‹ Histoire de la bûcheChapitre 49 sur 77 · LA V LU IL LL · texte numérisé non relu

LA V LU IL LL

sinus indéfiniment répétées. La Carotte, le Fenouil, la Férule, etc., nous eu fournissent des exemples.

La Férule. Feuilles laciniées.

La plante est d’une richesse inépuisable dans la coupe de son costume de feuilles. C’est une bâilleuse fantaisiste qui promène les ciseaux au gré de son caprice, d’une fécondité sans bornes. Toujours d’une exquise élégance, toujours d’une fraîcheur de goût dont l’art humain s’efforce

de se rapprocher en ses plus belles conceptions, elle taille, elle combine, elle ajuste sur les patrons fournis par un grand Maître, sur les patrons de Dieu. Les botanistes ont cependant essayé de classer les feuilles d’après leur forme et de les caractériser par un mot. A l’aide de syllabes, ils ont voulu, les malheureux, lutter avec la plante et représenter ce (pie le crayon, le pinceau, le burin, essayent vainement de reproduire. Alors sont écloses, hérissées de grec et de latin, des expressions bizarres, mal sonnantes à l’oreille, qui bientôt ont menacé la botanique de n’ètre qu’une science de mots. Écoutez un peu l’abracadabra scientifique. — Il y a des feuilles amplexieaules, distiches, géminées, fasciculées, rosclées, pédalées, ovées, obovées, cunéiformes, talquées, subulées, reinaires, semi-lunées, sagittées, hastées, mucronées, retuses, obeordées, ensiformes, trigones, tétragones, cari nées, bullées, pertuses, llabelliformes. — Que vous en semble du jargon de l’aimable science? En voulezvous d’autres? ne vous gênez pas, quand il n’v en a plus, il v en a encore. Il v a des feuilles cancellées, glabres, bispides, papuleuses, scarieuses, conniventes, perioliées, applicatives, plicatives, réplicatives, eorrugatives, équitatives, semi-amplectives, conduplicatives. — Patience, encore un peu. — Il y (ni a de circinalcs, de convolutives, de supervolutives, d’involutives, de révol u t i ves, de curvatives ; il > en a... Ouf! assez!... O mes fleurs, mes belles fleurs, qu avez-vous donc commis de si terrible, qu’on se serve, en parlant de vous, de ces gros mots pareils à des injures! Non, vous n’avez rien fait de répréhensible; vous avez été la joie

LA FEUILLE

des yeux et vous le serez toujours. Toujours vous resterez jeunes, toujours fraîches, toujours gracieuses ; et les gros mots dont on vous accable, à la Tin moisis, sentant le rance, s’en iront où vont les choses malsaines, dans les bas-fonds de l’oubli. Comme j’effacerais volontiers, s’il en était temps encore, les expressions de piima tifide, palmatilobée, etc., qui m’ont échappé plus haut! La contagion de. l’exemple avait perverti ma plume. Qu’y faire? il est trop tard. — Ici un remords me vient. Les botanistes sont-ils bien coupables d’avoir, pour décrire les espèces végétales, assemblé d’étranges syllabes, qui trop souvent donnent l’air d’une évocation magique à la description d’une lleur? Non; disons-le sans arrière-pensée. Pour caractériser les espèces, si prodigieusement nombreuses, pour dire en une phrase courte les traits fondamentaux de leur structure, le langage ordinaire est insuffisant. 11 faut des expressions bien définies, qui ne signifient qu’une chose et la signifient bien ; il faut des termes précis, dans lesquels l’idée est jetée comme dans un moule invariable ayant cours partout. Ne médisons pas des syllabes peu euphoniques des botanistes, mais n’en abusons pas non plus. Il y a deux sciences: la science des savants, abstruse, technique, d’aspect retors, et la science des ignorants, la nôtre. Chacune a son langage. En ignorants que nous sommes, continuons à nous servir du langage des ignorants.

