I.ES BAMBOUS UE f.’lSDE
I-a famille entière des Graminées a adopté d’enthousiasme l’art économique du Froment. • et se fait, a son exemple,’ une tige creuse.
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qui tonne lus cailloux. Dans quelques Graminées tropicales, l’abondance de la silice est telle que le chaume étincelle sous le briquet comme la pierre à fusil. Quelques chaumes ont le canal rempli de moelle : tels sont ceux du Maïs, «h* la Canne à sucre, du Sorgho; mais évidemment, cela ne compromet en rien leur solidité.
La haute science des Graminées dans l’art, de construire ne pouvait trouver indifférentes les autres monocotylédo nées. Toutes, en effet, même le Palmier, qui ne craint pas de déroger en prenant exemple sur la paille, toutes oui emprunté au Froment son principe fondamental, qui consiste à fortifier l’extérieur sans se préoccuper du centre. Leur tige n’est pas, il est vrai, fortiliée de nœuds et cimentée de silice, mais du moins elle est toujours rendue plus dure à l’extérieur par l’accumulation des libres ligneuses, tandis que le centre est tantôt, creux, tantôt occupé par du lissu cellulaire de faible résistance. C’est ce que nous avons déjà reconnu dans le Palmier et ce que nous retrouverions à des degrés divers chez tous les végétaux à un seul cotylédon. En somme: fortifier le dehors et négliger le centre de la tige, telle est l’invariable loi des monocotylédonés ; loi d’une rigoureuse logique, loi conforme aux préceptes d'une mécanique supérieure. Les dieotylédonés ignorent tout cela; ils mettent sottement le bois dur au cœur de l’arbre et le bois tendre au dehors. Après tout, tje ne suis pas fâché de les prendre une fois en faute; la comparaison jusqu’ici tournait trop à leur avantage.
I n dos grands besoins de la tige, c’est de se dresser vers
le ciel pour avoir à l’aise sa part de soleil, car les feuilles ont soif de lumière encore plus que de rosée. Tenez une plante en vase au fond d’un appartement. La pauvre recluse se penchera peu à peu vers la fenêtre; elle se tordra les reins s’il le. faut pour regarder du côté de la lumière, sans laquelle elle se meurt; elle allongera vers le jour quelques pousses désespérées, d’un jaune maladif, jusqu’à ce que, épuisée d’efforts, elle se flétrisse et se résigne à mourir. La vue du ciel est la grande joie des plantes, aussi les liges s’ingénient-elles de mille manières pour gagner une place au grand air. Le plus communément, elles se dressent par leurs propres forces; mais il en est qui ne pourraient le faire sans secours. Les unes, dites tiges sarmenteuses , prennent appui sans gêne sur les épaules d’autrui. C’est ainsi que les Lianes, courant de branche en branche dans les forêts de l’Amérique du Sud, relient les arbres entre eux par un inextricable réseau de longues guirlandes et de câbles tendus, qui servent aux singes et aux chats-tigres pour escalader prestement les cimes les plus hautes, passer d’un arbre à l’autre sans toucher terre, et traverser des rivières comme sur des ponts suspendus. C’est fort bien jusque-là; le malheur est que parfois la tige sarmenteuse paye de la plus noire ingratitude la complaisance de l’arbre qui lui a prêté. son appui. Écoutez ce qu’on raconte de la Liane meurtrière dans les forêts du Brésil.
Voici, fièrement campé sur sa base, un bel arbre dont h' tronc, aussi régulier qu’un fût de colonne, monte à vingt et trente mètres de hauteur. Tout à côté, une Liane
LKS LIANES,
Courant de brandie en branche, dans les forêts de l'Amérique du Sud, les lianes relient les arbres entre eux par un inextricable réseau de câbles qui servent aux singes et aux chats-tigres pour escalader prestement les cimes les plus hautes.
pa ce 19 S.
