LA KALI N L
racine pivotante 1I011I le bon Dieu l’avait gratifié comme tous les dicotylédones, et que le malheureux a laissée pérird’inanition. Pourquoi faire, s’il vous plaît? Pour la remplacer par une demi-douzaine de fi laments chétifs et posséder une racine fasei culée à l’instar du (iranien Sanssouci. Ah! je ne m’étonne plus que le Melon, le Concombre et la Courge soient mal famés dans notre esprit; ce sont des traîtres aux principes de leur nation. Enfin, avouons-le tout bas et sans insister . l’exemple du Melon a été contagieux. Dieu ne se propage comme la sottise. Bon nombre de dicotylédonées laissent périr dès leur bas âge leur racine primordiale, leur racine à pivot, et la remplacent par une touffe de racines secondaires. Il est inutile de divulguer les coupables : chacun, dans son jardin, peut les surprendre à l’œuvre.
Inconvénients d’une valetaille nombreuse. — Les racines nourrices. — Les orphelins du Dahlia. — Réhabilitation du Concombre. — Les rations du Pélargonium. — Le garde-manger de la maman l'ilipendule. — Origine des espèces cultivées. — La l’onnne de terre sauvage. — Le Chou des falaises. — Le Céleri empoisonneur. — ta' Poirier primitif. — Tendance au retour à l’état sauvage. — Projets d'émancipation du Chou-cabus. — Les idées subversives du Poirier bon-chrétien — Histoire de la civilisation de la Carotte. — Nous vivons des forces du passé.
La racine a pour mission de d’v puiser les éléments de la sève téristique. Mais à celle fonction, d’autres. La plante a des goûts de
tixer la plante an sol et . L’est là sa charge caravelle eu joint quelquefois sévère épargne. En appli-
LKS RACINES TUBEREUSES.
quant dos serviteurs spéciaux à chaque genre de service, elle craindrait de compromettre ses intérêts; car, dans toute maison, valetaille nombreuse dégénère en personnel de fainéants. Sa règle de conduite est invariablement celle-ci : ne pas mettre deux où un seul suffit. Règle pleine de sens, que l’homme méconnaît souvent, à son grand désavantage. Par esprit d’économie, la plante emploie donc volontiers un même serviteur à des fonctions diverses. C’est ainsi que la feuille, dont le rôle principal est de préparer la sève aux rayons de soleil, change de costume et devient écaille pour abriter les bourgeons; c’est ainsi encore que le rameau, avant tout chargé d’épanouir à l’air ses feuilles et ses Ileurs, séjourne parfois sous terre et devient tubercule ou magasin de vivres. La racine à son tour peut être appelée à servir de réservoir alimentaire; et, disons-le tout de suite à son honneur, elle s’acquitte admirablement de ses fonctions nouvelles. Quelle maison bien montée que celle de la plante! Lu serviteur, celui-ci, celui-là, cet autre, indistinctement, est chargé d’un travail qui ne rentre pas dans ses attributions. N’importe, la besogne s’exécute avec un savoir consommé. On dirait que de sa vie le serviteur requis n’a fait autre chose. Et voyez un peu à quel revirement de rôles un organe dans la plante peut être assujetti. Que le rameau, père d’une famille de bourgeons, se fasse tubercule, s’enrichisse sous terre, pour leur laisser un avoir quand la plante aura péri, rien de plus naturel : b* père se doit à sa famille. Mais que la racine, elle qui n’a jamais vu de bourgeons, se gonfle eu mamelle
pour alimenter des nourrissons étrangers, inconnus, voilà le comble du renversement des fonctions. C’est ce que font pourtant les racines dites tubéreuses; elles grossissent démesurément au risque de ue plus travailler eu véritables racines, car le sol est bien dur à fouir à qui traîne lourde bedaine; elles chargent de l’embonpoint, elles emmagasinent pour nourrir quelques bourgeons orphelins, derniers débris de la plante ruinée. Hàtons-nous de faire connaissance avec ces généreuses nourrices.
Voici la racine tubéreuse du Dahlia. Pendant tout l’été, tout l’automne, la somptueuse plante s’est parée de fleurs
fleurs. Bref, quelques bourgeons ont été oubliés à l’extrémité inférieure de la tige. Un secret pressentiment en a sans doute averti les racines; et toutes, à qui mieux mieux, se sont mises en mesure de sauver les pauvres orphelins.
