‹ Histoire de la BretagneChapitre 6 sur 18 · HI8T0IIIE 0E LA BACTAGICE · texte numérisé non relu

HI8T0IIIE 0E LA BACTAGICE

dn iUuhi' (\e Bretagne, dont Vwn des plus puissants était le comte de Cornouailles, appelé Alain Caignart .

Le duc Alain mourut empoiflonné par les ordres de son pupille Guillaume le Conquérant , laissant un fils appelé Gonan.

Apivs huit années d'un règne fort agité, pendant lequel il prit tour à tmir le titre de comte et de duc de Bretagne , Gonan U lut oiapois^uint' par les ordres de l'assassin de sou père . nuillaume. Il mourut sans laisser d'héritiers.

Hoël V 9 comte de GornouaiUes et de Nantes , époux d'Avoïse^ SQBur de Gonan II , ceignit la couronne ducicle du droit de sa femme. H n'éprouva aucun obstade à se faire

recoiinaitre.

Guillaume le Conquérant , n'ayant rien à redouter de la Bretagne,, dont le nouveau souverain ne songeait qu'à se faire des amis^ l'envoya prier de lui prêter son assistance . pour s'emparer de la couronne d'Angleterre. Hoêl lui donna des fantassins et des cavaliers commandés par la plus brillante noblesse de Br(>ta«me : son propre fils , Akun Ferment, Théritier présomptii de sou duché, nieiiait au êombat de Hastin^^ Tune des trois divisions qui composaient l'armée de Guillaume. Le Normand reconnut ses services en lui donnant des terreseonsidérables , et tous les seigneurs bretons qui s'étaient distingués fUrent récompensés par la concession de grands fiefs , dont le conquérant fit insérer les titres dans un livre ou chartrier général , nommé le JJotnesday IJook.

Hoël V étant mort le iO avril 10»4, Alain Fergent, l'ainé de ses enfonts , lui succéda.

Suivant la coutume de ce temps , les voisins d'Alain VI mirent son courage à l'épreuve , mais sans résultat pour eux. Guillaume le Conquérant , admirant sa valeur, oflVit son amitié au duc de Bretagne, etlui proposa même la inaiu de sa lille Constance. Alain , honoré d'une si glorieuse alliance, n'eut garde de refuser : la duchesse entra en Bretagne y aux acchimations du peuple , qui r^ardait ce mariage comme un gage de ])aix et de prospérité. Mais , a]jies (juatre ann(V^s d'union , Constance mourut sans en- . fants, suivant à peu de distanei' sou redoutable père.

La On du xi* siècle fut signalée par des maux inlinis , résultats des querelles insensées qui s'élevaient entre les princes et qui accablaient les peuples. Un tremblement de ferre épouvanta tous les esprits , et leur enleva Ténergie

nécessaire pour remédier à l'excès de la misère publique. On regarda la fin du monde comme prochaine; on se ])ressa de toutes parts dans les églises ; on fît de riches donations - aux monastères. Les riches voulaient mourir en hâtât de religion^ et leurs femmes sous le voile des recluses. Beaucoup de cultivateurs abandonnèrent les travaux de la campagne ; et, après un été humide et orageux , le peu de semence que Ton avait coiitié à la terre ayant manqué, une disette générale se déclara en France , en Bretagne , en Angleterre et dans presque toute TEurope. Les couvents avaient de très-grandes pvovisicms, qu'ils distribuèrent avec générosité, ou qu'ils vendirent à bas prix; mais ces ressources une fois épuisées , les familles même les plus aisées se virent livrées aux horreurs de la famine. Une maladie contagieuse qui se déclara vint ajouter à ces causes de désespoir : il fallait, comme au temps de David, périr, ou par le glaive, ou par la faim, ou par le fléau de la peste. « Que de lannes « fàrent répandues I s'écrie un vieil historien; que de gé* « missemenis s'élevèrent au ciel ! Que de liens brisés sur « la terre donnèrent naissance à de grandes et intolérables « douleurs! Quel est le cœur dur (fui , par un retour sur tt lui-même, n'accorderait pas des pleurs à de telles cala- « mités! »

