TROUSSEAU DES BOURGEONS
geo ns de Viorne et hou rgeons de Nerprun ne se. sont plaints du moindre rhume. In régime sévère leur a l'ait la peau dure.
Les bourgeons, n’importe lesquels, terminaux ou axillaires, écailleux ou nus, peuvent contenir uniquement des feuilles, ou bien à la fois des feuilles et des fleurs, ou bien encore des fleurs seulement. Dans le premier cas, ils portent le nom de bourgeons à bois ou à feuilles; dans les deux autres, ils se nomment bourgeons à fleurs ou simplement boulons. Sur nos arbres fruitiers, les bourgeons à bois sont allongés, pointus; les bourgeons à fleurs sont arrondis et plus volumineux.
Émancipation do.« jeunes hydres. — Politique des républiques coralliennes. — Bourgeons sédentaires et bourgeons émigrants. — In famille du Lis bulbifère. — Grandeur et décadence de la maman Ficaire. — Principes économiques de l’Ail. — Balancement îles organes. — Éducation domestique de la Jacinthe. — A quoi tient le bonheur d’un oignon. — l'n tendre père. — Les sacrifices de la Pomme de terre et du Topinambour.
L’hvdre, vous ai-je dit, se couvre de bourgeons, qui deviennent de jeunes hydres, implantées sur la rnère et nourries à ses dépens. Parvenues à maturité, ces hydres rejetons se détachent et vont s’établir ailleurs à leurs risques et périls. L’est grande imprudence de leur part que de quitter ainsi la maison maternelle, que de s’aventurer
seulelt.es dans le monde, dans le inonde si grand d’une mare, où il y a tant d'embûches, où le goujon malintentionné les guette pour les gober au passage. N’importe, elles partent. Les joies de l’émancipation leur échauffent la tète. — La tète? Elles n’eu ont point. — Mettons le cœur. Elles n’en ont pas davantage. — Mettons alors l’estomac. Où la tête manque et le cœur surtout, l’estomac règne en maître. Les hydres en ont un, vous le savez bien, et un fameux encore. A lui seul, il fait la moitié delà bête. Huit serviteurs empressés, huit bras, sont constamment à l’œuvre pour l’approvisionner. Quel maître impérieux que l’estomac! Quand il commande, toute la machine animale est en émoi pour le servir. J’en suis persuadé : c’est pour obéir à ces ordres que les jeunes hydres ont abandonné le logis, où les vivres étaient de jour en jour plus rares.
Les polypes du corail ne sont jamais réduits à cette extrémité. Ils n’émigrent pas, la communauté administrant ses revenus avec assez de sagesse pour suffire aux besoins de tous. Les jeunes, devenus assez forts, chassent et digèrent pour leur propre compte et aussi pour le compte d’autrui, car les poches digestives sont toujours en communication; et comme la nourriture est abondante et répartie équitablement, maître estomac ne suscite à personne des velléités d’indépendance. Pour empêcher les Anes de se battre, il n’y a rien de tel que de tenir du foin au râtelier. Trop souvent, la politique humaine ignore ce principe; la politique du corail no le perd jamais de vue. Pour empêcher toute scission dans ses Etals unis, le gouverne-
mont des polypes veille à ce que chacun ait la pitance assurée. Voilà le grand secret de la longue durée des républiques coralliennes.
Chez la plante se retrouvent, trait pour trait, les principes politiques de l’hydre et ceux du corail. Tantôt les bourgeons, parvenus à un certain degré de force, quittent la plante-mère; ils émigrent, ils vont tenter fortune ailleurs; c’est-à-dire qu’ils se détachent du rameau, incapable de les nourrir plus longtemps, et tombent à terre pour s’enraciner et puiser eux-mêmes la nourriture dans le sol. Tantôt, et c’est le cas de beaucoup le plus fréquent, au lieu d’imiter l’hydre, ils imitent le corail; ils persistent sur le rameau qui les a produits, ils s’enracinent aux points où ils sont nés. Or vous comprenez bien qu’un bourgeon destiné, le pauvret, à se tirer seul d’affaires, ne peut être organisé comme cet autre qui n’abandonne jamais son rameau nourricier. Il doit quitter la maison avec la besace un peu garnie pour parer aux premiers besoins: One deviendrait-il autrement? Oh! quand il aura ses racines enfoncées dans la terre, il saura bien se tirer d’embarras; mais c’est pas mal long à faire, et en attendant il faut vivre. Tout bourgeon qui émigre doit donc emporter des provisions avec lui; c’est de rigueur.