FORMES RH LA TIRE
tremblote sur do menues racines aeriennes qui n’ont pas la force de la soutenir. Dans son impatience d’atteindre le grand jour, elle s’est, pour ainsi dire, hissée sur des déliassés. Ses forces sont à bout. D’elle-même, elle ne peut monter plus haut. Alors elle vient, en suppliante, s'accouder contre le tronc de l’arbre. Elle demande un peu de secours pour sortir des ombres de la forêt. L’arbre, sans difficulté, consent à prêter son appui. Obliger les faibles n’est-ce pas le devoir et le bonheur des forts? Dans l’effusion de sa reconnaissance, la Liane embrasse tendrement son généreux voisin : elle aplatit sa tige et la recourbe en demicanal pour l’appliquer étroitement sur l’arbre; puis elle envoie, l’une à droite, l’autre à gauche, deux fortes lanières de bois qui se rejoignent, se soudent et enlacent b' tronc comme deux bras fermés. L’arbre fait le bien sans calcul, Ce qui est la plus noble manière de le faire, sinon il n’aurait pas écouté les supplications de la tige sa menteuse en détresse, car voyez un peu" dan s quel mauvais pas il s’est engagé. Si la Liane avait des intentions mauvaises, elle n’aurait qu’à serrer fort la ligature, et le malheureux périrait étranglé. Écartons ce soupçon. Jusqu’ici, l’arbuste est réservé; il- ne serre pas assez pour incommoder son ami. Forte de l’agrafe qui la suspend à l’arbre, la Liane grandit. I n peu plus liant, nouvelle effusion de tendresse et nouvelle embrassade, c’est-à-dire seconde agrafe passée autour du tronc. Ces accolades se répètent de distance en distance, si bien qu’à la fin l’arbre se trouve cerclé do la base au sommet par les bras de son protégé. Mais alors la tige sur-
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menteuse est au terme de son ascension; el les deux végétaux, l’embrassant et l’embrassé, entremêlent fraternellement leurs cimes. On dirait un seul tronc avec deux formes de feuillage, avec deux espèces de fleurs. La Liane cependant ne tarde pas à laisser percer les impudentes prétentions du parvenu. Elle trouve sa place au soleil trop petite, et, pour l’agrandir, elle mûrit l’abominable dessein d’étouffer celui qui de terre l’a élevée au grand air. 0 la maudite engeance que celle qui vient en rampant vous accabler de sa servilité pour vous mettre un beau jour le talon sur la gorge ! L’arbre, bonne nature, pouvait-il soupçonner autant de perfidie! L’arbuste assassin gonfle ses agrafes converties en lacets de strangulation. La sève est arrêtée dans sa marche, et l’arbre succombe, victime d’une infâme trahison. Son feuillage se flétrit, ses rameaux, desséchés, tombent un à un; le meurtrier y substitue tranquillement les siens. Détournons les yeux de ces noirceurs. La Liane quelque temps se maintient debout, appuyée sur le mort qu’elle embrasse. Mais un jour justice se fait : le défunt pourrit et l’arbuste étrangleur tombe de son long, pour ne plus se relever, dans la bourbe du sol.
La Vigne, étalant ses pampres sur une treille, nous donne une idée des Lianes tropicales. Dans le Midi, il n’est pas rare de voir un cep tortueux enlacer de ses replis les branches d’un Figuier et marier son feuillage et ses fruits au feuillage et aux fruits de son support. Mais dans ces conditions, bien qu’elle ait prêté son nom de sarment aux liges sarmenteuses, la Vigne ne commet
FOU MHS DE LA TIlîE.
jamais Palrore abus do la Liane meurtrière. Elle prend appui sur l’arbre sans arrière-pensée de l’étrangler. Elle est trop loyale pour avoir de pareils instincts. D’ailleurs, si l’ombre la gène, elle sait d’elle-mème se hisser au jour au moyen de vrilles , sortes de longs doigts flexibles qui s’enroulent autour du premier objet venu et y fixent le pampre. Quelques tiges, qualifiées de grimpantes , font encore usage de vrilles pour s’élever en s’accrochant aux objets voisins. Exemples: le Pois, la Citrouille, la Ihyone,
Passiflore et ses. vrilles.* Lierre et ses crampons.
le Concombre, la Passiflore, etc. D’autres, sur une de leurs laces, se hérissent d’une multitude de petits crampons
aptes à prendre appui partout. Tel est le Lierre, qui grimpe contre les arbres, les murs, les rochers les plus escarpés. D’autres encore, dépourvues de tout appareil d’escalade, vrilles ou crampons, ont recours à un artifice fort remarquable. Elles s’enroulent en serpentant autour du premier support à leur portée. On les nomme liycs volubiles. De ce nombre sont le Houblon, le Haricot, le Liseron, elc.
