‹ Histoire de la bûcheChapitre 52 sur 77 · M ÉT AM OR PII OSES · texte numérisé non relu

M ÉT AM OR PII OSES

brane foliacée; elle louche Je rameau, el le rameau s’aplatit, verdit, devient feuille. Et tous, stipules, pétioles, rameaux, font désormais fonctions de feuilles comme si de leur vie ils n’eussent fait autre chose.

Donnons au plus vite des exemples de ces étranges métamorphoses. Vous pourriez bien ne voir qu’un conte de fantaisie dans cette très-véridique histoire. Donnez un coup d’œil à la Gesse à larges feuilles, espèce voisine du Dois de

Gesse à larges feuilles. Dernières folioles transformées en vrilles, pétiole élargi en feuille.

senteur. La plante devrait avoir réglementairement des touilles composées à cinq folioles. Deux de ces folioles restent encore, mais que sont devenues les trois autres? Elles ont produit trois vrilles avec lesquelles la Gesse escalade la cime de la haie. Et pour remplacer les folioles mélamor-

phosees, le pétiole a dilaté ses bords en deux ailes énormes, enfin est devenu une large et belle feuille.

Cette autre Gesse, Gesse Apliaea, vulgairement Pois de serpent, u a plus de leu i 1 les, absolument plus. Elles sont

Gesse Aphaca. Feuilles Irnnsl'or- Gesse à boui|uel. Tige, stipules, pétioles

niées en vrilles, stipules de devenus foliacés,

venues feuilles.

en entier métamorphosées en vrilles. Mais lus stipules ont pris une ampleur inusitée pour les remplacer. Enfin voici un exemple où la plante, la Gesse à bouquet, après avoir échangé pour des vrilles toutes ses folioles, excepté deux, dilate à la fois le pétiole, la tige cl les stipules en membranes foliacées.

M ÉTAMORPUOSËS.

Quelquefois la plante tient trop à ses feuilles pour les laisser changer en vrilles. Elle a ses raisons, je n’en doute pas; mais le difficile est de les deviner. Que fait alors la fée marraine? la crovez-vous embarrassée? Bah! si les feuilles

lui manquent, elle trouvera bien autre» chose. La fée de Cendrillon se serait-elle trouvée dans l’embarras si, pour faire le carrosse, elle n’avait pas eu de Citrouille? Elle en aurait fait un avec un sabot dépareillé, avec la marmite qui bouillait sur le feu. La fée des plantes n’est pas davau-

rameau malingre «le la Vigne devient mie solide vrille.

Lige entreprise quand, pour faire une vrille, la feuille lui manque. Sans rien changer au limbe de la feuille, elle

charge le pétiole de se rouler eri tire-bouchon ou du moins de se recourber en crochet, comme dans la Capucine. Ou bien encore, elle déniche dans quelque coin un rameau souffreteux, qui de sa vie n’aurait rien lait qui vaille; et le rameau malingre devient une solide vrille. Exemple : l;i Vigne. Il n’y a pas à s’y tromper : les vrilles de la Vigne sont bien des rameaux analogues à ceux qui deviennent des grappes. Elles sont à l’opposé des feuilles, précisément à la place où se montrent les grappes; et puis, il n’est pas rare de trouver des vrilles munies de quelques grains de raisin. C’est évident : le sarment a sacrifié un certain nombre de ses rameaux à fruit, de ses grappes, pour en faire des vrilles. Le sacrifice est grand, mais aussi comment distiller sa généreuse liqueur si la Vigne n’étale ses pampres aux vivifiants regards du soleil? Ne lui cherchons pas querelle sur ses vrilles. Elle en fait un noble usage; elle monte à la lumière pour nous mettre en bouteille les rayons' du soleil.

Les Cucurbitacées : Citrouille, Cornichon, Concombre et leurs confrères, se permettent aussi la métamorphose du rameau en vrille. Dites-moi, s’il vous plaît, ce que peut faire de vrilles la Citrouille obèse, lourdement couchée à terre? Elle a trop de ventre pour aspirer bien haut. Et h* Concombre encore, d’où lui vient tant d’ambition? Voudraient-ils l’uii et l’autre escalader le Chêne, et de là nous menacer de leurs fruits? Jadis Garo tremblait pour son nez à cette seule idée. Espérons que do longtemps la gourde n’escaladera pas l’arbre. Toujours esl-il que la Citrouille

MliTAMOUPHOSES.

lait des vrilles de ses rameaux, dans l’espoir, heureusement déru, d’atteindre les hauteurs. Sacrilier ses rameaux, ses rameaux qui peut-être auraient porté des courges, pour

Vi ille-î d'une Cucurbitacéc, la Citrouille vivace.

une sotte satisfaction d’amour-propre! Ambitieuse plante, votre lee marraine vous gâte... — Eh ! eh ! chuchotent entre eux Cornichon, -Citrouille et Concombre, en manque-t-il chez vous qui, citrouilles au moral, pour grimper au mât

de cocagne des honneurs, sacrifient tout : rameaux, feuilles, fruits et le reste... — Taisons-nous; le Concombre nous en dirait de dures. Il nous faudrait baisser le front sous les remontrances véridiques du Cornichon. Contentons-nous de mettre ici au pilori de l’histoire deux Cucurbitacées, avec leurs rameaux devenus ambitieux grappins.