On cultive dans les jardins un joli petit lis des hautes montagnes, le Lis lmlbifêre, à fleurs orangées. Voici un fragment de la- lige avec ses bourgeons à l’aisselle des feuilles. Ces bourgeons doivent passer l’hiver et se développer le printemps suivant. Ils n’ont pas cependant le
Bourgeon iln Lis lmlbifï-ri’.
costume hivernal, le costume d’écailles coriaces. Au contraire, leurs écailles sont très-épaisses, tendres, charnues. Qu’y a-t-il donc- ici de nouveau? Il y a que ces bourgeons n’ont pas à craindre le froid autant que la lamine; aussi, au lieu d’un étui d’écailles sèches, bonnes simplement à les garantir des intempéries, ils se sont revêtus d’écailles succulentes, propres à les nourrir tout en les protégeant. Voyez-les; comme ils sont rebondis, ventrus en leur courte taille! Ah! c’est qu’ils ont raison dégarnir la besace; dans peu de jours ils doivent émigrer, les petits. V la tin de l’été, ils abandonnent la plante-mère; au moindre vent, ils quittent le logis, ils tombent d’eux-mèmes et s’éparpillent à terre, désormais livrés à leurs propres ressources. Ils sont même tellement pressés de s’en aller, que beaucoup d’entre eux, encore en place à l’aisselle des feuilles, jettent une ou deux petites racines qui pendent à l’air comme pour se porter au-devant de la terre. Octobre n’est pas arrivé que tous nos bourgeons sont tombés. Alors la tige mère périt. Ils avaient donc raison de déguerpir au plus vite : la famine, la mort sont à la maison. Maintenant les voilà à terre. Bientôt les vents, les pluies automnales les recouvrent de feuilles mortes et de Pureau. Sous cet abri, ils prennent le temps en patience : ils ont do quoi vivre. Ils se gordien! des sues de leurs écailles; ils prennent des
Il 1 ST 0 1 H K |)K LA lUiCHIi.
forces, plongent peu à peu leurs racines dans le sol, et voilà qu’au printemps chacun étale sa première feuille verte pour continuer son évolution et devenir enfin une plante pareille au lis primitif.
En voulez-vous voir un autre qui s’entend à se faire des économies? Regardez celui-ci ; c’est un bourgeon de Ficaire. La Ficaire est une belle plante printannière à Heurs
Tige <le Ficaire. Bourgeon île Ficaire. I.e même coupé
longitudinalement.
d’un jaune d’or, à feuilles luisantes taillées sur le patron de celles du Figuier. Les terrains humides sont sa demeure de prédilection. D’abord, tout va bien dans la maison; les affaires prospèrent. Le soleil n’esl pas trop chaud, le sol (>sl humide à point. Les bourgeons reposent alors innocemment à l’aisselle des feuilles, sans souci du lendemain, promettant peut-être à la maman d’être bien sages, de ne jamais la quitter. Vous les prendriez pour d’honnêtes bourgeons, incapables d’une escapade. Un jour les affaires
périclitent, le sol menace de se dessécher, la ruine est imminente. Les petits drôles si* le disent. «Après nous le déluge! » Et les voilà qui mangent comme dix, qui engloutissent les dernières ressources, si bien que la maman Ficaire tombe épuisée pour ne plus se relever. Quant à eux, que leur importe? Ils ont pris du ventre, ils sont gros et gras, ils ont amassé. Ils peuvent maintenant s’en aller prendre racine ailleurs. On dit, mais je n’ose le. croire, qu’il y a des lils de lamille du caractère de ces bourgeons. Pour s’arrondir, ils mettent volontiers le père sur la paille.
