I.e même dépouillé de ses feuilles
T>88 HISTOIRE DK LA DUCHE.
ya Quelques Cactées, le Pin blanc, etc.
£ La Joubarbe tabulaire, etc.
Une loi remarquable de simplicité relie entre eux ces divers nombres, en apparence étrangers l’un à l’autre. Prenohs-en trois consécutifs, à volonté; par exemple: -i, |,
Le dernier, f, s’obtient par l’addition, terme à terme, des deux qui précèdent : | = — . Essayons encore une fois.
Soient
Celui-ci, yh est égal à , c’est-à-dire aux
deux qui le précèdent, ajoutés terme à terme. On obtient donc la série des angles de divergence, une fois les deux
premiers connus, \ et 5, en additionnant terme à terme les
deux qui précèdent. — Que devient le hasard devant cette sévère mathématique? Chaque espèce adopte pour ses feuilles la spire qui lui convient le mieux; elle semble 11e consulter que ses goûts. N’importe; le Cerisier à son insu combine en un seul les plans de l’Aulne et du Tilleul ; le Pin. maritime se conforme aux devis réunis du Saule et. du Soucbet ; la Joubarbe tabulaire emprunte sa spirale aux Cactées et à
la Joubarbe des toits. C’est évident : une intelligence coordi-
natrice a passé par là, faisant dériver toute l’architectonique des feuilles d’une commune loi. Quand je vous le disais que Babel l’orgueilleuse volontiers eût consulté la plante pour ses rampes à vis! L’auriez-vous soupçonné : le Cerisier ingénieur, maître eu profonds calculs comme les fortes tètes de l’École polytechnique! A quelle école donc a-t-il appris le nombre? — A l’école de Dieu, de Dieu le grand savant.
Il nous est facile, maintenant que la loi nous est connue, de continuer la série des angles de divergence. Par l’addi-
lion tenu»’ à terme des deux dernières fractions, nous aurons d’abord ■ ;> Pu*s» c,e proche en proche, *-J, <‘lr.
Kh bien, ces nombres se trouvent vérifiés par l’observation ; des plantes bâtissent suivant leurs règles. Cependant, il faut le reconnaître, à mesure que les nombres s’élèvent, l’application en devient de plus en plus rare. Compliquer, ce n’est pas perfectionner, et la plante est trop habile pour tomber dans le piège où nous tombons nous-mêmes si fré-
quemment en nous éloignant du simple, toujours beau, pour courir après le complexe, diltuset laid. 1) ordinaire la plant» s’en tient donc aux angles de divergence les plus simples. Elle revient très-fréquemment, par exemple, à l’angle
Il arrive assez souvent que, pour loger un grand nombre de feuilles, la plante n’a à sa disposition qu’un petit bout de tige insignifiant. Par exemple, les têtes d Artichaut, les cônes des Pins, les rosettes de certaines Joubarbes. Ne vous
étonnez pas de me voir met tre ici, pêle-mêle avec les feuilles, les écailles des cônes de Pin et des têtes d’Àrtichaut. Ces
écailles sont des feuilles, profondément modifiées, il est vrai, en vue du rôle à remplir; elles suivent donc les règles ordinaires. Il arrive, dis-je, que la plante n’a que très-peu d’espace à donner à ses feuilles, presque rien. C’est alors surtout qu’elle appelle à son aide les hautes ressources de la géométrie, afin de suppléer par un ordre plus scrupuleux que jamais au large qui lui manque. Voyons-la a 1 oeuvre
en ce pas difficile.
Soit un cône de Pin maritime. En voilà-t-il des écailles! Comment l’arbre s’y est-il pris pour b's agencer dans nu
ordre aussi parfait? Comment les a-t-il logées sur l’escalier spiral? De quel angle de divergence s’est-il servi? — Ce n'est pas du tout aisé à dire. Pour trouver le secret de l’architecture du cône, il faudrait pouvoir suivre sur son axe, sur son rameau central, la rampe spirale qui va d’une écaille à l’autre et les embrasse toutes sans exception, de même que nous la suivions avec tant de facilité sur le Cerisier et l’Aulne. Ici le rameau est caché par les écailles; et puis, le mettrait-on à nu, en enlevant
Cône du Pin maritime.
ses dernières, il serait si court et les étages si pressés, qu’on ne parviendrait jamais à s’y reconnaître, Donnons un nom à la spirale qui, de la base au sommet du cône, comprend toutes les écailles, comme les spirales étudiées précédemment embrassaient toutes les feuilles du rameau ; avec les botanistes; appelons-la spirale primitive. C’est elle qu’il s’agit de découvrir dans les rangs pressés des écailles du cône. Remarquons d’abord que, sur la surface du cône, des rangées régulières se dessinent contournant le fruit et comprenant chacune un certain nombre d’éca il les seulement. On les nomme spirales secondaires. On en compte ô s’enroulant de gauche à droite, et 5 s’enroulant de droite à gauche. Cela ne peut bien se voir que sur l’objet lui-même, et non sur la figure, qui ne montre qu’une face du cône. Eli bien, des calculs ardus, incomparablement trop élevés
ARRANGEMENT DES l-’ISUIlil.ES. r,ül
pour nous, .mais très-élémentaires pour le Pin* établissent qu'avec ces deux nombres de spirales secondaires, on connaît l’angle de divergence. Le plus petit donne le numérateur, la somme des deux, donne le dénominateur. L’angle de divergence du Pin maritime est dont* - ; c est-a-diie que la spirale primitive fait trois fois le tour du rameau et passe par huit écailles avant d’en rencontrer une qui se superpose à l’écaille point de départ ; c’est-à-dire encore que la neuvième écaille sert de plafond à la première, après trois tours de l’escalier à vis. Rien de plus commode, vous le voyez, que l’examen des spirales secondaires pour trouver suivant quel ordre une plante bâtit. Avec elles, on va plus loin encoie. Kilos nous permettent de, dresser en quelque sorte l’état civil des écailles du cône et de les numéroter par ordre de naissance. Accordons un instant a cette curieuse recherche.
