CHAPITRE vil
Jean de Montfori et Charles de Blois. — Leur lutte. * La comtesBe
de Moatfori.
Jean de Montfort . dans 1 écrit qu'il produisit par la suite pour appuyer ses droits^ soutint que le feu duc son frère, près de mourir, Favait déclaré son successeur à la couronne de Brelagne » et que Charles de Blois étant venu lui représenter ce qui lui avait été promis par son mariage, le duc avait répondu : « Pour Dieu, qu*on me laisse en paix ; je ne « veiiil charger inuii à me ! » Charles de Blois soutint de son côté, également dans nn écrit, que le duc n'avait dit ces paroles qu'à ceux qui lui parlaient en faveur du comte de Montfort.
Un historien moderne a admirablement précisé le caractère de la lutte qui eut lieu entre Jean de Montfort et Charles de Blois. Oif nous saura gré , nous l'espérons , de citer
textuellement ce passage , qui donne le vrai point de vue d'un fait diversement envisagé.
« Il fut grand, mais doalnai'enx, le spectacle donné au monde par ces deux princes. Aucune gueiTe, à cette époque, ne parut plus vaillamment conduite et plus vigoureusement soutenue de part et d*autie. Les prétendants étaient de même âge, pleins d'ardeur, vi& , hardis, entreprenants : l'un, c'était Charles de Blois, sévère, rigide, religieux à l'excès; l'autre, Jean de Montfort , de mœui-s douces, polies, a\euaiites; tous deux modèles de grandeur d'âme, remplis d'un courage que ne pouvait éln-auler l'adversité. Ils portaient également les hermines sur leurs armes de bataille, ils avaieùt mêmes enseignes , ils proféraient le même cri de guerre;; leurs troupes se composaient de soldats d'une même nation, leurs usages étaient semblables, ils coururent des hasards pareils, et la conformité de leurs aventures est
n$ HISTOlRi: DE LA IJULTAGNE
d«s plus surprenantes. Vainqueurs tour h tour dans les escarmouches et les combats, ils balancèrent longtemps la fortune; toutefois Montfort l'emporta le plus souvent, et
Charles de Bluis, dont ou estimait les virtiis .mstères et riiii'lir.nilnMe équité, fut jug(^ nialheureux dans rt^vécution, quoique toujours des premiers au danger. Ils eniportèrent des villes d'assaut , ou les gacruprent par des traités ; ils se chassèrent alternativement et furent chassés; ils devinrent prisonniers Tun de l'autre ; rendus à la liberté , ils n'en continuèrent pas avec moins d'acharnement Irur querelle enveiiiint't' , et la mort du romi^i de Blois ne fut pas même le signal de la paix des peuples.
i( Mais ce qui parut digne d'une éternelle admiration > ce fut la conduite magnanime de leurs nobles compagnes. La comtesse de Montfort , la comtesse de Blois, loin de se laisser abattre par les revers, inspirèrent un nouveau courage aux partis clKUicelants de leurs épouv; elles se présentèrent au combat à pied comme à cheval , sur mw comnie sur terre , et d'un coeur indomptable dirigèrent leurs armées, rassurèrent les peuples effrayés, et reconquirent tour à tour les droits incertains de leurs enfants,
« Deux rois puissants soutenaient aussi les deux comtes. Le roi de France proté^jeait son neveu Charles de Blois, et le roi d'Angleterre appuyait de son autorité Jean de Montfort et ses amis
« Cent cinquante mille soldats bretons, français, anglais, flamands, écossais, périrent dans la querelle; le nombre des familles indigènes qui disparurent est incalculahlè» La Bretagne perdit les neuf dixièmes de sa population ; et sa fière noblesse, qui se vantait de descendre des compagnons de Gonan , ou du plus pur sau^ d(^ tons les rois de l'Europe , regretta des ducs, des comtes, des barons, des chevaliers, et pleura , désespérée , en comptant les races fameuses dont il ne lui restait qu'un vain souvenir, n
Mais il est temps de raconter avec quelque détail les principaux épisodes de la lutte mémorable dont on vient de lire la rapide exquisse. Nous laisserons souvent parler les chroniqueurs du temps, entre autres l'incomparable Froissard et le vieux et patriote d'Aigentré.
Jean de Moiilfort n'eut pas plutôt .ippris la mort do son frère, qu'il se rendit à Nantes , où il fut reconnu duc de Bretagne par les habitants de cette ville et de son territoire. Les évèques et les barons s'assemblèrent ponr délibérer à qui le duché devait appartenir. Sept des prélats se déclarèrent pour Montfort ; et deux d'entre eux , avec la presque totalité des barons , conchireutque 1 aflaire devait être plus aiiiplement discutée et qu'elle demandait nuire réflexion. Jean de Montfort alla ensuite à Limoges, suivi d'un grand nombre de gens de guerre, pour enlever de cette ville le trésor du feu duc^ à qui la vicomté de Limoges avait appartenu. Les habitants lui ouvrirent leurs portes, lui firent hommage et lui remirent le trésor qu'il réclamait. Montfort s*en retourna aussitôt à Nantes, où il avait convoqué les états de Bretagne; il y trouva les avis de rassemblée fort partagés. La crainte du roi de France, qui protégeait Charles de Blois, fit que plusieurs se déclarèrent pour ce dernier. Cependant la majorité embrassa le parti de Montfort. Le tr^r de Limoges servit au comte à augmenter le nombre de ses partisans, et à former une armée capable de conquérir la Bretagne entière. Il avait tlejàla réputation d'un brave, il acquit celle d'un prince généreux. Il se déclara le défenseur des libertés populaires, traita avec les c^nununautés . des villes, et leur promit de nouvelles franchises.