Mais déjà Pierre TErmite parcourait l'Italie , l'Allemagne et la France, pour chercher des soldats et des vengeurs au

sépulcre du Christ. Alain Fergent fut un des premiers seigneurs qui se croisèrent; cependauî, avant son départ , il voulut cfintracter une liouvelle alliance. ïl épousa lùiiiengarde , veuve de Guillaume, comte de Poitou : en s'unissant par ce mariage aux comtes d'Anjou , il donnait à sa maison de vaillants appuis. Un grand nombre des membres de la noblesse bretonne accompagna le duc à la premié»<e croisade; les préparatifs en durèrent près de deux aiiiit'e.>, pendant lesquelles Erniengarde mit au monde deux enfants, qu'on nomma, Conan et Geofiïx)y.

4t HISTOIRE DE LA BH£TAG^£

Ces princes 9 qu'un but religieux pouflBait en Palestiae^ g'étaient tous réconciliés au pied des aulels aTant de se

mettre en voyage : la paix qui régna parmi leurs peuples peiulant leur luiulainj* et longue absence [jermit de réparer uue partie des maux dont leurs dissensions avaient accablé les campagnes. Pendant que, Tépée en main, ils délivraient les chrétiens d'Orient du joug des sectateurs du Catau , le sèle de Robert d'Àrbrissel combattait ep Bretagne ^ avec Tanne de la parole , les déréglemei^ du siècle dans tous les rangs , et le feu de l'amour de Dieu se lalluniait dans le cœur des fidèles au tlanibeau de sa charité toute céleste. Robert d'Arbrissel , prêtre , partagea d'abord les soins du diocèse de Rennes avec l'évèque Sylvestre de la Guerdie. Après la nunrt de son protecteur^ il se retira avec un seul compagnon , dans la forêt de Craon , située entré la Bretagne et l'Anjou. Sa réputation ne le laissa pas longtemps jouir de la solitude : une foule de disciples se rendit au désert, vint partager la pénitence de Termite et imiter sa vie austère. A la plus grande éloquence^ i Tasprit de persuasion et dc^ charité^ à la sagesse des oonseils^ à la vraie humilité^ Robert joignait cette force de santé indi^nsable pour la réalisation de ses saints projets. Il prêcha devant le pape Urbain 11^ qui déclara que l'Esprit saint parlait par la bouche de Hobert , et qui le chargea d'évangeiiser les campar gnes. II conunença à parler dans les carrefours et les places publiques^et bientôtil fut suivi d'un grand nombre d'bonunes et de femmes > qui renonçaient à tout en ce monde pour profiter de ses enseignements et gagner le 'royaume des cieux , dont il leur faisait les plus éloquentes peintures..

11 y avait, près de Saumur , une forêt où le brigand Évrauld avait fixé sa demeure , et d'où il faisait frémir les babitants dos villages voisins. La mort attendait quiconque, eût osé franchir le seuil de son r^re. Robert , après s'être armé du signe de la rédemption , pénétra dans la redoutable forêt et s'avança jusque auprès d'une source, où, la fatigue Tayaut gagné, il s endurmit. A son réveil, un homme, debout devant lui, le regardait attentivement : Robert, pensant que cet homme l'avait accompagné pour lui parler secours au besoin^ lui dit de se, retirer. «. Pourquoi me

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a repousses-tu loin de toi? s'écrie riuGonuu; u'es-lu pas « Robert d'Arbrissel? — Oui , dit le prêtre^ et mon devoir

« est de te préserver des dangers que tu cours dans cette « forêt. — Des dangers î et ne viens-tu pas les braver toi- « même? — Dieu me défendra, mon fils; je veux lui rame- « ner une brebis égarée; si je succombe^ je prierai du « moins pour £vrauid^ et puisse mon sang lÎMJieter le « désordre de sa vie aux yeux de Tétemel rémunérateur! « — Viens , reprit l'inconnu ^ je te conduirai moirmème à « la demeure d'E\Tauld. »

On arrive au repaire du Jiaiidit, où cinq honibles brigands se précipitent sur le saint la baclie à la main^ lorsque le guide de Robert s'écrie : « Misérablas ! c'est Thomme de Dieu , « Robert d'Arbrissell » Ce guide ^ c'était Evrauid lui-même. Convertis par un miracle du ciel^ les six bandits suivirent Robert , qui , transformant la caverne de voleurs en niunastèrc, et lui donnant le nom de Font-Evrauld , les y établit comme le premier germe d'un ordre qui eu peu d'années ' compta des milliers de religieux.

