TROISIÈME PARTIE
(S77 — ISS»)
CHAPIÏK£ IV
Alain III, premier duc de Bretagne. — Alain IV. — Gouan II. — Geoffroy — Alain V. — Hoël V. — Alain Feigent. — Ctmn I». — Conan IV. — Geoffroy IL
La mart de Gumnd et de Pâsqiiiten ne xendit point la paix à la Bretagne.
A 1 a i 1 i ^ 1 i'èr e d e Pa s q u 1 1 en , lui s u ccé d a a u comté de Vannes, et Judicaël, fils de Gunaud et de la lille d'Érispoé , succéda au comté de Rennes. Alain, ainsi que Pasquiteu, était de la maison souveraine, et tuteur de Gurmhailon fils de Pasquiten. Alain et Judicaêl eurent entre eux les mêmes différends que ceux auxquels ils avaient succédé ^ prétendant Tun et l'autre à la souveraineté de toute la Bretagne. Judicaël avant été tué l'aiiuée suivante dans un combat contre les Normands, qu'il vainquit, toute la Bretagne se vit réunie sous le gouvernement d'Alain du nom , qui tantôt porta le titre de duc et tantôt celui de roi; c'est lui qu'on appelle Alain le Grand*
n rétablit Tordre dans ses États , y tit régner les lois et la justice et mérita par sa modération autant que par ses exploits, le surnom de grand, que lui décerna la reconnaissance publique. 11 rappela dans les villages les habitants dont les cités voisines avaient accueilli la misère. Il rebâtit les chaumières, les maisons, les monastères, les églises, que les flammes avaient consumés. H s'assoda au malheur commun , se fit peuple avec le peuple , visita Thabitatiou
dn pauvre comme la dem^'ure du rirhf' , et mourut en 907, ' comblé de gloire et adoré de ses sujets. Sou souvenir resta longtemps cher au pays qu'il avait servi avec un si grand ' ïèle.
Si les derniers jours d'Alain III s'écoulèrent en paix , ce
ne fut pas faute de coupables tentatives pour exciter en Bretagne des guerres civiles, et lui communiquer la contagion déplorable qui ravageait alors la France. Le comte de Mayenne» Godefroy, saccagea TAnjou , et essaya de séduire plusieurs nobles bretons; mais ses efforts. vinrent se brise^ contre leur caractère patriotique. Os repoqssèrent avec le plus grand mépris celui qui voulait acheter leur honneur , et ils lui dirent avec une juste indignation, que si malheurpii<ïement ils avaient parfois des querelles de famille à vider entre eux^ ce n'était pas uneraison pour embrasser, des intérêts ennemis du pays > et qu'ils aimai.ent mieux perdre la fortune et la vie que de trahir la sainte cause de la patrie.
Dès que la mort d'Alain le Grand fût connue, les pirates du IVord, sachant que ses fils n'avaient point hérité de sa valeur ni de la générosité di^ ses sentiments, se précipitèrent de nouveau sur la Bretagne, « poiur voir, disaient -ils , de quelle aire sortaient ces niais oiseaux. » Us entrèrent dans la Loire» et mirent le siège devant Nantes. Ses habitants , après l'avoir d'abord défendue avec courage , se laissèrent sBer au désespoir, quand ils connurent le nombre immense des barbares qu'il leur fallait coinbattre. Ils s'enfuirent pendant la nuit, et les Normands , maîtres de cette ville abandonnée^ la pillèrent et y portèrent Tincendie. Poursuivant leurs courses victorieuses^ ces pirates saccagèrent un grand nombre de cités. Peu de seigneurs leur résistèrent ; la plu* part avaient délaissé leur infortuné pays , et s'étaient réfugiés, les uns en Bourgogne et en Aquitaine, les autres dans la Grande-Bretagne. Les deux fils d'Alain le Grand se cachaient dans quelque retraite impénétrable.
