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ramifications plus nombreuses, rien n’empêche d’implanter deux greffes dans l’entaille, l’une à chaque extrémité. Mais on ne pourrait [tas en mettre davantage dans la même fente, parce que l’écorce de la greffe doit être de toute nécessité en contact avec l’écorce du sujet. Et en effet, l’activité vitale du végétal réside avant tout dans les tissus jeunes qui se forment entre le bois et l’écorce. C’est là que la sève circule; c’est là que s’élaborent les nouvelles cellules, les nouvelles fibres, pour former d’un côté une couche d’écorce et de l’autre une couche de bois. C’est donc là encore et seulement là que la soudure est possible entre la greffe et le sujet.
Or, quand tout est bien cicatrisé, quelle ne doit pas être l’indignation du Poirier sauvage qui se voit menacé de grosses poires fondantes, lui qui les tient en horreur! Son instinct de rébellion aussitôt s'éveille. En secret, sous terre, tout à la base de la tige, il émet un bourgeon, un bourgeon véritablement à lui, un bourgeon qui doit faire les plus dures, les plus apres des poires. 11 l’aime d’un amour passionné. C’est son espoir, son futur vengeur. A lui la meilleure part de sève et la plus abondante. N’est-il [tas l’enfant de la maison, l’héritier direct qui doit chasser un jour les intrus établis, la-haut, mettre à la porte des bourgeons dont le Poirier ne partage pas les principes? Quelque temps sa naissance est tenue secrète. Si le jardinier voyait le rebelle rejeton! Mais
Double greffe sur le même sujet.
un jour le secret n’est plus possible. La pousse choyée demande le grand air. Elle part, monte, s’élance avec une vigueur que centuplent tous les canaux delà sève détournés à son profit. Encore un peu et le Poirier sera vengé. Déjà les bourgeons de la greffe pâlissent, affamés par leur goulu commensal. Heureusement l’homme arrive et met fin à la révolte en tranchant la pousse mal intentionnée d’un coup de sécateur. 11 était temps. La greffe vient de l’échapper belle. Ce rejeton vigoureux, issu de la tige sauvage, aurait tout compromis en détournant la sève pour lui. Il n’est pas dit que le Poirier ne recommence ses tentatives de rébellion; mais on aura l’œil sur lui. Au moindre rejeton, gare le sécateur!
Vous avez donné asile dans votre parterre à un Églantier,
le vulgaire Gratte-cul, qui végétait. pauvrement au bord du chemin en compagnie de la Ronce. L’arbuste n’est pas beau. Au fond, c’est bien le Rosier pour la tige, les épines, les feuilles, les fruits; mais quelles tristes roses!
Cinq pétales, ni plus ni moins, pâles, à peine teintés d’incarnat, sans odeur. Il s’agit de faire produire à l’arbuste
La Kose sauvage. Cinq pétales, ni plus , , . „ « „ m;i
ni moins. la splendide Rose a cent leuil-
les. Au moment de la sève d’automne, de juillet en sep-
LA GREFFE
tcmbre, on incise l’écorce du sauvageon d’une double entaille en forme de T, pénétrant jusqu au bois; et I ou soulève un peu les deux lèvres de la blessure. On détaché alors sur un Rosier à belles Heurs un lambeau d écorce muni d’un bourgeon, lambeau qu’on nomme écusson. On a soin de bien enlever le bois qui pourrait adhérer à la lace intérieure de l’écusson, tout en respectant l’écorce, le tissu verdâtre surtout qui forme la couche interne. Enfin l’on introduit I écusson entre l’écorce et. le bois du sujet ; on rapproche les lèvres de la plaie au moyen d’une ligature, de manière que l’écusson soit bien appliqué contre le bois du sujet; et c’est fini. Le printemps suivant, le bourgeon transplanté s’est, habitué à sa nouvelle nourrice, il est enraciné sur le Rosier sauvage. Celui-ci est alors amputé audessus de la greffe. Dans peu de temps, l’Églantier se couvre de roses à cent, feuilles. C’est ce qu’on nomme la greffe en écusson .
A la poule, excellente couveuse, on donne parfois à couver les œufs de la cane. La poule élève sa famille d’adoption comme sa propre famille; elle a pour les petits canards les mêmes soins qu’elle aurait pour ses poussins. Tout va bien tant que les canetons, veloutés d’un poil follet jaune, si' conforment aux avis de la maman nourrice et courent sous son aile an premier cri d’appel; mais un jour vient ou leur instinct aquatique s’éveille. Ils sentent, la mare, les petits
i.a (greffe en écusson.
