L’ÉCORCE
I. habit de 1 arbre — l a casaque île liège. — Orgueil et misère. — L'écorché. — Deux conseils du Chéne-Liége. — Contrefaçons de l’étoffe. — Les guenilles du sarment. — Le justaucorps du Tilleul. — Le magasin de drogueries. — Sues propres et vaisseaux laticifères. — La vache végétale. — Le caoutchouc. — Le savoir du brin d'herbe. — La dentelle du Marronnier. — Nos pères les Celles. — Influence d’un peu d'écorce sur le moral. — Le Chanvre et le Lin.
l/épidernie est la couche la plus extérieure de l'ét-orre. C’est mie mince membrane transparente formée d’un seul rang de cellules juxtaposées. On le trouve sur toutes les
liges indistinctement, pourvu qu’elles soient assez jeunes, car sou existence est temporaire. V mesure que la tige grossit, il se distend, se gerce et tombe sans se renouveler. Avec sa délicate souplesse, il convient à merveille pour emmaillotter la tige en bas âge. Mais l’arbrisseau, devenu fort, dédaigne ce vêtement de 1’enfanee; il le met au reluit pour s’habiller d’une étoffe plus solide. Faire peau neuve et. prendre l’habit de l’âge fort, ce doit être frie pour lui, comme pour le garçon grandelel. qui ne se possède* plus de joie le jour de la première culotte, de la fameuse première culotte.
Quelques arbres ont pour habit de l’âge fort la seconde couche de l’écorce complète, autrement dit l’enveloppe subéreuse, dont le liège ordinaire, le liège des bouclions, n’est qu’une variété '. L’étoffe est grossière, on ne peut en disconvenir; mais c’est à l’épreuve du chaud et du froid, du soleil et de la pluie, condition indispensable d’un vêtement bien choisi. Il est fâcheux que la mode nous porte souvent à préférer le recherché* à l’hygiénique. Les arbres ne commettent pas celle folle imprudence. Ceux d’entre eux qui ont adopté le molleton de liège s’en trouvent fort bien, et pas un ne fait mine (le vouloir jamais y renoncer. Seulement, d’après leurs moyens et leur tempérament, les uns s’en fabriquent une véritable cuirasse, d’autres un simple étui. L’habit de liège, pas plus que les nôtres, ne peut durer toujours; d’autant plus que c’est un juslau-
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corps : il serre étroitement la taille de la tige. Si nous gardions indéfiniment sur nous le même habit, bien pincé, bien boutonné, qu’adviendrait-il? En grandissant, nous en ferions éclater les coutures; le contenu crèverait le contenant. De même, à mesure que l’arbre grossit, son enveloppe subéreuse se déchire, son justaucorps de liège tombe en loques. De là des crevasses qui sillonnent le vêtement de l’arbre, et des plaques de vieille écorce qui se détachent peu à peu. Mais sous ces baillons, un autre habit tout neuf s’est déjà formé. L’écorce est une hère travailleuse, toujours en fatigue pour faire des cellules et renouveler ses assises en ruines. L’arbre est donc habillé de neuf à l’intérieur et de vieux au dehors. Il expose au mauvais temps ce qu’il a de grossier; il garde pour doublure, à son contact direct, la line étoffe, fraîchement tissée. Chez nous la mode est différente. Nous mettons en dehors l’étoffe de prix, exposée à la* pluie, aux souillures de la poussière et de la houe; nous réservons pour doublure l’étoffe de peu de valeur. La logique, ce semble, est du coté de l’arbre. Il est vrai qu'il s’habille uniquement pour lui; et nous, un peu, beaucoup même, pour les autres. Nous tenons à être vus. Il va de quoi s’enorgueillir en effet, de quoi marcher la tète liante et la lèvre dédaigneuse, que de porter quelques chiffons de soie, bave d’un ver dégoûtant, et quelques pans de drap, dépouille d’un mouton imbécile.
L’enveloppe subéreuse de tous les arbres est l’analogue du liège ordinaire ; elle est composée comme lui d’un tissu spongieux, de cellules brunâtres. Mais le liège véritable.