Las enfin des cruautés qu'ils exerçaient dans ime contrée en ruines, les Normands quittèrent la Bretagne, mais pour ' y revenir bientôt. Vainqueur de la Neustrie et devenu gendre «lu roi de France Charles le Simple , Rollqn , chef des Normands, reçut de son beau-père toutes ses prétentions sur le
as HISTOIRE 0£ LA BRETAGNE
dndié de Bretagne. CSbailee Jugea parfaitement cpie si le guerrier dévastateur auquel il venait de donâer Gis^ , sa
fille, parvenait à sonmettré les Bretons, il acquerrait luimême , et sans nul daiiger, uu arrièi*e-lief important; que si le duc des Normands succombait dans cette lutte suprême de la Bretagne , il ressaisirait la Normandie et avec elle rhommage des portions conquises de la vieille Annoriqae; <iue si cette oonl^ se défendait avec succès, tout restmit dans la situation présente, sans perte ni gain notable. D'ailleurs les Bretons [lom aient le débanvisser un jour ou l'autre d'un adversaire redoutable; cet adversaire était celui dont il venait de faire son gendre.
L'indignation des Bretons fut au comble quand ils apprirent que le roi dé France' les livrait pieds et poings liés, pour ainsi dire , aux brigands de la mer. Pendant plus de cinq ans, les vaillants guerriers de TArmorique combattirent Rollun et ses soldats. On se défendait dans les villes, dans lesyillap's, daiLs les châteaux et jusque dans les ( haiimieres les plus pauvi-es et les plus isolées. Après une guerre de cinq ans où le pillage et l'incendie ne purent que décimer les Bretons et non les réduire & la loi de l'ennemi , BoUon , qui ne régnait que sur des cadavres et des terres d^rtes , laissa reposer les Bretons , se cunteutant de députer chaque année des hérauts à Rennes et à Vannes, })mir rappeler qu'on lui devait hommage et obéissance > et menacer de tous les effets de sa colère.
Rolbn étant mort avant de pouvoir rentrer en Bretagne , son fils et siicceisseur Guillaume Longue-Épée se chargea de réaliser les redoutables menaces de son père contre les Bretons. Mais , las d'une course sans but et sans gloire, il rentrait en Neustrie, quand son arrière -^^nrde fut vivement attaquée, défaite et poursuivie jusqu'à iiayeux. Dans cette expédition inattendue 5 les Bretons étaient commandés par un comte de Dol et un comte de Rennes, nomnié Bérenger. Guillaume revint à la charge, obligea le camiB de Dol à quitter la Bretagne , et reçut Bérenger à composition.
Cependant l'rsf oir commençait à renaître dans le cœur des Bretons. Bérenger n'avait pas survécu à sa déiaite ; mais il laissait en son fils un vengeur^ qui communiqua à ses
ooinpatriotes l'aideiur dont il était animé. Les Normands une fois vaincus ^ et cessant d'être répatés invincibles ,
bientôt le sol de la Bretagne fut purcré rie ne peuple si longtemps redoute do uos pères. Le secours ne tarda ])as à arriver aux Bretons; il leur viut de la Grandis- Bretagne. Le comte de Poher^ MaUiuedoé > avait, en mourant, coniié son fils Âldn à Tamitié d'Athelstane, roi d'Angleterre, qui tint le jeune prince sur les f<mts du baptême , surveilla son éducatioii , elle fit instruire au métier des armes. Quand Alain eut atteint Fàge de vingt ans , il s'entoura de tous les fugitifs , obtint de sou parrain quelques vaisseaux^ recueillit des volontaires et vint débarquer sur le rivage de Dol. Les Normands furent surpris par le vaillant jeune bonune au milieu des fêtes et des banquets : Alain les tailla en pièces, et ses troupes massacrèrent tous ceux qu'elles purent atteindre. La \ i( toire né Tabandonna pas un seul instant. Le bruit de ses exploits se répandit en Bretagrie avec rapidité; alors tous les gens de guerre , tous les hommes en état de porter les armes et qui gémissaient sous une cruelle oppression, accoururent sous ses drapeaux , et , pleins d^espérance, le proclamèrent duc et légitime successeur d'Alain le Grand.