R, incision faite, à l'écorce iln sauvageon; A, écusson portant un bourgeon à l'aisselle de la queue d’une feuille C.
drôles, la inare où coasse la grenouille, ou frétille le têtard. Ils y vont clopin-clopant, rangés sur une lile. La poule les suit, ignorante de leurs projets. Ils atteignent la mare et se jettent à l’eau. C’est alors de la part de la poule, qui croit sa famille en danger, les gloussements les plus désespérés. La pauvre mère court comme une folle sur le rivage; elle rappelle, menace, supplie; le rouge de la colère lui monte à la crête; le feu de l’émotion lui allume la prunelle. Elle va même, miracle de l’amour maternel! elle va
La Uose à cent feuilles. Tant de luxe sied-il à la tille du Gratte-cul!
jusqu’à risquer une patte dans l’eau, dans l’élément perfide dont la vue la fait pâmer de frayeur. En vain, elle crie aux
LA GREFFE
canetons de se méfier de la mare, en vain elle prend le ciel à témoin qu’elle ne leur a jamais inspiré des goûts aussi dangereux; les canetons font la sourde oreille, ils pourchassent le têtard à ventre argenté.
Que doit dire l’Églantier à son tour, lorsqu’il voit ses bourgeons d’adoption épanouir leurs somptueuses roses, amples comme la main, pleines de parfum dont s’enivre le scarabée d’or! « 0 temps, o mœurs! dit-il sans doute, où allons-nous en ce siècle de progrès! Mes pères, dans la haie, se sont contentés de cinq feuilles pour leurs roses; à leur exemple, je m’en suis contenté. Aujourd’hui, il en faut cent, il en faut mille et des plus coûteuses. Tant de luxe sied-il aux filles du Gratte-cul! » Mais les roses, aussi mauvaises têtes que les canetons, n’écoutent pas les remontrances austères de l’Églantier. Si pour vivre elles n’en avaient besoin, elles le renverraient dans le fourré de buissons sermonner à son aise.
LA FEUILLE
Composition de la feuille. — Arrangement des nervures. — Deux mots à l’adresse du Latanier et du Dracontium. — Feuille simple et feuille composée, — Essai de classification. — L’aliracadabra scientifique. — Nos excuses à la science. — Variations de forme. — Feuilles aquatiques et branchies des Poissons. — Stipules. — Capuchon du Figuier élastique
Dans u ne feuille en son |ilus haut degré de complication, trois parties sont à distinguer : le limbe, le pétiole et les stipules. Le pétiole est ce qu’on nomme vulgairement la
LA FEUILLE
queue de la feuille; le limbe est la lame verte qui le termine ; les stipules sont des expansions foliacées situées a sa base.
Feuilles de Tulipier, avec limbe, pétiole et stipules.
Le limbe d’une feuille a deux faces : la face supérieure plus lisse, plus verte, tournée vers le ciel ; la face inférieure plus pale, plus rugueuse, tournée vers la terre. Il est parcouru dans son épaisseur par des lignes proéminentes, qui forment la charpente de la feuille et prennent le nom de nervures. Des libres et des vaisseaux assemblés en fines cordelettes les composent presque eu entier. Les intervalles vides de cette charpente sont remplis par des cellules vertes. Dans une feuille qui pourrit à terre, la partie cellulaire se détruit aisément, tandis que. les nervures, plus résistantes, persistent. Celles-ci forment alors une élégante dentelle.
Dans le monde végétal, nous connaissons déjà deux grandes nations douées l’une et l’autre de fleurs, mais dont les mœurs diffèrent presque toujours : les monocotylé-
donés, allaitant leurs germes d’une seule mamelle, d’un
Fouilles du Bambou.
LA FEUILLE. '2X'J
seul cotylédon; les dicotylédones, les allaitant de deux. Nous savons que les premiers, en général moins habiles, ignorent les principes les plus élémentaires de la résistance
des charpentes, la solidarité des diverses pièces prenant appui I une sur l’autre, et disposent leurs nervures en files parallèles; tandis que les seconds, versés dans les lois de la statique, disposent les leurs eu réseau. Aussi, pour les
feuilles des monocotylédonés, la déchirure est-elle facile; et difficile pour celles des dicotylédones. Mettons encore en regard ici ces deux ordres d’architecture foliaire. Les deux
ligures précédentes el les deux que voici se rapportent à des végétaux à un seul cotylédon. On y suit nettement la disposition parallèle des nervures. Les feuilles du Ilambou sont
Feuilles du Latanicr.