‹ Histoire de la bûcheChapitre 34 sur 77 · KO K MUS UK LA TIGE · texte numérisé non relu

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tronc. La ligure vous met sous les yeux um; lige rameuse inonoeotylédonée, la lige du Pandanus. Le Panda nus est Ile compagnon ordinaire du Cocotier, à tige simple comme lia plupart des Palmiers. A eux deux, ils sont les premiers ccolons des lies à fleur d’eau bâties par les polypes dans les mers tropicales. Leurs graines, matelassées d’étoupe et (cuirassées de coques robustes, qui les défendent de l’âcreté lie la vague, viennent des archipels voisins échouer et germer sur ces nouvelles terres, dont le sol, uniquement formé ill’un sable de coPaux, serait impropre à toute autre végéilation. Les deux providentiels défricheurs se mettent à la [besogne, le feuillage dans le ciel bleu, les racines dans le Ilot salé. L’iie est alors habitable. L’homme peut, venir; il trouvera sur le récif de corail de quoi se nourrir, se bâtir une hutte et se tisser un pagne.

Le Froment, cette plante bénie qui nous donne le pain, porte son lourd épi à l’extrémité d’une tige assez longue pour mettre la moisson à l’abri des souillures du sol, assez

menue pour croître en touffes serrées sans gêner les voisines, assez rigide pour soutenir le poids du grain, assez élastique pour fléchir sous le vent sans crainte de rupture. Cette réunion de qualités précieuses résulte de la forme ^spéciale de la paille. Au lieu de faire sa tige pleine, le Froment la fait creuse.

Les ailes de l’oiseau fouettent l’air dans le vol. Les plumes de ces rames aériennes doivent être d’une grande légèreté •afin de ne pas entraver le vol par un excès de poids; elles doivent être très-fermes, à leur insertion dans les chairs

surtout, afin de suppléer par la vigueur du coup d’aile à la faible résistance de l’air. Que fait l’oiseau pour réunir ces deux qualités en apparence contradictoires? — Il prend exemple sur la lige de Froment; il donne à la base des plumes la forme ronde et creuse.

Tous les os longs de la machine animale, os des pattes, des ailes, des jambes, os pour saisir, marcher, grimper, voler, courir, nager, sont encore construits sur le modèle du Froment. Pour être à la fois légers et résistants, de structure économique et cependant solide, ils affectent la forme ronde et creuse.

Les ponts tubulaires, savante création de l’industrie moderne, sont dus au génie de Robert S tephenson, l’immortel inventeur de la locomotive. Ce sont des tubes rectangulaires, d’énormes poutres en tôle rivée, à l’intérieur desquelles, sur certains chemins de fer, les convois circulent pour traverser les fleuves*. L’un d’eux, celui de Menay, sur les cotes occidentales de l’Angleterre, franchit un bras de ; mer de quatre cent soixante mètres. Deux poutres tubu- ‘ laires, de cinq millions et demi de kilogrammes, le coinposent et forment à elles seules la double voie ferrée. Trois ! piles distantes l’une de l’autre de cent quarante mètres, suffisent pour le soutenir entre les deux rives à une hauteur de trente mètres au-dessus du niveau des plus hautes marées. Quelle est donc la puissance qui, sur le vide, équilibre ] ces monstrueuses poutres de fer, et, malgré des enjambées j

' La Garonne, l’Hérault, le Tarn, le Lot, sont franchis sur des i>onts tubulaires par le chemin de fer du Midi.

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effrayantes de cent quarante mètres, les empêche de fléchir quaiut gronde dans leur canal le. tonnerre des convois en marche? C’est encore la puissance de la forme tubulaire, ha poutre creuse résiste comme résistent la tige creuse du Froment, 4a plume creuse de l’orseau, l’os creux de l’animal. Pour la plus audacieuse de ses conceptions, Stephenson s’est inspiré du savoir de la paille!