Houblon.
Dans leur ascension, les liges volubiles ont deux modes d’enroulement. Les unes, Haricot, Liseron, etc., s’enroulent de droite à gauche; les autres, Houblon, Chèvre-
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feuille, etc,, s’enroulent de gauche à droite C’est, dirait-on, chose assez indifférente que l'enroulement ait lieu dans un sens ou dans l’autre. Là-dessus, les plantes sont d’un autre avis. Rien de têtu, par exemple, comme un Liseron au sujet de son mode d’enroulement. Fidèle aux usages de ses pères, il monte de droite à gauche. Mais voilà que la fantaisie vous prend de le faire enrouler en sens inverse. Vous l’engagez avec douceur dans la direction nouvelle, vous lui présentez une voie toute préparée. Le Liseron détourne la tête, se moque de vos tentatives et reprend sa spirale un moment intervertie. Alors vous lui faites violence, vous le liez dans le sens que vous désirez lui faire prendre. La plante subit vos caprices, mais elle a pour elle la grande vertu des faibles, la patience; et son entêtement triomphera du vôtre. Revenez quelques jours après. Le Liseron s’est allongé, et, en dépit de vos liens, il a repris sa marche de droite à gauche.
Le Houblon, d’autre part, ne met pas moins d’opiniâtreté à s’enrouler de gauche à droite. Ses principes là-dessus sont depuis longtemps arrêtés : la meilleure spirale est la sienne. Qu’on ne vienne pas lui parler du Liseron, plante de peu de sens, inepte à son avis. Le Liseron, de son côté, n’a pas meilleure opinion de son confrère. I ne spirale qui part de la gauche! quelle maladresse! Le Houblon est un
1 Pour déterminer dans quel sens une tige voluhile s’enroule, on suppose que cette tige tonne un escalier spiral que l'on monte. Si l'axe de cet escalier imaginaire est a votre droite, la tige s’enroule de gauche à droite : s’il est à gauche, la lige s’enroule de droite il gauche.
HISTOIRE DE LA BUCHE, sol ! — Si ce n’est pas là l’opinion des deux tiges volubiles
rapports avec nos pareils. Jean tourne vers la gauche, c’est-à-dire pense autrement que Paul, qui tourne vers la droite. Pour Jean, Paul est un sot; et Paul n’a pas de Jean une opinion meilleure. Ils seraient aux yeux l’un de l’autre des hommes de mérite, s’ils tournaient du même côté, s’ils pensaient de la même façon. Quant aux deux plantes, elles sont également dans le vrai : elles suivent chacune sa spirale déterminée par l’éternelle géométrie qui se complaît aux harmonies de la variété.
Tout compte fait, les liges trop longues ou trop laihles
Tige voltihile tin l.isemn, s'enroulant de droite à gauche.
Tige votnhile de Houblon, s'enroulant de gauche à droite.
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do reins pour s’élever d’elles-mèmes, mettent en œuvre escalade', enroulement spiral, agrafes, lacets, vrilles, crampons. Quelques-unes, le Fraisier, par exemple, sont indifférentes à -ces divers moyens ascensionnels, elles préfèrent ramper à terre. Est-ce paresse, est-ce défaut d’imaginative pour trouver une méthode d’ascension? Nullement ; de graves motifs les couchent dans cette humble posture. Je vous expliquerai plus tard dans quelles intentions certaines tiges traînent à terre. Retenons pour le moment que ces tiges sont dites traçant es.
