LA IL U IL LL
roules, peu gracieuses, elles ne manquent pas d’une certaine solidité. Mais voyez un peu celles du Strelitzia, dont la bizarre Heur rappelle la tète d’un héron surmontée de son aigrette. Quels accrocs là-haut, sur la feuille de droite! et celle qui pend à gauche, quel beau commencement de dé-
Feuilles du Dracontium.
chirure! L’imprévoyante plante, trop préoccupée de ses Heurs, n’a pas bâti solidement. Au moindre effort de croissance, les feuilles se crevassent. Regardez maintenant cet autre, le Latanier. Dans leur jeune âge, ses feuilles avaient un limbe continu, élégamment plissé en éventail. Le Lalaniera voulu les déployer, et tout s’est déchiré comme une vile étoffe. De là ces profondes fissures qui mettent son feuillage en loques. Il faut avouer aussi que les monoeoty-
lédonés mettent dans leurs constructions une négligence parfois inqualifiable. Jetez les yeux sur le Dracontium. Quelle idée lui a-t-il pris de laisser, dans le limbe, des vides, de grands trous qui donnent à ses feuilles toutes neuves
l’aspect de misérables baillons! Quelle solidité attendre lorsqu’on bâtit aussi mal !
LA F K CILLE.
Comparez ces feuilles ch; structure négligée avec celles des dicotylédones, Bégonia et Ricin, tendues sur leur forte charpente de nervures entre-croisées. Comme c’est plein, robuste,
Feuille fl»' Ricin.
de long usage! Parlez-moi de ça. Voilà des plantes qui savent bâtir! Au point de vue desïiervures, nous classerons donc les feuilles en deux grandes catégories : les feuilles à nervures en réseau qui, à quelques exceptions près, appartiennent aux végétaux dicotylédones; et les feuilles à nervures parallèles, qui sont propres aux végétaux inonocotylédonés l.
Examinons maintenant une feuille de Noyer. Ne diriezvous pas que c’est un rameau couvert de ses feuilles, quatre de chaque côté, une au sommet? ho tout est cependant une
1 On trouve aussi dos fouilles à nervures en réseau dans quelques inonocotylédonés Jiar exemple dan* la famille des Aroïdées. Voir la ligure suivante
feuille, une seule, et non un rameau. Jamais un rameau ne porte une feuille à l’extrémité; il se termine toujours par un bourgeon ou par une fleur, à moins de dépérir
l'ne monocotylédonéc, l’Arum maculé, dont les feuilles ont les nervures en réseau.
épuisé. Jamais un rameau ne se détache de lui-même; il faut un accident pour l’arracher de sa base. Or, l’organe du Noyer que nous avons sous les yeux, se détache de l’arbre à la chute des feuilles et tombe tout d’une pièce; il
n’est terminé ni par un bourgeon ni par une fleur. Dans son ensemble, c’est donc une feuille; seulement son limbe,
Feuille composée et fruit du Noyer de Itarlher
au lieu d’étre formé d’une seule lame continue, comprend plusieurs lames secondaires reliées à un pétiole commun qui représente la nervure médiane des feuilles ordinaires. On
donne à ce genre de feuilles le nom de feuilles composées, et l’on désigne par l’expression de foliole chacune des petites feuilles qui entrent dans la feuille totale. Nous dirons donc que la feuille du Noyer est une feuille composée, à neuf folioles. Par contre, les feuilles ordinaires, dont le limbe 11e comprend qu’une seule lame, par exemple celles du Poirier, du Saule, du Laurier, de l’Orme, du Bégonia, etc., sont dites feuilles simples.
Les feuilles composées ont divers degrés de complication. Tantôt le pétiole commun porte directement les folioles, et la feuille est alors simplement composée, comme dans le Noyer. Tantôt du pétiole commun partent des ramifications qui portent elles-mêmes les folioles, et la feuille est dite doublement composée. Enfin si les subdivisions s’étendent plus loin, on a des feuilles trois fois, quatre fois composées.