Alain chassa successnement les ennemis de son pays de tous les postes qu'ils occupaient, et convoqua ensuite une assemblée générale , après avoir mandé près de sa personne les députés des villes et des communes , les seigneurs terrmi, les évêques et le dei^é. Des mesures utiles rendirent les paysans au travail et i la sécurité. Le commerce protégé devint aussi llorissant qu'il l'avait été sous les rois bretons de la seconde race; et les comtes s'emj)ressèreut d'imiter l'exemple de leur souverain , dans les villes soumises à leur juridiction.
Cependant Louis d'Outie-Mer, roi de France , était attaqué par l'empereur Othon, qui avait pour alliés Hugues duc de France , Amoul comte de Flandre , et plusieurs aiitres princes. Alain , qui se souvenait d a.vuir partagé en Angleterre Linfortune du dis de Charles le Simple, se rendit à son camp , où il déploya autant de valeiu* que de générosité. Parmi les généraux d'Othon, qui en ce moment assiégeait Paris, se trouvait un prince saxon qui chaque jour
M UlâT01K£ mi LA BRETAGNE
défiai! au eombal les comtes et les barons de Louis d'Oatre- Mer^ el prétendait trancher ainsi y d'un seul coup d'épée , la
question de la propriété de la couronne. Sa taille élevée , sa force, soii audace, étaient telles, qu'aucun guerrier n'avait osé répondre à son appel. Alain ^ indigné de ce que parmi tant de nobles seigneurs il n'y en eût pas un qui défendit Thonneur da roi, prit ses armes en secreVet sortit, sans être vu de personne, à la rencontre de eet^arrogant ennéidi. Ayant abaissé sa yisière , il s'élanca sur le Saxon et le fomlÂittft à la vue des deux armées. Les deux guerriers ninnh l ent une égale adresse. LeSa\on , (jui se rroyait assuré de la victoire, accablait déjà duc de Bretagne de ses sarcasmes, quand Alain, lui d(mnant le coup de la mort, lui cria : « Je te fais trop d'honnenr de me servir avec toi éeé noUes c< armes de la chevalerie, mm qui ne tue les loups, les san- « gliers et les ours qu'avec un simple bâton! » Au mêmeinstant le colosse roulait à terre. Alain lui Irancba la tAte, la suspendit à l'arçon de sa selle et rentra dans la ville avec ce tiophée, tout à la fois hideux et glorieux, qui lui valut les acclamations du peuple et de la noblesse, et leurs remerciements pour avoir si bâen vengé llumneur de la France. , Alain obtint du roi Louis que tout serf ou aftianciii qui vi^drait demeurer en Bretagne y pùt résider franc de toute servitude, sans crainte d'aucune revendir itmn. Cetteconvention si généreuse, et qui fait tant d'honneur au duc Alain, contribua au repeuplelnent des villages que les Normands avaient dévastés.
Cependant la reine de France, qui né pardonnait pas à Alain la mort du géant, son frère , tenta de le faire empoisonner au milieu des fêtes vlumiées en réjouissance de la. paix. Averti de ce complot conîrn ses jours, le duc de Bretagne regagna ses États, après avoir épousé la sœur de Thibault, comte de Blois et de Chartres.
Peu d'années après, Alain, se sentant frappé d'une maladie mortelle, manda son beau-frère, ses'ccntntes, ses barons et ses évéques, et leur parla en ces termes : « Mes seigneurs, « que croyez-vous que j'aye encore de jours à vivre? — Il « n est pas temps de vous occuper de pense rs si tristes, dit- « Thibault; mais expliquez-nous vos volontés, et, à la vie
ANGI£NN£ £T MOD£aM£. . 41
« m ila mort» tous nous tiouvmKpfèts à aoiifl y ccmfor- « mer. — Je sens la mort qoi s'approche , répondh le duc;.