Jugeant son armée assez puissante, il entreprit la conquête de toutes les plai es fortes de Bretagne , dont les gouverneurs paraissaient décidés à reconnaître Charles de Blois. Assuré des bords de la Loire , et voulant utiliser le tem|»s que lui laissait Tinconcevable inaction de sou rival, Montfort vint attaquer Brest , qu'il voulait empêcher celui-ci de renforcer par mer. Gamier de Clisson soutint le siège , et se défendit courageusement jusqu'à la dernière extrémité; mais ce brave chevalier avant été tué, la ville se rendit, et ses habitants firent serment de tidélité an comte , qui marcha aussitôt sur Hennés, défendu par Henri de Si)inefort. Le siège ayant été formé , le connuandaut ht une sortie au point du jour, surprit les sentinelles endormies , abattit les tentes d'un quartier et tua plusieurs soldats. Mais les assiégeants, ayant pris les armes, tombèrent bientôt sur les gens
de Spinefort , 1rs inirrnt en fuite , en massacrèrent un grand nombre el tirent (|uei(iucs prisumiicrs , parmi lesquels se trouva Spinefort. Moatfort lui ordonna de se présenter devant les murs de la ville , et de dire aux assiégés que s'ils ne se rendaient pas» on Le ferait pendre à l'une des portes*
Comme Spinefort était très-aimé , le i)eu])le fat d'avis de se nîudre; mais les riches bourgeois lurent d'un seiitiment contraire, qu<iir|ne la place manquât des munitions nécessaires pour soutenir un siège. Ceux qui couseillaieut la résistance luttèrent à main armée contre le peuple pour faire triompher leur résolution ; on se battit dans la ville avec acharnement. Enfin le i)euple ay.int eu le dessus > on ouvrit les jïortes au comte , (]ui entra dans la place, reçut l'hommn^^e de tuu.s les lialiitants et de Spinefort lui-même , qu'il juil aussitôt en liberté. 11 prit alors les insignes de la dignité ducab* , et après avoir étahli dans Hennés des officiers pour y rendre la justice en son nom , il marcha vers Uennehon^ place forte et port de mer important , dont le gouverneur était Olivier de Spinefort, frère de Henri , devenu membre du conseil de Jean de Monttort. Le comte, avant de rien entreprendre , ( unsulta ses guerriers, ilenri de Spinefort se présenta et lui dit :
« Je suis de votre conseil et vous dois désormais féauté. « Or, sachez que ladite ville, et sonchastel ue sont mie (pas) <r aisés à gagner comme vous pourriez penser ; vous y pourrez
bien seoir (rester) et perdre un an, sans être mieux « avancé ; mais je vous diray l'oinnie vous le pourrez avoir, « 11 fait bon ouvrer par engni plutùt (lue par lorce. Vous
me baillerez donc, s'il vous plaist, jusques à cinq cents « hommes d'armes à faii*e à ma volonté , et je les meneray u en avant de votre ost ( armée ) par l'espace de demi-lieue a de ferre, et porteray la bannière de Bretagne devant moy. « J'ay un frère (jui est dedans , pjuvernenrde la ville et du « cliastcl; tantost (dès) qu'il verra la bannière de liretaj^ue « et qu'il me cognoistra , je suis certain qu'il me fera ouvrir «t les portes, et j'entreray dedans à tout (avec) mes gens, tf et me saisiray de la ville et des portes, et prendray mon « frère; je vous le remettray prius (prisonnier) à votre « volonté, s'il ne veut obéir à moy; mais vous me pro-
ANQENNE ET ]ilODERNE^ M
« mettez la foy du corps que rien ne lui ferez. — Par mon « chef, dit le comte, nenny ! lu «s ^^ontil compagnon « et bien avisé; je t'aime mieux que devaut^ et encore « mieux t'aimeray, si tu peux faire que soye seigneur de c( Hennebon^ je dis de ia ville et du chastel. »
Henri se présenta devant la ville avec la bannière de Bretagne; Olivier, s'imauiuaiiî qu'il venait à son secours, lui fit ouvrir les portes et le laissa entrer avec ses gens. Henri se sai&it aussitôt de ia personne de son frère , en lui disant : « Messire Olivier, vous êtes mon prisonnier. » Oiivier^ croyant d'abord à une plaisanterie^ répondit gaiement : « Ce fait d'armes sera suivi de bonne fête. — Pas tant (jue « vous croyez, répliqua Henri. — (louiuKMit ! s"écri;i Oli- « vier, qui se voyait entouré par les soldats de Monlfort , « je me suis confié en vous , et je pensois que vous veniez « ici pour m'aider à garder cette ville et ce chastel î —Beau « me, dit Henri , je me mets en saisine (je vous prends) « de par le comte de Montfort , qui est actuellement duc de ■« Bretagne , et à qui j'ai t'ait teauté et hommage, et foute la « plus grande partie du pays; il convient que vous obéissiez « aussi , et mieux vaut par amour que par force, et vous en « saura mon seigneur le comte bien meilleur gré. »
Olivier se laissa persuader^ et livra Hennebon à Montfort ; celui-ci y mit une garnison , et alla aussitftt à Vannes , qui lui ouvrit ses porter et le reconnut pour duc de Brettii^iie. Ensuite il mit le siège devant le tiiàlcaii delaRoche- Périon, où connuandait Olivier de Glisson. Ce l'ut en vain que Montfort employa les promesses et les menaces pour gagner ce fier cbevalier ; il se vit obligé de lever le siège pour aller attaquer Auray . Il aurait peut-être encore été contraint de renoncer à prendre cette place, oà s'étaient retirés Geoffroy de Malesti-oit , sire de Kaer, et Olivier de Trésiguidy. si Henri de Léon , le premier des sei^^neurs bretons qui s'étaient déclarés pour lui , ne leur eût persuadé de recomiaitre le comte^ qui leur laissa le conmiandement de la dté. Montfort s'empara ensuite de Garbaix^ queFévêque de Léon remit lui-même en sa puissance.
Après s'être ainsi rendu maître de la plus grande partie (lu duché, Montfort passa eu Angleterre ; il y fut très-bien
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reçu d'Édouard III , qui disputait encoi« la couTonne de France à Philippe de Valois , et qui était alors à Windsor. Il
y trouva le comte d' Artois , I piiiicmi de la France , qui le servit de Iniit sou crédit dans le conseil , oiî il en avail un très- grand. Le roi promit sa protection à Moaii'ort , et le Gcunbla de présents : celui-ci lui fit alors hommage de la Bretagne. L'acte se lit dans le recueil de H^mer; en Toici les termes : q Je vous reconnois de drdt loi de France, « et à vous comme seigneur lige et de droit roi de France , « fais mon honmia^re pour ladite duché de Bretagne , que « je pi'orlamc tenir de vous , mon seigneur, et deviens votre <f honinie lige de vie et de membre et de terre, à vivre et « mourir contre toutes gens. »
C'est ainsi que l'ambition poussa Montfort à présenter la Bretagne comme une proie à TAngleterre , la plus grande ennemie de la Bretap^ne et de la Fraiin-.
Cependant Cliarles de iilois, vivement atlecte des proLii^ de son rival y porta ses plaintes à Philippe de Valois, et lui représenta que Jean de Montfort lui avait injustement enlevé un dudié qui lui appartenait. Le roi assembla ses pairs, (jui décidèrent que Montfort serait ajourné pour venir rendre compte de sa conduit<^ à la cour. Le comte, ayant reçu à Nantes les ordres du roi , traita magnifiquement ceux qui les lui apportèrent, et répondit (}u'il irait prochainement à Paris. 11 j arriva en effet , à la tête de quatre cents gentilshommes , et le lendemain de son arrivée il se rendit au palais , où le monarque l'attendait avec Charles de Bloîs , les pairs et les plus liants barons de France. .Moiitl'ort , après avoir reçu les saluts de tous les grands qui l'estimaient beaucoup, s'inclina devant le roi en lui disant : « Sire, je suis venu à votre « mandement et plaisir. » — Le roi lui répondit : « Comte <x de Montfort, de ce je vous sçay très-bon gré; mais je tK m'esmerveille bien fort pourquoy et comment vous avez « ftsé eutn^prendre de votre voulonté sur le duché de Bre- « tagne, où vous n'avez nui droict , car il y a plus prochain « que vous ; et pourtant vous le voulez déshériter ; et pour (f mieux vous en efforcer, vous êtes allé à mon adversaire c< le roi d'Angleterre , et avez de lui relevé, ainsi comme on « m'a conté. » ^ Montfort reprit : « Ha ! cher sire , ne le
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ff croyez pas , car vi-ayement , le bon vray^Miicut , vous êtes « de ce mal infonné. » Il déclara en mèmi» toiiips (ju'il no connaissait aimm liéritier du feu duc plus proche que lui, puisqu'il était sou Irère.