Les folioles, au lieu de se grouper symétriquement des deux côtés du pétiole commun à la manière des barbes d’une plume, ce qui a fait donner aux feuilles composées dont nous venons de parler, l’épithète de pennées (penna, plume), les folioles, disons-nous, rayonnent d’autres fois à l’extrémité du pétiole comme les doigts autour de la paume de la main, (‘I la feuille composée esl dite alors
LA FEUILLE
palmée (palma, paume de la main). Exemple le Marronnier d’Inde.
Dans la feuille simple, le bord du limbe est parfois continu, sans dents, sans échancrures, comme dans le Buis, l’Olivier, le Laurier. La feuille est dite alors entière. Mais en général, le bord du limbe est plus ou moins profondémen t découpé.
i ,, . . Feuille composée palmée (le Marronnier.
Les découpures les moins
profondes engendrent des dents, des crénelures. Si les incisions pénètrent dans le limbe jusqu’à la moitié plus ou
Feuille entière Feuille crénelée Feuille dentée de
du Buis. de Saxifrage. Saxifrage.
moins, et le divisent en larges lobes, la feuille est lobée. Elle est fendue ou fide , si les lobes sont étroits. Enfin si les incisions plongent jusqu’à la nervure médiane, la feuille est partite. D’autre part, tantôt les incisions rayonnent autour du sommet du pétiole; tantôt (‘lies plongent symétriquement à droite et à gauche de la nervure médiane. De
là six genres de feuilles simples sous le rapport du mode de découpure. Des lobées, les fendues, les partîtes, à incisions palmées; les lobées, les fendues, les partîtes, à incisions pennées; ou, comme on dit en termes de botanique : les feuilles palmatilobée* , palmati/îdes , palmatipartites ; et les feuilles pinnati lobées, pinnatifides , pinnati partîtes. Iles figures compléteront le sens de ces expressions quelque pou barbares.
Fi'iiillc pinnatilolipo dp Scoiyme.
Feuille pinnatiflde d'Echinops.
Feuille piunaliparlite de Chélidoine.
Remarquez combien peu diffèrent dans leur structure générale la feuille simple pinnatipartilo de la Chélidoine, et ]a feuille composée pennée du Noyer; combien peu dill'èrenl encore la feuille simple palmatipartite de la Poten-
LA FEUILLE
tille et la feuille composée palmée du Marronnier. En quoi consistent alors les caractères qui distinguent une feuille composée d’une feuille simple? — En très-peu de chose parfois. Dans la feuille composée, chaque foliole forme un
Feuille palmatilobée de Lavater.
Feuille palmalilide d'Abutilcm.
tout, nettement délimité, sans prolongement foliacé qui la relie aux folioles voisines. Dans la feuille simple, les divers lobes n’ont pas une base suffisamment bien arrêtée pour mériter le nom de folioles; ils communiquent tantôt plus, tantôt moins, avec les lobes voisins par un liséré de limbe bordant la nervure médiane, ainsi qu’on le voit dans la Feuille palmatipartite de l'olentillc. partie supérieure de la feuille deChélidoine. Supprimez cette maigre bordure, et la feuille, de simple, deviendra composée. Même chose doit se dire de la feuille de Potentille. Les lobes sont reliés à la base par une étroite expansion. En l’absence de ce trait d’union, les lobes prendraient le nom de folioles et la feuille serait composée. Le pinson le moins
de précision des coups de ciseaux de la nature découpant leur feuillage aux plantes, telle est donc, au fond, la seule différence entre les deux genres de feuilles, simples et composées.
Les folioles des feuilles composées imitent les feuilles simples sous le rapport de la conformation du limbe. Il y en a d’entières, comme dansle Noyer et le vulgaire Acacia ; il y en a de dentelées, (l’incisées en lobes plus ou moins profonds. Exemples : les feuilles de Berce et dePigamon. Ajoutons
que les divisions et subdivisions de la feuille peuvent être tellement fines et nombreuses qu’il serait on ne peut plus
quelques maigres lambeaux de lame cellulaire. On applique
Feuilles composées de I’igamon.