jours du mois d'^ «^f'iitembre. La Gonvaition en fureur appelle tous les révolutionnaires aux armes, ^foim^r arrive sur les côtes de Bretagne^ et assiste dans File d'Houay à un ser^ vice funèbre en l'honneur des victimes de Quiberon. Douze jours se perdent en délibérations et en correspondances pmir savoir si on at{a(ju«Ta Noirmontiers ou l'Ile-Dieu. Deux fois déjà Chai'ette est venu en T;ii]) à la rencontra du comte d'Artois. J/ow^tewr débarque entin le ^ septriiihre à lile- Dieu. Le duc de Bourbon l'y joint avec un brillant concours de nobles ;1Stofilet vient mettre les troupes an^evine^; à ses ordres ; soixante-dix mille combattants attendent MoMienr; la chouannerie bretonne est là. Ni Mmmmr ni les Anglais ne profitent de ces (^fte et de la victoire qui kur est si facile
tm nsTOH OK LA mwrMHw
à ligner. r»ut ^-r perdu! Lhai-^tte !e iiomprit et maudit l'-^neit-tenv, et N.ipoieuu. im juiu* ua lui Uijait cet epiittde , dit : u J'euaae imvefôe la m«*r a i Ue-ûieii sur « eoqnillt' <ie noLi ! Ji JUt ùoêêê» d'Alto» se r eymât tnp Uaà de luite , et eanya tubumbé de la sépinr m se
de Famcto à la sonralUnae «ngieiw : tovt xe qu'il pot obtenir, ce fiii âtmwf^ vbol chel» ^mdètm é& nourelte promesses et de l'aident, le 17 m v^^mbre 1795.
Polir .i< he\>^r l.i \>n<lée . le birn-foire lui «snvoya Hoche. Hoclie a¥iut su se C4ia*:iiier yas: ^au uui>ie caractère Tamour de» répablkains et i'e^me des royalistes» âea prasûèfes ' ^todswtttàem annencèreut à La Vendée coHie à la réyiihËqjO^ que éetant son épée de paBifieatenr tente la gMie allait ckui|$» lie liée. « Je raid» , dÏBÛI-ily les ekeiiffcspoQttble» des faute» de leuis sabotdoiuiés; ib doiwit prévenir par une bonne police. » C'était Hétrir d'an seul mut tout le pîissé.
Arrive daiià Ut l'.i> l'<>it«)Li avec diA-hiut niiuK iiomnies, Hocbe dit aux Vendéens : < l'eusex-vous qu avides de sang BOQS alliom ven^ i'a^siuâiâuiat par l'ass^ainat? iîom l hts mis républicains ne sont pas crôels. Us viennsnl Tonsamdier àla tyiannie, et nonfous égoiger. Ne nons fiijct plus; non» saurons respecter votre faiblesse. Réteblisses vos diaomières , pries Diee et Isboorei tos champs. C'est contre iJi.iy^'U^ , cet éternel eiineini votre repos et de votre boubeiii , 4<ie je dirige les forces ijui me sont coiiHées pai' la république. » — Et les fait> vinrent aussitôt confirmer ces paroles, de manière à ne plus laisser de doute ni de méfiance anapaysans* Hoelie poursuit en adDiînistiatanr et en général sa stratégie. Impitoyable justicier des capsteines, il reçut à merci les soldais qui se rendent» donne aux paysans de quoi reb&tir leurs chaumières, etc. Charette s'arme vainement contre un tel ennemi. Hocbe cependant désespère un moment de le vaincre; il fait alors une chose indigne de rîun caractère, il promet six mille louis d'or à celui qui lui livrera Charette, Honneur à la Vendée I elle n'eut pas un ittdas pour vendre son dernier héros. Mais Theuie de Charette avait soimé, et Stofflet ne le précéda dans la tombe
ANCIENNE £T MODERNE. m
que de quelques jours. Le premier voyait tomber autour de
lui tous ses lieutenants; comaintus qu'ils n'avaient plus de merci à attendre, les derniers Vendéens se res^t'l^ent autour de Gharette avec le sombre et héroïque coura|$e du desespoir.