Rat ine tubéreuse du Dahlia.
d’une richesse inouïe. Les froids sont venus et le Dahlia esl mort. Quelques bourgeons souffreteux survivent tout à la base de la tige. Dans' la belle saison, la plante n’a pas eu le temps de les développer.
Peut-être même n’v a-t-elle pas songé. Elle avait bien autre chose à faire : il lui fallait épanouir par douzaines les splendides cocardes de ses
ot maintenant les voilà, nourrices empressées, groupées autour de ces bourgeons. Je dis de ces bourgeons et je peux me tromper: il pourrait fort bien ne s’en trouver qu’un seul. Alors toutes, avec un zèle égal, prendront soin de son éducation. Mais s’il y en a plusieurs, le cas esl prévu : elles peuvent agir séparément et s’adonner chacune à un nourrisson. Le jardinier est au courant de la chose, aussi divise-t-il la touffe commune en autant d’éclats qu’il y a de bourgeons à la base de la tige; et chaque éclat pourvu d’un germe et d’au moins une racine nourricière, reproduit l’année d’après un pied de Dahlia. La racine tubéreuse que nous venons d’examiner appartient à la forme fasciculée. Le Dahlia serait-il alors monocotvlédoné? — Non, il est à deux cotylédons. C’est vous dire que c’est encore un renégat. Il a renié sa racine pivotante primitive pour adopter la racine en faisceau. Mais si j’ai été moimôme impitoyable envers le Concombre et le Melon, je réclame ici toute votre indulgence. Pour élever séparément les divers bourgeons qu’elle accompagne, la racine du Dahlia doit pouvoir se diviser sans blessures graves en autant de nourrices qu’il y a de nourrissons. Elle a donc été fort bien inspirée de prendre dans son âge mûr la forme fasciculée. Puisque nous y sommes, nous ferons sagement de retirer notre blâme infligé aux Cucurbitacées; car, après tout enfin, le Concombre lui-même pourrait avoir ses vues et son secret d’état.
Le rôle des racines tubéreuses est dans toutes les plantes le même que dans le Dahlia : au moyen de provisions mises
(Mi réserve, venir en aideaux bourgeons qui survivent à la
Racine tubéreuse du Pélargonium.
ruine de la plante. Leur forme est variable, car chaque espèce végétale trahit des mœurs particulières jusque dans la distribution de ses réservoirs alimentaires. Ainsi certain Pélargonium étrangle méthodiquement ses racines charnues de distance en distance comme pour supputer les vivres et les diviser en rations. On dirait que, dans la crainte d’une prodigalité mal entendue de la part des nourrices futures, il leur calcule par avance ce qu’elles auront à dépenser par semaine, par mois. A défaut de cette précaution, les racines imprévoyantes s’épuiseraient peut-être avant l’heure, et les bourgeons périraient de faim après avoir été gorgés en enfants gâtés. Le tout n’est pas d’avoir au début l’office bien garni, il faut aussi que les provisions durent le temps voulu. Tel est, paraît-il, le motif qui porte le Pélargonium à répartir ses vivres par rations. Si l’on m’affirmait pourtant que ce n’est pas là le vrai motif, je n’insisterais pas. Je reconnais combien il est difficile d’interpréter les vues secrètes de la plante. Qui nous dira, par exemple, pour quelles raisons la Fiiipendule porte ses vivres appendus à l'extrémité de longs cordons? Serait-ce pour les mettre hors
Racine tubéreuse fie la Kilipendiile.
de la portée des nourrissons goulus, qui les achèveraient en quelques jours, insouciants de l’avenir? La mère de famille tient ses provisions sous clef pour les garantir du gaspillage de la marmaille et les distribuer en temps opportun. La Filipendule relègue les siennes au bout de longues racines pour en prévenir une indiscrète consommation. Plus éloignés des vivres, les bourgeons sans doute sont moins affriandés et ne puisent au magasin alimentaire qu’avec une sage lenteur. Tout cela est possible ; mais, encore une fois, je n’oserais l’affirmer. La plante a des vues parfois qu’il faut savoir ignorer.