Alain Feigent reprit la Bretagne après si« années^ avec le petit nombre de guerriers qu'avait épai^és le fer des Sarrasins. Non content de s'être signalé dans plusieurs comliats parti» uliers, il avait assisté à trois grandes batailles, et était entré un des premiers dans Jérusalem. Fergent, de retour en Bretagne^ sè livra tout entier à de pieuses pensées et à de saintes eeuvres. La prospérité de ses peuples, la justice et la religion devinrent l'objet de ses constantes jH'éoccupations. 11 maria son fils aîné, Gonan, à Mathilde, fille du roi d'Angleterre, et contribua, par ses s a. x^s conseils, à la conclusion d'un traité de paix entre Henri et Louis le (jros. Ce qu'il y eut de bizarre, c'est que, par ce traité, daté de Gisors, eu iH^, le roi de France céda la Bretagne au roi d'Angleterre en toute propriété. Le duc Âlain ne s'en émut nullement : il était alors affligé d'une maladie grave, pendant laquelle il fit vœu de quitter le monde, et d'entrer pour le reste de ses jours dans un cloître. Après avoir recouvré la santé , il remit, en présence de ses barons et de sa famille assemblée, le gouvernement de ses États à Conan , sou fils aiué. 11 se retira ensuite à l'abbaye de Redon ^ où il vécut en simple

SO HISTOIRE UK L\ JiKbïAGNK

moine. A son exemple , la dachesse sa femme entra dans Tordre de Font-Evrauld, dont elle devint une des plus humbles religieuses.

Le peuple re^rrof ta Ta] m 1 n ation d'Alain , car il était son père et son protecteur. U fut le premier à donner des formes stables à la justice^ qui jusqu'à lui s'était rendue à peu près an hasard; ce fut pour ses sujets un immense bienfait. Cette organisation de la justice fut l'origine des célèbres États de Bretagne.

Alain Fergent mourut en H 19, regretté de tous. Son fils aîné, qui gouvernait l'État depuis près de six ans, se fit alors couronner sous le titre de Conau III, et^ par tendresse pour sa mère, il prit le surnom d'Ermengard; mais le peuple ne Fappela que Gonan le Gros, comme le roi Louis Vf, qui régnait alnrs en Franœ.

A cette époque , Henri d'Angleterre faisait la guerre à Louis , parce que ce monarque généreux avait pris la défense de Guillaume duc de Normandie, fils de Finfortuné Robert , mort dans les prisons de son frère. Henri somma Ckman de venir à son aide ; mais les Bretons, las de l'alliance anglaise , qui ne voilait que faiblement des prétentions souveraines à Fantique Armoi Kjue , refusèrent de marcher, et Conan cx)nduisit ses troupes au roi de France , alors occupé à repousser Fempereur d'Allemagne. La puissance de Louis le Gros s'augmentait à ^tte époque de toutes les forces que Fafi^anchissement des communes mettait à sa disposition.

Alain Fergent avait donné à la France l'exemple des appels, par la création d'une cour supérieure qu'il présidait lui-même , accompagné des prhices de son sang, des plus grands seigneurs de ses États et des évèques. Sou fils Conan voulut à son tour suivre la route que lui montrait Louis VL n aimait passionnément^la justice ; mais il lui manquait l'expérience nécessaire pour mener à bonne fin sa généreuse et luiuiljle entreprise. Aussi ses preniiers essais de réforme ne lui attiriTent que l'inimitié des grands, sans lui assurer la sympathie et Famour du peuple.