Pris et conduit à Angers^ Stofflet est condamné i être fîisillé. Il refuse le bandeau qu'on lui off^ : « Arrière!
dit- il , les généraux vendéens n'ont pas peur des halles ! Vive la religion î vive le roi ! » 11 meurt à quarante-trois ans. îe 23 lévrier 17%. — Entouré d'espions, Gharette lutte comme le lion que les chasseurs ont acculé. Euiiu il est pris ! Cette conquête électrise toute Tarmée républicaine. « Mon cher général, écrit un ami à Hoche, nous sommes comme des fous depuis cette bonne nouvelle. » Elle arrive à Paris à huit heures du soir. Les cinq directeurs la reçoivent avec des cris de joie , et la l'ont aunoucer sur tous les théâtres , comme ils eussent fait la prise d'une capitale ou d'un royaume.
Gharette est conduit à Nantes, et à toutes les questions dont on Taccable , il ne répond que ces mots : « J'ai combattu et je meurs pour ma religion , pour ma patrie et pour mon roi î » Avant de quitter le tribunal, il adresse c«s seules paroles à s^s juges : a Je ne cherche point à reculer Tinstant tf de ma mort , mais je prie qu'on me donne un prêtre catho- « liqae* » AiriTé devant les soldats qui doivent le fusiller, ' Gharette remise le bandeau qu'on lui oftre, désigne sa poitrine , en disant d une voix forte : « Visez là ; c'est là qu'on doit frapper un brave! » Il avait trente -trois ans.
Avec lui finit Tinsurrection de i Ouest ^ qui avait commencé par des soldats sans généraux, et se terminait par des généraux sans soldats. Il suffit, pour le démontrer, de résumer les derniers événements de la rive gauche de la Loire; après quoi nous allons passer sur la rive droite de ce fleuve pour y recueillir i lustou'e peu connue et mal jugée de la chouannerie.
Hoche avait rouvert les églises et relevé les chaumières. Les Vendéens n'aspiraient plus qu'au repos, après tant de fatigues et de souffrances. D'Autichamp^ le nouveau généralissime, essaya de i allier quelques soldats de Stolflel,
â3R HISTOIRE DE LA BlitlAGNE
mais sans résultat : chaque jour^ fidèle à son système , Hoche donnait amnistie complète aux paysans qui se fendaient , et promettait guene et mort aux agents qui les
rappelaient aux armes.
L'aiiii* li 17D9 étail .«nivée; le 18 brumaire éleva Bonaparte au pouvoir. Les royalistes et les répiililicains tonruèrent ensemble leurs yeux vers Thomme de la Providence. Les uns révèrent un nouveau Monk^ les autres un second Washington. Us se trompaient les uns et les autres. Gadottdal et Frotté^ qui triomphaient encore en Bretagne, jettent en vain leur épée dans la balance; Bon;) parte menace alors (l'écraser la Vendée. La paix est entin signée à Montfaucon par tous les chefs de la rive gauche , le 18 janvier 1800. Bonaparte proclama dès lors les Vendéens un peuple de géante. En 4801 vint le concordat, dans lequel la Vendée encore a sa grande part. Bonaparte le reconnut publique* ment en faisant représenter la France catholique par l'abbé bernier^ qui avait soulevé les premiers Vendéens autour de la croix de Jésus-Chiist.
Les causes qui avaient enfanté Tinsurreetion vendéenne donnèrent aussi naissance à la chouannerie bretonne, qui , poussée à bout par les excès de la Montagne , et ranimée par le deniier sang de la Vendée sa sœur, se dressait pleine de vigueur et d'audace , au moment où celle-ci expirait sous les colonnes infernales. Les chouans et les Vendéens étaient frères, mais seulement par le principe de vengeance et d'afiïanchissement qui les armait en commun. Tout, du reste, était différent, pour ne pas dire opposé entre eux. La guerre de Vendée fût particulièrement une guerre de défense; celle de la chouannerie, organisée plus tard, fut surtout une erncrre de représailles. Les chouans reudnent aux républicams feu pour feu, sang pour sang, et terreur pour terreur.
