I.e Petit-Houx. Que dites-vous de
ce feuillage de rameaux? s(ml pas ,leS feuilles, mais bien
des rameaux métamorphosés. — D’abord remarquez la disposition verticale du limbe. A ce caractère seul, la nature des feuilles hétéroclites se trahit aux regards exercés. Une feuille véritable tient son limbe horizontal. Les phyl-
MÉTAMORPHOSES
ludes seuls se permettent cette orientation insolite, l’uis, à la base de ces lames imitant la feuille, une petite écaille se voit, réduite presque à rien. Ces écailles sont les feuilles normales dont l'arbuste a voulu conserver une
Rameau foliacé <lo Xylophylle.
Rameau foliacé de Dnnuïde.
trace pour nous dire qu’il en aurait, s’il le voulait bien, de pareilles à celles des autres végétaux. A l’aisselle d’une feuille véritable, à l’aisselle d’une écaille représentant d’une touille, que vient-il? — I n bourgeon, un rameau. Les lames vertes qui naissent à .l’aisselle de ces écailles sont donc des
rameaux. Ce n’est pas tout, les feuilles ne viennent pas sur les feuilles, ni les fleurs, ni les fruits ; tout cela vient exclusivement sur les rameaux. Eh bien, regardez un peu les feuilles problématiques du l'etit-lloux. Au centre de leur limbe elles portent un faisceau de petites feuilles; et du centre de ce faisceau s’élève la fleur qui deviendra plus
tard une baie rouge. L’arbuste a donc ses rameaux pour
feuillage, car ce feuillage porte des feuilles, des fleurs et des fruits.
Quelques autres végétaux ont emprunté au Petit-IIoux sa manière de faire. De leurs rameaux aplatis ils se façonnent des feuilles. La page précédente en fournit deux exemples. Démarquez, dans la première figure, les fleurs qui couvrent la fausse feuille -v et dans la seconde, les écailles, véritables feuilles, qui se montrent à la base des .rameaux dilatés.
Le Népenthès distillatoire, singulière plante de Ceylan et de Madagascar, nous convie à d’autres merveilles. Dans la plupart des feuilles, le pétiole, d’abord dilaté en phyllode, se rétrécit plus loin en un cordon plexueux et se termine par une élégante amphore pleine d’une eau limpide, excellente à boire. En couvercle mobile, qui représente la feuille proprement dite, tandis que tout le reste de ce curieux appareil représente le pétiole, est à l’entrée de l’urne végétale. Il s’ouvre de* jour et se ferme de nuit. L’eau amassée ne provient ni de la pluie, ni de la rosée; le Népenthès la distille en ses abondantes transpirations nocturnes et la met en réserve pour les besoins du jour. De nuit, alors que le couvercle est fermé, le niveau monte dans les amphores
M ETAMOIlPliOSES.
par l’afflux du surabondant, dé la sève; au retour du soleil, le couvercle se soulève, et le li(juide diminue, en partie éva-
poré, en partie bu parla plante. Le Népenlhès, d’ailleurs, partage dans l’occasion avec l’ homme le frais contenu de
ses cruches. Le voyageur que la so'if tourmente accourt à lui, se désaltère et bénit la fée qui d’une feuille sait faire appareil <list i I la toi re et carafon toujours plein.
l'rne cl fleur rte Népenthès.
I rues rtes Sarracénies.
Les Sarracénies de l’Amérique imitent, mais de loin, le Népenthès. Leurs feuilles ont, pour la plupart, la forme de sacs ventrus, de longs cornets où s’amassent les eaux pluviales. *
DC
Entre voisins. — La Grive et les dards du Prunellier. — Une iainille de mauvais sujets. — La conversion du Néflier. — Influence du moral sur le physique, — Socrate et les ^hallebardes de l’Épine-vinette. — Quelques fleurs bien gardées. — Les stylets du Jujubier. — Les aiguillons du Rosier. — Une mine rébarbative. — L'âne revêtu de la peau du lion. — Appareil venimeux delà Vipère et de l’Ortie.
Pour se faire des appareils d’escalade, un feuillage supplémentaire, des outres où s’amasse une fraîche liqueur, la plante vient de se montrer d’un admirable gùnie inventif; elle n’est pas moins industrieuse pourse façonner des armes. — Le Prunellier dos haies tient à ses âpres prunelles, autant tpie le Prunier Heine-tdaude à ses fruits parfumés.