Les malheurs de ce temps, tout en ramenant un grand nombre d'âmes à Dieu , avaient aussi ulcéré quelques esprits

ANCtENNK KT MODERNE.

brouillons , qui , exaltés par le délire de l'orgueil et méconnaissant la vertu qui était la base des prodiges opérés par les Robert d'Arbrissel^ les Bernard de Tyron, les Vital de

Mortaiu et autres saints apôtres de la Bretagne, se jouaient du texte des saintes Écritures et traînaient à leur suite des hordes d'hommes égarés. Parmi ces fanatiques, chefs de parti, il faut citer en première ligne Éon de l'Étoile.

Issu d^une famille noble de Loudéae, il avait d'abord été ermite dans la forêt de Broeéliande. Un jour Tesprit de Merlin, Tantique et populaire barde d'Armorique, lui apparat et lui dit déporter aux paroles de l'oflBce diviii plus d attention qu'il n'avait fait jusque alors. A la suite d'un assez lou}^ <^mbat intérieur, Éon se rendit cependant à Téglise la pla^ proche , et remarqua , après avdr ouï messe et vêpres, que k prêtre avait répété plusieivs fois ces mots latins : Per Eim qui ^enturuB €»t judieare vivos et morivos; per eum qui vivit et régnât. A ce moment il comprit le sens du conseil de Merlin, et sortant de l'église , en i)ruie au démon de Tor^eil , il répétait : « Par Éon qui viendra juger les « vivants et les morts !.,. Éon ! mais, c'est moi , bien moi ! » 11* étail donc évidemment désigné, prédit par les Ëcntures ; il était le fils de Dîeu l'Fou de vanité. Termite rentra dans sa solitude , et l'esprit du mal lui révéla les trésors de Merlin. Avec un tel secours , il convertit sans peine les malheureux qui venaient entendi'e ses prédications ou plutôt ses divagations incohérentes. Ces hommes s'établirent eu grand nombre autour de lui , le suivirsint partout où il les mena , sans cesse au milieu des fêtes et des banquets, richement vètos, sans soucis, jouissant enfin de tous les plaisirs imaginables. 11 sniiisait de s'asseoir à sa table pour qu'elle se trouvât sur-le-champ garnie, sans qu'on sût comment, et couverte avec profusion de viandes exquises et de mets déU- . cieux. Seulement cette-nourriture était si légère, qu'après tant soit peu d'exercice , ra])pétit se faisait sentir, aussi vif qu*«upaiiavant; preuve que la' magie s'en mêlait, dit la légende des prétendus miracles opérés par Éon.

A l'aide de l'esprit trompeur, il exécutait des choses vraiment merveilleuses. Lorsqu'on venait le visiter, il paraissait entouré d'une clarté si extraordinaire , qu'en le voyant dans

Si HISTOIUE LA BRETAGNE

ce nyoïmânieiit fantastique , il était ditficile de iie pas être ébranlé et trop sonvent sédoil. Un jonr qu'un de ses paients était yenu le yoir^ dans Tintention de le ramener à la mie foi catholique , Éon loi montra tant de riehessesy de diamants , (le saphirs , de rubis , de perles , d'argent et d'or monnayé, que les trésors de deux rois n'en eussent pas approché, et il lui l ernut d'en preniiiii à sa volonté. Un gentilhomme qui par curiosité avait suivi ie parent du prophète apergut un superbe épervier sur le poing de l'un des serviteurs d'Éon. Vivement désireux de posséder eet oiseau chasseur^ le noble offrit de Tacheter; mais Éon le pria avec beaucoup de grâce de l'accepter comme un présent. Le fauconnier du spitrneur se plaignit bientôt de l'étreinte extra* ordinaire du 1 épervier, qui sf»niblait vouloir lui broyer le poing dans ses serres. Le gentUbomme lui commanda de le faire envoler, pour s'en débarrasser : Toiseau s'envola en effist , mais emportant avec lui le pauvre varlet, qu'on ne revit plus jamais.