La chouannerie sortit de la basse Normandie et du bas Maine , oik elle eut pour fondateur et pour premier
chef Jean Cottereau, dit Jean Chman (1), qiu donna son
(1) Le nom de famille de Jean Chouan était Ck>ttereaii j le surnom de Chouan avait été donné i son grand-pèie, parce qu'il était natuieilement triste et taciturne, et que dans tontes les réunions U se tenait
ANCIENNE ET MODERNE. gay
nom à cette lutte si longue et si opiiiiâtre. Connu de bonne henie pour sa haute taille^ sa force , son esprit et son coumge, Jean Chonan devînt l'oracle du village de Saint-
Oueii. 11 était toujours le premier et le dernier au choc des gabeloux ou douaniers du sel , avec lesquels la coutrebande 4u sel qu'il exerçait le mettait souvent eu lutte. Généreux et modeste ayec ses compagnons, il se dévouait sans cessé peur eux , et leur laissait partager la gloire et le profit de ses exploits.
Dès l'année 1795, au premier attentat religieux de rAsîsemblée nationale, Jean Chouan prit les armes avec les gars de son village. La levée en niasse vint bieutôt grossir sa troupe^ et tous les proscrits de la Mayenne et de la Sartbe s'insurgèrent en même temps que ceux de la Bre^ tagpe et de la Vendée. La vie de ces hommes hors la loi ne fut plus qu'un combat perpétuel. Tous ceifx qui étaient persécutés comme eux, et suit nit les prêtres rétïactaires , cherciierent un reluge dans leurs rangs. Leur iiremier quartier géuécai fut le Lois de Misdon (près Lavai), formé de hêtres, de chênes et de bouleaux. Dans le plus fourré de ce taillis , chaque chouan se creusa une demeure^ ou plutôt un terrier, qu'il recouvrit de feuilles et de broussailles, et dont Tœil ne pouvait deviner rentrée. Six mois se passèrent ainsi (les six mois de l'hiver de 1793), pendant lesquels les chouans ne purent guère sortir que la nuit de ces cabales 9 traqués qu'ils étaient pendant le jour par les milices et les garnisons. Les paysans des environs les nourrissaient, et les femmes surtout vinrent à leur aide; per^ souue ne songea à les trahir*
toujours dans un coin, à l'écart. Df là il fut appelé M Chouan, ou Chat'Huant, et la famille CoUereau a conservé dès lors ce surnom, qui passa aux soldats de Jean Chouau, i)uis à tous les insurgés du Main»', de la Normandie et de la Breta^rne. Les républicains le leur donnèient comme un titre hontenx, et ils l'adoptèrent comme un titre d'honneur. « Quant à ce qu'on a racoaté , dit M. DesL-epeaux, que les premiers insurgés contreiaisaient le cri du ilial huant [)Quï se reconnaître et s'appeler, c'est un conte inventé par ceux qui , ne sachant pas la vraie explication, ont voulu avoir néanmoins quelque chose à dire pour satisftdre la curiosité. Cependant U est vmi que plus lard quelques chouans ont eu cette idée , suggérée par leur nom- »
S40 UiSTOlRË DE LA BRETAGNE
La clioiiannerie demeura isolée et «ans organisation jusqu'à rcxpcditiûii des Vendéens dans le bas Maine. C'est là la première période' de son histoire ; la seconde période s'ouvre le 25. octobre 1793> au fond du bois de ivlisdon. Avec cinq mille paysans, Jean Chouan suivit la Vendée jusqu'au désastre du Bians : là il perdit sa mère, quil aimait tendrement , et regagna le bois de Misdon. 11 trouva la closerie (ferme) pill/'e, et ses frères jurèrent avec lui mort aux rèpublKams. Tous ses compagnons et tous les chouans de Bretagne qui avaient eu le même sort firent le même serinent; et la chouannerie proprement dite, s'organisant dès lors et correspondant d'un pays à Tautie, entra dans sa troisième et terrible période, celle de la vengeance et de la ji;ueiTe sans merci. Nous avons dit plus haut les excès républicains qui l'expliquent, s'ils ne la justitient pas. Terreur pour terreur, ceux qui commencèrent furent les plus coupables. La révolutioa pou* vait s'établir autrement que par Fincendie et le massacre, tandis que la chouannerie, ainsi attaquée, ne pouvait 9i& défendre utilement qu'en rendant des traifenients pareils.