Inscrivez le nombre 1 sur l’écaille que vous voudrez, vers la base. A partir de cette écaille, il faut maintenant cataloguer les autres suivant leur âge relatif. l)e l’écaille I , comme de toute autre du reste, deux spirales secondaires partent, l’une s’enroulant vers
la droite, l’autre vers la gauche. Pour Écailles du cône du l’in maritime numérotées d’après
, , ... • i i • i i leur ordre de naissance.
les écaillés successives de la spirale de droite, il faut inscrire les nombres 4, 7, 10, 13, etc., toujours en augmentant de 3, quantité précisément égale au nombre de spires secondaires tournant à droite. Pour les
écailles successives de la spirale de gauche, il faut, à partir de l, inscrire les nombres 6, 11, 16, 21, etc., en augmentant toujours de 5, nombre des spirales secondaires tournant à gauche. — Cela ne nous fournit .encore que deux rangées, l’une à droite, l’autre à gauche. Pour continuer, on prend
un nouveau point de départ, 6 par exemple; et, en suivant la spirale de droite, on inscrit 0, 12, 15, etc., toujours en augmentant de 5. Si maintenant on partait de 12 pour tourner à gauche, on inscrirait 17, 22, 27, etc., en augmentant de 5. C’est compris, je l’espère. De proche en proche, l’étal civil du cône se trouve ainsi dressé. Regardez la figure. L’écaille 1 pour nous commence la série. Quelle est l’écaille née immédiatement après? C’est l’écaille 2, invisible dans . l’image. Est venue ensuite l’écaille 5, placée tout au bord ; puis l’écaille 4 adossée à 1 ; puis 5, 6, etc.; enfin 0 qui termine le cycle et se place juste au-dessus de 1. Mon Dieu, mon Dieu! que de science dans un cône de Pin, dans une tête d’Artichaut, que nous sauçons feuille par feuille dans le vinaigre el l’huile sans prendre garde à son admirable architecture!
Tous les cônes de Pins se prêtent à l’étude que nous venons de faire, mais tous ne conduisent pas aux mêmes résultats. Il y en a par exemple dont l’angle de divergence est
Terminons par la rosette de feuilles de la Joubarbe tabulaire. Suivez du doigt et attentivement sur l’image. Vous compterez 8 spirales secondaires tournant vers la gauche pour aller du bord au centre, et 15 tournant vers la droite.
A 11 R A N fi K A! F. N T . D E S Y E CIL LES.
|/angle do divergence est donc ou ft. Le cycle comprend o l feuilles et l’escalier spiral passa ni par tous les étages
la Joubarbe tabulaire. l.a même dont les feuilles sont numérotées
d'après leur ordre de naissance.
fait 8 tours avant d’atteindre une feuille superposée à la première. S’il fallait numéroter les feuilles par ordre de naissance, on compterait de là en 15 sur les spires de droite et de 8 en 8 sur les spires de gauche.
Un conseil avant d’en finir. Vérifiez sur les premières plantes venues les lois numériques que je viens de vous faire connaître; déterminez le cycle, l’angle de divergence. Vous v trouverez la confirmation de la belle vérité que j’ai eue surtout en vue dans ce chapitre : rien n’est livré au hasard. Mais choisissez des rameaux droits, bien réguliers, recevant de tous cotés une égale part de soleil. On n’étudie pas le type des formes humaines sur un pauvre bossu, déjeté, rachitique. N’allons pas demander non plus le type des formes végétales à un rameau malingre. S’il est bossu, noué, comment porterait-il avec ordre ses feuilles?
Les feuilles disposées une à une le long d’une spirale, prennent d'une manière générale le nom de feuilles cjiar ses. D’autres fois, les feuilles naissent deux par deux, trois par trois, quatre par quatre ou davantage, à la même hauteur. Chacun de ces groupes s’appelle verticille, et les feuilles sont qualifiées de vertici liées. Lorsque le verticille est de deux, les feuilles plus fréquemment sont dites opposées. Il est à
Feuilles opposées du Caféier.
remarquer que, dans ces associations deux par deux, chaque groupe se met en croix avec le groupe inférieur, toujours dans h* Dut de gêner h* moins possible l’accès de la lumière.
Du reste, la loi est générale, et, quel que soit leur nombre, les feuilles d’uu vertieille ne se placent [tas au-dessus de celles du vertieille inférieur, qui se trouverait ainsi dans l’ombre ; mais dans leur intervalle. Exemple le Laurier-rose, la Lysimacbie, qui groupent leurs feuilles par vcrlicilles de
Fouilles opposées du Laurier-thym. Feuilles verlieillées par trois
de la Lysimachie.
trois. Ces braves feuilles, comme elles s’aiment, comme elles s’ingénient à gêner le moins possible leurs voisines ! Que de gens devraient s’inspirer auprès d’elles! Paix, s’il vous plaît! ne terminons pas un calme chapitre de géométrie par une méchanceté.