On nomme Inilbilles les bourgeons charnus, destinés à se développer indépendamment de la tige-mère. Si les bulbillcs de la Ficaire et du Lis vous sont inconnus, en voici d’autres qui vous sont familiers. Prenez une tète entière d’Ail. Au dehors se montrent d’abord des enveloppes blanches et arides. Enlevez-les. Au-dessous vous trouvez des rejetons qui s’isolent facilement tout d’une pièce. Puis viennent de nouvelles enveloppes blanches, suivies de nouveaux rejetons, de telle sorte (pie la tète entière est un paquet de rejetons et d’enveloppes intercalées. Ces enveloppes sont les bases desséchées des anciennes feuilles de la plante, feuilles blanches dans leur partie souterraine qui subsiste encore, et vertes dans leur partie aérienne qui manque maintenant. A l’aisselle de ces feuilles, des bourgeons se sont formés suivant la règle générale; seulement, comme ils sont destinés à se développer seuls, ils ont pris leurs mesures en conséquence. Ils ont fait des économies en vue des besoins futurs, ils ont emmagasiné des vivres
1IIST0I U K DK LA DUC II K.
dans l’épaisseur de leurs écailles, et c’est ce qui leur donne leur grosseur inusitée. S’ils périssent, ce ne sera pas de famine; leur besace est trop bien garnie. Kendez-en un en long. Sous un fourreau coriace, vous trouverez une énorme masse charnue, formant à elle seule presque tout le rejeton. C’est là le sac aux vivres, vivres d’àere saveur, je n’en disconviens pas, mais après tout éminemment appropriées au goût de la plante. Un rejeton d’Ail dédaigne les farineux de la Pomme de terre et du Froment ; il leur préfère la sauce forte qui râpe le gosier et met l’estomac en feu. Ne disputons des goûts avec personne, encore moins avec l’Ail et l’Oignon. C’est là, disons-nous, le sac aux vivres. Avec des provisions pareilles, un rejeton peut se passer d’autrui. Et en effet, pour multiplier l’Ail, les jardiniers ne s’adressent pas à la graine, ce serait par trop long. Ils s’adressent aux bourgeons, c’est-à-dire qu’ils mettent en terre, un à un, les rejetons dont les tètes se composent. Chacun d’eux, nourri d’abord de ses vivres en réserve, pousse feuilles et racines cl devient un pied d’Ail complet.
Avant de poursuivre, une observation. Je vous ai fait reconnaître dans une tête d’Ail -des feuilles el des bourgeons; mais où donc est la lige que tout cela suppose? Eh bien, cette tige existe, étrangement raccourcie, méconnaissable. Si vous détachez tous les rejetons, il vous reste entre les mains un corps dur, aplati, marqué d’autant de cicatrices qu’il y a eu de rejetons détachés. Sur ses bords, il porte les débris des vieilles feuilles ou enveloppes blan-
LES KM MIRANTS.
elles ; et à sa base, les restes des aneiemies racines, (le corps, c’est la tige, qui prend ici, à cause de son extrême raccourcissement, b' nom de plateau.
La plante, presque toujours, fait preuve d’une sévère épargne. S’il entre dans ses vues de donner à telle de ses parties un développement inusité, elle ne manque pas de se rattraper sur une autre et de rétablir la balance par une sage économie. Il plaît à l’Ail de donner à ses bourgeons une forte éducation; il veut leur faire un avenir assuré. L’intention est louable, digne d’être imitée par l’homme plus souvent qu’elle ne l’est. Mais les dépenses sont onéreuses; vous ne sauriez vous faire une idée (h; ce (pie coûte une forte éducation, même d’une demi-douzaine de bulbilles d’Ail. Que fait la plante en sa prudence? Elle rogne d’ici ce qu’elle dépense en plus de là; elle économise sur la tige pour être prodigue envers les bourgeons. Et voilà pourquoi l’ail est réduit à un maigre plateau. Pourrait-il aussi bien élever sa famille s’il menait grand train de maison, s’il se permettait la haute lige de la folle Avoine? (l’est très-douteux, l’Avoine nous l’apprend-; pas un de ses bourgeons ne résiste à l’hiver : le luxe de la tige a trop fait négliger leur éducation. Les botanistes philosophes, ceux qui ne se contentent pas d’aplatir les fleurs entre du papier gris et de leur attacher un écriteau latin en guise de carcan, ont nommé balancement des organes cette règle de conduite en vertu de laquelle une plante ne. dépense en plus d’un côté sans économiser en même temps d’un autre, ce qui la sauvegarde du déshonneur de la faillite.