I ne fois pour toutes, chaque espèce végétale, s’est découpée lefeuillage sur le patron (pii lui convenait, le mieux, et jamais, à moins de graves circonstances, elle n’est revenue sur son

choix. La mode changeante est ici inconnue. Le Tilleul n’envie pas la feuille du Sureau ; le Sureau, satisfait de la sienne, n’eniprunle rien à celle du Sapin. Comme les faisaient le premier Sapin, le premier Sureau, le premier Tilleul, le Sapin, le Sureau, le Tilleul d’aujourd’hui font encore leurs feuilles. Ce n’est pas que la fixité des formes soit absolue. La plante, comme nous, modifie son costume avec l’àge; aux principales étapes de la vie, elle donne à son feuillage une tournure différente. Les deux premières feuilles qu’émet la jeune pousse, les feuilles formées par les cotylédons, ou, comme on dit, les feuilles séminales, diffèrent presque toujours de forme avec les suivantes. Rarement ('lies sont divisées, à quelque degré qu’arrivent les incisions des autres. Voyez à ce sujet les feuilles séminales en forme de cœur du Radis, les feuilles séminales en forme de languette de la Carotte et du Persil. Fréquemment encore, à la base de la tige, les feuilles ont une configuration à part, qui dérive delà forme générale par des nuances insensibles ou même se passe de transition. Enfin, au voisinage des fleurs, les feuilles se rapetissent, se simplifient en se subdivisant moins, et perdent quelquefois leur coloration verte pour prendre une nuance voisine de celle des fleurs. Elles diffèrent tellement des feuilles ordinaires, qu’on n’a pas hésité à leur donner un nom spécial, celui de bractées. L’Helléliore que voici représenté vous renseignera sur les variations de la forme des feuilles de la base de la tige au sommet. On y reconnaît de profondes différences entre les feuilles de la base divisées en longues lanières rayonnantes, et les feuilles

LA FEUILLE

de ruisselle (lesquelles s'échappent les Heurs. Ces dernières, réduites à de larges languettes, sont des bractées.

exception laite des modifications qu’elles montrent an voisinage des racines, et des Heurs, les feuilles, dans l'immense majorité des cas, sont invariables de forme Dans quelques cas assez rares, une certaine inconstance de caractère, ou mieux des motifs à nous inconnus, font eepen-

Hellébore, pour montrer la transition entre les leu il les et les bractées.

HISTOIRE DE LA RUCHE, dant que, sur un même rameau, des feuilles se trouvent

instruira le Laurier Sassafras. Où veut donc en venir le noble

Méditerait-il une révolution dans la mode? — On s’explique mieux le luit des plantes aquatiques, comme le Cabomba cl certaines Renoncules à petites Heurs blanches amies 'des mares au premier printemps. Leurs feuilles supérieures, surnageant au-dessus de l’eau, sont entières; leurs feuilles inférieures, totalement immergées, sont divisées en délicates houppes. Les feuilles, nous le verrons plus tard, sont les organes respiratoires de la plante. Dans l’eau, où les principes gazeux qu’elle doit respirer sont plus rares qu’à l’air

une plus grande surface d’absorption. Elle prend modèle sur l’appareil respiratoire des poissons, sur les branchies, composées, elles aussi, d’innombrables petites lamelles qui s’étalent dans la cavité des ouïes au contact vivifiant de

cote a côte avec des tournures diverses. C’est ce dont nous

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l’eau aérée. Le même principe guide, parai L-i 1 , la Sagittaire. Les feuilles aériennes ont la forme d’un ter de flèche, ce

Le Cabomba. ltenoucule aquatique.

quia valu son nom à la plante; les feuilles plongées dans le courant sont des rubans d’un mètre de longueur et plus.

Quelques végétaux, victimes de nos caprices, apportent aussi de graves changements dans leur feuillage. Le Saule pleureur, ce bel arbre à rameaux tombants qui prête son ombre aux tombeaux, s’est laissé dire par l'homme que tout irait pour le mieux s’il recroquevillait ses feuilles en coquille d’escargot. Le crédule Saule l’a fait. Il n'est pas plus beau pour cela. Le Sureau, séduit par quelque .jardinier qui

histoire ni-; la iujciil.

voulait lairc du nouveau, s’est- façonné un feuillage lacinié. Mais ces exemples sont rares, et le principe est sauf. Chaque espèce est fidèle à son genre de feuilles.

Nous nedirons rien du pétiole ou de la queue de la feuille, d’autant plus que beaucoup de plantes s’en passent comme d’une pure superfluité. La feuille est alors immédiatement attachée au rameau, et elle est dite fouille scssile. Nous

Feuilles sessiles du Mouron.

Feuilles pétiolées du Groseillier.

nous arrêterons un moment sur les stipulas. Les stipules, avons-nous dit, sont des expansions foliacées accompagnant la base du pétiole. Elles se trouvent dans un grand nombre de plantes, mais non dans toutes. Tantôt elles sont libres et prennent un grand développement, qui pourrait les faire confondre avec des feuilles; tantôt elles sont soudées, soit au pétiole, soit entre elles; tantôt enfin elles entourent la

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