Vrilles d’une nuire Cucu rbitacée, la Pandipnve.

Pour des motifs tenus secrets, la plante quelquefois perd ses feuilles ordinaires et métamorphose leurs pétioles en expansions foliacées. Ce n’est pas cependant le besoin de vrilles qui amène la transformation : la plante, souvent bel

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arbre de haute futaie, 11e réclame aucun aide pour s’élever droit vers le ciel. Je voudrais bien vous dire la cause de cette curieuse habitude, mais franchement je ne la sais pas. Voici deux exemples de la métamorphose du pétiole en feuille. Ils appartiennent l’un et l’autre au genre Acacie.

Hameau d'Acacie à pliyllodes.

Dans la première ligure, le pétiole de la feuille inférieure est devenu lui-mcme une belle feuille, et la feuille normale

n’est plus représentée que par un maigre appendice surmontant le premier. Dans les deux autres feuilles, la mé-

tamorphose est moins avancée. On voit cependant dans

leur pétiole et dans leur nervure médiane des dilatations

qui trahissent la tendance générale. Dans la seconde figuré, plusieurs des feuilles composées sont remplacées par des pétioles élargis. On nomme Vhyllodes les pétioles, et les rameaux ainsi transformés en feuilles. Leur limbe se lient vertical au lieu d’être couché suivant l'horizontale à l’exemple du limbe des feuilles ordinaires. De cette verticalité du limbe résulte, dans les arbres à feuillage composé de phvllodes, une étrange distribution de jour et de lumière (pii frappa d’étonnement les premiers explorateurs des forêts de la Nouvelle-Hollande, patrie par excellence des Acacies à phvllodes. Ce n’est pas là du reste la seule surprise

MÉTAMORPHOSES

que la végétation de la Nouvelle-Hollande réserve aux botanistes. Sur ces terres de l’autre bout du monde, la plante a de singulières fantaisies.

Mais pourquoi aller au loin rechercher des curiosités

végétales? N’avons-nous pas dans nos haies le Petit-Houx,

rude arbuste, mais gracieux de forme, toujours vert et paré

en décembre de grosses baies d’un rouge de corail? Enjo-

livé de houppes de moelle de#sureau, qui, par leur mate blancheur, font ressortir le vert cru du feuillage et l’écar- . laie des fruits, le Petit-IIoux est employé en Provence à décorer le pain de la fraternité chrétienne, le pain calendànu des l’êtes de la Noël. La veille du saint jour, le pain surmonté de son rameau est religieusement déposé sur la table de famille. Béni par l’aïeul, il doit jusqu’au jour de l’an présider aux repas. Au jour de l’an, on l’entame en faveur du premier pauvre qui passe. S’il ne survient pas de pauvre, le lils de la maison fait le nécessiteux ; il sort, frappe à la porte, tend la main et reçoit la part de la misère. Alors, naïves et touchantes agapes entre l’homme et la bête (|ui lui donne sa vie, un morceau de la sainte miche est dis-

tribué aux divers animaux serviteurs de la maison. Vache, moutons, mulet, matou, chien et volaille, tous reçoivent leur part. Ces préliminaires remplis, la famille se partage le reste.

Or, pour orner dignement le pain sacré de la Noël, il faut au Petit-Houx une végétation exceptionnelle. Il lui faut une fructification tardive qui ne craigne pas de mûrir sous la neige ses baies de corail; il lui faut un feuillage ro-

buste qui brave la bise et la gelée. L’arbuste, comme s’il prévoyait son rôle aux saintes agapes, a pris un parti qu’il faudrait taxer d’extravagant si la réussite ne le justifiait en plein. Pour avoir un feuillage à la fois gracieux et robuste, il s’est privé de feuilles, ce qui semble un non-sens; il s’est privé de feuilles, mais il a savamment aplati ses rameaux eu

lames vertes, bien coriaces, pour résister à l’hiver. La fée marraine encore a passé par là, sinon comment l’arbuste de ses rameaux aurait- il fait des feuilles; comment l’originale idée lui en serait-elle seulement venue? Nous-mêmes, qui nous croyons si experts, jamais n’aurions songé à l’étrange métamorphose.

Ce n’est pas tout que d’avoir une idée; il faut la mettre à exécution, et bien. En cela le Petit-Houx est passé maître. Que dites-vous de son feuillage? N’est-ce pas là des feuilles à s’y tromper, et des feuilles d’une grâce incontestable dans leur prudente roideur? Prouvons que ce ne

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