En même lemps que les chouans multipliaient lem's relations entre eux, ils coupaient, par mille moyens plus " ou moins sanglants, toutes celles de leurs ennemis. Plus de voyages, plus de convois, plus de commercé, plus de courriers possibles dans le pays qu'ils occupaient» Ils tinrent ainsi presque tout TOuest séparé de la France pendant des années entières.
« On a reproché aux chouans d'agir en voleui*s de grande route, d'arrêter et de piller les diligences. Au point de vue moral, c'est un de leurs moindres méfaits; au point de vue de la guerre, c'était la plus naturelle des représailles. Dépouillés par les révolutionnaires, ils les dépouillaient à leur tour. Or les diligences, véhicules de leurs ennemis, représentaient pour eux l'argent, les employés et les amis de la révolution, presque seuls en voyage d'une ville ou d'un camp à l'autre. Sans doute, beaucoup d'inoffensifs voyageurs furent victimes de ces attaques; mais U ne ifaut pas attribuer aux seuls chouans les crimes que luub it^
ANCIENNE n MODERNE. 341
bftQjitite de rouest exécutèrent sous leur nom^ en particulier les fàux chouans, n Ainsi s'expriment MM. Descepeaux et Pitre-Chevalier,
jugps impartiaux des chouans.
On doit moins considérer les chouans comme une année que coinnie une société secrète, formée et soutenue par un fanatisme héroïque, ils en avaient les habitudes et les allures en toute chose. Ils avaient leurs tribunaux volants, leurs francs- juges et leurs exécutions silencieuses. Ils se dévouaient tour à tour à la punition des traîtres, des espions et des suspecta; .
Le second chef des chouans du bas Mriine fut digiiç du premier. C'était Jean-Louis Tréton, dit Jamàe d' Argent , fils d'uû pauvre paysan , qui avait douze enfants pour toute fortune.
Tels étaient les instruments que la Providence employait
pour réprimer la Terreur, pour tenir en échec les vainqu^niN de l'Europe, ponr ébranler un jour Naiioiéou, et pour relever en France l'autel et le trône renversés.
Bientôt un nouveau La Rouêrie entreprit de rallier toutes ces forces éparses; c'était le comte Joseph de Puisaye. «rPuisaye, a dit éloquemment M. Grétineau, fut l'Ulysse d'une insurrection où Tou ne demandait que des Achilles. » 11 s'était tlatté d'organiser l'insurrectiou en lui donnant de l'unité. Quand il adressa ses plans aux Vendéens, qui les rejetèrent parce qu'ils ne le connaissaient pas, il avait déjà une influence réelle en Bretagne. Plus tard il devint suspect et aux Bretons et aux Vendéens à cause de sou engouement pour l'alliance anj:laise. Il avait cependant un parti [)iii>sant lorsqu'à la fin He 1793 le général Beaufort marcha contre lui. Honneur a iîeaufort, qui, au milieu de la lièvre de sang où l'on vivait en ces temps déplorables, refusa de brûler »x cents royalistes au château, de Thorjgny. « En me dévouant au service de la république, écrivait- il, je n'ai pas pris la charge du bourreau, et mes soldats pensent comme moi (18 janvier 1794). » Instruit de ce fait, Jean Chouan défendit k ses honunes de jamais tirer sur le général. U fit le même honneur aux volontaires de Houén, qui s'appebient le bataillon de la Mmtagtte
pour déguiser impiiaéineut leur humanité sous la férocité de leur nom. Kléber tenta en vain à'hmumiter la goénre des chouans; il fut rappelé presque aussitôt : Vaeh(tt, son
successeur, reprit pour mot d'ordre : Exterminer.