Tels sont les récits exagérés que le peuple lecueiOaH sur le compte d'Éon. Ce qu'il y a de plus avéré, ce sont les brigandages de sa troupe, qui, sous le prétexte d'entretenir l'esprit de pauvreté parmi les moines, dépouillait à main année les églises et se partageait les vases sacrés. Ces hommes • étaient Vefttoi des magistrats, qui ne savaient quel moyen prendre pour les réduire sous l'action de la justiee. ËDfin , il n'est que tirop prouvé que les trésors dont disposait Ëon étaient le produit du pillage. Cependant le pape Eugène III , alors en France pour présider le concile de^eims , fit sommer Éon de comparaître devant lui : le ])ruplietti y cuiisenlit d'autant plusTolontiere, qu'il fondait de grandes espérances sur la séduction du chef de l'Église.

, Un vieil et naïf auteur nous a conserv é le dialogue suivant, qui s'établit entre Eugène UI et Éon de l'Étoile , en ces ter^ mes : « Qui es>tut lui demanda le pape avec bonté. — JS'^o •c sum ilie qtdveniuruB tit jvdiem vwoê et mortuoi, ei tœcu' « lum per ignem.—Txk serois bien plutôt 1* Antéchrist , reprit tt le saint-père , ('ar tu as fait assez de mal en perdant (h? « bonnes ânii s qui ne songeaient point à pécher. Mais que « tiens4u là à la main? n C'était un bâton lourcbu , sur

leqoël on voyait des figures singulières. « Ceci? dit Éon; « oh! c'est un Liaiid mystère! — Et ne ]^iix-tu le dévoiler? ^' ajouta le pape— Oui-da, répondit Kon; mais toutes oreilles « ne sont [ms faites pour le comprendre; toutefois les vôtres, « qu'il ne vous déplaise, me semblent confectionnées bien « à point. Écoutez donc : lorsque je tiens les deux pointes « de ma foufche tournées vers le ciel, Dieu ne gouverne plus « que les deux parties du monde, et je régis la troisième ; ff et lorsque ma fourche est renversée , les deux pointes en « bas^ Dieu me cède les deux parties du monde (jui me « conviennent , et je consens à lui laisser l'autre tiers à « gouverner. »

En voyant une telle folie, le saint-père ne put s'empêcher de rire, et tous les membres du concile suivirent son exemple. On jugea que le cerveau d'Éon était complétementdétraqué; mais comme sa présence pouvait être encore dangereuse en Bretagne , on le tint enfermé à Saint - Denis , où il mourut peu de temps après , rentré dans son bon sens et très-repentant de ses erreurs et de st-s méfaits.

On eut de la peine à réduire ses disciples; force fut d'user de rigueur à T^ard d'un assez grand nombre d'entre eux : plusieurs expirèrent dans leur fatal aveuglement et le blasphème i la bouche.

Les guerres ftmestes qui avaient désolé la ftretagne , et le fanatisme des hérésiarques , n'empêchèrent pas de grands esprits de cultiver les lettres sacrées et in ofanes. Pierre Abailard , l'évèque Marbode , larchevèque Baldric , honorèrent parleurs talents et leurs vertus le pays qui leur avait donné le jour. Marbode se fît un nom dans la poésie latine; Baldric écrivit l'histoire c|vile et ecclésiastique de son temps ; et tous les deux menèrent une vie sainte et paisible , tout entière occupée par les soins actifs qu'ils donnèrent aux intérêts spirituels et matériels de leurs diocèses. La vie d'Abailard fut, au contraire, semée d'épreuves : son âme était plus ardente^ il avait trop aimé le monde et sa gloire trompeuse ; il ne rencontra la guérison que dans l'humilité, et le repos que dans la tombe.