Sous le rapport de la consistance et de la durée, nous connaissons déjà deux ordres de tiges : les liges ligneuses, de tempérament sec et robuste, qui bravent la chaleur et le froid et vivent indéfiniment; les tiges herbacées, de constitution délicate, qui durent une saison et meurent aux premiers froids. Entre ces deux extrêmes, il v a de moyens
termes : la nature jamais ne procède par sauts. Grand nombre de plantes ont donc su résoudre l’ardu problème d’allier à un frêle tempérament une existence indéfinie. Leur secret est fort simple. Nos Hippocrates, pour ménager une poitrine maladive, nous envoient passer l’hiver aux pays où fleurit l’oranger et nous permettent, au retour des hirondelles, de reprendre notre air plus vif. La marmotte, trèssensible au rhume, a simplifié la question. Après avoir gaiement dépensé la belle saison sur les fraîches pelouses des Alpes, elle s’enferme au fond de son terrier pour y dormir tout l’hiver. La bise peut souffler, la neige peut couvrir la montagne; dans son lit (h* mousse, profondément enfoui,
la prudente bête n’a rien à redouter. Plus habile que nous, la marmotte, sans quitter le pays, sait se ménager ainsi
La marmotte a simplifié la question.
une température égale, condition indispensable pour vivre longtemps.
Elle a logement d’été sur la pelouse, et logement d’hiver dans les tièdes entrailles du sol. La plante, qui ne manque pas d’esprit, s’en tient au procédé .de la marmotte, .l’ajouterai qu’elle le perfectionne, car si, de même que le rongeur savoisien, la plante possède logis d’hiver et logis d’été, les deux gîtes, sont porte à porte, et le passage de l’un à l’autre n’exige aucun déménagement, chose hors de prix pour la plante, très-casanière de sa nature. Expliquonsnous. Une tige de complexion délicate doit périr pendant les rigueurs de l’hiver. Pour échapper à celle loi fatale, il
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n’y a qu’un moyen : c’est de se tenir enfouie dans le sol, où règne une température plus douce; mais demeurer toujours enterrée, ce ne serait pas vivre pour une plante. Il lui faut la lumière, l'ineffable lumière du soleil. La plante tourne fort adoitement la difficulté. Pour voir le soleil et vivre, elle se condamne à mourir à demi tous les ans, c’està-dire qu’elle fait deux parts de son être, l’une séjournant sous terre pour y conserver un foyer de vie, l’autre, venant à l’air épanouir son feuillage et ses Heurs, et périr une fois ce bonheur obtenu. Or, c’est la lige qui persiste sous terre à l’abri de la gelée; ce sont les rameaux qui s’aventurent au dehors en temps opportun, lleurissent, fructifient cl périssent tous les ans. Leur mort est sans gravité pour la plante. De nouveaux bourgeons se montrent déjà sur la tige vivace pour les remplacer à la belle saison Ces tiges souterraines ont un peu de la difformité des tubercules, généreux rameaux qui, vous le savez, mènent dans le sol une vie obscure pour amasser des richesses à leurs bourgeons. Elles sont tortueuses, souvent chargées d’embonpoint à cause des vivres emmagasinés en -prévision de la disette; enfin on les prendrait pour de laides racines, ce qui leur a valu la dénomination non moins laide de rhizomes, dénomination qui emprunte au grec sa tournure peu avenante, et signilie semblable aux racines. Notons encore que les tiges souterraines ont l’habitude d’émettre des racines par leur face inférieure. L’occasion est si belle de s’attabler au sol! Elles reposent au sein même dos vivres; pour en profiter* il leur si i fi i t d’allonger quelques suçoirs,
et c’est ce qu’elles font. Comment alors distinguer un rhizome d’uue racine véritable? — De même que les tubercules, les tiges souterraines se reconnaissent à la présence des bourgeons et des feuilles rudimentaires ou écailles, dont les racines vraies sont toujours dépourvues. La figure cicontre, qui représente une portion du rhizome du Sceau de Salomon, achèvera de vous renseigner sur la physionomie des tiges souterraines. Le rhizome figuré présente trois
Rhizome du sceau de Salomon.
larges cicatrices. Ce sont les emplacements des rameaux défunts qui, d’année en année, se sont élevés hors du. sol avec leur belle grappe de clochettes blanches. A l’extrémité est le bourgeon destiné à se développer l’année suivante. Il succédera au rameau actuel, représenté dans la ligure par sa seule cicatrice, quand celui-ci sera tombé. En dessous principalement, le rhizome émet de fines racines. Sur ses flancs, se voient des rides annulaires laissées par les vieilles feuilles et les écailles détachées.