Oh! comme1 nous aurions besoin d’aller à l’école de l’Ail!
Du bulbille au bulbe , de l'Ail à l’Oignon, il n’y a qu’un pas. Pendez un oignon en deux, du somme! à la base; vous le trouverez tonné d’une suite d’écailles charnues, étroitement emboîtées l’une dans l’autre et portées sur une tige très-courte, sur un plateau pareil à celui de l’Ail. Au centre de ces écailles succulentes, feuilles transformées eu réservoir alimentaire, d’autres feuilles apparaissent avec la forme et la couleur verte normales. I n Oignon est donc encore un bourgeon approvisionné pour une vie indépendante au moyen de ses feuilles extérieures converties en écailles charnues; aussi lui donne-t-on, à cause de sa grosseur, le nom de bulbe, dont l’expression de bulbille est le diminutif. Dulbe et bulbille ne diffèrent que par le volume: le bulbe est plus gros, le bulbille plus petit, et voilà tout. Il va sans dire qu’en prenant de l’embonpoint, l’Oignon se propose autre chose que d’assaisonner les fritures de la cuisinière; son but, l’Oignon sans méliance pourrait-il soupçonner. le traître pot-au-feu? son but est de passer gaillardement l'hiver avec le secours seul de ses économies. Appendu au mur de la cuisine, il s’éveille à la chaleur de l'appartement, et, du sein de ses écailles aussi rousses que l’or, il jette une belle pousse verte. L’hiver sévit au dehors. Nargue! de l’hiver. Il fait bon au coin du potager, et les provisions peuvent bien durer quelques mois. Pour être heureux, que faut-il davantage à un Oignon? Il h* serait, eu effet, si la cuisinière... Espérons (pie la cuisinière ne le verra pas s’émanciper. En attendant, l’Oignon pousse joyeusement, in-
cliné vers la fenêtre comme pour voir si h* printemps s'avance. A mesure qu’il grandit, ses écailles charnues se rident, se ramollissent, deviennent Masques et tombent enlin en pourrit ui-i* pour lui servir d’engrais. Tôt ou tard cependant, les provisions étant épuisées, la pousse dépéril à moins d’être mise en terre. Souhaitons-lui ce bonheur et passons au Poireau, confrère de l’Oignon. Lui aussi est un bulbe, mais de forme plus élancée. Comme l’Oignon, il résulte d’une série de bases de feuilles engainées l’une dans l’autre. Les bulbes ainsi construits s’appellent bulbes tuniques, parce que leurs feuilles charnues enveloppent le cœur du bourgeon comme autant de tuniques. D’autres fois, les feuilles, écailles trop étroites pour faire le tour entier du bulbe, sont disposées à la manière des tuiles d’un toit
liulbe de Lis.
Lejiuème coupé dans sa longueur.
Le bulbe alors est dit bulbe écailleux. Tel est celui du Lis
ordinaire
1 1 1 S T 0 1 UK 1)K LA l!UK II K.
Beaucoup de plantes à bulbe ou, comme on dit encore, à oignon, donnent de magnifiques (leurs, souvent d’une culture on ne peut plus facile. De ce nombre est la Jacinthe. Voici un oignon de Jacinthe ouvert; vous y reconnaissez les
Bulbe de Jacinthe coupé dans sa longueur.
Bulbe de Jacinthe.
parties constituantes d’un bulbe : un plateau émettant des racines et des écailles charnues engainées l’une dans l’autre. Du cœur des écailles montent déjà des feuilles ordinaires avec une grappe de fleurs en bouton.
On applique aux oignons de Jacinthe la culture ordinaire, c’està-dire qu’on les met en terre; et alors, ils fleurissent au printemps; mais on peut aussi les cultiver sur la cheminée et les faire fleurir en hiver. On met un de ces oignons sur le goulot d’une carafe pleine d’eau, ou bien dans un petit vase rempli de mousse qu’on a soin de maintenir humide. Sans
Bulbe de jacinthe coupé transversalement.