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celui qu’on emploie pour faire les bouclions, est b' produit d’un chêne particulier, appelé Chêne-Liège. C’est un bel arbre, toujours feuille, comparable à l’Yeuse ou Chêne- Vert du midi de la France. Comme l’Yeuse, il appartient à la région méditerranéenne, mais il remonte moins vers le nord. On le trouve particulièrement dans le Var, dans quelques parties des Pyrénées, et surtout en Algérie. Il se distingue des autres Chênes par une épaisse cuirasse subéreuse, qui donne an tronc un aspect boursouflé. Nous avons bien dans nos pays plus froids une variété d’Orme qui ne plaint guère la dépense pour se matelasser d’un liège aussi souple que le liège usuel, et dont les rameaux sont difformes sous leur couche de grosses verrues subéreuses; c’est misère cependant en comparaison du Chêne-Liège empaqueté dans son écorce bouffie. Quelle étoffe, grands dieux! quel molleton! Le travers de la main n'en mesurerait pas l’épaisseur. Et puis c’est élastique, douillet; on dirait la casaque d’un valétudinaire. L’arbre n'es! pas maladif pourtant; il est frileux, et voilà tout. L’homme ne laisse pas le Chêne jouir en paix de sa bonne enveloppe. Au beau temps, une incision circulaire est pratiquée au haut de la tige, (*1 une seconde au bas. Puis, de l’une à l’autre, une incision longitudinale est faite. Alors l’étui subéreux est enlevé tout d’une pièce à petits coups de levier. Si les couches centrales de l’écorce ne sont pas endommagées, le pauvre écorché survit; il se refait une nouvelle casaque de liège qu’on lui enlève encore dans quelques années.
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Pour en faire des bouchons, on découpe la dépouille du Chêne en petits morceaux qu’on arrondit un à un avec un couteau bien affilé. A l’état de bouchons, le liège nous rend de précieux services. Aucune autre substance ne pourrait le remplacer dans cet emploi, car aucune n’esl à la Ibis autant (pie lui souple et solide, élastique et ferme. Je vous ai laissé à entendre que les arbres se connaissent mieux (pie nous sur le choix des étoffes, qu’ils sont en mesure de nous donner d’utiles enseignements sur la manière de se garantir du froid et de l’humidité. Deux exemples vous convaincront. — bien de plus désagréable et de plus malsain que l’humidité des chaussures. Pour l’éviter que faisons-nous? Nous prenons exemple sur l'arbre; nous intercalons dans la semelle ou nous mettons dans la chaussure une lame de liège. Et d’un. — Un navire s’est rendu dans les mers inhospitalières du pôle pour y séjourner l’hiver. Le noble désir d’ajouter à nos connaissances sur l’histoire de la Terre l’a conduit dans ces redoutables régions, où la mer se prend en sol de glace, où règne une nuit continuelle de plusieurs mois. Avez-vous jamais oui parler du froid qu’il fait dans ce lugubre pays? Écoutez. Dès qu’on apparaît à l’air, le souffle expiré cristallise autour des narines en. aiguilles de givre; les larmes se gèlent sur les paupières et les soudent l’une à l’autre; la bise vous cingle le visage comme avec des lanières de cuir et laboure la peau de gerçures; le sang paraît se figer dans les veines; les chairs bleuissent, tournent au blanc mat et perdent Imite sensibilité. Si l’on ne rentrait vite, on serait perdu.
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Comment donc tait l’équipage pour se garantir de ce froid atroce à l’intérieur du navire incrusté dans les glaces? Il prend conseil de l’arbre; il double tout l’intérieur du vaisseau d’une épaisse couche de liège. Et de deux.