Je vous ai déjà parlé de l’opiniâtre attachement des plantes aux usages reçus. Obtenir d’elles une modification, même légère, aux habitudes en vigueur, est chose fort difficile, disons mieux, impossible. Allez parler au Lis de donner à sa fleur l’enveloppe verte d’un calice, allez proposer au Froment d’adopter la racine à pivot, allez conseiller au Liseron de tourner à gauche la spirale de sa tige volubile, et vous verrez comme vous serez reçus. Est-ce à dire que nos soins, notre influence, ne peuvent jamais rien sur ce monde récalcitrant? — A Dieu ne plaise! Trèsheureusement pour nous, il y a parmi les plantes des natures d’élite qui s’accommodent de nos soins intéressés et se plient aux habitudes que nous voulons leur faire contracter, pourvu toutefois que le changement ne dépasse pas certaines mesures. A ces espèces de caractère modifiable appartiennent nos plantes potagères et nos arbres fruitiers.
Vous vous figurez peut-être que, de tout temps, eu vue
de notre alimentation, le Poirier s’est, empressé de produire de gros fruits à chair fondante; que le Navet, pour nous faire plaisir, a gonflé sa racine de pulpe savoureuse; que le Chou-cabus, dans le désir de nous être agréable, s’est, avisé lui-même d’empiler eu tête compacte de belles feuilles blanches. Vous vous figurez que le Froment, le Potiron, la Carotte, la Vigne, la Pomme de terre, la Betterave et tant d’autres encore, épris d’un vif intérêt pour l’homme, ont de leur propre gré toujours travaillé pour lui. Vous croyez que la grappe de la Vigne est pareille maintenant à celle d’où Noé retira le jus qui le grisa; que le Froment, depuis qu’il a paru sur la terre, n'a pas manqué de produire tous les ans une récolte de grain ; que la Betterave et le Potiron avaient aux premiers jours du monde la corpulence qui nous les rend précieux. 11 vous semble, enfin, que les plantes alimentaires nous sont venues dans le principe telles que nous les possédons maintenant. Détrompez-vous. La plante se préoccupe fort peu de nos intérêts; elle vit pour elle et non pour l’homme. C’est à nous, par notre travail, nos soins, notre réflexion, à tirer parti de ses aptitudes en les modifiant. La plante sauvage est pour nous une triste ressource alimentaire; elle n’acquiert de la valeur qu’en passant par les mains de la puissante fée qui a nom industrie humaine. Sous la baguette de la sublime magicienne, sous le stimulant du travail, les espèces se transforment jusqu’à devenir méconnaissables.
Dans son pays natal, sur les montagnes du Chili, la Pomme de terre à l’état sauvage est un tubercule vénéneux.
de la grosseur d'une noisette. L’honune donne accueil dans son jardin au misérable tubercule. Il le plante dans une terre substantielle, il le soigne, il l’arrose, il le féconde de ses sueurs. Et voilà que, d’année en année, la Pomme de terre prospère ; elle gagne en volume, en propriétés nutritives, et devient enfin un tubercule' farineux de la grosseur des deux poings.
Sur les falaises océaniques, croit naturellement un Chou, haut de tige, à feuilles rares, échevelées, d’un vert cru, de saveur acre, d’odeur forte.
Qu’attendre de ce sauvageon?
il n'a certes pas bonne mine.
Qui sai t? sous ses agrestes apparences, il recèle peut-être de précieuses aptitudes. Pareil soupçon vint apparemment à l’esprit de celui qui le premier, à une époque dont le souvenir s’est perdu, admit le Cliou des falaises dans ses cultures. Le soupçon était fondé. Le Chou sauvage s’est
exposées à tous les vents,
Le Chou sauvage. Il n'a cerles pas bonne mine.
améliore par les soins incessants de l’homme
sa
lige
s’est
atlermie; ses feuilles, deveiîties plus nombreuses, se sont emboîtées, blanches et tendres, en tête serrée; et le Chou pomme a etc le résultat final de ce tic magnifique métamor-
phose. Voilà Lion, sur le roc de la falaise, le point de départ de la précieuse plante; voici, dans nos jardins potagers, son point d’arrivée. Mais où sont les formes in tor-
des pas en avant. Il fallait les conserver, les empêcher de rétrograder, les multiplier et tenter sur elles de nouvelles améliorations. Tout compte fait, la conquête du Chou pommé a certainement dépensé plus d’activité que la conquête d’un empire.
Quel est cet autre, au bord d’une mare, en compagnie des
médiaires qui, à travers les siècles, ont graduellement amené l’espèce aux caractères actuels? Ces formes étaient