‹ Histoire de la bûcheChapitre 56 sur 77 · A H II A NO RM 12 N T DES FEUILLES · texte numérisé non relu

A H II A NO RM 12 N T DES FEUILLES

rentps. Et alors, si l’on vous demandait comment les feuilles sont arrangées sur le rameau, vous répondriez, j’en suis presque sûr, vous répondriez : il en vient un peu partout, au hasard. — Au hasard! ô le vilain mot. L’architecte qui nous bâtit les cages appelées des maisons, empile-t-il les pierres au hasard? Longtemps il médite ses plans; et, quand il s’agit de construire, à chaque instant il ponsulte l'équerre, la règle, le niveau, pour bien garder l’aplomb et suivre 1 alignement. Un gâcheur de mortier, pour asseoir les assises de nos misérables cages, fait appel à la géométrie, la noble science de l’ordre dans l’étendue; et le grand Architecte, de ses divines mains, n’aurait pas promené le compas sur la plante, merveille des édifices! Non, non, enfants, les feuilles ne sont pas disposées au hasard. Toute chose en ce monde passe sous le cordeau des éternelles harmonies; tout se pèse, tout se mesure, tout se dénombre. Le moindre brin de Mousse échelonne ses feuilles suivant une spire transcendante, sur laquelle Babel, l’orgueilleuse, eut pris modèle volontiers. Essayons de vous le faire comprendre.

Pour nous construire une habitation, nous creusons profondément la terre. Dans la tranchée, nous établissons une hase solide de maçonnerie; et sur cette base, nous élevons un étage. L’habitation à la rigueur peut s’arrêter là. Mais en général le terrain est coûteux, cl puis il huit du mieux utiliser les fondements, qui peuvent supporter plusieurs habitations maçonnées l’une au-dessus de l’autre. L’économie en dépenses et en terrain occupé nous porte donc a superposer étage sur étage, pour gagner suivant la verticale ce

qu’il serait trop coûteux d’avoir suivant riiorizontale. — La plante a des ressources limitées; son budget domestique doit cire, comme le noire, économiquement réglé. Elle doit tirer le meilleur parti possible de ses fondements, de ses racines; elle doit utiliser du mieux le terrain occupé pour laisser aux voisines l’espace qui leur est raisonnablement dû. Elle bâtit donc, elle aussi, suivant la verticale, étage sur étage. 11 y a des espèces envahissantes, il est vrai, le Chiendent et autres, qui ne linissent plu s en fondations et rampent tou jours à l’affût d’un nouveau lopin de terre. Je vous ai dit comment l’homme reçoit le rapace gramen dans ses cultures. Quand donc' notre éducation sera-t-elle assez faite pour accueillir de même les autres gramens, captaleurs d’héritages! Fort heureusement, la maudite herbe est l'exception. La règle est (pic la plante bâtisse haute et fière, suivant la verticale, en plein air, au soleil, en vue de tous. Les rampantes machinations lui sont antipathiques En cela, son architecture et la nôtre se ressemblent; mais voici en

quoi elles diffèrent, à l’avantage delà plante.

Nous disposons nos étages exactement l’un au-dessus de l’autre. Le locataire du second a sous les pieds le locataire

du premier; sur la tète, le locataire du troisième. S il lui prend fantaisie de faire un peu de remue-ménage chez lui, il incommode son voisin du premier (pii sommeille; s il veut se reposer lui-mème, il est incommodé par son voisin du troisième. Et il faut peu de chose pour s’agacer les nerfs de voisin à voisin. Cris joyeux des enfants, pas sonores sur le plancher, conversations à des heures avancées de la nuit,

gcmissenienls des pianos que l'on fouette, et tant d’autres misères, en voilà bien assez pour vous aigrir riiumcur. Donc nos étages superposés ne sont pas sans de gras es inemnenients.

Il est douteux que de longtemps nos architectes x trouxenl remède. — La plante est bien mieux inspirée dans l’édifice de ses feuilles. Elle évite ou plutôt elle retarde autant que possible cette fâcheuse superposition, non que les feuilles aient à redouter le tapage nocturne de leurs voisines, pas une ne se permettrait de troubler le repos public, mais enlin elles pourraient se nuire en se taisant ombre, en se masquant le jour. Si nous avons besoin de tranquillité dans nos demeures, la feuille dans la sienne a besoin de soleil; sous peine de périr, il lui faut voir le ciel. Le poun «iit-il h si juste au-dessus s’étalait la voisine; si 1 etage quelle occupe avait pour plafond le plancher de l’étage suivant? Non certes. Que fait alors la plante? De la base a la cime du rameau, elle enroule un escalier spiral, qui monte par marches égales, avec une géométrique régularité. C’est, si vous h* voulez, l’escalier a vis d’une haute tour. A la base' de l’escalier, elle établit la première feuille; en un point plus élevé, mais qui ne correspond pas au precedent, elle loge la seconde; plus haut encore, et toujours de côté, elle case la troisième, et ainsi de suite, si bien que les logements des diverses feuilles tournent, s’élevant toujours sans si1 superposer. Tôt ou tard, c’est inévitable, quand toutes h ^ places sont prises, une feuille pourtant linil par se Irouxei juste au-dessus d’une autre; l’escalier spiral, a lorce de tourner, superpose deux logements. Mais c’est a une telle