Ce vêtement de liège est bien le plus hygiénique, mais tous les arbres ne sont pas également habiles à épaissir leur enveloppe subéreuse pour s’en faire un justaucorps. La plupart même perdent cette enveloppe de bonne heure, comme ils perdent l’épiderme. Ils recourent alors aux couches corticales plus profondes, tantôt à l’une, tantôt à l’autre, (d s’ingénient (h* leur mieux pour avoir une contrefaçon du liège, c’est-à-dire un fourreau de matière spongieuse plus ou moins efficace contre les intempéries. Outre l’épiderme, dont il est inutile de tenir compte puisqu’il se détruit de très-bonne heure, l’écorce comprend l’enveloppe subéreuse, l’enveloppe cellulaire et le liber. Chacune d’elles peut être tour à tour, suivant l’espèce végétale, le siège d’un travail actif qui multiplie ses assises, tandis que les autres sont, plus lentes à l’œuvre, ou même se reposent paresseusement. De là trois ou quatre variétés d’étoffe pour le vêtement extérieur de l’arbre. Si l’enveloppe subéreuse» est la plus active à multiplier ses cellules, l’arbre est habillé de véritable liège; mais si elle chôme, elle disparait tôt ou lard, refoulée au dehors par l’expansion des couches sousjacentes. Alors la couche cellulaire en prend la place, i b» ses cellules extérieures, durciesret rembrunies, elle fabrique un faux liège qui tantôt s’amasse en plaques épaisses comme dans le Sapin, tantôt se réduit à des feuillets renouvelés tous
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les ans, comme dans h* Platane. D’autres fois, le liber seul est en travail. Indigné de voir fainéanter les deux couches extérieures, il les chasse sans retour, et bien qu’il ue soit pas d’une grande habileté dans ce genre de besogne, il se charge d’habiller la tige d'un tissu grossier de libres. C’est là une piteuse étoffe, comme vous pouvez le voir dans la tige déguenillée de la Vigne, qui tous les ans renouvelle son écorce avec un misérable feuillet de liber. Le sarment, le noble sarment qui nous distille le vin généreux, n’a que des loques pour babil ! Que de fois, hélas! chez l’homrne, la guenille est aussi le partage d’une belle intelligence et d’un cœur chaleureux !
Chez d’autres, le Chêne et le Tilleul, par exemple, le liber (O l’enveloppe cellulaire prennent part à la fois à la confection de l’écorce, la1 premier, avec ses paquets de fibres, fournil la chaîne du tissu; la seconde, avec ses assises de cellules, en fournil la trame. De leur travail commun résulte un vêlement complexe, dont les parties hors d’usage se détachent du tronc en grossières écailles de cellules et de libres associées. C’est là un costume sévère et de grande résistance, comme il convient à des arbres dont la durée se compte par siècles, lin vieillard, plusieurs fois centenaire, a d’autres goûts qu’un jouvenceau de vingt ans.
Des diverses zones de l’écorce, c’est en général l’enveloppe cellulaire qui déploie le plus d’activité, sinon dans ses assises externes, desséchées et converties en fourreau grossier, du moins dans ses assises internes, toujours vertes et pénétrées de sucs. La sève en imbibe largement le I issu
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spongieux; les rameaux y envoient les préparations ébauchées dans les fouilles pour y subir un dernier travail cl se transformer en substances variées. C’est, avec les feuilles, le grand laboratoire de l’arbre, l’usine végétale où les matériaux affluent pour en ressortir avec des propriétés nouvelles. De nombreuses voies de communication partent de cet atelier vivant et pénètrent dans l’épaisseur de la tige, afin d’établir, avec les couches ligneuses, un échange de produits, et de les faire participer à la puissante vitalité de l’écorce. Ce sont les rayons médullaires, facilement perméables aux liquides à cause de leur tissu lâche, en entier composé de cellules. Tous partent de l’enveloppe cellulaire de l’écorce, mais tous n’arrivent pas jusqu’au centre du tronc; ils s’arrêtent en grande majorité aux zones extérieures; quelques-uns seulement pénètrent jusqu’au centre. Enlin, ils sont, d’autant plus elair-semés qu’ils plongent plus avant au cœur du bois. Cette disposition est d’une logique frappante. Si, pour desservir une grande ville industrieuse, il faut un système de voirie plus développé que i pour desservir un mauvais bourg sans commerce, de même aussi, aux zones ligneuses du dehors, si actives, si pleines de vin, de nombreuses routes sont nécessaires pour acheminer leurs produits vers l’écorce et en recevoir do nouveaux en échange, tandis qu’aux zones centrales, languissantes ou même frappées do mort, quelques sentiers suffisent, rares et mal tenus. Les divers ravons médullaires ne
sont pas sur toute leur longueur également propres à la circulation dus liquides. Au voisinage de l'écorce, ils sont
d’une matière tendre, aisément perméable; plus avant dans le bois, ils s’obstruent et durcissent. Ils ressemblent à certains chemins qui, maintenus en bon étal dans la banlieue d’une ville, dégénèrent à mesure qu’ils sont moins fréquentés en s’éloignant du centre d’action, et se terminent pailles sentiers impraticables.