Le Toi lui témoigna qu'il était content de lui, et lui ordonna de rester quinze jours a Paris pour laisser le temps aux pairs de décider snr son différend avec Charles de Bloîs« Haïs Montfort , malgré l'accueil favorable que Philippe de Valois lui avait fait et l'ordre qu'il en avait reçu, partit secrètement le jour méiui ou le lendeunin, «lans la crainte d'être arrêté ; prévoyant bien d'ailleurs que le jniienient des pairs ne lui serait pas favorable. Il se rendit à Nantes , où il trouva la comtesse sa femme , et pensant qu'il aurait lûentôt une guerre à soutenir, il visita toutes les places dont il s'était rendu maître^ renforça les garnisons et y mit les munitions nécessaires, ainsi que des commandants braves et fidèles.
Cependant les deux partis tuiuiiirent leurs réclamations départ et d'autre , en l'on ne de requête au roi. Le comte de Montfort fondait son droit sur ce qu'il était plus proche parent d'un degré du feu duc, que la comtesse de Penthièvre , fenune de Charles de Blois; qu'il était son firère de père , au lieu que la comtesse n'était que sa nièce. Il ajoutait que la Bretagneétait nue pairie dont les femmes étaient exduesdaas les successions collalérales tant ([u'i! y avait des linmnies.
Charles de Blois, de son côté, alléguait la loutmne de Bretagne, où la représentation avait lieu. Il disait que si Guy, frère puiné du feu duc , et aîné du comte de Montfort, était encore vivant, on ne lui disputerait pas la succession ; que par conséquent le duché appartenait à la fille de Guy, qn'eUe représentait ; que d'ailleurs la disposition du feu duc avait été acceptée et ratifiée par les états de Bretagne le 7 .septembre 13 il.
QiHiize jours après le départ du comte de Montfort , les pairs , assemblés à Gontlans, rendirent un arrêt en faveur de Charles , qui en conséquence fut reçu à faire hommage de la Bretagne. Le roi le fit chevalier, et lui promit un prompt secours contre son concurrent. En effet, le duc de Normandie, fils ainé du roi, ne tarda pas à se mettre en marche
à la tète d uuf armée et vint assiéger ^îantes , où était le comte de Montfort. Le comte ayant prié les Nantais de vouloir bien tenir un mois^ et leur ayant piromis de s'en aller au bout de ce terme s'il ne pouvait foire lever le dége , ils lui accordèrent sa demande , prircîiit les armes et s'engagèrent à soutenir le sié?e avec viirnenr. Il y eut dahord diMix cents boni-geois fait^ prisonniers dans une sortie , ce qui alarma beaucoup les Nantais , parce que ces priaonmers appartenaient aux plus riches familles de la ville. Pendant le siège eut lieu un combat près du chftteau de Valgarnier, entre deux cents chevaliers français et un pareil nombre de chevaliers l»retons. Ces derniers furent vaincus, et il n'en resta que trenle, qui tm^nt pris et amenés au camp. Là duc de Normandie , par une barbarie sans exemple > les con* damna aussitôt à être décapités et ht jeter leurs tètes dans la ville y afin d'épouvanter les Nantais^ qui craignirent en effet qu'on ne traitât avec la même rigueur leurs prisonniers, et que leur ville ne fût saccagée si elle était prise d'assaut. Montfort, les voyant découragés , l't pen<^ant ne devoir plus compter sur leur fidélité, flt demander un sauf -conduit pour aller trouver le duc de Normandie. 11 l'obtint > et s'étant rendu au camp> il se mit entre les mains du duc^ la vie sauve. Nantes et tout son territmre firent aussitôt hommage à Charles de Blois. Montfort lut conduit à Paris et enfermé dans la tour du Louvre.
La captivité de Jean de Montfort devait naturellement faire déclarer toute la Bretagne en faveur de son rival; mais la fermeté de Jeanne de Flandre , son épouse^ rassura les esprits et empêcha cette révolution. Elle soutint courageuse* rnent le parti de sou mari . et dans une conjoncture si douloureuse elle sut conserver a>>e/. d eiiipire sur la noblesse, sur les soldats et sur les bourgeois de plusieui^ villes de la Bretagne, pour pouvoir les maintenir dans ses intérêts. . C'était une fèmme au-dessus de la faiblesse ordinaire à son sexe , et qu'on doit , à juste titre , considérer comme une des plus grandes princesses dont l'histoire ait enregistré le nom et les acliuns. Elle maniait un cheval ainsi ijuc le meilleur écuyer, et possédait une santé robuste et une âme infatigable. On la vit soutenir des sièges , marcher le casque en
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tcte et répée à la main , commander comme le pins liahile rapitaiiie et combattre comme le s»»l(lat le plus intrépide. Ferme dans Tadversité , elle ne perdit jamais l'espoir dans les affaires les plus désesjiérées : son n^^^niunce en inspirait aux antres. D'un esprit pénétrant et solide^ elle était trèshabile dans les négociations, et sa politique égalait son coarage.
Elle était à Ueimes avec son tils , à peine âge de trois ans , lorsque son mari fut fait prison nier à Nantes. Klle pri l >(»u enfant dans ses bras, et, vêtue de longs habits de deuil, parcourut toutes ses villes^ disant au peuple et aux soldats assemblés sur son passage :
a Mes amis , ne vous défiez de la grâce de Dieu. Nous « sommes grandement infortunés de ce qui est advenu en « la personne de mon seigneur; mais j 'espère , par la même « grâce , qu'il sortii i de là où il est , tôt ou tard, et qu'en- « core nous le verrons sain et sauf. Prenez rrpur, et ne « veuillez abandonner celui qui a mis toute son espérance^ a après Dieu , en vous et en votre loyauté ; et si Dieu nous H défavc^se tant qu'il y demeure^ je mets sous votre garde « son héritier légitime^ de son sang^ et nourri sous espé- « rance qu'il sera un jour homme de bien et de valeur , et , « croissant, rétablira la perte de son père, malgré ses « ennemis, lesquels, à cette heure, lui occupent sa terre. »
Puis montrant son pauvre enfant aux seigneni's restés fidèles à sa cause, et qui pleuraient en l'écoutant, elle leur disait : a Ha I ha 1 seigneurs^ ne vous esbahissez mie de mon « seigneur que nous avons perdu. Ce n'estoit qu'un homme ! tt Véez cy mon petit enfant qui sera , si Dieu plaist, son a restorier^ et vous fera des biens assez ; et j'ai de l'avoir à « planté (en abondance), si vous en donnerayet vous poura chasseray (trouverai) tel capitame par quoy serez récon- « fortés. »
En même temps Jeanne renforça les garnisons de toutes ses places > et distribua de l'argent à tous ceux ^i portaient les armes pour son parti. Elle se fendit ensuite à Hennebon , où elle passa l'hiver^ ne cessant d^envoyer visiter ses places et faisant exhorter ses partisans à lui être fidèles. Cefiendant Philippe de Valois fit projMjser à la comtesse de consentir que
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la Bi-etajçne fût mise eu sécpiestTe entre s^îs inains , pour eu disposer en faveur de celui dont le droit lui paraîtrait h meilleur, aiiu d éviter iiii»' guerre longue et cruelle. Ce piège était ti^]) Ki'ossier pour séduire la comtesse : elle feignit pourtant de s'y laisser prendre; et pour gagner du temps > elle consentit à une trêve de quelques mois.
