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couche en celte humble posture. Elles rampent pour sevrer de bonne heure les bourgeons, pour les mettre à même de se créer, au contact du sol, une existence indépendante' et débarrasser ainsi la maison d’une famille trop nombreuse. Les plantes réduites à la dure nécessité d’émanciper leurs bourgeons dès le bas âge, et de les mettre en quelque sorte à la porte du logis pour les abandonner à leurs propres ressources, emploient des méthodes diverses en ce genre d’éducation sévère. Les unes, ‘suivant leurs moyens, font à leurs bourgeons une pacotille de vivres, sous forme de
bulbille, de bulbe, de tubercules ou de racine charnue; et une fois tant bien que mal approvisionnés, les livrent aux hasards du monde, aux chances de la bonne et de la mau-
vaise fortune. C’est désormais aux émigrants de gagner leur vie, à leurs risques et périls. Ce sevrage brusque exige de la part des bourgeons une forte constitution et de puissantes aptitudes au travail de la végétation. Un tempérament délicat ne pourrait résister à un tel régime; aussi d autres plantes apportent-elles de tendres ménagements aux nécessités de l’émigration. Tel est le Fraisier.
l>e la touffe mère, divers rameaux s’échappent, Irès-allonges, menus et rampant sur le sol. On les nomme stolons nu roulants. Parvenus a une certaine distance, ils s’épanouissent a I extrémité en une petite touffe qui doit prendre racine dans le sol pour se suffire plus tard à elle-même. Le travail est dur sans doute à la jeune plante. Il lui faut enfoncer ses petites racines, toutes tendres, à travers la couche superficielle de la terre encroûtée par le soleil. Li-
vrée à elle-même, certainement elle succomberait à la lâche. Sa constitution n’est pas assez robuste. Mais pendant que toutes ses forces sont en action pour émettre des racines el les plonger sous terre, des vivres préparés lui arrivent de la plante mère par la voie du coulant. Elle n’a pour le moment qu’un travail à faire : devenir forte, s’enraciner. La préparation de la sève, ce pain quotidien de la plante, ne la regarde pas : la touffe mère y suffît. Ainsi débarrassée du soin des vivres, la jeune pousse du Fraisier prospère et s’établit. — Bourgeons de la grande souche humaine, nous avons tous aussi à prendre racine; nous avons, pour nous établir, à faire une trouée dans l’ardente mêlée du monde, travail ingrat, mille fois plus dur que celui de la plante perçant le sol encroûté, serait-ce même le tuf. Ceux-ci, de bonne heure, connaissent le terrible souci du pain de chaque jour. Dépourvus du stolon de l’avoir paternel, ils doivent suflire au présent et se créer un avenir par leurs seules forces. Honneur à eux! le mérite est plus grand là où les difficultés sont plus grandes. — Ceux-là, bourgeons favorisés comme ceux du Fraisier, prennent leur temps, se fortifient à l’aise. Le coulant de la fortune leur assure le présent et leur aplanit l’avenir. Honte à eux s’ils ne se montrent pas dignes de cette faveur du sort, si les loisirs qui leur sont faits ne tournent pas à Davantage du cœur et de l’esprit !
La pousse du Fraisier, suffisamment forte, émet à son tour des rameaux allongés qui se comportent comme les premiers, c’est-à-dire traînent à terre, se terminent en rosettes de feuilles et s’enracinent. La figure nous montre une