Encore quelques mots sur cette belle question de mécanique. Nous avons, je suppose, dix kilogrammes de 1er, ni plus ni moins, à notre disposition; et il s’agit de façonner ce fer en une tige longue d’un mètre et douée de la plus grande résistance possible dans le sens transversal. Quelle forme d’abord donnerons-nous à la tige métallique? La ferons-nous triangulaire, ronde, carrée? De savants calculs établissent que, pour lui donner le plus de solidité, il faut la faire ronde. Ce point établi, la ferons-nous pleine ou creuse? Les mêmes calculs répondent qu’il faut la faire creuse, car alors seulement elle résistera le plus possible à la rupture par flexion. C’est donc avec la forme ronde et creuse qu’une quantité déterminée de matière résiste le mieux à la rupture. La connaissance de cette loi mathématique va relever dans notre estime les végétaux monocotylédonés, dont la maladresse nous a déjà frappés à diverses reprises.

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Pourquoi le Itoseau ne tint compte des ulTres du Cliéne. — Le Cluiume. — Généralisa- I ion du procédé du Promeut. — Les joies du Soleil. — ht pauvre recluse. — Perfidies de la Liane. — Moyens d’escalade de la Vigne et du Lierre. — Tiges volultiles. — : L’entéteinent du Liseron. — Ce que Jean pense de Paul. — L’expédient de la marmotte. — Les tiges souterraines. — Un bourgeon soigneux de ses nippes.

« Les vents me sont moins qu'à vous redoutables; je plie et ne romps pas, » répondait un jour le Roseau au Chêne

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orgueilleux que la bourrasque allait déraciner; mais il se garda bien d’expliquer à l’arbre par quel mécanisme il se tirait d’affaire au sein de la tourmente déchaînée. Je crois entrevoir le motif de sa réserve. Le Chêne, grand seigneur à tête dure, n’aurait rien compris aux explications du Uoseau. Les moyens ingénieux 11e sont pas de son ressort. Dans sa puissance ignorante, il ne connaît rien de mieux que d’empiler lourdement assise sur assise. S’il donne à son tronc la brutale majesté de la force, il 11e soupçonne même pas la noble majesté de l’art. Le Roseau, lui, doit veillera une stricte économie. La vase du marais est si pauvre! Il doit répartir ses matériaux avec une sage réserve et les distribuer de telle façon que la moindre parcelle concoure du mieux à la solidité de l’ensemble. Nécessité est

mère d’artilice; aussi que fait le Roseau? — Comme 'Stephenson pour les ponts tubulaires, il s’inspire de l’exemple du Froment; d’après les règles d’une science transcendante, il se fait une tige creuse. Etonnez-vous après si l’industrieux arbuste refusa les offres du Chêne lui proposant de le défendre de l’orage. Quand 011 sait à peu de frais se bâtir une tige, quand 011 est aussi Jéger de bagage que lui, qu’est-il besoin d’un étouffant patronage? Passe encore pour le Potiron obèse et la Betterave corpulente; mais pour lui, allons donc! Jamais, pour l’ombre du Chêne, il n’abaudonnera le grand air de l’étang.

Pour tenir un rang convenable avec de modiques ressources, beaucoup de végétaux ont mis à profit le procédé de la tige creuse. Les Céréales, les Roseaux, les Bambous,

les (iraniens, les brins de loin et les mille races plébéiennes qui vivent de peu et Forment le lapis de la terre, prairies,

Canne à sucre.

pelouses cl gazons; toutes les plantes enfin de la Famille des Graminées ont adopté d’enthousiasme l'art économique du Froment, et se sont Fait, à son exemple, une tige creuse appelée chaume. Le chaume ne se borne pas à être creux d’après l’art consommé d’un Stephenson, il est Fortifié de distance en distance par des nœuds d’où partent des Feuilles engainantes. Bien mieux : il est incrusté d’un bout à l’autre de la substance minérale la plus dure, la plus incorruptible; il est cimenté, pétri de silice, cette même matière

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