Au commencement du printemps la guerre se ralluma. Le duc de Normandie envoya à Charles de Blois douze mille hommes d'armes , et Charles lui-même j)artit de Nantes avec ses troupes pour aller taire le siège de Remies, où commandait Guillaume de Cadoudal. L attaque et la défensi^ furent d'abord très-vigoureuses; mais les bourgeois^ bientôt las du siège, se saisirent du commandant et capitulèrent malgré lui. Charles entra dans Rennes , et Cadoudal , suivant les conditions de la reddition qui accordaient aux partisans de la comtesse de Montfurt la pernnssion de se retirer où ils voudraient > se rendit à Uemiebon. Ce fut de cette ville forte que la comtesse envoya en Angleterre Amaury de Glisson^ en qualité d'ambassadeur, pour demander du secours à Edouard. Amaury conclut avec ce prince un traité, en vertu duquel le comte de Nurdi.iiiiiitou tut désigné ])()nr recevoir rhommage de Jeanne, tant en son nom qu Vu celui de sou fils, et pour le demander aussi à Amaury, comme tuteur et gardien du jeune comte de Montf(M*t. Par le même traité^ Amaury s'obligea à livrer au roi d'Angleterre toutes les villes et tous les ports de la Bretagne qu'il jugerait à propos de réclamer, et il fut stipulé que le jeune comte de iMonttort épouserait mie des filles d'Edouard , qui porterait le titre de duchesse de Bretagne. Cette mesure^ qui valut au fils de Montfort le trône ducal , attira siur ses sujets des calamités innombrables : elle ne fit que cimenter encore avec plus de force cette haine implacable que dans les siècles suivants les Bretiuis liarmvut avoir \uuée aux Anglais.
Bientôt Charles de blois vint assiéger Heunebou, déterminé à finiît la guerre par la prise de cette ville, dans laquelle la comtesse s'était enfermée avec son fils. Dès que l'armée ennemie parut à la vue de la place, la comtesse fit sonner le tocsin et ordonna que chacun se mît sous les armes. Armée elle-même et niontée sur un cheval de bataille.
elle parcourut toutes les rues pour animer les babitauts à se défendre avec vigueur. Son exemple et ses paroles engagèrent les femmes du peuple et les plus nobles dames i eontribuer
à la défense de la \ille , en portant des pierres aux créneaux pour en accabler les ennemis. Elle monta ensuite au haut d'une tour, d'où elle \it que le camp des Français était sans défense du côté opposé à celui où avait lieu Tattaque. Aussitôt elle remonte à cheval y se fait suivre de trois cents honmies, sort de la ville ^ attaque le camp des ennemis dans son endroit faible et brûle les tentes qui n'étaient gardées que par (les varlets. Maï> après cette expédition , connue elle allait reutrer dans la ville, les Français lui coupent la retraite» La comtesse, sans s étonner, prend sou parti sur-lechamp. Elle rallie ses soldats, pique du côté d'Auray et leur ordonne de la suivre au plop. Louis d*Ëspagne la poursuit et lui tue quelques soldats ; mais le reste s'échappe avec elle et arrive, à Auiay.
Cependant les habitants dllenueboii, ne sachant ce qu'elle était devenue, furent dans une grande consternation. An bout de quelques jours, après avoir assemblé cinq à six cents cavaliers bien montés et bien armés, elle partit d'Auray , et fit une si grande hâte qu'elle arriva le lendemain à la pointe du jour eu vue d'Hennehou , où elle rentra avec €^ renfort , au bruit des trompettes et aux yeux de i'enuenii étooné de sa résoiutiou.
Le siège continuait avec vigueur^ la brèche était déjà ouv^te, et Teffirai, commençait à se répandre dans la ville. Deux partisans secrets de Charles de Blois qui étaient dans Hennebon, s'entendirent pour livrer la ]ilace an rival tle Montfort, en obtenant qu'il ne serait fait aucun mal h. ses habitants. Jeanne, de son côté, résolue à se défendre jusqu'au bout, tâchait de rassurer les esprits en publiant dans la ville qu'elle attendait mi puissant secours qui arriverait tiès-prochainement. Déjà Hervé de Léon , comptant sur ce que son oncle lui avait promis , s'était approché d'une porte qu'eu était convenu de lui livrer, lorsfjue la Hotte anglaise parut. Klle était conduite par Ciautbiei' <le Manny, qui amenait six mille archers anglais avec un grand nombre de chevaliers. Une violente tempête que cette tlotte avait essuyée^
9ê HISTOIRE DE LA BRETAGNE
avait retaidé son airivée de pins de quarante joins. Ceux qui avaient été d'avis de se rendre dirant alors aux deux
traîtres qu'ils avaient chaugé d'avis, et qu'il n'était plus question détenir leur promesse inconsidérée. Hervé de Léon, confus et irrité, fît dresser contiT la ville les plus jurandes machines dont il disposait, et paitit d'Hennebon pour se rendre à Auray, dont Charles de Blois faisait alors le siège.
Cependant Tannée navale entra dans le port d'Hennebon. La comtesse reçut Mauny et les chevaliers anglais avec tonte la magnificence possible. Le lendemain elle leur offrit un banquet splendid»». Comme les halistes battaient continuellement les murs, sur la fin du repas (lantbier de Mauny, portant la santé de la comtesse , dit à voix haute : « Je fais « vceu d'aller abattre ce grand engin par lequel on croit « nous eflteyer ; qui de vous veut me suivre? — Moi I moi ! » répondirent à la fois une fonle de braves. On ordonna à l'instant à trois cents archers de tirer sans cesse stir ceux qui gardaient cette niacliine afin de les écarter. Eji même temps on lit une sortit', on se rendit maître de Venym, «pu fut mis en pièces ; on i ou rut aux lentes , on y mit le feu et Ton fit un grand carnage des assiégeants, qui ne s'étaient point attendus à cette attaque. Une troupe de Français armés s'avança alors ponr repousser Tennemi; Mauny , les voyant venir, dit à ceux qui racGom[)agnaient : « Que je a ne sois jamais salué de ma dame et chère amie , si je c« rentre eu cbast«'l ou iorteresstî jusques à temps que j'aye « renversé l'un de ces venanis maleiKHUiIreux î » Cept ialant il fut obligé de reculer, parce que les Kraucais étaient en trop grand nombre. U se retira peu à peu vers les fossés, combattant toujours, et tuant beaucoup de monde. Alors ceux de la ville, ayant monté aux créneaux, tirèrent sur les ennemis et les obligèrent à battre en retraite. Mauny rentra avec sa troupe , et fut accueilli avec joie et honneur par la courageuse comtesse de Mont fort.
L'arrivée de la flotte anjilaise lit jujier aux Français qu'ils n'avaient plus d'autre parti à prendre que de lever le siège. Ils décampèrent et marchèrent vers Auray , pour aller joindre Cfaûirles de Blois qui Tassiégeait. Ceux de Uennebon
Digiti^uG Uy
AJJCIENNE ET AlODERNE. 97
les pouTsuiTireni v^aureusement; mais ayant perdu beaucoup de monde dans une sortie , ils furent obligés de rentier dans leurs murs.