LES STOMATES
L’anatomie. — Le spectacle d’un peu de raclure de feuille. — Question proposée à la grenouille, — Une plante qu’on a oublié de faire boire. — Les avantages d’un épiderme endurci. — Toison des feuilles. — L'usine d’un poil. — Jean Bouclie-d’Or. — L 'infiniment petit et I infiniment nombreux. — Où l’on commence à voir clair dans les habitudes parasites du Gui. — Les petits drôles qui fument quand leur mère se meurt. — Froid produit par l’évaporation. — Les ouvriers qui se tarissent les veines pour éteindre l'incendie. — Un brouet des plus clairs. — Exhalation.
I nc montre, vue superficiellement, qu’esl-elle? l ue boite de u létal munie d’un couvercle de verre, sous lequel tour-
les stomates. 597
deux aiguilles parcourant les divisions d’uu cadran. Oui s’en tiendrait là connaîtrait bien peu la montre. Pour se rendre compte du mécanisme, il laul ouvrir la boite, Ce n’est pas assez: il faut démonter la petite machine. Il faut examiner un à un les divers organes, les roues qui mordent l’une sur l’autre, tournent plus vite pour l’aiguille des minutes, plus lentement pour l’aiguille des heures. Il laul examiner le ressort qui, enroulé sur lui«mèmc dans sa cage, se détend peu à peu et met le tout en branle; il tant porter son attention sur la chaîne, transmettant aux rouages les énergies du ressort ; il faut saisir le jeu du balancier spiral, qui se trémousse dans des pirouettes d’égale duree, pour taiie marcher au pas la machine et modérer l’ardeur qui l’emporterait d’une course désordonnée. 11 faut voir toutes ces chosi s séparément, et alors la montre est à peu près comprise.
La feuille est la grande manufacturière de la plante. Une savons-nous du mécanisme de ses usines? bien encoie. Nous n’avons vu que le couvercle, le dehors. Entrons plus avant, soulevons le couvercle, démontons la feuille pièce par pièce. Cela s’appelle faire de l’anatomie. L’anatomie est la science* qui taille, dépèce, éventre, met en miettes la plante et l’animal, pour surprendre les secrets de l’organisation; science d’aspect terrible quelquefois, quand elle interroge les entrailles pantelantes d’un animal, mais toujours d’un intérêt suprême et d’une sereine majesté, car elle est en présence du plus grand mystère de ce monde,, du mystère de la vie. A nous doue la trousse de I auatomistc. Ne pâlissez pas : il n’y aura pas de sang mi si.
HISTOIRE DK LA DIJCIIK.
Coutelas, scies, scalpels, bistouris, ici n’ont rien à faire. Nous n’allons pas ouvrir le ventre à une victime, nous allons écorcher une feuille. Une aiguille, un canif, c’est tout ce qu’il nous faut. N’oublions-nous rien? Si, une chose essentielle: une bonne loupe et même un microscope. Ce que, nous allons étudier échappe eu général à la meilleure vue.
Avec la pointe d’une aiguille, nous égratignons légèrement une feuille. Irf lambeau de pellicule est soulevé, extrêmement mince et de la transparence du verre. Quelque part qu’on écorche la feuille, en dessus, en dessous, sur le limbe, sur le pétiole, la même pellicule reparaît. Les anatomistes lui donnent le nom d 'épiderme. Nous avons déjà trouvé une membrane pareille sur les jeunes tiges. Examiné
Lambeau d'épidermr de l'Iris. pellicule épidermique percée de fentes en boutonnière/'; iv, cellules hexagonales; ss, stoniales.
Lambeau d'épiderme de la Garance, c, cellules épidermiques;*, stomates.
à la vue simple, l’épiderme ne dit pas grand’chost». Vainement on s’écarquille les yeux, on n y voit rien. I n peu de
bave de colimaçon desséchée ou de vernis à l’œuf ferait le
1,1*1 S STOMATES. 399
même effet. Soumettons le lambeau a la prunelle «lu microscope. Ali! la line lamelle est une mosaïque de pièces assemblées côte à côte comme les briques d’un parquet Suivant l’espèce de plante, elles sont rectangulaires, en losange, polygonales, sinueuses. Puis, un peu par-ci, un peu par-la, des boutonnières bâillent avec de grosses lèvres proéminentes; puis encore, quelques pièces du carrelage épidermique se gonflent en vésicules, se dressent en cornes, s’épanouissent en étoiles. Procédons par ordre. Nous nous perdrions facilement dans un lambeau de raclure de feuille. Trois choses y sont à étudier: les pièces assemblées en mosaïque, les cornes dont quelques-unes sont armées, les boutonnières percées çà et là.
