‹ Histoire de la bûcheChapitre 28 sur 77 · STRUCTURE DE LA TIGE · texte numérisé non relu

STRUCTURE DE LA TIGE

Complainte île I Escargot et do la Uûcho. — Débuts do la plaide. — Slnicliiro dos tiges herbacées. — l.a Bûche se lait, — Structure des tiges ligueuses. — Les l'ai-miers. — Marche progressive do la création. — Les Conifères, inhabiles au vaisseau.

La franco avant l'homme, — Structure des Fougères arborescentes. — L’Aigle héraldique d’une noble race. — Les forêts houillères.

Avez-vous jamais, sur les charbons, fait cuire un escargol ? Sur son lit de braise, la pauvre hèle sort les cornes, bile les rentre aussitôt devant les ardeurs du leu, elle les

Kl

HISTUIHE DU LA ItUCHU.

! it>

sort encore d’uue façon désespérée. Cependant l’animal se tord de souffrance; et voilà que de sa bave écumeuse s’élève une chanson plaintive, si plaintive qu’elle vous va au cœur. C’est la complainte du mourant. L’escargot déplore sa lin cruelle; il dit un suprême adieu à sa coquille, à sa belle coquille doublée de nacre.

Et la bûche verte, ne l’avez-vous jamais entendue pleurer dans les flammes de l’âtre? Les charbons rouges en font craquer l’écorce, mais elle noircit sans brûler. Elle ne veut pas mourir; la vie lui est si douce! Alors, du sein de la fumée, s’élève encore un chant plaintif, le chant de mort de la bûche, qui regrette son édifice de bois.

Le palais de l’escargot et le bois d’une bûche, quels édifices, mes enfants, l’im avec sa rampe, chef-d’œuvre d’une géométrie transcendante, l’autre avec ses assises de cellules, de fibres et de vaisseaux, chacune, prodige d’un art patient! Uni, je conçois que l’escargot et la bûche les pleurent, car ce sont là d’admirables constructions ; mais je conçois aussi votre indifférence à leur sujet : vous ne les connaissez pas dans leurs détails. Laissez-moi vous dire alors le peu que je sais sur l’édifice d’une bûche. Quant au palais de l’escargot, il est d’une architecture trop savante pour que, de longtemps, nous puissions en parler entre nous.

Pour la construction de leur tige, les végétaux dicotylédones (prenez-en votre parti, il faut s’habituer à ce mot; c’est dur, mais qu’y faire?) s’adonnent à un seul ordre d’architecture. Ils arrangent tous, arbres, arbustes ou

S T R UCT Ü II L DU LA T ICC. 1 17

brins d’herbe, les libres de leur bois ni zones circulaires. Mais les uns, végétaux annuels ou herbacés , bàlissenl à la liàte, aux moindres Irais possibles; leur édilice ne doit durer qu’une saison. Les autres, végétaux ligneux , se niellenl en dépense el prennent mieux leur temps ; ils bâtissent pour de longues années, pour des siècles. La bûche n’est pas fière; une modeste origine ne lui déplaît pas. Aussi, serait-elle destinée à devenir un vigoureux rondin de Chêne, elle débute de la même manière que la plus simple des tiges herbacées. Par conséquent, ce que je vais vous dire de ces dernières tiges s’applique également aux liges ligneuses en bas âge.

La tige herbacée se compose d’un amas de cellules voiles et gorgées de sucs, dans lequel plongent quelques paquets de libres et de vaisseaux tonnant une couronne étroite, facile à reconnaître à sa teinte d’un blanc mat. L’élément dominant est ici la cellule, le plus simple de tous, le plus facile à créer et le mieux en rapport avec une vie active, mais de courte durée. Pour une construction provisoire, destinée a disparaître bientôt, nous n’employons pas la monumentale pierre de taille; nous nous adressons a la brique, moins coûteuse. La plante qui, l’hiver suivant, doit périr, est egalement économe de la libre, cette pierre de taille de la plante; elle emploie la cellule de préférence. Le travail marche plus vile et à moins de frais.

Deux régions sont à observer dans la masse cellulaire d'une tige herbacée l. La partie m comprise dans l’in lé-

1 Voir la ligure tige méthodique île la page 131.

rieur de la couronne ligneuse s’appelle la moelle centrale ; la partie située à l’extérieur de cette couronne, sur le pourtour de la tige, s’appelle la moelle externe. Iles bandes r, également de nature cellulaire, l'ont communiquer la moelle externe avec la moelle centrale. On les nomme rayons médullaires. Enlin une assise de cellules robustes, étroitement ajustées l’une à l’autre, enveloppe la tige pour la détendre des ardeurs du soleil, de l’accès de l’air, et s’opposer à la déperdition des liquides qui l’imbibent. C’esl ce qu’on nomme l'épiderme. Sur les jeunes pousses, il esl facile de l’enlever par lambeaux, sous forme de pellicule incolore. Dans l’image, il est figuré par le gros trait noir qui cerne le tout.

Quelques plantes herbacées s’arrêtent là, dans la construction de leur tige. D’autres font encore

un pas en avant, elles mettent à profit une existence plus longue pour compléter leur couronne ligneuse. Alors, entre les piliers primitifs de libres et de vaisseaux, de nouveaux piliers se développent; les rayons médullaires se rétrécissent en lines cloisons, et la zone de bois se trouve à peu près continue.

Toute bûche passe d’abord par des étals pareils aux deux que je viens de vous décrire ; puis, à la lin de sa première an nt*e de végétation, elle a déjà une structure assez avancée pour mériter la qualification de ligneuse. La ligure ci-après représente, de grandeur naturelle, un tronçon de tige de

Coupe d’une lifje herbacé

STRUOTRE DR LA Tl OR.

