‹ Histoire de la bûcheChapitre 5 sur 77 · HO II IUI KO N S DK S B K TES ET DES PLANTES · texte numérisé non relu

HO II IUI KO N S DK S B K TES ET DES PLANTES

vivre ailleurs d’une vit' indépendante et bourgeonnera leur tour une nouvelle lignée.

Maintenaiil jetez les regards sur la ligure. Ne diriez-vous pas un arbuste en Heurs?

(le n’cst pourtant pas une j > 1 a 1 1 Le ; c’est un pied de corail. Vous connaissez les belles perles rouges avec lesquelles on l'ait des colliers. On vous a dit que c’était du corail. Fort bien ; niais, avant d’être façonné en perles par les mains de l’ouvrier, sachez que le corail a

la forme d’un petit aire Corail.

buste d’un rouge vif,

avec tige, branches et rameaux. Seulement, l’arbrisseau n’est pas en bois : il est en pierre aussi dure que le marbre, ce qui ne l’empêche pas de se couvrir, au fond de la mer, d’élégantes petites Ileurs. Orc.es prétendues Heurs épanouies sur des rameaux de pierre, sont en réalité des animaux dont le corail est la demeure commune, la maison, le support. On les appelle des polypes. Leur organisation est calquée sur celle de l’hydre. Figurez-vous un globule creux de matière gélatineuse, un petit sac dont l’oritice est bordé de huit lamelles frangées, de huit tentacules s'épanouissant

Polype du Corail.

comme les pétales (l’une tleur; tel est l’habitant du corail. A pari la l’orme im peu différente, vous reconnaissez ici la

structure générale de l’hydre.

C’est toujours une poche digestive tixée par la base et couronnée de huit bras propres à saisir une proie. Tel qu’il est dans la mer, le corail est revêtu d’une écorce molle criblée d’une foule d’enfoncements cellulaires, dans chacun desquels un polype est logé. Au-dessous de cette écorce vivante se trouve le support pierreux d’un rouge vif. Bien que cantonnés chacun dans une cellule spéciale et doués d’une existence propre, les polypes d’un même pied de corail ne sont pas étrangers l’un à l’autre. Ils communiquent tous par l’estomac; ce que l’un digère profite à tous. Avec leurs bras frangés épanouis en rosette, les polypes happent au passage, comme le fait l’hydre, les particules nutritives amenées par les eaux. Ce hasard ne les favorise pas tous de la même manière. Tel fait une chasse abondante, tel autre ne referme pas une seule fois le lilet de ses tentacules. N'importe: la journée linie, la nourriture a été égale pour tous; les estomacs qui ont digéré ont fourni leur ration aux autres.

Comment s’est établi d’estomac à estomac cet étroit communisme que, dans ses plus folles aberrations, l’esprit humain n’aurait jamais conçu ; comment s’est organisé cet étrange réfectoire où l’individu qui mange nourrit sou

BOURGEONS DES BÊTES ET DES l'EANTES. lit

voisin qui n’a pas mangé? Voici: — Tout pied (h; corail

débute par un seul polype, qui, issu d’un œuf et d’abord

errant dans les eaux, finit par se fixer à une roche sous-

marine pour y fonder une colonie. Ce polype, une fois

qu'il a pris domicile, bourgeonne à la manière de l’hydre,

à la manière de la plante. Un nouveau polype liait donc sur le liane du premier. La communication entre la cavité digestive du polype-rameau et celle du polype-souche est d’abord indispensable, afin que la nourriture saisie et digérée par ce dernier profite au jeune, incapable de se suffire à lui-même. Cette communication a lieu absolument comme chez l’hydre, avec cette différence qu’elle 1 l’est pas destinée à s’interrompre un jour. Les polypes du corail arrivés à maturité ne se séparent pas pour aller s’établir ailleurs, ils continuent à vivre en famille, indissolublement unis par les liens d’estomac, plus forts encore que ceux de parenté. Les relations de ventre à ventre ne cessent donc jamais.

Or, le premier polype issu d'un bourgeon est suivi d’un second, d’un troisième, d’un quatrième, etc. Les fils à leur tour bourgeonnent des pet i I s-fils ; ceux-ci, des arrièrepetits-fils; cl ainsi de suite sans limites arrêtées, si bien que des générations successives s’échelonnent sans fin par de nouveaux bourgeonnements, de jour en jour plus nombreux. Quant au domicile commun ou corail, il résulte de l’exsudation de tous ses habitants, «pii suent de la pierre, comme l’escargot transpire les matériaux de sa coquille. Chaque polype nouveau-né apporte son contingent de ma-

tière pierreuse et. l’édifice grandit, se rarnilianl de plus en plus. C’est ainsi que se forment le corail et une foule de productions marines analogues nommées polypiers, c’est-àdire habitations de polypes. \ ce litre, le corail est luimême un polypier.

D’après son mode de formation, il est visible qu’un polypier n’a pas de lin nécessaire et qu’il ne peut périr que d’accident. Les polypes vieux meurent sans doute comme meurt tout animal; mais avant, ils laissent sur le polypier de nombreux rejetons, qui en laissent à leur tour d’autres plus nombreux; et cela se continuant toujours, il n’y a aucune raison pour que le polypier dépérisse. Loin de là, s’il ne survient aucun accident, le polypier, toujours restauré, toujours agrandi par des générations nouvelles, atteindra, plein de vigueur, tel âge que l’on voudra. L’abeille et le polype meurent, l’essaim et le polypier restent; l’individu périt, la société persiste. On trouve dans la mer Rouge des polypiers tellement volumineux, qu’en évaluant leur âge d’après la lenteur de leur accroissement annuel, on arrive à une prodigieuse antiquité. Aujourd'hui encore en pleine activité, ils comptent de trois à quatre mille ans d’existence; ils datent de la construction des Pyramides; ils sont contemporains des patriarches et des Pharaons! Pour les agglomérations des polypes, le temps ne compte pas. L’individu meurt, mais la communauté traverse les siècles, toujours jeune, toujours en travail.

Notre excursion sous-marine, au milieu des fourrés d’arbustes de pierre, couverts de rosettes animales, nous amène,

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