‹ Histoire de la bûcheChapitre 43 sur 77 · RACINES AD VENT IV ES · texte numérisé non relu

RACINES AD VENT IV ES

première loulïe plus vigoureuse que les autres. De l’aisselle de l’une de ses feuilles sort un coulant, dont le bourgeon

l.c Fraisier.

terminal est développé en une pousse déjà pourvue d’assez fortes racines, lu second coulant issu de cette pousse produit une troisième rosette, dont les feuilles commencent à se déployer et les racines à poindre. Au sein de celte dernière rosette, un troisième coulant est en voie de se. former.

A la suite de pareilles propagations en nombre indéterminé, la plante mère se trouve, environnée de jeunes rejetons, espèces de colonies végétales établies de çà de là tant que le permettent la saison et la nature du sol. Colonies est bien le mot. Ce sont effectivement des bourgeons émigrés de la souche mère qui vont, tenter fortune ailleurs, comme les habitants d’un pays trop peuplé s’expatrient dans l’espoir d’une vie plus facile. Dire les motifs qui portent le Fraisier à imiter Tyr la superbe et la trafiquante Albion dans la manie des colonies n’est pas sans graves difficultés. La plante a une politique dont les vues très-souvent nous échappent. La politique de l’Angleterre et de la Phénicie nous est bien

mieux connue. — Resserrés au nord, au midi et à l’est, par des montagnes dans une langue de terre stérile, de huit à dix lieues de largeur, les Phéniciens furent invinciblement appelés aux entreprises commerciales par la vaste mer ouverte devant eux. Le manque d’espace cultivable les lit commis voyageurs des nations. Ne pouvant labourer du soc de la charrue leurs collines rocailleuses, ils labourèrent les mers de la proue de leurs navires. La récolte fut bonne, car, pendant plusieurs siècles, ils eurent le monopole du commerce du monde. Et chemin faisant, ces brocanteurs rapaces sur tous les points exploités établissaient des comptoirs, bientôt devenus de florissantes colonies. Le nord de l'Afrique, les îles de l’Archipel, la Sicile, la Gaule, l’Espagne, reçurent le trop plein de la population de Tyr et de Sidon.

De nos jours, l’Angleterre, trop à l’étroit dans sa ceinture océanique, sous prétexte de distribuer au monde ses cotonnades, sa ferraille et sa houille, prend pied en mille points du globe. L’Inde, l’Australie, les Antilles, la Guyane, le Cap, Malte, Gibraltar, etc., reçoivent le trop plein des tavernes

de Londres. Un roc perdu dans les déserts de 1 Océan, l’Ascension, Sainte-Hélène, suffit à ce peuple de trafiquants pour y fonder un entrepôt et braquer un canon. — La chose est manifeste: l’esprit éminemment colonisateur des Phéniciens de l’ancien temps et des Phéniciens d’aujourd’hui, les Anglais, tient aux limites infranchissables d’un pays trop étroit. L’activité, qui ne peut se dépenser au sein de la patrie, va chercher un aliment ailleurs* en courant le monde.

C’est là encore, ce me semble, la politique du Fraisier.

RACINES AUVENTIVLS.

Le Fraisier sauvage vit dans les taillis, au milieu des fourrés d’arbustes qui l'étoufferaient en lui masquant le jour, s’il n’y prenait pas garde. La plante, menacée de la privation de lumière, insinue obstinément ses rameaux à travers le fourré; elle les allonge, les allonge toujours, à la recherche d’un peu de soleil; et à la lin, ne pouvant plus les soutenir, elle les couche à terre. Alors, à travers ces rameaux devenus de longues cordelettes, la circulation de la sève est laborieuse ; les bourgeons trop éloignés sont en danger de périr. Un parti héroïque est pris, caria faim est rude conseillère. La communauté est dissoute, les bourgeons se déclarent indépendants. Et chacun d’eux se hâte de s’enraciner, dans la prévision que les vivres cesseront bientôt de leur arriver de la souche mère. S’il n’y a pas illusion de notre part, le Fraisier imite donc les mariniers de Tyr : il colonise faute d’espace chez lui. Plutôt que de laisser dépérir ses rejetons dans le fourré du taillis, il les envoie au loin exploiter le sol et fonder de nouvelles cités végétales. 11 n’est pas sûr, d’ailleurs, qu’il n’entre un grain d’ambition dans les desseins du Fraisier. L’Angleterre en donne l’exemple. Il m’a été dit que si l’escargot le laissait faire, le Fraisier en peu de temps envahirait le monde avec ses stolons colonisateurs. Si l’Europe ne veillait sur l’Angleterre, le monde aurait Londres pour chef-lieu. Je n’ose croire à de tels projets d’envahissement, tant le Fraisier me paraît bonne nature. Passe encore du Chiendent. Celui-là, oui, ne cache pas ses vues ambitieuses. Pour lui, comme pour Alexandre de Macédoine, la terre est trop étroite. O la dé-

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