Les pièces dont l’épiderme se compose sont de vieilles connaissances, des cellules. Vous vous rappelez ces petits sachets clos de partout, que nous avons trouvés dans l’écorce, dans les bois, dans la moelle surtout. D’ordinaire ils sont arrondis ou légèrement écrasés par la pression des voisins. Ils contiennent diverses choses : des liquides, des grains de fécule, des gommes, du sucre, des résines, que sais-je enfin? Dans l’épiderme de la feuille, les cellules sont en général aplaties à la manière des briques d’un carrelage; elles s’ajustent exactement l’une à l’autre; elles sont disposées en une seule assise et ne contiennent rien dans leur cavité. L’épiderme est donc une espèce de vernis aride étendu sur la feuille pour la protéger. Et contre quoi, s'il vous plaît? Contre l’air d'abord*, l’indispensable ami et en même temps le mortel ennemi de tout cequi vit. — Vous venez
iUO HISTOIRE 1)E LA BUCHE.
de vous livrer à un travail manuel violent. Une ampoule pleine d’eau s’est formée dans le creux de la main. O11 dit que la peau s’est soulevée. Erreur. C’est seulement la couche superficielle de la peau, l’épiderme, qui de pied en cap nous
habille d’un fourreau protecteur. L’ampoule est crevée.
Oh! oh ! la douleur est insupportable. C’est l’air qui, pénétrant sous l’épiderme déchiré, arrive jusqu’à la peau, sensible à l’excès, et la brutalise comme le ferait le feu. Plongez la blessure dans l’eau ; l’air n’arrive plus et la douleur cesse. Quelle atroce existence si nous n’avions pas l’habit del’épiderme ! Résisterions-nous vingt-quatre heures? C’est douteux. 11 nous resterait la triste ressource de nous plonger dans l’eau. A l’abri de la couche liquide, nous aurions * moins à craindre les'morsures de l’air. Les animaux aquatiques savent à merveille la chose; aussi ne s’habillent-ils que d’un épiderme très-lin, si fin qu’on les dirait presque disposés à s’en passer tout à fait. Demandez plutôt à la grenouille.
De même, les feuilles se prémunissent contre l’air au moyen d’un surtout d’épiderme, non qu’elles aient à redouter la douleur, vous savez que la plante ne la connaît pas, mais elles ont à craindre une chose très-grave pour elles, 1 évaporation. La feuille, même la plus aride eu apparence, est imbibée
d’eau, nécessaire à son existence. Les racines la pompent dans
la terre; le bois encore jeune, l’aubier, la conduit à destination; la feuille là reçoit et l’utilise pour les besoins de la communauté. Si rien ne protégeait les réservoirs de la leu il le, au premier coup de soleil les provisions d’eau s’eu
V t! nuit II DIS F. \ I \.
I't“i 1 1 1 les mollasses, si l’ruir.lics, si dodues au sein do rulKiinlaiico, «|iiollo (risle ligure vous faites quand le liquide iiitinqiie!
i* a il i: illl
LES STOMATES. W1
iraient eu vapeurs, et la feuille fanée pendrait mourante au bout du pétiole. Eh bien, c’est l’épiderme qui empêche ou plutôt retarde l’évaporation, a la manière d un enduit imperméable. Nous disons qu il retarde, car si les racines 11e trouvent pas à temps dans le sol de quoi renouveler la provision d’eau, l’évaporation, entravée seulement par l’épiderme, finit par mettre les réservoirs à sec, et la plante baisse la tète toute flétrie. Que cet état se prolonge un peu, et c’en est fait d’elle. 11 suffît d’avoir vu l’état piteux où l’évaporation met une plante qu’on a oublié de faire boire dans son vase, pour comprendre les fâcheuses conséquences d’une évaporation non contre-balancée à temps par le jeu de pompe des racines. Que serait-ce si la plante se livrait sans épiderme à l’action desséchante du soleil et du vent ? l’as une ne finirait la journée.
Pour les plantes aquatiques, c’est une. autre affaire. Plongées qu’elles sont dans l’eau, elles n’ont pas à se prémunir contre la dessiccation. Elles imitent la grenouille. Mieux que cela : elles se passent totalement d’épiderme pour s’imprégner de liquidée! boire à satiété. C’est fort bien tant qu’elles sont dans l’eau, mais si elles en sortent, l’épreuve est rude. En instant d’exposition à l’air suffit pour les crisper, les rendre méconnaissables. Feuilles mollasses, si fraîches, si dodues au sein de l’abondance, quelle triste ligure vous faites quand b' liquide manque! Eue vie trop facile vous livre sans énergie aux luttes du grand air. Vous ne succomberiez pas flétries au premier revers, si vous vous étiez endurci l’épiderme par le travail et la sobriété. — Les feuilles
flottantes, à demi aquatiques, à demi aériennes, adoptent un terme moyen. Elles n’ont pas d’épiderme à la lace intérieure en contact avec l’eau, elles en ont à la l'ace supérieure en contact avec l’air.
Lambeau d'épiderme (le la Uenoncule aquatique; lace supérieure des feuilles. ce, cellules épidermiques; ssss, stomates.
En général, les cellules de l’épiderme sont aplaties, et la membrane qu’elles forment par leur assemblage est régulièrement unie. Mais il n’est pas rare que certaines cellules, parfois toutes, sc gonflent en mamelons, sc soulèvent en verrues, ou s’allongent en cornes creuses, appelées poils.
Épidémie de la Garance, pp, cellules allongées en poils; e, cellules restées plates.
La surface de la feuille est alors ou mamelonnée à la manière d’une framboise, ou veloutée d’un lin duvet, ou hé-
LES STOMATES. i03
rissée de cils roules, ou matelassée de bourre, etc., suivant le degré d’allongement el la linesse des cellules épidernii-
Ficolde glaciale.