« et, plein des consolations que m'a données le révérend « père en Dieu , messire l'archevèqne de Dol , je me présena terai, tout pécheur que je suis, avec quelque peu moins « de crainte, au trihunal de notre Seigneur Jésus-Christ. « Je lui raconterai tout ce que j'ai tenté pour le bien de u mon peuple^ les dangers et les Inifanx par lesquels j'ai « passé afin de pacifier le pays, le délivrant des Nonnands « païens , qui sont ses' ennemis , et par sa sainte grâce ayant « rendu la Bretagne libre, et rétabli chacun dans ses biens, « titres et honneurs. Or, Sire Dieu, lui dirai -je, si j'ai « observé votre sainte loi autant qu'il est possible a loi blesse a humaine^ ne considérez pas mou peu de mérite; mais « daignez répandre Yûtre bénigne protection sur la personne « de mon fils; je le laisse innocent et dans sa plus ieme a enimce, ét exposé à toutes les mtreprises , si les servi- « teurs et amis que vous m'a\iez donnés ne lui font service a de leur loyauté, et ne le soutieuncnt contre les ambitieux, cf méchants et jaloux. — Eh! s'écria Thibault, ne vous a tourmentez point, beau frère de Bretagne; notn^ divin « Maître donnera certes attention à votre progéniture; mais « jious, nous Yoiei tous prêts, à le reconnoltre après vous, « si à Dieu servateur plait de vous retirer à lui , et nul qui « se refuse à faire senuMit de féaulté à cet^enfant, comme • « le veut droit et honneur de toute la Bretagne. »
Alain expira après avoir placé son fils Drogon , âgé de trois mois , sous la tutelle de Thibault. Le beau-fn re d'Alain ne garda pas longtemps la mémoire de son compagnon d'armes ; il se hâta de inarier sa sœur à Foulques , comte d'Anjou, avéc lequel il régit Ihéritage du fils mineur du . défunt duc de Bretaigne. L'avarice conseilla bientôt un grand erime à Foulques; il détermina par des menaces terribles la nourrice de Drogon à lui donner la mort. La malheureuse femme , tremblant pour ses jours , exécuta en pleurant ce que lui commandait son souverain. Gp n'était loutc-fois qu'un crime inutile ; il aurait fallu conquérir la Bretagne^ et le comte d'Anjou n'avait ni le courage ni les forces nécessaires pour réussir dans une telle entreprise.
4i HISTOIRE DE LA BRETAGNE
Tiois eompétîteun se dispixlàreiil alon la sotmtainèté de la Bretagne. HoU él Goére^, fils d'Alain , s'eiii]mièÉeni du comté de Nantes; elGonan, fils dneomte de Rennes Béren»
ger, leur déclara la guerre. Conan se prétendait héritier direct de Salomon , le dernier roi de Bretapne, et réclamait la totalité des Etats qm avaient appartenu à ce ju incp. Hoël se mit à la tète de ses troupes , après avoir tait nommer Gué* rec'h évèque de Nantes , marcha sur Remies, ravageant, IiiUant et brûlant tout ee qui sg- trouvait sur son passage; Gonan ne se montra nulle part^ et Hoâ revint à Nantes avec un riche butin. Le comte de Rennes, pour couper court à ces redoutables hostilités, résolut de se défaire de son ennemi , sans confier sa destinée au sort hasardeux d'un combat. Vn de ses gens, noiiuiu' (lalvron, qui s'était retiré près d'Uoël à la suite d'un diûéreud survenu avec un des domestiques de Gouan, négocia son retour près de son premier mattre au prix de la mort d'Hoël. Un soir que ce dernier avait chassé le cerf , il envoya devant lui les gens qui raec(»npagnaient, afin de préparer ses logements, et il resta dans le bois, seul avec son chapelain qui lui récitait ses vêpres, (iah rrin, s étant arrêté sous un prétexte frivole , revint sur le prince à bride abattue, le pprca d'un grand coup d'épée , et se perdit ensuite dans les profondeurs de la forêt. Après la mort de son frère, Guàrec'h fut proclamé comte de Nantes, et dès lors la guerre se ralluma plus furieuse que jamais. Guérec*h, pour venger HoSl, s'allia avec Geofiroy Grise-Gonelle, comte d'Anjou, que Conan avait gravement offensé. Les deux armées ennemies se mesurèrent sur la lande de Conquereux, où l avanta^e demeura à Guérec'h . après un engagement dans lequel Conan fut blessé au bras. Ce dernier, voyant que le sort des combats lui était contraire, songea à se délivrer de Guérec'h par le poignard d'un assassin, comme il avait déjà fait d'Hoël. Cette fois, le meurtrier fut le médecin de Guérecli , qui , séduit par Tcnt de Conan, fit usage, pour le saigner, d'une lancette empoisonnée. Le mal faisant des progrès rapides, les amis du c^mte le supplièrent de se laisser couper le bras, dans l'espoir qu'on pourrait encore le sauver, a Non , dit « avec courage le patient; les princes ont besoin de leurs
<r bras; Biev veut me retim de ce monde, je m'abandoime a à sa misérioorde; » et il mourut. Il laissait un fils, qu'une même torobe enferma avec son père peu de jours après.