L’enveloppe cellulaire ne se borne pas à servir de carrefour où viennent déboucher les voies de communication entre le bois et l’écorce. Là se fabriquent aussi et se tiennent en dépôt les drogueries de la plante, c’est-à-dire des substances particulières, variant d’une espèce à l’autre et douées de propriétés énergiques qui les font rechercher par la médecine, les arts, l’industrie. C’est là, pour se borner à quelques exemples, que le Cannelier élabore l’arome de son écorce, que le Quinquina prépare la quinine, un des médicaments les plus précieux, que le Chêne fait son tannin, substance acerbe qui sert aux tanneurs pour rendre les peaux incorruptibles et les convertir en cuir. La préparation de ces drogueries nécessite un outillage spécial, qui consiste en canaux d’une forme particulière, nommés vaisseaux lat ici fèves. Ils se trouvent au sein de l’écorce, à la jonction de l’onvoloppe cellulaire et du liber. Ils diffèrent des vaisseaux que, nous connaissons déjà, autant par la forme que par le contenu. Au lieu de former dos canaux droits
Vaisseaux laliril'êres de la Chélidoine.
L ■ ÉCü UC K.
-sans rapports entre <mi\, sans ramiticalion, ils se subdivisent à la manière des veines de 1 animal, s’abouchent l’un ..avec l’autre et forment ainsi un réseau irrégulier dont toutes les branches communiquent. Les vaisseaux ordinaires l'onl partie du bois. Ils servent à l'ascension des liquides puisés dans le sol par les racines. Les vaisseaux laticifëres puisent dans la sève descendante, c’est-à-dire dans cette espèce* de sang végétal que les bourgeons élaborent et envoient de I liant en bas entre le bois et l’écorce. Ils se remplissent ainsi (■d’un liquide fréquemment d’apparence laiteuse, auquel on donne le nom do latex ou de suc propre, parce que chaque ^espèce végétale eu possède un de nature particulière qui lui «appartient en propre. Dans l’usine du fabricant de savon, lc> matériaux ne sont pas les mêmes que dans l’usine du rafiineur de sucre; le brasseur a dans scs cuves d’autres liquides que le teinturier. De même, suivant son industrie, chaque espèce végétale a, dans les ateliers de son écorce, un latex doué de telle ou telle autre propriété. Le latex est blanc comme du lait dans le Figuier, les Fupliorbes, le Pavot, h* Pissenlit, etc.; il est d’un jaune rougeâtre dans la ' Cliélidoine, mauvaise herbe nauséabonde qui vient sur les décombres et les vieux murs. Malheur à l’étourdi qui se laisserait séduire par le bel aspect laiteux du suc propre. Le prétendu lait est souvent un liquide redoutable. Lelui des Luphorbes est corrosif au point de vous mettre la bouche. en feu et d’emporter la peau des lèvres; celui du Figuier est assez acre pour endolorir la langue et même les doigts délicats; celui du Pavot contient de l’opium, terrible drogue
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<|iii à très-faible dose vous endort, et à dose plus Idrte vous lue. .Non, il n’v a pas à plaisanter avec ces sues où la plante, habile empoisonneuse s’il eu fut, concentre les virulences de sa sève. Par un revirement bien remarquable, le latex, presque toujours vénéneux, devient dans certains cas un aliment agréable et salubre. Un trouve dans l’Amérique du Sud un arbre appelé l’Arbre-Vache. On le trait comme une vache laitière, pour avoir du lait, du véritable lait, bien doux, bien nourrissant, avec crème, beurre et le reste. La manière de traire diffère ici beaucoup de colle que vous connaissez sans doute; elle est même passablement brutale. On saigne la vache végétale, on lui coupe les veines, c’est-àdire qu’on entaille l’écorce de l’arbre. Aussitôt, dos vaisseaux la ticiteres ouverts, s’écoule en abondance un liquide blanc qui, par l’aspect, la saveur et les propriétés nourrissantes, diffère à peine du lait ordinaire. Vous colleriez volontiers les lèvres à la blessure du tronc pour en boire le latex. Soit, lin bol de lait bien crémeux n’est pas meilleur. Mais en attendant mettez-vous bien dans l’esprit que tous les sucs blancs des végétaux de nos pays sont plus ou moins des poisons.