La Ficoïde glaciale soulève sou épiderme, autant
• pies
sur les rameaux que sur les' feuilles, eu petites ampoules
l.a Joubarbe cotonneuse.
semblables à des perles de glace. U’où le nom vulgaire de
LES STOMATES. /t0:’
glaciale donné à la curieuse plante, qui miroite au soleil d’été avec une parure de frimas. — La Joubarbe cotonneuse habile filandière, se fait avec les cellules de l’épiderme de longs brins soyeux qui s’enchevêtrent et couvrent les rosettes de feuilles d’une espèce de gaze, aussi délicate que la toile de l’araignée. — D’autres feutrent leurs poils en ouate; d’autres les assemblent en velours ; d’autres en empoisonnent la cavité et les utilisent comme armes offensives. — Nous nous couvrons de fourrures pour nous garantir du froid ; la plante parait avoir un autre but quand elle se revêt d’une épaisse toison. On remarque du moins que ce ne sont pas les espèces les plus exposées à la rigueur des frimas qui s’adonnent de préférence au costume fourré, mais bien les espèces exposées à toutes les ardeurs du soleil, sur les sables et les rochers arides. La Primevère des glaciers a ses feuilles nues ; l’Alhanasie maritime, sur les plages brûlantes de la Méditerranée, est empaquetée de coton plus blanc que neige. A l’ombre et. dans les terrains humides, la feuille ouatée rarement est de mode. 11 semblerait donc que la plante, en se matelassant de bourre, a surtout en vue sa grande ennemie, l’évaporation; et que, pour 1 enti.uei davantage, à l’obstacle de l’épiderme elle ajoute 1 obstacle
d’une toison.
Le poil le plus simple consiste en une cellule épidermique prolongée en forme de corne. Cette cellule peut s»' ramiliei et donner naissance à un poil à deux ou plusieurs branches, dont les cavités communiquent entre elles. D autres fois, plusieurs cellules s’ajustent bout a bout poiu cou-
stituer un poil divisé en compartiments. Ici encore il y en a de simples et de ramifiés. Il y en a dont les branches rayon-
l’oils formés d'une seule cellule épidermique. 1, poil simple; 2, poil bifurqué;
5, poil ranieux.
nerit autour d’un centre commun ; d’autres, dont les cellules courtes et arrondies sont assemblées en chapelet;
d’autres encore qui, par la soudure de longues cellules rayonnantes, prennent la forme d’une écaille étoilée, adhérant à la feuille par son point central. Ces poils écailleux ont en général des reflets brillants, presque métalliques. On les prendrait pour de fines écailles de poisson, ou pour cette poussière argentée que l’aile du papillon laisse aux doigts. Ce sont eux qui donnent au feuillage de l’Olivier son
LES STOMATES
aspect cendré ; ce sont eux qui argentent les feuilles de l’Argoussier et de l’Olivier de Bohême.
I'oil en écaille de l'Argoussier.
Ce n’est pas tout que de faire le beau, de reluire au soleil en belles écailles d’argent. Et le travail donc, faut-il le laisser chômer? Quelques poils le comprennent très-bien, eux les petits entre les petits Ils s arment de couiagc, tout faibles qu’ils sont, ils montent une usine pour venir en aide à la manufacture des leuilles. La goutte ajoutée a la goutte comble les abîmes des mers; le travail d’un poil, d une cel-
l’oils glanduleux.
Iule, ajouté au travail pour somme le grand
d’autres poils, d’autres cellules, a labeur du végétal. En voici un qui
s’est enflé la fête en- laboratoire. Que fabrique-t-il, le petit, dans sa maigre cucurbite? Peut-être un atome de viscosité, une gouttelette d’essence, dont s’enrichiront les magasins communs. — Ah ! son voisin est plus en fonds. Quatre étages, s’il vous plaît ; et, par-dessus le tout, un appareil distillatoire. — Le troisième est mieux inspiré. Moins de luxe dans l’édifice, plus de développement aux ateliers. Deux alambics sont en fonction. — Le quatrième est le mieux monté : cinq laboratoires mijotent leurs drogues dans les combles d’un édifice à cinq étages.
Or ces laboratoires sont autant de cellules distinctes qui couronnent le poil, et, suivant l’espèce de plante, cuisinent ceci, cela, ou le reste, avec le peu de sève qui leur arrive. On nomme glandes ces amas de cellules élaborant des sucs particuliers, et poils glanduleux , les poils qui en sont munis. Les poils du Houblon nous préparent la matière résineuse, appelée lupuline , qui donne à la bière son bouquet. et sa saveur amère les poils du Pois Chiche fabriquent une matière aigre, l’acide oxalique. Passez la langue sur une gousse fraîche de Pois Chiche. Il vous vient une saveur acide très-prononcée. Du bout de la langue vous avez balayé un millier d’usines, un millier de poils dont la tête renflée sue quelque chose comme du vinaigre.
Un poil travaille, même alors qu’il n’a pas d’industrie spéciale. Il brasse sa petite part de sève dans des courants sans fin, qui montent, redescendent, retournent, pour aérer la précieuse liqueur et la préparer à point. C’est chose a vqus confondre que de voir au microscope 1 infatigable rotation
LES STOMATES
<le la sève arrosant la peut vous donner une petit.
cavité d’un poil. La figure que voici idée de cette activité de rinlinimenl
Poil de l'Épliémére de Virginie, et, épiderme; s, stomate ; n, cellule de '« base du poil avec des courants rotatoires indiqués par les ileches; n, noyau de cellule auloi 1 duquel ont lieu des courants.