Il IST 01 II Ë DE LA DUCHE.

distance que l’accès du jour sur la feuille inférieure est à

peine entravé. Si le plafond qui tremble sous les pas du

nous troublés par le bruit? Peu ou point. De même une feuille ne souffre plus de la superposition d’une autre quand l’escalier spiral a logé celle-ci assez liant. Elle est dans le cas où nous serions nous-mêmes si du premier nous avions pour plafond le plancher du quatrième, du cinquième ou de tout autre étage encore plus élevé. Nous aurions de l’air, je l’espère.

Tôt ou tard, disons-nous, l’escalier spiral amène une feuille juste au-dessus de celle qui occupe la base du rameau. A partir de ce point de superposition, l’ordre primitif

A H il ANGE ME N T DKS FEUILLES, sa ire. La première ligure a trait a un rameau de Cerisiei ; la seconde est le même rameau dépouillé de ses feuilles, mais conservant les points d’attache de ses dernières. Partons d’une feuille, la première venue, de celle numérotée 1 par exemple. Pour aller de cette (ouille a la suivante, pour monter d’un étage, suivons l’escalier idéal représente ici par un trait qui s’enroule autour du rameau. Nous arrivons d’abord à l’étage 2. C’est là que loge la seconde feuille. Vous le vovez : pour ne pas gêner la première de son ombre, elle a pris domicile de colé. Poursuivons. Nous rencontrons la feuille ô, qui n’est superposée ni à la première, ni a la seconde. Montons encore. Vient la feuille i, ne correspondant à aucune de celles qui précèdent. I n étage de plus nous amène à la feuille 5, toujours disposée de façon a ne pas recouvrir celles d’en bas. Lutin la feuille G est juste placée au-dessus de la feuille 1, et lui forme plafond a la hauteur de cinq étages. La feuille couverte n’a pas a se plaindre pour sûr de celle qui la couvre; 1 élévation du plafond lui fait une part large de lumière et d’air.

Au-dessus de la feuille 6, l’escalier monte toujours avec la même distribution des étages. La feuille 6, superposée à la feuille 1, est suivie de la feuille 7, superposée à 2; puis de la feuille 8, superposée à 5, des feuilles 9, 10, 11, superposées à 4, 5, 6. Avec la feuille 1 1, on se retrouve sur Palignement qui passe déjà par 1 et 6. On s’y retrouverait encore avec les feuilles 10, 21, 26, etc., -c'est-à-dire toutes les fois qu’on aurait monté de cinq étages. Ainsi, de cinq en cinq étages, les feuilles du Cerisier reprennent la même dis-

position, Dans un groupe de cinq feuilles contiguës, aucune ne sert de plafond aux précédentes; mais d’un groupe à l’autre la superposition a lien, et l'ensemble des feuilles est aligné sur cinq rangées qui vont d’un bout à l’autre du rameau. I ne rangée passe par les feuilles 1, b, II, etc.; une autre, par les feuilles 2, 7, 12, etc.; une troisième, par les feuilles 5, cS, 15, etc.; une quatrième, par les feuilles 4, 9, 14, etc.; et une cinquième enlin, par les feuilles 5, 10, 15, etc.

On nomme cycle l’ensemble des feuilles qui se trouvent

sur l’escalier spiral, à partir de l’une d’elles jusqu’à celle

qui lui est immédiatement superposée. Dans le Cerisier, le cycle est de 5, parce (pie, pour aller de la feuille l, point de départ, à la feuille 6. qui se trouve sur la même rangée rect iligne, on compte cinq feuilles, savoir les feuilles numérotées 1, 2, 5, 4 et 5. Le mot cycle signifie cercle, circuit. On veut entendre par là que les feuilles, après un certain nombre, reviennent à l’ordre primitif pour le recommencer indéfiniment, de même que le cercle revient sur lui-même et recommence le même chemin. Cinq feuilles composent le cycle du Cerisier. A la sixième, il y a superposition avec la

feuille point de départ, et un nouveau cycle commence, reproduisant le même ordre de choses, pour se terminer à la onzième, etc. Remarquez sur la ligure que, pour clore le cvcle, pour aller de la feuille l à sa correspondante 6, l'escalier à vis, la'spirale idéale qui passe par toutes les feuilles.

fait par deux fois le tour du circonférences. Si donc on

rameau cl comprend ainsi deux voulait avoir l’écart de deux

l’aulnf..

Arrivez ici, que l'on vous examine,

Aulne du bord des eaux. Comment construisez-vous?

aru ange ment

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