Cependant la mère de Gonan venait de mourir, et sou fils s'aqiprètait à la suivre dans le tombeau, en preie depuis im

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au ti uiip inal.ulift jrrave , qui laissait p*»n dVspprancp. Avant (l>\piî*er, ildiH'lara an\ ^<Mu'iieui*> 411 il asail uiaii i* > 1 de sa personne, qu'il dé.savouait pntir son tils Hoel . qu'il avait pourtant to\]your8 désigné couune son héritier présomptif. Cinquante années de guerres furent le triste résultat de ce funeste aveu , dont il est difficile de comprendre le motif.

La déclaration de Gonan III ne chanirea rien aux disposiiiojisdes comtés de Nnntes et de CoruouaiUes; ils reconnurent Hoël. Eudon^ geudre du feu duc> lui déclara la guerre , que les Nantais soutinrent avec courage* Us allaient ' succomber enBn, si Eudon n'eût trouvé un ennemi plus redoutable à combattre dans le fils de Berthe , sa femme. Conau l\' sortait à peine de l'adolescence, quand tous les jeunes scignoiirs se rancrèront sous TtHendard qu'il venait de lever, eu rt^vendiquant le duché de son graud-pere. Une sanglante bataille décida momentanément en faveur de son beau-père ; mais il se réfugia en Angleterre pour 7 préparer les moyens de se venger. Henri 11^ roi d'Angleterre^ le mit à la tête d'un corps de troupes considérable , et lui dit : « (iousin, entre nous autivs souverains, il n'est de loi que « celle du plus fort. Je n«' suis pas clerc , et n'ai pas étudié « ce que vaut le droit que tu invoques ; mais chasse tes « ennemis y et je le tiens pour certain et valide de tout « point. i> Gonan n'eut qu'à se montrer sur le sol de la Bretagne , pour voir revenir à lui ses anciens partisans, et mAme ceux qui naguère avaient suivi les drapeaux d'Eudon. Hennos , assiégr»e par Couau , se déf(Midit avec opiniâtreté. Encouragé par cette résistance, Eudon vint attaquer Conan dans ses propres retranchements ; mais , apràs un rudo combat^ Eudon dut prendre la fuite ^ et Rennes fut obligé de se rendre. Gonan , autour duquel se rassemblèrent tous les seigneur» bretons , reçut leur hommage , et se déclara duc do Bretagne sous le nom de Conan IV.

Les iNantais , ne r«^ronnai?sant pas à Hoël assez d'énergie ou de talent pour l'opposer avec succès au nouveau duc^ le chassèrent ignominieusement , sans que depuis aucun événement ait révélé son sort, ils appelèrent Geoffhiyy comte d'Anjou ; frère de Henri II, roi d'Angleterre^ se donnèrent

à lui , et l'énoncèrent , en quelque sorte y au nom de Bretons. Cette erreur singulière, cette faute immense eut les suites les plus afiOîgeantes. Geoffiroy mourut deux ans après, et, en vertu d'une nouvelle décision , les Nantais supplièrent Conan de les recevoir à obéissance : mais le coup fatal était porté, ris avaient une fois méconnu leur patrie; ce fut par leur ville que les prétentions étrangères firent irruption dans la Bretagne; ce fut leur inqualifiable versatilité qui amena la domination anglaise et les guerres sanglantes qui désolèrent ce malheureux pays pendant plusieui's siècles.

En effet , à peine le roi d'Anirleterre eut-il appris la mort (le son frère ^ qu'il se hâta de venu' en personne réclamer son héritage. Conan, qui redoutait trop le puissant monarque pour s'engager dans une guerre contre lui , jnais qui .voyait avec peine son duché dépouillé d'une de s^s plus fortes places, consentit au mariage de sa fille Constance avec (jeoffroy, troisième fils de Henri II, enfant d'un mois à peine, et constitua le comté de Nantes en dot à la prjiicesse. Henri prit à rinstant possession de la ville ^ aux honteux applau* dissements des Nantais.