Dans la cité végétale où rien ne chôme, pas même un poil, les travailleurs par excellence sont les stomates, ou plutôt les ateliers auxquels ils servent de porte d’entrée. Vous vous rappelez ces espèces de. boutonnières a grosses lèvres que le microscope découvre sur l’épiderme des feuilles, ce sont là les stomates. Si MM. les savants aimaient moins le grec, au grand avantage des petits garçons et des
petites iilles qui préféreraient des expressions plus claires, ils auraient dit simplement bouche, car le mot stomate a tout juste cette signification. Un moyen se présente de retenir stomate. Rappelez-vous le saint évêque de l'Église grecque, Jean Chrysostome, en notre langue Jean Bouched’Or, qui, dans la basilique de Constantinople, admonestait vertement l’empereur Àrcadius et sa cour. La douce persuasion qui va droit au cœur coulait à Ilots pressés de sa
lèvre éloquente; au charme de sa parole, les fureurs populaires ameutées contre un vil ministre s’apaisaient et laissaient échapper leur victime. Le glorieux surnom de Chrysostome (Chrysos, or; sloma , bouche), fut le prix de tant d’éloquence.
Les stomates se trouvent principalement sur les feuilles, à la face inférieure, surtout pour les feuilles aériennes; à la face supérieure pour les feuilles aquatiques flottantes. 11 est inutilede chercher à les voir sans microscope, car leurs dimensions sont d’une excessive finesse. L’empreinte laissée par la pointe de l’aiguille la plus déliée, en comparaison, serait un trou grossier. Mais pour suffire à son labeur, l’infiniment petit se fait infiniment nombreux. Dans l’étendue d’un centimètre carré, on compte 1,600 stomates environ à la face inférieure d’une feuille d’iris ; 5,500 dans l’Œillet; 25,000 dans le Lilas. Tous les végétaux n’ont pas des ateliers aussi bien montés. Le Gui, pour n’en citer qu’un exemple, n’a qu’une trentaine de stomates dans un centimètre carré de la surface de ses feuilles. C’est apparemment pour ce motif qu’il vit en parasite sur divers arbres. N’étant
LES STOMATES
pas assez bien outillé pour subsister de son travail, il s’abreuve sans gêne à la seve des autres.
Une des fonctions des stomates est, de laisser exhaler en vapeurs l’eau surabondante des feuilles. Les plantes transpirent constamment; c’est surtout au soleil qu’elles laissent dégager à l’air des vapeurs invisibles. — Pour nous convaincre de l’humidité dégagée par notre respiration, nous dirigeons l’haleine contre un carreau de vitre froid. La vapeur invisible du souffle se condense, ternit le verre et ruisselle enfin en gouttelettes. L’haleinc humide des stomates se constate de la même manière. Dans un flacon bien sec, on met un rameau vivant, sans trace apparente d humidité. Bientôt la paroi du flacon se couvre de gouttelettes à l’intérieur. Les petites bouches de la feuille exhalent donc de la vapeur d’eau tout aussi bien que la bouche de l’homme ; leur haleine est humide comme la notre. Ce qui peut s’échapper de vapeur par chacun de ces soupiraux est audessous de toute évaluation ; mais, vu le nombre prodigieux de stomates, le total de l’eau exhalée n’en est pas moins considérable. Un arbre de moyenne grandeur, pour peu que ses stomates fonctionnent bien, rejette à l’air une dizaine de litres d’eau par jour. L’exhalation est plus active de jour que de nuit, au soleil qu’à' l’ombre, par un temps sec et chaud que par un temps-froid et humide. On comprend alors la fâcheuse situation d’une plante délicate exposée aux ardeurs du soleil. Les stomates travaillent avec un entrain exceptionnel. Si notre vue était assez perçante, nous les verrions çà et là sur la feuille, changée en verte prairie.
comme autant de soupiraux de chaudière lançant à l’air un jet de ruinée. Pour suffire à cette dépense, les racines sucent la terre en désespérées ; il y va du salut de la plante. Mais le sol est à sec, et, faute de liquide, les pompes souterraines cessent de jouer. Les stomates cependant vont toujours ; ils lancent leurs filets de vapeur avec la même prodigalité que si l’eau regorgeait. Bientôt ils ont tari les citernes des feuilles, et la plante s’incline, en voie de périr, si l’arrosoir ne vient à son secours. — O les méchants petits prodigues, qui ont épuisé leur mère et l ont mise en péril de mort pour la satisfaction de fumer au soleil ! S’amuse-t-on à de pareils jeux au moment où l’eau manque? On faille mort; on ferme son soupirail et l’on ne fume plus !