Le 28 juillet 171)4 , à la suite (rune rude affaire avec les bleus, Jean Chouan tombe Irappé à mort; ses deux sœurs et son frère l'avaient précédé sur Téchafaud. Pendant ce tempsrlà^ le Morbihan se ralliait autour de Georges Gadoudal. Tout jeune encore ^ Gadoudal avait fait ses premières armes en Vendée» où sa force herculéenne, son indomptable résolution, sa bravoure pleine de san^- froid, étoniiPient Bonchauiii^ p\ Stoftlet. Il rentra daus le Morbilian, après la déroule de Savenay , avec un seul des braves qui l'avaient suivi au delà de la Loiie. Puisaye arrive alors en Bretagne avec les débris des troupes vendéennes; une espèce d'armée s'organise, et des rapports s'établissent entre les insurgés du Morbihan, ceux d'Ille- et -Vilaine, ceux des Côtes-du-Nord et ceux du Maine. Mais, au lieu d'ajrir, Puisaye négocie , il attend l Arii^leteire. r>n le décide enlin à tenter un grand coup sur Hennés (26 mai 1794)« Trahis par les bleus^ ils regagnent le Morbihan à travers mille dangers et mille maux. Là^ les deux armées insurgées, s'unissent, et Ton est déjà en marche, quand les chouans d'Ille-et-Vil 1111*3 ioiit manquer la jonction en regagnant leur pays. Puisaye se voit alors battu à Silfré (5 juin); ses derniers soldats se dispersent, et ses collègues l'abandonnent en le maudissant. L'habileté diplomatique de Puisaye répare bientôt les fautes de son incapacité militaire. Avoué par. les princes et par l'Angleterre, il se fait reoonnattre comme général en chef à Fougères et dans les Côtes-du-Nord. Tous les antres chefs bretons se rallient a lui, et il passe en Angleterre, pour en raniener les secours promis (23 décembre i 794). 11 ébranle Pitt» lui arrache la promesse de l'ex* pédition de Quiheron^ enlève d'assaut les pl^ns^ponvoirs du comte d'Artois >. et tout restait suspendu quand tout devait être précipité. Hoche et son état- major, d'habiles officiers ai rivaient pendaul ce temps -là en Bretagne. Hoche appliquait déjà à la Bretagne le système qui devait pacifier l;i Vendée : il calmait les populations épuisées^ sans désarmer
les chouans ni leurs chefs , (fui suspei taient , on sait pourquoi, jusqu'aux bienfaits de la répubhque. A force d'adresse , on amenait enfin un bon nombre de chouans et leurs chefs à reconnaître le traité de Gharette, auquel le Morbihan seul refusa d^adhërer. La guerre y était plus sanglante que jamais : mais les faux chouans, inventio^i de la république, déslinuoraieal par leurs infamies les vrais chouans, dont il était ditlicile de les distinguer, tant ils aôectaient de prendre le même costume et de parler le même patois.
Voici comment M. Grétineau-Joly raconte cette horrible invention de Jean -Bon Saint- André, Lequinio, Dubois- Crancé , Laignelot, Carrier et Hréani. « Us avaient tour à tour iait recrue (Ip^ natures curronipues que fournit la pins vile populace. Quand ces recrues, destinées à égorger les royalistes, eurent péri sous leurs balles, on chercha un moyen plus sAr de rendre odieui les insurgés; Ton exhuma des bagnes tontes les impuretés et tous les forfaits; on les vêtit du costume bretoiJ ; on leur attacha un chapelet au cou, un scapulaire sur la poitrine, une cocai*de blanche au chapeau. On leur donna pour ralliement : Vive la religion ! et: Vive le roil Puis on les lâcha dan^ les campagnes. A cette milice du crime , connue dans rOuest sous le nom de faux ehùuans, on n'imposa que Tobligation de piller, d'incendier et de massacrer an nom des royatistes. dette combinaison était atroce; mais le comité de Salut Public 1 a\ait conseillée ^ les représentants en mission raccueillirent. Ces faux chouans répandirent dans lés campagnes, et même à rapproche des villes, la terreur et la mort. On