La pusillanimité dont Conan venait de donner la preuve ne Tarrachait pas au danger, et ne sauvait pas même ses I>euples des horreurs de la guerre. Elle existait en ce . moment, plus cruell»^ (jne jamais, entre deux de ses grands vassaux , les vicomtes de Léon et du Faou. Le fils du vicomte de Léon> voulant venger son père fait prisonnier par son antagoniste , assiégea Chàteaulin, s'empara du vicomte du Faou et deses principaux serviteuiis^ les enferma dans la tour de Daonlas, et les condamna à mourir de faim. • On apprit avec horreur les détails de leur long supplice : les infortunés s'étaient mutuellement dévorés. Conan IV avait prêté son assistance au vicomte de Léon : il fut bientôt puni de ne s'être pas opposé à une si atroce inhumanité. La Bretagne fut ravagée par une épouvantable famine > pendant le cours de laquelle on vit se commettre les crimes les plus exécrables pour se procurer une chétive subsistance. Le peuple attribua l'excès de sa misère aux fautes de ses souverains : la guerre se .propagea de toutes parts , et son saog fut répandu à fiots par le glaive de L'étranger.

Le vicomte de Léon quitta Coma pour s'unir à Eudon : jaloux de Tinfluenee du parti de l'Angleterre en Bretagne ,

Uaoul de Fougères , Jean de Dol ot les comtes de Porhoët , s allièreut aussi à Endon. Connu implora alors le secours de [lenri II , qui vint saccager Dul et Comboui*g. A la nouvelle de cet appel à Tétranger^ les grands formèrent des ligues offensives et défensives, et les peuples , furieux , s'armèrent pour tout abattre. Henri , après avoir fait ratifier le mariage de Constance et de Geoffroy, son fils, exigea la cession régulière du duché de Hretagiie. Couanacc* rd \ tout ce qu'on voulut, ne se l'é.servaiit (jne le conitô de Guiiifîamp y le roi d'Angleterre lui laissa , certain de le rej^reudre quand il le voudrait. Henri traita dès lors la Bretagne en pays conquis> disposa de toutes les charges et leva des impto extraordinaii:^s. Les barons mécontents s'étant précipités sur les terres de Conau, Henri envahit leur territoire, las défit et les força de lui jurer oi>eissance, après avoir exigé d'Eudon , comuie otage , sa iille Alix.

La mort de Mathilde , sa mère , ayant appelé le roi d'Angleterre en Normandie, les barons de Bretagne > Eudon et le roi de France, Louis Vil, profitèrent de son éloignement pour se liguer contre sa tyraiinie. Instruit du complot qui se trame, Henri revient en toute hâte , et , pour se venger d'Eudon, déshonore sa fille Alix. Un cri de douleur universel se fit entendre, des plaintes retentirent dans toute la Bretagne; car l'outrage avait pénétré dans tous les cœurs. Mais des larmes ne suffisaient pas, il fallait gue la vengeance fût aussi éclatante quo le crime avait été odieux. La plume se refuse à transcrire les scènes d'horreurs auxquelles donna lieu cette guerre, qui se termina cependant tout à l'avantage du roi d'Angleterre : contre la volonté impuissante de Gonan, le fiancé de sa fille, âgé de dix ans, reçut l'hommage des seigneurs bretons, comme duc de Bretagne (H69). Henri II porta le fer et la flamme dans les terres des grands qui refusaient de se soumettre au joug de réf ranger. Eudon, condamné par un tribunal de sang, paya de la prison sa rébellion contre le souverain anglais.

Tous ces maux furent le résultat de la conduite antipatriotique des Nantais ; ils en furent punis par les exactions

Af^GUùNNE ET MODERNE. 57

odieuses des agents anglais^ et> longtemps après ^ l opinion refusait encore de Tcnr en eux des ft«tons.

Conan mourut en 1171; il n'était plus pour ses sujets qu'un comte de riuiimanip, ef le mépris général le suivit dans la tombe. Sa mort ne changea pas la triste condition des Bretons; ils résistèrent vainement à la puissance étrangère qui les envahissait comme un torrent. Henri s'empara de tout le duché et du comté de Guingamp. Guyomardi de Léon n'avait cessé de prendre le parti d'Eudcm , qu*il regardait comme celui de la Bretagne ; mais il vint s'humilier devant Tusurpateur, et son exemple entraîna les seigneurs qui résistaient enc4>re. Eudon dut s'estimer heureux de demeurer pauvre et méconnu.

