LES LM ICI', A N T S
plus, le bulbe végète, excité par lu chaleur de l’appartenieiit. Il émet de liues racines blanches qui plongent dans l'eau de la carafe ou dans la mousse humide; il déploie ses feuilles et enfin épanouit sa belle grappe de Heurs. Alors que la bise et la neige fouettent, les vitres, c’est plaisir de prince, je vous l’assure, que d’avoir là, sous ses yeux, en ii u coin de la cheminée, quelques Jacinthes fleuries, souriantes de printanière fraîcheur. Et. ne croyez pas qu’un peu d’eau claire ail réalisé ce petit prodige d’une plante délicate en floraison au milieu des rigueurs de l’hiver. Le bulbe porte avec lui sa nourriture. Vous lui avez donné l’hospitalité de votre appartement, vous lui avez fait place à la chaleur de votre foyer, et, pour vous dédommager, il a fleuri avant l’heure, nourri de sa propre substance.
Il \ a des bourgeons appelés aux périls d’une existence indépendante et qui, avant de se séparer de la plante-mère, ne savent pas, les maladroits, s’amasser de quoi vivre. En vain les bu 1 billes et leS bulbes, bourgeons éminemment précautionnés, leur montrent comment il faut s'y prendre en vue des mauvaises chances de l’émigration; ils n’en tiennent nul compte, ils n’épaississent pas la moindre écaille. Les imprudents périraient si le rameau qui les porte ne prenait un généreux parti. Ce rameau se sacrifie, c’est le mot, pour ses bourgeons. Dans le but de leur faire un avenir, il renonce lui-mème aux douceurs de la vio; il so condamne à un labeur obscur, opiniâtre. Au lieu de venir à l’air, où il so, couvrirait de feuillage et de fleurs, suprême joie de la plante, il reste sous terre, où lien ne
le distrait de son travail. Là, sordidement vêtu de pannes écailles brunes, derniers vestiges des feuilles auxquelles
Pomme de terre.
il a renoncé, sans relâche il amasse, il thésaurise tant et tant, qu’à la fin il devient grotesquement difforme. Il est si laid que, n’osant pins l’appeler rameau, les botanistes le nomment tubercule, l ue Ibis les provisions laites, le tubercule se détache de la plante-mère, et désormais le.s bourgeons qu'il porte trouvent en lui, pour émigrer, des vivres abondants. I n tubercule est donc un rameau souterrain, gonflé de nourriture, ayant de minces écailles en
Tubercule Je Pomme Je terre.
LES ÉMIGHANTS. 51
guise de feuilles, el couvert de bourgeons qu’il doit alimenter.
La Pomme de terre est un tubercule. Il laul lui appli- (j uer la définition précédente: c’est un rameau soulerrain, etc., etc. Oui, un rameau ('l non une racine, comme vous vous l’étiez figuré jusqu’ici. Je vous le disais bien que le rameau 11’est plus reconnaissable lorsqu’il a pris (lu ventre pour devenir tubercule. Voilà que vous confondez avec une racine difforme ce qui véritablement est
rameau. Singulier vice des richesses, qui rendent les rameaux méconnaissables, les gens aussi quelquefois!
Démontrons que malgré sa disgracieuse forme et son séjour dans le sol, la Pomme de terre est un rameau. — l ne racine ne porte jamais de feuilles, ni rien qui en dérive, comme des écailles. Elle ne produit pas de bourgeons, si ce n’esl dans des circonstances exceptionnelles, lorsque,
par exemple, le salut de la plante est menacé; et encore
se fait-elle beaucoup prier. Ce n’esl pas son métier. Or, à la surface d’une Pomme de terre, que voyons-nous V — Certains enfoncements, des yeux, c’est-à-dire autant de bourgeons, car ces yeux se développent on rameaux si la pomme de terre est placée dans des conditions favorables. Sur les tubercules vieux, on les voit, dans l’arrière-saison, s allonger en rejetons ne demandant qu’un peu de lumière
11ISÏ0IRK DE LA BUCHE.
pour devenir des liges. Le cultivateur esl au courant de l'affaire. Il partage le tubercule eu quartiers, et chaque fragment mis eu terre produit un nouveau pied, à la condition expresse qu’il ait au moins un œil ; s'il n’en a pas, il pourrit sans rien produire. De plus, avant l’arrachage, les yeux sont cachés à l’aisselle de petites écailles, qui se
détachent facilement plus tard et passent inaperçues, si l’on n’a soin de les observer sur des tubercules jeunes extraits du sol avec soin. Les écailles sont des feuilles, modifiées pour une vie souterraine; des feuilles au même titre que les enveloppes coriaces d’un bourgeon écailleux. Puisqu’elle a feuilles et bourgeons, la pomme de terre esl un rameau. Si des doutes vous restaient sur cette conclusion, j’ajouterais qu’en ballant la plante, c’est-à-dire en amoncelant de la terre autour de son pied, on convertit en tubercules les jeunes rameaux enterrés ; j’ajouterais encore que, dans les années pluvieuses et sombres, on voit quelques-uns des rameaux ordinaires s’épaissira l’air libre, tourner a I obèse
pied (If? Pomme <J«* terre dont quelques rameaux aériens sont devenus lu hercules.
et prendre la forme de tubercules plus ou moins parfaits.
La conclusion est forcée : la Pomme de terre est un rameau.
Le tubercule du Topinambour dissimule moins sa nature de rameau. En sa franche bonhomie, il ne lait de ses opinions un secret pour personne. Les bourgeons y sont disposés deux à deux sur des nodosités, en lace l’un de l’autre, tour à tour d’avant en arrière et de droite à gauche. C’est bien, ami Topinambour; on sait ce que vous voulez dire avec la symétrie de vos bourgeons : vous êtes un rameau
Képétons-le : un tubercule se reconnaît à ses bourgeons protégés par des écailles, vestiges de feuilles. Lorsque ce caractère manque, ce n’est plus un rameau souterrain, mais une racine. Voici par exemple la partie souterraine d’un pied de Dahlia. Au premier abord, lien déplus analogue à un paquet de Pommes de terre que ce faisceau ^ \ de tubérosités. Mais remarquez qu’ici il n’y a pas d’écailles, qu’il n’y a pas d’yeux. Ces rendements ne sont donc pas des tubercules, ce sont des racines.
Kacines du Dahlia.
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