Gonan , devenu prince de toute la Bretagne , prit le titre de duc et chercha , par de riches aumônes , à se mettre en paix avec sa conscience et à faire oublier la route sanglante qui Tavait conduit à la couronne.
Le seul descendant des comtes de Nantes était alors Aymon, fils de Hoel : ce jeune prince, toujours aifiigé de la mort de ses frères, supplia vivement Foulques Néra, comte d'Anjou j de l'aider à veiiger Hoël et Guérec'h , si traîtreusement assassinés. Foulques y consentit. I n combat se prépara de nouveau sur la lande de Conquereux , tcnioui d'une pinnière défaite de Gonan ; cette fois l'usurpateur eut recours à une ruse dont les effets devaient être désastreux pour ses ennemis. 11 fit creuser des fosses larges et profondes, qu'on recouvrit ensuite de claies, de feuillage et de gazon.
Lorsque Aymon et Foulqûes furent en présence des
Bretons et à portée de la voix , le comte d'Anjou , élevant dans ses bras le jeune Judicaol , fils de l'infortuné Hoël : « Voilà votre souverain , dit-il , l'unique rejeton d'Alain le <c Grand , le libérateur de la Bretagne ! Voilà rhéhtier legi* « time du comté de Nantes! Gonan, contre Dieu^ raison et « justice , s'est emparé de sa terre, Ta dépouillé de son 0 héritage , ayant méchanunent fut mourir, par embûche a- et venin, son père et son oncle. Notre épëe va punir le or crime et renverser la tyrannie. Notre cause est juste , « Dieu nous protège ! » De chaleureuses acclamations accueillirent ces paroles, et les troupes doniandèreut le combat. « Approche , Aymon , s'écria Foulques , je te remets ma
bannière; porte -la au plus épais de la bataille, et va « recouvrer le bien de ton neveu. »
On s'ébranle des deux côtés ; mais les soldats de Gonan se mettent à fmr pour attirer l'ennemi dans le piège fatal : d'abord culbutés , les hommes de Foulques et d' Aymon reviennent d'une première siu fu ise, fondent sur leurs perfides adversaires et les taillent en pièces. Gonan est tué par un soldat : Ayàum, plutôt que d'abandonner son drapeau ,
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se voida dedans et expira dans œgkirieiir Foulques lui-même» grièvement Uessé , le plevra et loi rendit les demn ftmèbres.
Aymeri , frère d'Aymon . prit posr^ssion de Nantes au nom de Judicael, trop jeune encore pour gouverner par
Geofiroj» Tainé des fils de Oman, se liàta de prendre le titre de dnc de Bretagne» et n'ooUia rien pour se eondUer rattachement de ses comtes et de ses barons. Il y parvint
d'autant pins facilenitMil . qu'il n'avait pour rival qu'un faible enfant, mnl f onscillé. Avmeri étant mort , Jndicael se disposait à faire hommage de ses États à Foulques Néra » lorsque Geofflray rtanit des troopes» se rendit sous les murs de Nantes et se fit transporter lliommage destiné «u comte d'Angers.