On ne fume plus, c’est aisé à dire, enfants; les stomates n’ont pas le tort que vous leur croyez. S’ils ont mis la plante
en péril, c’était dans l’intention de lui venir en aide; s ils l’ont à demi tuée, c’était dans l’intention de lui sauver la vie, et je le prouve. — 11 faut de la chaleur à la plante, mais il ne lui en faut pas trop. Aux rayons d’un soleil brutal, un grand danger est à craindre : la chaleur exagérée, qui s’accumulant toujours Unirait par cuire la plante. Eh bien,
quand réchauffement menace de devenir par trop lort, les stomates se mettent à fumer de plus belle, et ils savent a merveille ce qu’ils font, n’en doutez pas. Un liquide qui s’évapore est pour l’objet aux dépens duquel se fait l’évaporation une cause de refroidissement, parce que la vapeur qui s’en va emporte avec elle une grande quantité de chaleur prise à l’objet lui-même. Yersez dans le creux de la
main quelques gouttes d’un liquide volatil, d’éther. Aussitôt l’ évaporation se fait, et l’on éprouve a la main nue vive impression de iroid. Les vapeurs, en s en allant, empoiti ni votre chaleur. Qui ne se rappelle les frissons éprouvés au sortir du bain? La mince couche d’eau dont le corps est couvert en est cause. En s’évaporant, elle nous soutire une partie de notre chaleur. Une fois le corps essuyé, l’évaporation n’a plus lieu, et les frissons cessent comme par enchantement. — C’est tout clair. L’évaporation est une cause de froid. Vous ignoriez peut-etre ce beau principe di physique ; les stomates, experts en l’art de modérer la char leur, l’ont connu de tout temps. N’en soyez pas confus : de plus habiles que vous auraient considérablement à apprendre en compagnie des stomates. Quand le soleil menace de cuire la feuille dans sou jus, ils mettent tout en bianlc dans leurs ateliers : ils évaporent, ils fument à qui mieux mieux pour produire du froid. Mille, dix mille, vingt mille soupiraux crachent dé la vapeur dans une étendue pas plus grande que l’ongle. Pas un ne chôme, pas un ne s’informe si les provisions se renouvellent dans les citernes. C’est bien le moment de lésiner sur l’eau, quand le feu est à la maison ! Et allez toujours; de la vapeur, de la vapeur encore, jusqu’à ce que la dernière goutte y ail passé! S il n eu vient plus des racines, tant pis: l’évaporation 11e s’arrêtera pas pour cela. O11 puisera dans les provisions de réserve, dans les cellules, dans les vaisseaux, de ci, de là, de partout, car il faut lutter jusqu’à la lin, refroidir à tout prix la plante menacée de griller et retarder du moins la mort, si
la niort doit venir. J’estime, quant à moi, ces braves stomates, qui se tarissent héroïquement les veines pour étouffer l’incendie. Et vous?
Par un temps qui ne met plus la plante en péril, de nuit meme, 1 exhalation se lait encore, mais bien moins abondante. Les gouttes d’eau qui perlent le matin à l’extrémité des brins de gazon ou roulent dans les fossettes des feuilles du Chou, résultent précisément de la transpiration nocturne, condensée par la fraîcheur. — Pourquoi les stomates ne se reposent-ils pas à l’ombre, par un temps frais, de nuit, lorsque la plante n’a rien à craindre d’un excès de température? Ils ne devraient plus évaporer dès qu’il n’y a pas de froid à faire. — La plante est attablée au sol. Ce n’est pas à dire qu’elle mange de la terre, nourriture essentiellement indigeste. Comme le marmot dont la gencive rose n’a pas encore poussé la première dent, la plante, toujours enfant, est au régime liquide. Le premier, pour toute alimentation, suce le lait de sa nourrice; la seconde suce le lait de la terre. Elle vit exclusivement de bouillon, c’est-à-dire d'eau tenant en dissolution un peu de tout ce que le sol renferme de soluble. Cela ne vaut pas nos consommés, tant s’en faut, nos consommés où la viande de bœuf ou de mouton a laissé ses jus substantiels. C’est un maigre brouet où, dans des masses d’eau, errent, dissoutes, quelques parcelles nutritives. Le sol est avare; de grands lavages sont nécessaires pour en extraire quelque chose. La nourriture de la plante est donc un brouet des plus clairs. 11 faut en boire beaucoup pour trouver au total de quoi se sustenter. Aussi ses
LES STOMATES
repas durent bien plus que les nôtres; pour mieux dire, ils ne discontinuent pas. Chez elle, la table est toujours mise ; du matin au soir, et du soir au matin, c est une interminable dînette. Le bouillon est si clair ! 11 tant bien se rattraper delà qualité sur la quantité. Les racines sucent donc la terre humide ; elles boivent, boivent toujours, trouvant par-ci par-là quelques miettes dissoutes dans la masse d’eau absorbée. Le maigre liquide s’infiltre des racines dans le bois non encore encroûté, et du bois il monte aux feuilles, qui procèdent aussitôt au triage. Les miettes nutritives sont emmagasinées dans les cellules pour y être accommodées suivant les goûts de la plante, et l’eau qui a servi à les charrier jusqu’ici, reste, pur embarras. Que pourrait en faire la feuille? 11 lui en faut sans doute pour se conserver fraîche, pour laver ses aqueducs et les tenir en bon état; mais, comme il en arrive toujours des racines, faut-il à la fin, à moins de tourner à l’hydropisie, rejeter l’eau surabondante. Et voilà pourquoi les stomates transpirent, même à l’ombre, même de nuit.
le fusil il aiguille. — L’u mot qu’on hésite à traduire. — Une concession à l’Abracadabra. — Granules vprts des feuilles. — Livrée du travail. — Influence des rayons solaires. — Etiolement. — Une ancienne connaissance. — Les manies de la plante malade. — Costume automnal. — Le Sumac retiré des a lia ires. — Les arbres toujours verts. — Saint amour du travail! — La teinte feuille morte. — Les méfaits de I Oroban die. — Végétaux parasites.