voyait des hommes habillés comme les Bretons se porter à des excès déplorables; la prévention et la haine accusèrent les paysans de ces mêmes excès, et jusqu'à ce jour personne n'avait pu admiuistrer les preuves de cet acte inouï dans les annales des guerres civiles, l'ne lettre de Boursault nous a mis sur la voie : « La négligence, disait ce conventionnel (10 octobre 1794), 8*étend jusqu'aux bagnes, d'au ii Réchappe beaucoup de galérienh.i» Une dépèche du général Rossignol au comité de Salut Public percera le nuage dont le représentant cherchait à s'envelopper : « J ai rencontré, écrit
HISTOIRE D£ LA BRETAGKË
Ro»5igii(il à l;i <1il<' ilu i)riim,iire an lll (15 novembre !79-i). qnclqiio hiindes de nos amis qui font bien leur besogne ; ils tuent tout ce vieux levain de patriotes tièdes que la guillotine n'a pas retranchés du sein de la république. Mais il faut y r^arder à deux fois ; ces enragés- là ont été démasqués par les yrais brigands, et ils disent qu'il n'y a plus de sécuritt' pour eux. Les chouans les attaquent; ils les reamiifiissent au parler et aux cheveux qui n'ont pas encore pu pousser, assez longuement. Je pense qu'on pourrait les utiliser ailleurs; ils ont fait leur coup ici, ils ont fait abborrer les brigands. Nous n'en demandions pas davantage; il y a fureur partout contre ces monstres. Les patriotes s'enthousiasment au rédt des horreurs qu'ils commettent ; et truand la nouvelle de quelque crime bien horribb? nous arrive, je lâche les gardes nationales, qui ne font pas de quartier. »
Le bas Maine et la basse Normandie furent infestés par ces misérables, qui mirent tout à feu et à sang. Tout cela poussait à bout les honnêtes citoyens, et ne' pouvait .que hâter la pacification. Boursault, d'ailleuris /venait d'acheter à deux traîtres tous les secrets des émierrcs. l'ne flotte anjilaise allait les amener au nombre de quinze à vingrt mille. Sur cent vingt -cinq généraux chouans, il ne s'en trouva plus que vingt pour signer la paix à la Mahiiaî^ et reconnaitre la république. Les autres protestèrent et res* tèrent armés. Hocbe eut donc raison de dire : « On vient « de traiter avec quelques individus, et non avec les chefs « du parti. » G était tout le contraire du traité de la Jaunais.
La guerre recommença de toutes parts, et la chouannerie ne fit qu'élargir ses mouvements, de fut alors que le comte Louis de Frotté parvint à soulever la basse Normandie,
sa province natale. En même temps, le grand coup de Puisaye allait se jouer à Quiberon. Après tant d'hésitation et de retard , cette formidable expédition était prête. La France républicaine allait dominer TEurope; c'était le moment pour l'Angleterre de relever la France monarchique, mais pour la mieux briser en la laissant retomber.
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ANCIENNE ET MODKKNE. 345
L'expédition met à la voîie le JO juin 1705; elle porte la fleur de la noblesse française et Télite de sa marine. « Les Anglais^ dit Napoléon dans ses Mémoire, avaient à dessein compris dans l'expédition trois cents émigrés de cette arme. Ce moyen infamant de se venger des triomphes du brave Suffren souriait à leur politique , et ils anéantirent ainsi tous les autours et tous les témoins de cette belle ranipafine de l'Inde, qui avait porté si haut la gloire du pavillon français. » — Les émigrés .i1)ordent à Quiberon (^7 juin 1795). Le débarquement achevé, émigrés et cbo^ans confondus s'assemblent autour de leurs prêtres. De la prière on passe au combat; mais déjà Félan s'est ralenti. Lintrigue, la discorde et la trahison, semées par l Aiiiileterre unie à la république, se croisent de toutes parts. Cependant on s'empare d' Auray , qui était h clef de r invasion .