Il IST0J1Œ DK LA DUC II K.
L’Aubépine, sa commère, s’applaudit d<* son côté, de ses méchantes petites pommes rouges; à son dire, rien ne les vaut. Le voisin Prunellier, dans sa blanche barbe de lichens, ! ril de cette prétention. Il sail fort bien à quoi s’en tenir: les pommettes de l’Aubépine sont détestables. Mais jamais il ne l’a hautement avoué, de crainte peut-être de s’attirer une mauvaise affaire : la voisine n’est, pas endurante. L’Aubépine à son tour fait ses gorges chaudes du Prunellier, : tout en protestant devant lui d'un profond dévouement et d'une inaltérable amitié. — « Bonjour, voisin par-ci; bon- 1 jour voisin par-là. La nuit a-t-elle été bonne? la Grive n’estelle pas venue marauder dans votre verger? » — Et le reste. Mais attendez qu’elle soit à l’écart en tête-à-tête avec la Ronce. — « Voyez-vous ce butor (pii croit faire merveille avec scs affreuses prunelles! A-t-il vos fleurs roses, ma chère; a-t-il vos mûres! a-t-il mes belles pommes rouges! Faut-il être.... » N’achevons pas; il n’est pas décent de répéter les commérages des mauvaises langues. De celte étude de mœurs végétales, apprenons ceci en passant : Entre voisins, d’habitude, ce sont coups d’encensoir par devant, coups de pied par derrière. Bref, Prunellier, Ronce et Aubépine, ■ ont chacun en haute estime leurs fruits respectifs; et pour les défendre, ils se sont créé un arsenal.
Le Prunellier aiguise en poignards ses rameaux à humeur ; tapageuse, siuis disposition à produire des fruits. Ferrailleurs, spadassins, sont pareillement chez nous gens iinpro- ! ductifs ; n’étant bons à rien, ils ont pris pour métier d’on- j vrir le ventre aux autres. Le Prunellier donc choisit dans sa
. .. mi a • •
A 11 M ÜS OFFENSIVES.
Épine de Prunellier.
famille les j>1 us mauvais sujets, les rameaux qui 11e donnent pas d’espérance ; et il s’en crée uiu; phalange de gardes, en les terminant d’une pointe acérée. Ils sont loin d’être beaux sous leur harnachement de guerre. Voyez-les et jugez. Quatre ou cinq maigres feuilles, puis un dard. Jamais fleurs ne viendront s’asseoir sur le rameau brutal. C’est ce que la Botanique nomme une épine .
Ainsi amné, le Prunellier se croit en sûreté.. Arbuste soupçonneux, que ta vue est obtuse! La Grive viendra, la Grive narquoise, qui mettra dextrement la patte sur tes armes, se moquera de les baïonnettes et gobera tes prunelles si le cœur lui en dit. La Pie-grièche éçorcheur viendra encore, qui embrochera à tes épines, pour les laisser faisander, ses provisions de bouche, sauterelles, scarabées, et suspendra à tes piquants les dépouilles opimes des oisillons sacrifiés. Il valait bien la peine de se mettre sur le pied de guerre pour servir de charnier à la Pie-grièche, pour devenir les fourches patibulaires où la bête assassine accroche ses victimes! Le mouton passera lui aussi, à tes dards laissant appendu le flocon de laine destiné au nid de la Fauvette; cl tous, Grive, Pie-grièche, Fauvette, tous, excepté les prunelles, profiteront de ton naturel hargneux. Plus de don- /
ceur ne nuit pas en ce monde. Gens hargneux, Prunelliers irascibles, on profite de vos sottises et l’on se rit de vous.
N’insistons pas, ce serait temps perdu. Rien de tenace dans ses idées comme un Prunellier.