Hîl

Marronnier. La partie •.abdo ce tronçon est reproduite à pari, grossie an microscope. Kilo comprend une moelle cen-

Conpn grossie d'une jeune lige «le Marronnier.

I ia le (1), toujours composée de cellules seules; puis une zone ligneuse (.">), divisée en un grand nombre de coins, par des rayons médullaires très-étroits, également de nature cellulaire. Dans cette zone se voient les orifices de gros vaisseaux ponctués; et dans la région (2), au voisinage immédial de la moelle, d’autres orifices correspondant à des trachées. C’est uniquement là, au contact de la moelle centrale, que la lige est pourvue de trachées. Nulle autre part on n’en trouve, ni dans l’écorce, ni dans le bois. Au delà de la zone ligneuse, unique ici parce que la lige n’est âgée que d’une année, se montre une mince couche (I) formée d’un liquide visqueux el de cellules naissantes. C’est là un commencement du travail des bourgeons de seconde génération ; c’est une ébauche, bien imparfaite encore, de l'aqueduc qu’ils doivent édilier pour se mettre en rapport avec le sol ; en d’autres termes.

c'est la sève descendante, où les cellules s’organisent. Si peu apparente qn’elle soit, il convient de désigner celte couche de bois naissant par un nom particulier, car elle est d’une importance capitale : la vie de l’arbre repose sur ce laboratoire permanent d’organes élémentaires. N’ayant pas la liberté du choix, nous l’appellerons du mot consacré de cambium , qui a du moins le mérite, avec sa tournure assez laide, de ne pas commettre un non-sens à l’exemple de cotylédon, la malencontreuse écuelle.

Par delà vient l’écorce. Elle comprend, en allant toujours de l’intérieur à l’extérieur, une couche («>), appelée liber , formée de libres longues et tenaces; puis une zone (0) de tissu cellulaire formant la moelle externe, analogue à celle des liges herbacées et communiquant avec lu moelle centrale par des rayons médullaires qui traversent de part eu part le liber et la zone de bois; plus loin, une zone brunâtre (7) également cellulaire, appelée enveloppe subéreuse : et enfin une assise de cellules protectrices, Y épiderme (8).

En voilà-t-i 1 des matériaux et des assises pour un morceau de bois d’un an! L’édifice de la bûche commence joliment à se compliquer! El tous ces noms, qui pourra les retenir? — Pour vous aider à les graver dans la mémoire, je vais vous les répéter en vous montrant le morceau de Marronnier sous un grossissement plus fort et sous uu autre aspect. Eu voici une tranche coupée verticalement. La moelle centrale est indiquée par le chiffre I. Elle est composée de grandes cellules irrégulières. Sur son pourtour se voient quelques trachées (2), dont les (ils en spirales sont un lieu déroulés

S T IUJ n TU R Fi. DE LA TIGE IM

à l'extrémité. La zone ligneuse commence immédiatement après. Vous y reconnaissez quelques gros vaisseaux r p à

nu nu rp rp

8 " 0 5 -i 5 rp r. v2 I

Coupe verticale d’un rameau de Marronnier d’un an.

surface ponctuée et une multitude de libres (o), toutes assemblées avec un. soin minutieux, suivant la longueur de la lige. Deux rayons médullaires rm s’étendent en ligne droite de la moelle externe 0 à la moelle centrale fl), et les font communiquer au moyen de leurs feuillets de cellules. La couche de bois en travail de formation, le cambium (4) limite à l'extérieur la zone ligneuse. Puis viennent les fibres de l’écorce, le liber (5). Au delà se trouve la moelle externe (6) formée de cellules d’un vert pâle, et l’enveloppe subéreuse dont les cellules sont encroûtées d’une matière brunâtre (7). Enfin l’épiderme (S) enveloppe le tout.

Voilà pour la tige d’un an, grosse au plus comme le petit doigt ; mais nous sommes bien loin de la bûche. Une se passe-t-il donc la seconde année et les suivantes? — Au retour de la belle saison, les nouveaux bourgeons se mettent en travail pour ajouter un second étage à I édifice de bois

construit par la génération précédente. Ils envoient entre le bois et l’écorce le plus pur de leur sang; la sève, qui s’épaissit en cambium, s’organise et forme peu à peu, du côté du bois, une nouvelle courbe ligneuse moulée sur la précédente; du côté de l’écorce, une nouvelle couche de libres superposée intérieurement à la première assise du liber, (le travail fi ni, le bois comprend deux zones emboîtées l’une dans l’autre, la plus vieille au dedans, la plus récente au dehors ; le liber aussi comprend deux feuillets libreux, l’ancien au dehors, le jeune en dedans. La figure ci-contre vous

.7 -V 3' Vji

Formation île seconde année dans nn rameau de Marronnier.

montre l'accroissement de Y édifice végétal pendant la seconde année. Tout ce qui déborde dans l’image est de forma I ion récente; tout ce qui est eu retrait appartient, du côté droit, au vieux bois; du côté gauche, à la vieille écorce. La nouvelle conclu* ligneuse (3') est construite sur le modèle de la précédente. Un y voit un amas serré de libres et quelques gros vaisseaux r//, mais les trachées y manquent comme elles doivent manquer dans toutes les couches futures. Des rayons médullaires la traversent de part en part, l/un d'eux (*sl figuré. Remarquez que d’un côté il va rejoindre la moelle

Page 1