Hoche a tout appris à Hennés; il réunit toutes ses forces et tous ses talents pour vaincre ou pour mourir. 11 repousse les chouans de Vannes» mais il ne peut. pénétrer dans Auray. — D'autre part, les émigrés et les chouans perdent
cinq jours en revues et en disputes. Le 3 juillet, ils prennent enlui le fort Penthièvre, et confient leur conquête aux prisonniers bleus. Était-ce vertitre ou perUdie? On ne sait vraiment (jue décider. Hoche reprend position devant Auray ; les chouans se découragent , et c'est à grand 'peine qu'on décide un engagement général le 5 juillet; mais le plan des chefe mécontente les émigrés connue les paysans. — Dix mille chouans ont déjà fui devant les cobnnes républicaines , conduites par Hoche , qui s'avance avec sa redouîal^le. artillerie, sûr désoriuais de sa proie, cernée tout entière dans la pres(iu'île de Quiberon. Le i.% juillet , nobles et paysans sont écrasés et broyés par les canons de la république ; les gentilshommes combattent en désespérés. Le 17 juillet^ nouveau guet-apens de l'Angleterre. Le fort Penthièvre est livré anx bleus par deux traîtres; les émigrés se trouvent désormais placés entre la mer et les baïonnettes républicaines. L'escadre anglaise, feignant de ne pas voir le pavillon républicain sur le fort, n'envoie pas la moindre barque au secours de ses alliés. La presqu'île
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offirit alors le spectacle le plus lamentable : de Mii» hatraux sont i sec, on essaie en Tain de les mettre à ikit> œux qui s'y embarquent sont submergés à l'instant;
d'autres s eiiglou lissent en voulant i;agiier les vaisseaux à la nage. Pas un vaisseau ne bouge; un allreux soupam glace les cœiuri». Euliu arrivent les chaloupes anglaises , et deux vaisseaux de l'escadre protègent de leur feu Tem-* barquement des émigrés. On se jette en masse dans les chaloupes, on s'en dispute Tabord avec frénésie, on les fait chavirer sous des masses d'hommes. Quelle rigueur il fallut pour dompter les révoltes de l'agonie! Autour de chaque barque remplie , se cramponnent une iouie de mai-* heureux à la nage. On les écarte à coups de rame, ils reviennent éperdus. Pour sauver leur garnison vivante^ les matelots sabrent les poignets des mourants !
On emhan[ue ainsi dix-Iiail cents chouans ou émigrés, pendant que les boulets anglais s'égarent sur les tètes des royalistes. Était-ce volontairement? On l'a dit, et nous pouvons croire que Pitt, qui avait ordonné de sacrifier les officiers de la marine française > avait aussi donné Tordre horrible de tirer sur les émigrés. Sombreuil ne résistait plus qu'avec huit cents hommes à plus de quinze mille républicains : il faut enfin se rendre. Hoche veut sam erces braves, et les fait conduire à Auray par une escorte si faible et si compatissante , qu'ils pouvaient tous s'évader chemin faisant. Un petit nombre seulement en profitèrent. Les autres, esclaves de leur bonneur^ et comptant sur la capitulation verbale , se laissèrent enfermer, malgré leurs gardiens , qui les suppliaient de fuir. Tallien et la Convention répondirent à cette noble confiance en leur donnant des juges et des bourreaux , malgré les réclamations de Hoche et les protestations des officiers et des soldats républicains. Ainsi périrent les quatre mille prisonniers de Quiberon ; ils furent fusillés à Vannes et à Auray. Sombreuil passa le premier et refusa le bandeau , en disant : « J'aime à voir « mon ennemi ; » et, comme on voulait le faire agenouiller : (( Je ne m'agenouille que devant Dieu ^ » ajouta-t-il. Il avait vingt- six ans.
Ainsi finit Texpédition de Quiberon : l'histoire des guerres
ANQENNË ET MODERNE. îkl
d^âte$ a'oftrè pas de plus épouvantable caitastrophe.
Pitt, un jour, osa dire en plein parlement d'Angleterre ces paroles qui sont pour lui comme le stigmate mis par Dieu au front de Caïu : a 11 n'a coulé aucune (zontte de sang « anglais à Quiberon. — C'est vrai^ lui répondit Sheridan^ « la sang anglais n'y a pas été versé; mais Vlumneur «• anglaiê y a cimlé par tous ie$ pares f •
Il semble que Thistoire de Îbl Révolution dans l'Ouest devrait finir à l'expédition deOuiberon; mais nous avons vonlii la compléter par un rapide coup d'œil sur les insurrections de 1800 à 1815 , et sur la Bretagne et la Vendée depuis cette époque jusqu'à nos jours.