La garnison d'Auray ne se composait que de deux cents
homines d'armes, qui (lej)uis quelques jours souirraK'nî tellement de la faim et étaient tellement dénués de proviMuns, qu'ils étaient réduits à tuer leurs chevaux pour s'en nourrir. Charles de Blois^ sans leur promettre de quartier, voulait qu'ils se rendissent à discrétion. Réduits au désespoir^ ils résolurent de sortir de la place qu'ils ne pouvaient plus défendre et de se retirer à Hennebon^ malgré tons les obstacles. Avec une hardiesse étonnante, ils traversèrent . à la faveur de la nuit, le camp des Français, et, s'ouviaut le passade avec leurs épées, arrivèrent sains et sauis à Hennebon. Charles^ étant entré dans Auray, eu lit réparer les brèches, et^apr^ y avoir laissé une forte garnison, alla assiéger Vannes, qu'il prit en peu de jours.
Cependant Louis d'Espagne, à la tète des Génois et des Espagnols, ayant monté sur ses yaisseanx et ayant pris terre à Kemperlé, faisait de grands ravages dans tout le pays, sans y rencontrer la mumdi'e résistance. (îauliiier de Mauny et Amaury de Clisson, avec plusieurs chevalière et trois mille archers, résolurent de l'aller attaquer. Ils s'embarquèrent et se rendirent an port de Kemperlé, où étaient les vaisseaux de Louis d'Espagne. Ils tuèrent d'abord tous ceux qui les gardaient, et firent un immense butin. Le général anglais débarqua ensuite ses troupes , qu'il partagea en trois corps ^ ne laissant que trois cents archers à bord des vaisseaux. Louis d'Espagne fut défait et blessé; il eut de plus la douleur de voir périr Alphonse , son neveu, qu'il aimait tendrement. Sou armée fut taillée en pièces; ceux qui échappèrent furent massacrés par les paysans : en sorte que de six mille honunes qu'il avait amenés , il ne lui en resta que trois cenis avec lesquels il courut au port, dans le dessein de gagner en toute hâte la pleine mer. Mais il trouva que l'ennemi s'en était rendu mai Ire, et son étonnement fut au comble, quand il vit des Andais qui tirjnciit ^lu* lui. 11 eut cependant le bonheur de se saisir d'une barque, sur laquelle il se sauva avec le peu de moude qui lui
restait^ et aborda à Bedon, d'où il se rendit à Bennes* Après avoir passé six semaines dans cette ville pour y faire panser ses blessures, il rejoignit Charles de ttois, qui assiégeait alors Hennebon pour la seconde fois. Ce prince
faisait battre la ville nuit et jour par quinze grandes machines, qui lançaient des pierr^ jusqu'au milieu de la place. Les as<i«'»}i(''s , soutenus par leur vaillante eouitesse , par Mauuy et d autres braves, loin de s'étonner du nombre 'des ennemis qui allait s'augmentant tous les jours, ni du fracas des balistes, insultaient les assiégeants et leur criaient du haut des murailles :■ « Vous n'êtes mie encore assez ; fr allez quérir tob compagnons qui se reposent aux ehamps tt de Kem]>erlé ! »
Louis d'E.s|)a^qie , que cette insulte touchait pei>uiuie]lement, ne pouvant dissimuler son ressentiment , se rendit un jour à la tente de Charles de Blois , et en pi*ésence d'un grand nombre de seigneurs , il lui dit : « Monseigneur, « longtemps y a que je vous sers, sans que je vous aye « encore importuné pour en obtenir récompense ; or, je vous « demande un don, ce sera le loyer de mes services. — « Ouel qu'il soit, je vous roetroye, ré])ondit Charles. — tt Adonc, reprit Louis , je vous prie que vous lassiez venir « les deux chevaliers qui sont en votre prison, au chastel « de Faouet, et que vous me les donniez pour en faire à a ma volonté. C'est le don que je vous demande. Ils m'ont c< chassé, déconfit et navré (blei^), et aussi ont occis mon- « seigneur Alphonse, mon neveu. Je ne m'en says antreit nient venger, fors que je leur feray les testes couper, par « devant leurs c/)mpap:nons qui céans sont enfermés. — « Oh! s'écria Charles au conible de l'étonnenient , certes , « les prisonniers vous donneray voulontiers, puisque de- « mandé les avez; mais ce seroit grande cruauté et blasme a à vous , si vous faisiez deux si vaillants hommes mourir; « et nos ennemis auroient motif de faire ainsi aux nAires « quand les pourvoient tenir, et nous ne savons ce que nous « peut adveuii de jour en jour; pourquoy, chier sire et « heau cousin , je vous prie que veuillez être mieux advise. » Louis lui répondit : « Si vous ne nie tenez convenant (cona vention), sachez que je me départiray de votre compa-
Digiti^uG Uy
a gftie, et ne vous serviray ne anneray tant que je vive. »
Ce fut en vain que Charles voulut détourner Louis d'un si horrible dessein. « Je veux leurs tètes^ s'écria le barbare a Espagnol Je Teux leurs tètes , comme Hérodias vouloit « celle de saint Jean -Baptiste! et je les feray décoller à « l'issue de mon dîner. » On lit donc venir les deux prisonniers pour les lui livrer ; ils devaient être décapit<'*s ce jour-là même, rien n'ayant pu lléchir la colère du général espagnol.
Cependant Mauny et Glisson^ qui étaient dans Hennebon^ informés dn péril de ces deux braves ehei^ers, résolurent
de faire les dciiiiers efforts pour les délivrer. Ils partagèrent en deux troupes tous les chevaliers qui étaient dans la place. Clisson , s'étant mis à la tète de la première, sortit par la grande porte vers midi^ et ayant attaqué à Timproviste le quartier de Charles de Blois , il renversa les tentes et fit un* grand carnage. Tout le camp s'émut, et la troupe de Clisson eut bientôt à se défendre contre 1 armée entière des assiégeants ; un grand nombre de chevaliers périt de part et d'autre. Clisson , sans cesser de combattre , se retira vers lia barrières de la ville , où il tint ferme , secondé par les ardiers qui .bordaient le chemin. Toute Farmée i^çaise étant «jQcourue en cet endroit, le combat fut des plus meurtriers. Mauny sortit alors par une autre porte, nuiicha vers la tente de Charles où étaient les deux prisonniers , tua leurs gardiens, et, les ayant fait monter à cheval , il les conduisit en triomphe à Hennebon.
Louis d'Espagne! qui combattait contre Clisson avec toute Taimée française, au désespoir de voir que sa proie lui avait échappé , se retira , et son exemple fut suivi par tous les autres alliés du comte de Blois. Du côté des assiégés , le sire de Landernau et le châtelain de Guingamp furent faits prisonniers; Charles de Blois^ les ayant appelés dans sa tente, leur persuada d'embrasser son parti, et ils lui firent serment de fidélité : les défections ont été de tous les temps. Le siège de Hennebon fut encore une fois levé, et Charles se retira à Carbaix.