La substance la plus communément contenue dans le latex est le caoutchouc ou gomme élastique, non à l’état solide comme dans les tablettes qui nous servent à effacer le eravon, mais à l’état de dissolution. Le latex renfermant du caoutchouc dissous est visqueux; exposé à Pair, il se prend en une masse élastique. Le lait de nos Euphorbes est dans ce cas, celui surtout des grandes espèces méridio-
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unies. Ce sérail là cependant une maigre source île gomme •lastique. On trouve beaucoup mieux dans divers arbres •l rangers, en particulier dans un f iguier des Indes, Irès- ■oimnmi à Java et nommé Figuier élastique1. On entaille orofondéinent son écorce de distance en distance depuis la oase du tronc jusqu’aux brandies, et de préférence l’hiver, uliu de ne pas trop compromettre l’arbre par une copieuse saignée. La belle saison lui reste pour se refaire de ses oertes. Le suc laiteux qui s’écoule des blessures est reçu llans des calebasses ou dans de grandes feuilles ployées en loounel. Il est d’abord fluide, mais il prend bientôt la couds Lance et l’aspect de la crème et finit par se coaguler en •iilier. Tandis qu’il est encore coulant, on l’applique couche jpar couche sur des moules en terre de la forme d’une L'ourde ou d’une poire; et a mesure qu’une couche est appliquée, on la met sécher au soleil avant d’en ajouter une autre. Les diverses couches superposées se soudent parfaitement entre elles et forment un tout indivisible. Lorsque 'épaisseur est suffisante, on brise entre les mains le moule i fragile de terre, ou en fait sortir les débris par un goulot ■ménagé exprès, et .l’opérai ion est terminée. Le caoutchouc ist alors sous forme de poires creuses. D’autres fois encore ni le moule simplement en feuilles plus ou moins épaisses •air des plaques de terni.
lanl qu’il est dans les vaisseaux de l’arbre, le caoutchouc est coulant; un peu d’eau le tient en dissolution. Lue fois qu il en est sorti, il se coagule de lui-mème, il devient solide, et désormais l’eau n’a plus de prise sur lui. Laissez
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séjourner un peu de gomme élastique dans de l’eau froide ou chaude, vous ne parviendrez jamais à la dissoudre. Toute notre science est impuissante à faire lbndre le caoutchouc dans de l’eau. Pour le dissoudre, il faut recourir à d’aulres liquides plus énergiques, que le Figuier se garde bien d’employer, par exemple à l’essence de térébenthine, autre droguerie retirée de l’écorce du Pin. C’est ainsi qu’on prépare le vernis de gomme élastique destiné à rendre le taffetas des aérostats imperméable au gaz qui les gonfle. Comment donc fait le f iguier pour tenir son caoutchouc dissous dans quelques gouttes d’eau? Rien encore n’a transpiré de son procédé. Bien habile sera le patient chercheur qui parviendra à y voir clair. L’arbre nous écrase de sa science. Il fluidifie délicatement les substances rebelles à la brutalité de nos moyens d’action. Avec de l’eau et quelques gaz, toujours les mêmes, puisés dans la terre et dans l’air, il fait indifféremment, à sa convenance, des arômes ou des puanteurs, des matières alimentaires ou du poison, un lait nourrissant ou des sucs corrosifs. Notre savoir, dont nous sommes justement si liers, ce savoir qui met un homme à la tète d’une époque, un peuple à la tète des nations, centuplerait avec les petites recettes d’un brin d’herbe. Vous, mes enfants, vous qui êtes I avenir, apportez un jour votre pierre au glorieux édifice de la science élevé par vos prédécesseurs; consultez le brin d’herbe, failes-le jaser. Il a tant de secrets à nous apprendre encore!
Nous venons d’examiner le vêtement grossier de l’arbre,