La chouannerie, écartée de Quiberon, survécut au désastre des émigrés, et y répondit par quelques succès à droite de la Loire et dans le Maine. La guerre continua sur ces deux points, de plus en pins morcelée, mais de plus en plus i'urieuse. De son côté, (<adoudal réorgauii>e et ranime dans le Morbihan la division de Tinténiac. Puisaye rentre en Bretagne', et se fait reconnaître encore pour général. Frotté cherché à introduire Tordre et la victoire dans k chouannerie normande. Projets héroïques , mais impuissants ! L'épuisement et la force des choses domptent les plus indomptables champions : Hoche desarme la chouannerie bretonne^ mancelle et normande, par le même système que la Vendée :. çiort à tous les chefo, amnistie à tous les paysans (juillet 1796).
La république avait pacifié l'Ouest en revenant à la modération ; les patriotes s'en écartèrent dans la joie du triomphe et prépareront de nnincllos révoltes. Lesciiouansdevieunen plus terribles que jamais, — Hoche quitte i onest et va . mourir empoisonné, dit-on, i Tarmée de Sambre-et- Meuse» Le 18 fmctsdor ( 3 septembre 1797) voit échouer la conspiration des royalistes et de Pichegru contre le Directoire, qui fait lusiller une masse de chcman.s a Grenelle. Les violences recommencent de })ai1 et d autre. Sous le nom de chauffeurs (1) et sous le masque royaliste, tous les brigands
tl) Ainsi appelés , parce qu'ils faisaient asseoir leurs Tictiines sur des tré|>ieâ8 rougis au feu jusqu|JL ce qu'elles liviasseiii leurs trésois.
M UliSTOUE DE LA WBikQW
du pa)^ se livTent aux « riuies les plus aifreux ; la police l'épublicaine se mivient des faux chimmUf et grossit les ckim/feurM de la emmUe jacobine de Paris ^ euToyée en Bre* tagne « pour ^oi^r en criant Vive le roi! en priant le ci'-devmt bon Dieu , et pour déshonoier la dionannerie dans ae^ œuvi !j> >ives ( D*'()èche secrète). » A ces crimes provoijues p;ir lui-méiiir, K' Direcluire lépuiid pai des exécutions eu nia^ ; la Teneur recommence dans l'Ouest^ et la guerre s'y éternise.
11 ne fallut rien moins que le pmsàst omsul Bonaparte pour désarmer encore tme fus la Bretagne et la Vendée i*oyalistes. Cadoudal s'échappe , et va à Londres préparer de auiivelles ii (laque. Loiilre le futur empereur. Il arrive à Pans ; mais abaudonné , trahi , loin de seâ fidèles paysans , il est arrêté, condamné et fusillé (juin 1804). Avec lut ttnit la chouannerie ; mais elle relève la tète en présence du despotisme impérial;, la Vendée imite son eiemple^ et Louis XVUl i*entre eu France (1814). Napoléon sort de File d'Elbe et ^e^^ellt à grands pas sur Paris ; les chefs bretons et veudeeus, que la restauration avait désarmés, retrouvent des armes contre l'empereur et contre l'étranger tout à la fois.
Mais la désunion se met parmi les défenseurs du pays et
de la monarchie ; le désespoir les prends et le 24 juin iSiS, après une défaite sanî^lante, Auguste de L;l Hocheiaoquelein signe la paix. Le Inidemain, la Vendée apprenait le désastre de Waterloo et la nouvelle chute de Napoléon : elle avait désespéré vingt-quatre heures trop tôt! Quinze jours après, Louis XVni rentrait i Paris avec les étrangers. Ldn d'appeler rinvasion en France , les Bretons et les Vendéens, c'est là leur dernière giuiie , l'avaient repoussée de toutes leurs forces. 11 fallut les contenir énergiqucment |X)ur les empêcher de se jeter eu masse, sur les troupes étrangères.
En 1833, une fenune^une mère, une fiéroîne d'autrefois crut soulever Bretons et Vendéens. Elle trouva quelques dévouements (lignes de son courage ; lu;! is elle ne put ébranler (ie^ [peuples mieux traités par le gouvernement de 1830 que par la. restauration. L'affaire de 1832 ne fut donc qu'une
aventure , msis, oomme m Ta très>bien dit, < une aventure' chevaleresque , digne encore de la Bretagne et de la Vendée, et dont l'histoire fera un beau livre, quand le jour sera
venu de la raconter sans passion. »