L’Aubépine a beau médire en secret de son voisin le Prunellier, elle lui trouve quelque chose de bon : les épines. À
son exemple, pour défendre ses pommettes rouges, elle se fait un rempart de baïonnettes avec des rameaux aiguisés <m pointe. Grand nombre d’autres végétaux en font autant; par exemple les l eviers, grands arbres voisins de notre Acacia vulgaire, qui transforment en robustes piquants rainitiés de menus rameaux éclos çà et là sur la tige; par exemple encore, l’Argoussier, qui termine ses branches par un dard ; par exemple enfin, le Poirier et le : Néflier sauvages. Puissance merveilleuse de
l’éducation! le Poirier et le Néflier sau-
vages qui, dans leur vie de chenapans, sont armés d’horribles poignards, une fois admis dans nos cultures, perdent leurs fé- ; roces instincts! Ils abandonnent l'habitude du dard! Que dis-je? de leurs rameaux, qui seraient devenus des piquants, ils font
rdcs rameaux à fruit, couverts de belles poires, de nèfles savoureuses. Le coriace
Piquant de . .
l’Argoussier. piquant perd sa pointe et se met a distiller des douceurs! Miracle inouï : le spadassin se fait travailleur!... Toi, féroce bambin qui, derrière la borne, as-
sommes en riant un misérable chat; gamin sans coeur qui
te complais à la douleur des hôtes et te fais un régal d’écraser le crapaud; toi aussi, stupide sauvageon, l'éducation
Alt MHS OFFENSIVES.
•* ff t
,\ÜO
mi jour t’appréhendera ; au besoin, l'éducation sévère du malheur, et, miracle plus grand que la conversion du Néflier, elle l’enseignera les saintes larmes de la pitié, cl, de coriace piquant, te fera rameau attendri.
Plus économes dans la construction de leurs engins'de guerre, d’autres plantes se bornent à transformer en armes offensives de simples feuilles ou même uniquement quelques-unes de leurs parlies. L’arsenal n’en est pas moins respectable. Le savoir-faire supplée à la dépense. Que le Prunellier, embarrassé de sa famille de méchants rameaux, les fasse hallebardiers, cela se comprend : les sachant inhabiles à produire des prunelles, il les utilise comme il peut. Mais le Jujubier, l’Epine-vinette, le Groseillier sauvage et tant d’autres, élèvent leurs bourgeons pour les travaux des champs et non pour la caserne; ils ne leur supporteraient pas des goûts soldatesques. Ces arbustes pourtant ont la manie des armes. Alors que.
lbnt-ils? Fdi bien, l’Épine-vinette métamorphose quelques-unes de ses leuilles tantôt en hallebardes étoilées, tantôt en simples dards. Y l’aisselle de ces feuilles belliqueuses, des bourgeons naissent, d’humeur placide, de goûts champêtres, se couvrant do feuilles ordinaires sur . . ,, , r ... .
Epine-vinette, f. feuilles transil i . , formées, en pii|iiants ; r, leuil-
M-squt lies 11a pas prise l'exemple de les normales, leurs aînées. Comme le caractère vous modifie la physionomie! Socrate, tout laid qu’il était de naissance, faisait
par sa belle àmc oublier son nez camus. Mais comment oublier la mine rébarbative de la feuille d’Épine-vinetle passionnée pour un féroce métier? En quoi ressemble-t-elle à
la feuille adonnée aux soins du ménage? Si l’acte de nais-
sance ne le certifiait, les prendrait-on pour sœurs?
L’Acacia vulgaire et le Jujubier se font avec les stipules
deux solides poignards à la base des feuilles. C’est peu coûteux et d’usage commode. — Le Groseillier à maquereaux
Acacia vulgaire, r, pétiole de la Jujubier. 4, pétiole de la Le Groseillier à maquefeuille; s, s, stipules changées feuille; a, a, stipules reaux. c, c,v, coussinets
eu piquants; //, rameau. changées en piquants- changés en piquants^ A. A,
bourgeons; f, f, f, hase des feuilles.
vise davantage à
‘économie
Il met en œuvre des matériaux
(pie les plantes en général ne savent pas utiliser. Jhi bourrelet qui supporte la feuille sur la branche, en un mol du
roussi net, il se façonne un dard robuste, simple ou triple.
La base des jiétioles est en outre barbelée de cils. épineux. Si le Merle lui vole ses groseilles, ce ne sera pas faute de
précautions.
D’autres, à moins de Irais encore, affilent en épée l 'extrémité du pétiole commun de leurs feuilles composées; ou bien, comme lejloux et l’irascible tribu des Chardons, pro-