Les fils ainés de Henri II s'étaient révoltés contre lui ^ forts ' de l'assentiment du jeune Geoffroy, ou plutôt de ses conseillers. Craignant rattachement des Bretons pour leur jeune duc y craignant aussi qu'ik ne j ugeassent l'occasion favorable pour se soustraire à son joug , il manda près de sa personne tous les barons de ce pays, sons |irétexte de lui rendre hommage. Plusieurs seicrncurs, loin de se rendre à cet ordre, se fortifièrent dans leurs châteaux et s'occupèrent à prévenir les effets de la fureur de Henri : instruit de la conduite de ces grands vassaux» le monarque anglais déchaîna contre la Bretagne one troupe d'aventuriers, appelés Brabançons ou Routiers^ misérables enrôlés dans le Brabant , qui se donnaient à qui payait le mieux , et qui pilluciit, lirnlaieiit . massacraient sans pitié. Gomme ils marchaient sans ordre et combattaient sans discipline, ces aventuriers furent bientôt taillés en pièces par les Bretons» non toutefois sans avoir causé de grands ravages.

Geofl^y» par les conseils de Rolland de Dinan» se fit une étude de gagner les cœurs des seigneurs bretons. 11 refusa de rendre hommage pour son duché à son frère aîné , couronné roi du vivant de son père. Henri II , pour le punir, envoya faire le siège de Iteanes; cette ville fut prise et brûlée eu partie. Geoffroy vint assiéger à son tour les troupes anglaises, qui se rendirent à discrétion. Après cette triste expédition, il se réconcilia avec son père, et épousa la dudiesse Constance» i laquelle il était fiancé depuis sa nais-

M lUbiOiat LA miETAUNE

aaiMM, n mourut à Pins, où fl était allé voir Philippe Auguste et implorer son aide pour reoomiuérir 1* Anjou sur

soa {>ère. Qnolqnos mois après , Constance mit au monde un fils , qui r»*nit nom d'Arthur, et doul la aaissaiK fut accueillie avec des transports de joie par les tidèles Bretons. Mais Henri U, qui ne voulait pas que le duché de Bretagne oesrt t de dépnidre de lui , forma le dessein de remarier la veuve de GeolIVoy avec un seigneur anglais qui lui f At tout dévoué , et qui ik^ fit aucune difficulté de lui rendre hommage. Il uiaria doue la durliesse à Hanulfe , comte de Chester, et ceiui-ci prit aussitôt le titre de duc de Bretagne. Les Bretons ne voulurent point lui obéir, le regardant comme un usurpateur^ et s'unirent contre lui avec le roi de France et avec Henri et Richard, fils de Henri H; ce qui causa tant (le chagrin à ce monarque qu'il en mourut.

Richard , connu avec le surnom de Cœur-de-Lion , succéda à son pere dans tous ses États, dont il donna une portion peu considérable à son firère Jean Sans-Terre, et dont Arthur ne reçut rien, quoiqu'il représentât Geoffroy, son père. Banulfe fut alors chassé de Bretagne, et Richard se mit peu en peine de l'y rétablir. Comme il était trèspuissaiil, il trouverna en maitre absolu et la duchesse et le duché, qui appartenait de droit à Arthur.

Hichaitl lit en lllW) le voyage de la Terre*Sainte avec Phiii{^ il. Étant en Sicile , il s'engagea par un traité avec Tancrède, roi de cette Ile, à faire épouser la fille de ce prince au jeune Arthur, son neveu et son héritier présomptif. Tous les seigneurs de sa cour tirent sernuuit pour lui qu'il accomplirait iideleuieiil cette promesse. Il toucha alore vingt mille écus d'or d'avance , pour la dot de cette princesse. Guillaume, évèque d'Ély, chancelier et grand justicier d'Angleterre, reconnut en même temps le jeune Arthur pour héritier présomptif de Richard, et le fit reconnaitre en cette qualité par le roi d Lcosse.

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