Les bourgeons des rhizomes, lorsque leur moment est venu de monter aux réjouissances de la lumière, ont à traverser une couche de terre plus ou moins épaisse. Or il est clair que, dans le trajet souterrain, un costume de gala n’est pas de mise; il se friperait en roule. Les bourgeons le
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savent bien; aussi s’habillent-ils d’abord d’un justaucorps d’éc-ailles et ne déploient-ils leurs véritables feuilles qu’une luis hors des souillures du sul. Ils imitent le mineur, qui sous terre met la culotte de peau, et s'endimanche à l’air libre. C’est ainsi que se produisent les longues pousses écailleuses appelées titrions. Les asperges, à l’état où on les
Agave en fleurs.
mange, sont les turions d’une tige souterraine. Si le jardinier les laissait vivre, elles s’allongeraient et deviendraient
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d’élégants panaches d’un feuillage très-menu, entremêlé de petits fruits rouges. Voyez d’ailleurs, dans la précédente ligure, comment la jeune pousse du Sceau de Salomon se contente, pour traverser le sol, d’un modeste manteau d’écailles.
Pour terminer, citons la plus humble des tiges souterraines, le plateau. Vous savez qu’on appelle de ce nom la petite masse centrale autour de laquelle se groupent les écailles d’un bulbe. Le plateau ne reste pas toujours dans cet état rudimentaire. Il est lui-même appelé à la grande fête des plantes, aux joies du soleil. Quand il se montre, c’est dans la splendeur de la floraison, sourdement préparée dans le sol. Une fois le bulbe assez fort, le plateau s’allonge au milieu de son faisceau de feuilles et s’échappe de terre glorifié par une couronne de fleurs. 11 prend alors le nom de hampe. Les belles tiges florifères des Jacinthes, des Narcisses, des Tulipes, de PAgavé, etc., sont des hampes.
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LA RACINE
Tendances inverses de la racine et de la tige. — Un caractère Tortenient trempé. — La caisse de terre suspendue en l’air. — Comment la sottise humaine éclaircit un point de botanique. — 'Germination du Gui. — Racine pivotante. — Deux races d’instincts opposés. — Racine lasciculée. — L’usage! — Les exagérations de la Carotte et de l'Arréte-Bœuf. — La Luzerne et les côtelettes de mouton. — Théorie de l’assolement. — Revers de la médaille, — Education du Chêne en pépinière. — Une fredaine du Melon, — Contagion du mauvais exemple.
La plante se divise en deux parts de caraclères diamétralement opposés: la lige, insatiable de lumière; la racine, affamée d’obscurité. Pour atteindre le grand jour, la première, quand elle ne peut se dresser d’elle-nième, appelle
à son aide tout un arsenal d’escalade : vrilles, agrafes, crochets, crampons. Elle se jette éperdue sur les tiges voisines; elle les enlace de ses spirales; au besoin, elle les ('■loulTe dans ses replis. La seconde ne vit que pour l’ombre ; il lui faut, à tout prix, l’obscurité du sol. Pour y parvenir, rien ne la rebute. A défaut de terre végétale, elle plongera dans la glaise ou le tuf. Au risque d’ètre meurtrie, elle s’insinuera parmi les pierres ou glissera dans les fissures du roc. Son premier besoin est de ne pas voir le soleil. Comme tous les caractères fortement trempés, ces tendances inverses de la racine et de la lige se dessinent dès le plus bas âge.
Une graine germe dans le sol. Forte de l’expérience de sa race, la plantule, à peine issue de son œuf végétal, dirige sans hésitation sa racine de haut en bas pour renfoncer dans la terre, et sa tige de bas en haut pour la conduire au grand jour. Alors vous dérangez la graine de sa position; vous la renversez sens dessus dessous, la racine en haut, la tige en bas. La jeune plante s’aperçoit bientôt du piège que vous lui tendez; elle recourbe en crochet sa racine et sa tige, et fait ainsi reprendre à la première la direction de haut en bas, à la seconde la direction de bas en liant. Vous recommencez l’épreuve, vous renversez une
seconde fois .la graine. Vos machinations sont déjouées : la racine et la tige s’infléchissent encore et reviennent chacune à la direction voulue. Un instinct invincible parait les animer. En dépit de toutes les difficultés que vous pouvez leur susciter, elles reprennent, l’une sa descente,
LA ItACINE.