Sur ces entrefaites , la comfesse de Montfort passa en Angleterre : un parlement devait se tenir bientôt à Londres,
fOO liiSTOiUh DK LA BRETAGNE
Elle obtînt un secours considérable sous la conduite de
Hob*»rt d'Artois , qui s'embarqua avec elle sur une flotte cuiiiposée de (|iiaiante-six vaiss(Mii\, tant gros que petits, et montée par un graud uombi-e de seigneurs anglais. Charles de Blois . informé de cet armement , avait aussi équipé une flotte de trente-deux gros vaisseaux , chargés de trois mille Génois et de mille hommes d'armes. Il monta lui-même sur fette flotte ]miT la eoiiiniaiHb'r , avec Louis d'Espagne, rjiai'h's <i» iiu;ni\ et Othou Adorm*. L<'S(1»mi\ armées? navales se reucontrèreut à la hauteur de llle deGuemesey. Aussitôt les Aiigiais tirent sonner les trompettes^ arborèrent leurs pavillons avec la bannière de saint Georges^ et fondirent i pleines voiles sur la flotte de Charles de Blois. Après s'être quelque temps envoyé des flèches , on en vint à Tabordage : la comtesse de Montfort se battit < Miiiiue le chevalier le plus brave, et se signala avec la plus grande gloire. L'action dura jnsqu*à la nuit, qui obligea les deux flottes à j^r l'ancre. On se préparait à recommencer le combat le lendemain 9 lorsqu'il s'éleva vers minuit un terrible orage , qui , faisant heurter les vaisseaux les uns contre les autres , contr.ii^nit les Anglais, dont los navires étaient plus faibles que ceu\ de leurs enucinis, à se retii-er. (Juatre de leurs bâtiments, chaînés de vivres, furent pris parles Génois. Louis d'Espagne fut poussé jusque sur les côtes de la Biscaye» d'où il revint en Bretagne. Bobert d'Artois^ ayant doublé le cap d'Ouessant , prit terre à un petit port près de Vannes , y fit débarquer ses troupes, et envoya ses vaisseaux à Hennebon.
Ce fut aloi's qu il entreprit le siège de Vannes avec la comtesse de Montfort^ qui fit voir qu'elle savait aussi bien prendre les villes que les défendre. Le siège fut soutenu avec vigueur par quatre chevaliers : Henri de Léon , Olivier de Clisson, Touniemiue et de Lohéac. Mauny, ayant laissé Guillaume de Cadoudal dans Heiiiit ijuii pour y cuinniander, vint joindre la comtesse avec le sire de Trésiguidy, cent hommes d'annes et deux cents archers. Après plusieurs combats aux barrières, on donna à la place un assaut qui dura tout un jour et ne cessa ({u à la nuit. Robert d'Artois, au bout de quelques heures, ayant ordomié d'allumer des
feux , le fit recommencer sur deux points ; mais œs deux a^sali(s iiVtaient que de fausses attaques. Mauny, à la faveur des ténèbres, approcha sans bruit fi un point de la muraille qui était sans défense. Ses soldats, ayant planté lenrs échelles, mirent leurs boucliers sur leurs tètes, montèrent sans bruit, entrèrent dans la place sans trouver d'opposition et vinrent prendre à dos les assiégés, qni combattaient aux deux brèches. Il y eut l>paucoup de sang répandu dans la ville ; mais les quatre cbevaliei's purent s'échapper. Tout le reste fut eiposé à la merci du vainqueur. Robert d'Artois demeura à Vannes pour garder la place, et la comtesse, après y avoir séjourné cinq jours, s'en retourna a Hennebon avec plusieurs chevaliers bretons et anglais.
Comme on imputait à la négligence de Henri de Léon et d Olivier de Clisson la prise de Vannes, ces deux guerriers, pour rétablir leur honneur insulté, assemblèrent tous leurs amis, tous les gentilshommes leurs vassaux, beaucoup de paysans de leurs terres; et en y joignant quelques troupes que Charles de Blois leur donna, ils composèrent un corps de douze mille hommes. Avec cette armée, à la(|uelle se rciuiît Robert de Beaumanoir, maréchal de Bretagne, ils entreprirent de reprendre la place qu'ils venaient de perdre; ils poussèrent le siège avec tant de vigueur, qu'après avoir forcé toutes les barrières des faubourgs, ils se rendirent maîtres des murailles et entrèrent dans la ville par les brèches ((ui n'avaient point encore été réparées. La f^ai iiison fut taillée en pièces. Kobert d'Artois, dangereusement blessé, fut heureusement enlevé par ses gens et transporté à Hen- Dd)on. Ëspérant trouver de meilleurs chirurgiens en Angleterre qu'en Bretagne, il s'embarcjua pour y retourner; mais Tair de la mer et le mouvement du vaisseau le mirent en si mauvais état , qu'il mourut à son arrivée à Londres, Le roi d'Angleterre, qui raim.-iit tendrement , se promit de veuger sa mort ; « Je jure, disait-il, de mettre si mal ce « pays félon , qull y paraîtra pendant cinquante ans. » Édouard ne fut que trop fidèle à ce funeste serment.
Malgré les secours d'AngleteiTe et le courage de la comtesse de Montfort , le parti de Charles de Blois prévalait en Bretagne. Il était maître des plus cousidérables villes de ce
ÏH HibTUlHl:; D£ LA BKETAGN£
duché ; la plus grande partie de la noblesse bretonne était
de son côté , et il avait pour lui les forces d'un grand royaume, qui Ini tuuiiij.ssait sans peine des troupes. La comtesse de Moutiort , au contraire , retranchée dans la basse Bretagne , ne [touyait recevoir que par mer des secours qui dépendaient de Tincmistanoe de cet élément*
Cependant le roi d'Angleterre vint Im-mème en Bretagne avec une nouvelle armée , et prit terre au Morbihan , près de Vannes, i'uui* jeter la terreur dans le pays , il assiégea en même temps les trois plus considérables villes de la province : Bennes, Nantes et Vannes. Les Anglais et les Bretons avaient déjà commencé le siège de Bennes ; il entreprit lui-même celui de Vannes ; mais, n'ayant pas réussi dans un assaut qu'il donna , il laissa la conduite de ce siège à ses lieutenants et mena la meilleure jmrtie de son armée devant Rennes. Après avoir visité les travaux , il en partit au bout de quelques jours, pour aller assiéger Nantes, où Charles de Blois s'était enfermé , dans l'attente d'un secours de France. Édouaid n'eut pas plus de succès devant cette place que devant celle de Vannes , et il fut toujours repoussé. Après ces tentatives inutiles, il laissa, pour continuer le siège, un corps de troupes peu nombreux, et alla attaquer Din.m , ville sans murailles et qui n'était détendue que par une palissade. Pierre Portebœuf, qui y commandait, ayant lefusé de rendre la place, fut forcé et fait prisonnier, et la ville abandonnée au pillage.
Les sièges de Nantes et de Rennes n'avançaient point. Celui de Vannes était poussé avec plus de vipieur; il ne se passait pas de jour qu'on ne livrât quelque assaut à l'une des portes. Les assiégés se défendaient courageusement et se mettaient souvent en bataille hors de la ville. Un jour, Henri de Léon et Olivier de Glisson ayant fait reculer V^arwick, Arundel, Stafford et Mauny, tous les chevaliers bretons, animés par cet avantage, sortirent de la barrière et dofuierent sur les Anglais, qui tirent à leur tour reculer les Xiretons , et passèrent pèle-mèle avec eux au delà de la baiv rière. Ceux qui la gardaient se hâtèrent de la fermer avant que Henri de Léon et Olivier de Glisson fussent rentrés, et ces deux seigneurs furent faits prisonniers. Stafford , qui
AMCI£MN£ ET MOD£ftNË. 103
combattait entre la parte et la barrière , fut aussi retenu
par les Bretons , apivs un conihat opiniâtre , et tous ctîux qui raccompagnaient fnrpiit pris on tués.