Kn iOi):), périt Judicaël sous le poignard d'un assassin , qu'on ne put jamais relmnvrT : tout porte à croire que Geoffroy ne fut pas étranger à ce crime. Il ne survécut qne cinq ans à l'infortuné Judicaël , et sa mort arriva dans des circonstances si bizarres, que nous devons la rapporter avec quelques détails.
Geoffiroy ayant résolu defâùre un pèlerinage à Jérusal^ , en esprit de dévotion^ mit ordre aux atiaires les plus pressantes de la Bretagne , conlia le gouvernement de son duché et la tutelle de ses enfants à la prudente Avoïse , son épouse, et partit , accompagné de l'évèque de Nantes. Les dîeux pèlerins n'allèrent pourtant que jusqu'à Rome , où ils accomplirent de nombreux actes de i»été. Le pape leur donna l'absolution de toutes leurs fautes ; et Geofi^y exprima le désir de revenir promptement en Bretagne. Ce pays respirait sous le gouvernement doux et pacilique de la duchesse Avoïse ; sa sagesse lui avait concilié Testime de tous les grands vassaux, et sa justice, unie à sa bonté, lui valait l'amour du peuple. Le voyage de Geofl^coy devait durer quelques années , et l'avenir se présentait aux yeux des Bretons sous l'aspect le plus favorable. Mais la nouvelle du retour inattendu du duc vint détruire ces flatteuses espérances : des troupes d'exacteurs se répandirent dans les campagnes pour percevoir le droit de joyéu»e advenue* Cet
ARaEMNB ET ilOQElINB. 4S
impôt onéreux, récemment inventé par les fiscaux des seigneurs qui revenaient ruinés de la Terre-Sainte » parut aux paysans le oomble de Tiiyustice et de l'oppression. Malgré les murmures des grands et du peuple^ l'impôt n'en fut pas moins perçu avec les violences les plus emelles : les prisons regorgèrent de familles insolvables , ou vendit la vache du pauvre et sa cli:iuiiiiere ; jamais> enfin tant de larmes n'avaient été répandues eu Bretagne.
Les premiers produits du don de joyeuse advenue fuient offerts en pompe au duc> sur les limites de ses États. Le lendemain, il fit son entiée dans im village , Tépervier an poing, marque distinctive de son rang et de sa puissance. A ce moment même , une pauvre veuve veuait de payer sa taxe ; mais il lui manquait deux deniers. 11 ne lui restait plus pour s'acquitter envers les collecteurs qu'une poule noire, et elle jdla la chercher pour la leur livrer. Gomme elle revenait avec Toiseau domestique , Tépervier du duc prit son vol, plongea sur le volatile de la veuve et se mit à le dépecer, aux éclats de rire de tous les spectateurs. Furieuse et excitée au plus haut dep-é par les injures de.s collecteurs , la malheureuse alla attendi'e Geoff roy au pas^ sage> et se dressant derrière une haie , elle lui lança ime pierre qui l'atteignit à la tète et le tua sur le coup.
Mais sa mort n'avait pas satisfait les paysans : ils chassèrent les exacteurs, se réunirent en foule, arn}és de pieux et de faux , et causèrent de grands ra^ âges, ils assiégèrenl les châteaux , les détruisirent , les brûlèrent et firent périr tous les nobles qui eurent le malheur de tomber entre leurs mains. Quinze années suffirent à peine pour éteindre une guerre d'extermination commencée pour un sujet fîitile en apparence, mais qui touchait aux intérêts les plus pressants du peuple , à son existence de chaque jour. On parvint enfin à dompter les paysans rebelles , et la veuve de Geoffroy employa tout Tascendaut que lui donnait son caractère conciliant pour étoufi)&r l'esprit de vengeance , et adoucir les cMtiments réservés aux plus coupables.
Le règne d'Alain V offVe peu d'intérêt , du moins dans £es premières années, qui furent troublées par des guerres , soit avec les comtes d'Anjou, soit avec les propres vassaux ^