‹ Histoire de la bûcheChapitre 51 sur 77 · PAGE · texte numérisé non relu

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METAMORPHOSES

là, par exemple, l’émotion était au comble. Involontairement nous cherchions les mains de nos voisins pour nous rassurer à leur amical contact. Comment triompher en effet de la frayeur! Vous rappelez-vous ce cabinet englué de sang, cet affreux charnier où pendent au croc les sept femmes de la Barbe-Bleue? Et cette maudite clef, dont rien ne peut faire disparaître la tache! — La Barbe-Bleue arrive. La scène se passe dans la tour. — « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir? » dit la pauvre femme d’une voix éteinte par les affres de la mort. — « Voudrais-tu bien descendre! » gronde du bas de l’escalier la grosse voix de la Barbe-Bleue. On entend le coutelas qui s’aiguise sur une dalle degrés...

Ccndrillon venait rasséréner nos esprits. — Les sœurs sont parties pour le bal, bien hères, bien pimpantes. Cendrillon, le cœur gros, surveille la marmite. Entrée en scène delà marraine. — «Va, dit-elle, au jardin quérir une citrouille. » Et voilà que la citrouille évidée se change, sous la baguette de la marraine, en un carrosse doré. — « Cen- <1 ri I Ion , fait-elle encore, lève la trappe de la souricière. » — Six souris s’eu échappent, aussitôt touchées de la magique baguette, aussitôt métamorphosées en six chevaux d’un beau gris pommelé. Un rat à maîtresse barbe devient un gros cocher doué d’une triomphante moustache. Six lézards qui dormaient derrière l’arrosoir deviennent des laquais tout de vert chamarrés, qui montent aussitôt derrière le carrosse. En (in les méchantes nippes de la pauvre lillc sont changées en habits de drap d’or et d’argent, semés de

pierreries. Cendrillôn pari pour le bal, chaussée de pantoufles de verre. Vous savez le reste.

Puissantes marraines pour qui c’était un jeu de changer des souris en chevaux, des lézards eu laquais; gracieuses fées qui sous vos pas faisiez éclore des merveilles, qu’êtesvous devenues! Avez-vous fui de dégoût devant notre monde, glacé par l’amour de l’écu? êtes-vous remontées aux sereines sommités du ciel, d’où vous jetez sur nous un regard de mépris? avez-vous fui pour toujours notre terre? — Non, non. Dieu soit béni! vous habitez encore parmi nous. Vous nourrissez l’imagination enfantine de merveilles illusoires, vous nourrissez l’esprit mûr de merveilles réelles. La Fantaisie, fée de Cendrillôn, sait toujours en ses rêves se créer un carrosse avec une citrouille; la Réalité, grande fée du bon Dieu, avec bien moins qu’une citrouille, se fait attelage et carrosse, et cocher et laquais. Mille vies humaines ne suffiraient pas à raconter ses merveilles. En notre cadre étroit que pourrions-nous en dire? Bornons-nous à toucher quelques mots des métamorphoses opérées par la fée marraine des plantes.

Beaucoup de plantes émettent de longues ramifications qui, dans leur débilité, traîneraient à terre en vrais souillons. Comme Cendrillôn, pourtant, elles voudraient bien aller au bal, où sont déjà leurs sœurs; ('lies voudraient aller à la fête, à l’enivrante lête du soleil; elles voudraient monter là-haut, au sommet de la haie inondée de lumière, oû le papillon voltige, oû l’abeille bourdonne. Qui sait si elles aussi ne trouveraient pas un prince galant qui leur

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ferait les honneurs de la fête? — Une nuit, bien avant i’airrore, et c’est cause que beaucoup ne la voient pas, la fée marraine passe. Elle touche dans le bourgeon les feuilles des pauvres dolentes ; et voilà que ces feuilles cessent d'être feuilles pour devenir de petites mains qui saisissent, enlacent la ramée voisine et soulèvent la plante aux fêtes du grand jour, ha Botanique nomme vrilles ces mains que la fée vient de produire par la métamorphose (h* quelques feuilles. Ce sont des filaments flexibles, simples ou

Cobæa grimpant. Dernières folioles transformées en vrilles.

ramifiés, qui s’enroulent en tire-bouchon autour des objets saisis. Les six laquais venus des lézards de Cendrillon mon-

tèrent aussitôt derrière le carrosse, comme s’ils n’eussent fait autre chose de leur vie. Les mains venues des feuilles du Pois de senteur s’attachent également aux ramilles voisines, comme si toujours c’eût été leur métier. Considérez le tact qu’il faut au grêle filament pour chercher l’appui de la ramée, pour deviner, aveugle qu’il est, la présence d’un rameau propice, pour saisir celui-ci et l’enlacer régulièrement dans ses replis spiraux. Un brin d’herbe ferait-il ce miracle, s’il n’avait été touché de la magique baguette de la fée !

Les feuilles sont devenues des vrilles, des mains qui doivent hisser le Pois de senteur a la lumière. Mais décemment la plante ne peut pas se présenter nue a la lètc. Il lui huit un habit, il lui faut d’autres feuilles. Rien n’empêcherait la fée, si hou lui semblait, de donner à sa filleule une robe de drap d’or et d’argent semée de pierreries; mais cest lourd, peu hygiénique et d’ailleurs de mauvais goût. Elle sait trop bien que le simple est compagnon du beau, poui commettre pareille sottise. Passe pour nous qui, sous pi» texte d’embellissement, suspendons a 1 oreille un petit caillou luisant et cerclons le poignet de verroteries et de ; métal. Mettons-nous sur le dos Golcondeet le Pérou, enlaidissons-nous de somptuosités; la plante, plus seusee, ne le fera pas. La fée marraine se contente donc de taire a sa filleule tout simplement d’autres feuilles. Elle touche les stipules, et celles-ci s’élargissent, fraîches, vertes comme de j véritables feuilles; elle touche le pétiole, le pétiole maigre qui n’a que les os et la peau, et le pétiole se dilate en mem-

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