Louis d'Espagne tenait la nier et enlevait presque tous les convois qui venaient d'Angleterre : il attaqua la Hotte anglaise au Morbihan , prit quatre vaisseaux et en ooula trois à fond : ce qui obligea Édouard à la mettre en un lieu plus sûr et à en envoyer une partie à Brest et l'autre à Hennebon. Le duc de .Nurmandie, d au aulre côté , asM'iuhla près d'Angers une année de quatre mille hommes d'armes et de trente mille soldats de ses troupes^ avec laquelle il entra en Bretagne , et s'approcha de Nantes , toujours assiégé par les Anglais. Édouard , à cette nouvelle , leur ordonna de lever le siège , aussi bien que celui de Rennes , et devenir le trouver près de la ville de Vannes. Le due de Normandie marcha aussitôt de ce côté-là. Il fut joint par Hobert de Beaumanoir , qui commandait quelques troupes de Charles de BloiSj et son année se trouva alors forte de quarante mille hommes. En arrivant près de Vannes ^ il trouva Édouard retranché dans son camp , de manière à ne pouvoir être attaqué ; il se fortifia aussi à deux lieues de lui, résolu de n'attaquer les euneuiis ([ue lorsqu'ils surtiraient de leur , camp ix)ur donner quelque assaut à la ville ; mais ils n'osèrent le faire, en sorte qu'ils paraissaient plutôt assiégés qu'assiégeants. Les deux armées demeurèrent dans cette situation fort avant dans l'hiver.
Edouaid, voyant que ses troupes soutiraient beaucoup de la disette des vivres , parce que Louis d'Espagne l<nir <'ulevait tous les convois qui leur venaient du côté de la mer, envoya offrir la bataille an duc de Normandie. Le duc, dont l'armée souffrait aussi beaucoup du froid et dos pluies continuelles^ accepta le défi, et le jour du combat fut fixé. Mais , sur ces entrefaites , le roi de P'rauce arriva eu Bretagne avec de nouvelles troupes et s'avança j usqu'à Ploërmel. Alors le roi d'Angleterre ne voulut plus combattre^ et attendit qu'on vint l'attaquer dans ses retranchements > ce que Philippe de Valois et son fils ne jugèrent pas à propos défaire.
Les choses étant en al état, le pape Clément VI envoya
Ii4 HISTOIRE i)£ LA BHETAUNE
en France les cardinaux de Prenest et de Clermont. L'on et
Tautre, s'étant rendus prèsdeVannes, allèrent souvent d'un
camp à l'autre pour négocier la paix : ils vinrent enfin à bout de faire coiiseutir les deux rois à une trAve de trois ans> qui serait observée en liretapie comme ailleurs, entre les partisans des comtes de Montfort et de Blois , sans préjudice de leurs prétentions respectives , et sans que la trêve fût réputée enfi^inf e , quoi que Tun des deux partis pût eut! éprendre centre Taiitre , pourvu qu'aucun des deux rois ne s en mêlât, La Mlle de Vannes devait être, durant la trêve, mise au pouvoir des deux cardinaux, qui la tiendraient au nom du pape, pour en disposer à leur gré à la fin de la trêve ; mais les deux cardinaux s'étaient engagés , par un écrit particulier, à la remettre au roi de France. On employa cette formalilé pour sauver I lKumeur du roi d'Angleterre , qui ne voulait pas ([u'il fût dit qu'il avait assiégé vainement la ville de Vannes. Par le traité, les deux rois s'obligeaient à envoyer sur-le-champ à Rome leurs procureurs, pour y r^ler leurs difiérends et conclure une paix solide.
Ce fut alors qu'on découvrit en France qu'Olivier de Clisson, fait prisonnier au siège de Vannes, et échangé depuis *ivec le comte de StafTord , Godefroi d'Harcourt et quelques autres seigneurs avaient passé un traité secret avec Édoii ird , d'après lequel ils tenaient réellement pour Jean de Montfort, et ne demeureraient qu'en apparence dans le parti de €3iarles de Blois. Le comte de Salisbury, dépositaire de leurs lettres , pour se venger d'Édouard dont il avait reçu un sanglant outrage, passa en France et livra cette correspondance à Philippe de Valois. Philippe fit arrêter Clisson, qui eut la tète tranchée à Paris, sur un échafaud élevé au milieu des Halles; après quoi son corps fut attaché au gibet de Montfaucon et sa tête portée à Nantes, où elle fut mise au bout d'une lance à l'une des portes de la ville. Harcourt se retira en Angleterre. Qurlques autres gentilshommes bretons et normands furent aussi décapités pour le même fait.
On ne peut douter que le motif qui fit condamner à mort Olivier de Clisson et les autres ne fût la découverte de leurs intrigues avec le roi d'Angleterre. Aussi ce prince donna-
ANGIEirNE ET MODERNE* IM
t-il pour raison de la guerre qu'il déclara alors à Philippe de Valois, la mort de ('.lis«on et des autres gentilslirm mies exécutés. Ils n'étaient pas ses sujets , et parconséqui iit il m pouvait s'intéresser à leur âort jusqu à ce point-là qu'à cause des liaisons qa'il avait eues avec eux. Pliili^ le fit d'ailleurs assez conndtre par une protestation qu'il publia contre la déclaration de guerre : il imputait la eause de la rupture i Edouard, qui , cootrairement à un des articles de la trêve, avait suborné des sujets de la couronne de France, et conclu avec eux un (raile pr/'iiidiciable à leur patrie.
Ëdouard^ ayant appris la mort de ces chevaliers, voulut oser de représailles pour la venger, et il résolut de faire mourir itouri de Léon , qui avait été pris au siège de. Vannes ; mais le comte de Derby le rappela à la raison en lui disant : < Monseigneur, si le roi Philippe a commis la félonie d'en- « voyer à mort de si vaillants chevaliers, faut-il entacher « votre c<araftcre? Au vray, votre prisonnier est étranger à « un tel oulrajze ; cpi'il vous sutiise de le mettre à rançon. » — Ëdouarà ne répondit [las; mais il se lit amener Henri de Léon , et lui adressant la parole : « Ah ! messire Henry, « messire Henry! lui ditril les larmes aux yeux , Philippe « de Valois, mon adversaire, a montré crueusement sa t félonie quand il a fait mourir ces chevaliers! fl m*en <f déplaît grandement, et s'il a prétendu me défier, il me « seroit loisible d'imiter siii' nous l'exemple qu'il me (iouue; « car \ i M m'avez causé en Bretagne plus de contrariété que « nul autre , et aussi à mes gens. Mais je garde en moy ma « souffrance , et le laisse avec sa noire volonté. Mon honneur « au moins me restera. Je vous mettray donc en liberté, et « vous feray rançon légère , pour l'amour du comte de Derby, « qui m'en a prié. Mais promettez-moy de faire ce que je « vous diray. » — Le chevalier répondit : « Clu r sire , je « feray. selon nvm puuvoir, tout ce que vous me couuuau- « derez. » — Et le roi reprit : «Messire Hemy, je sçay que « vous êtes un des plus riches chevaliers de Bretagne, et que « si je voulais vous presser, vous pourriez me payer trente
■ ou quarante mille écus. Vous irez donc par devers mon « adversaire , le roy Philippe de Valois, et vous lui direz,
■ de par moy, que puisqu*il a mis à mort vilaine de si
tu HmOiAL DE LA BHETAGNË
« Taillante chefilieiS; je dis et niaiBtieiB^^
« lièfeaqiieiKHiaanoiiseiiaeiiibley quej'y nnoDoedenioii
« ofttéy et le défie de ee jour en awit. Et ptm que vous
•r aurez fait ce Tne«?saLT , je vous tiens quitte pour dix imlle f écus , que vous |i iv^rez à Bruges, luiq juiir> ii'rè?? avoir » passé la mer. Et enmit vous direz à tous chevaiier> et • escuyers , de par Mk^ qa'ib ne laissent {ms, à raison de ce, M de venir à noUe fête; car nova les y venons foolontieis, « el ils amont qoinie jours de aanve^, avant et après. »
Henri de Léon retoomaen France, s*acipiitta de sa com* mission , et moornt peu de temps après à Angers.
Philippe de Valois n** fut point surpris de cette déchraîK »n df guerre; il donna ordre de tonstruire un trrand nom tire de vaisseaux, il fit ailmice avec Alphonse rt^i de Castiile et son amiral , qui s'Migagea à lui fournir une flotte bien équipée. Il mit dans son parti Ëngilbert de la Marche, élu depuis évèqae de Liège. Il gagna aussi Jean de Haiaant comte de Beaumont , qui «vait été jusque alors un des plus lélés partisan*? du roi d'Angleterre. Le roi d'Écosse promit aussi à Fliiiipi»*; de faire diversion en sa faveur.
Tandis que le roi de France armait ainsi, Charles de Blois emporta d'assaut Quimper, oii ses troupes exercèrent d'horribles cruautés et tuèrent plus de deux mille pmonnes sans exception d'âge ni de sexe. Charles prit ensuite le diemin de Paris, où il conduisit ses prisonniers : trois d'entre eux eurent la fêle tranchée , et leurs corps fureut attachés au gil>et.
Peu de ti'Hips après .lean de Montfoil s'évada de
sa prison , aidé par quelques pauvres gens qui le déguisèrent en marchand. Il se rendit d'abord en Angleterre . où, ayant obtenu d'Êdouard quelques gens de guerre» il pasa en Bretagne et commença par assiéger Quimper; mais il fut bientôt obligé de se retirer, et se irit lui-même h\m\né dans un chAteau où il s'était enfermé. 11 put enfin passer au travers du camp ennemi et s'échapper. Il nicmnit quelques mois après , le 2ti septembre 1345 , à Htiinelinn. Ce prince , malheureux depuis sa naissance , persécuté par le duc son frère , prisonnier dans le temps qu'il Yeut recueillir sa succession^ à peine est-il en libwté qu'il meurt.
ANClENiNE ET MODEHNE.
Jean de Montfort laissait un testament par lequel il instituait le roi d'Angleterre tuteur de Jean^ son fils, ^héritier de ses prétentions au trône ducal. Le comte de
Montfort n'a point été placé au rang des ducs de Bretagne.
Charles de Blois profita peu des malheui's de son rival, et la comtesse de Montfort ne fut pas plus déconcertée par la mort de son mah qu'elle ne Tavait été par sa prison* Son fils Jean , âgé de sept à huit ans y était en sûreté à la cour du roi d'Anjzleterre. Edouard avait envoyé en Bretaj^ne le comte de Noi tliaiùpton , en qualité de capitaine général des troupes anglaises qui étaient dans ce duché. La comtesse de Montrfort , secondée des forces étrangèi'es , sut tenir tète à Charles de Blois. Ce prince ayant mis le siège devant la Roche- Derrien , forteresse importante à une lieue de Tréguier^ le général anglais accourut à la tête de vingt-huit mille hommes. Thomas Dag^orth , son lieutenant , conduisit ses hommes à travers les bois et par des chemins détournés. Ayant ainsi dérobé sa marche , il arriva près du camp ennemi. Comme la nuit était très>obscure , ceux qui étaient de garde ne s'aperçurent point de la présence des Anglais , qu'on s'attendait à voir arriver dans une tout autre direction. Cependant le guet , ayant entendu quelqni' [)i'uit , (iuiina sur eux avec succès et fit même Dag^orth pnsoanier ; mais il fut délivré presque aussitôt. Charles, étant venu alors au secours de ses gens^ combattit avec vigueuret ht prisonnier de samainDagworth; mais les défenseurs de la Roche-Derrien firenf en même temps une sortie y et Dagworth recouvra une seconde fois la liberté. Charles , attaqué alors par devant et par derrière , et ne pouvant être secouru par les troupes campées au delà de la rivière, jugea à propos de se retirer vers la montagne de Mezeaux, après avoir vu tomber auprès de lui rélite de ses troupes. Là il se défendit encore quelque temps a l'abri d'un moulin à vent ; mais enfin il fiit forcé de se rendre à Robert du Ghastel^ chevalier breton, après avoir reçu dix-huit blessures.
Avec Charles de Blois se rendirent les principaux seigneurs de sa cour, les sires de Laval , de Chàteaubriant , de Rougé , de Raiz, de Rieux, etc. Dagvorth envoya plus de
HiSTOlHE LA &HETAGNE
quatre mille prisonniers à Hennebon. La bataille avait en
lieu le 18 juin t347.
L'infortuné Charles fut aiih'iié de la Rorhe-Derrien à Vannrs, où il demeura près d'un au occupé du >oii\ de, sa guérisou; Jeanne de PenthiAvre , sa femme , obtint la permission de le venir voir. De Vannes il fut conduit à Hennebon « où on rembarqua i»our T Angleterre avec une bonne escorte. La prison et la mort du comte de Montfort avaient ohlifré la comtesse à se charjter du soin des affaires de la guerre : Jeanne de Penthi»nre se trouva dans la même nécessité par la captivité de sou mari. Ces deux femmes héroïques poussèrent la guerre avec vigueur, et firent éclater de part et d'autre beaucoup de prudence et de courage.
Suite dp la lutte entre Jean de Montfnrt Pt Charles Blois. — mmbat «les Trente. — Du Guesciui. — Gliso(jn. — Jean de Montfort triomphe.
La défaite des Français par les Anglais àCrécy (1346) avait eu pour résultat de ranger la ville de Calais sous la
domination du fl' Angleterre. Une trêve avait été signée peu de temps après entre Édonard et Philippe , et la Bretagne s'y trouvait comprise ; mais de nombreux chefs de bandes des deux partis n'en parcouraient pas moins la province y rançonnant les villes et faisant des ccMiquètes pour leur propre compte. L'habile et téméraire Dagwortti avait péri non loin d'Auray, et ses compatriotes , pour venger sa mort , repi ircut le cours de leurs jiillages et de leurs cruautés dans les campagnes. Un de leurs chefs surtout , sir Richard Bemborough, commandant de Ploërmel, faisait retomber sa colère sur les marchands et les laboureurs. Les champs et les routes se couvraient de cadavres. Une foule d*enfants et de vieillaitls expiraient dans les cachots , et les jeunes gens