Toute porte seul à deux lins : pour rentrée et pour la sortie. Les stomates, portes des ateliers de la feuille, laissent sortir les vapeurs exhalées. Que laissent-ils entrer? Nous allons le voir, mais avant visitons les ateliers. — Sur une feuille, on coupe une tranche très-mince; on la soumet
LES CELLULES VERTES
au microscope, et l’on voit ce que nous montre la li^uir que voici. En e sont les cellules de l’épiderme, étroitement
Tranche verticale d’une feuille. *, stomate; p, cellules à grains verts; m, /, vides entre les cellules; e, cellules de l'épiderme.
ajustées l’une à l’autre pour ne laisser aucun vide. Si l’étoHé épidermique est mince, elle est du moins d’un travail soigné. C’est léger mais résistant, souple mais d’un tissu serré. Sous un pareil fourreau, l’évaporation est impossible autre part qu’aux bouches exhalantes. En s est un stomate. Le verrou est mis, paraît-il; la porte semble close. Non : les deux battants laissent entre eux une lissure, bien étroite, j’en conviens; mais les gens qui passent ici, les allants et les venants, savent entre-bàiller l’huis d’un coup d’épaule. D’ailleurs ils sont si subtils, qu’ils se glissent partout, là même où le plus fin cheveu serait arrêté net. Faisons comme eux; forçons la consigne, n’attendons pas que le stomate s’ouvre pour laisser entrer. Ah! voici une cour spacieuse (/), lieu d’attente pour les produits qui sortent des usines et les matériaux bruts qui doivent y entrer. Divers couloirs en partent, tortueux, rétrécis, utilisant le moindre recoin. Si pour les cours d’entrée la feuille fait largement les choses, elle est d’une sévère économie au cœur des ateliers. La circulation y est possible, mais tout juste. De loin en loin,
quelques carrefours (m) sont ménagés pour éviter l'encombrement. — Nous sommes arrivés. Voyez-vous ces cellules
rondes, à panse pleine de granules verts? elles sont là par myriades, accroupies sur dix rangées, sur vingt, sur cent, dans la seule épaisseur d’une feuille. Saluez, enfants; ce sont les travailleuses qui, de près ou de loin, préparent le manger de tout être animé. Saluez; ce sont les nourrices des populations de la Terre. Qu’elles cessent leur travail, et tout est perdu. Elles n’en viendront pas, espérons-le, à cette épouvantable extrémité; mais enfin on ne connaît que trop les désastreuses conséquences de leur chômage. — En des siècles de triste renom, on a vu, et Dieu sait ce que l’avenir nous réserve, on a vu les gens s’aborder, le teint blême, l’œil creux, la ligure avalée, et se dire tout bas un mot à l’oreille, comme si l’on eût craint que la terrible nouvelle ' ne fût ébruitée par l’écho. Ni la guerre, ni la peste, n’auraient répandu une telle consternation. Qu’élait-il donc arrivé de si grave? Les cellules des plantes alimentaires n’avaient pas travaillé, et les peuples se mouraient de la mort la plus atroce, de la malemort de la faim.
Oui, ces petites cellules vertes, si fines qu’elles tiendraient par douzaines sur la pointe d’une aiguille, si modestes que la plupart n’en soupçonnent pas même l’existence, nous font à tous la loi. Voyez-les cependant dans Tépaisseur d’une feuille, sagement assises par rangées parallèles, trèssimples de costume, absorbées dans la haute cuisine dont seules (».lles ont le secret. Les prendrait-on pour les reines du monde? dirait-on que dans leur panse se décident les
LES CELLULES VERTES
destinées des empires? Mes petits amis, croyez-en le témoignage des feuilles : ce n’est pas autour de la chose la plus utile que se fait le plus de bruit. La cellule pétrit le pain de chaque jour, une noble cervelle jette sur le papier des idées généreuses, et personne n’en parle. On invente le fusil à aiguille et le espion rayé, la crinoline et la voilette muselière, et tout le monde est au courant de l’invention. Et pourtant si jamais, pour nous éprouver, vous deviez nous retirer l’un ou l’autre, prenez, ô mon Dieu, nous sommes tous d’accord sur ce point, prenez le fusil à aiguille et le canon rayé, la crinoline et la voilette muselière, dont à la rigueur on s’efforcera de se passer; prenez toutes ces belles choses, si pénible qu’en soit pour nous la privation ; prenezlcs et laissez-nous, dans votre miséricorde, laissez-nous la cervelle qui pense, la cellule qui fait le pain !
Pour désigner ces miraculeuses ouvrières, qui, à force de science, parviennent à tout nourrir avec des matières non nutritives au début, MM. les savants n’ont pas manqué de créer un mot nouveau. Avec le tact qui les caractérise, ils n’on rien trouvé de mieux que l’affreuse expression de parenchyme. Cela signifie, le dirai-je? cela signifie la bouillie
de I intestin. Horreur! laissons désormais à de pareils mots le pudique voile de l'inconnu ; ce serait dégoûter de la science que de les traduire.
A un ouvrier il faut des outils. Quels sont ceux de la cellule? \oici. Sous le microscope, une cellule déchirée p<u la compression laisse ecouler une gouttelette de lluide tiansparent, dans lequel nagenl de nombreux granules
verts, d’une excessive finesse bien entendu. La cellule est déjà si petite! que sont-ils eux-mêmes, emboîtés par centaines dans sa cavité? Eh bien, ces granules verts, appelés chlorophylle Incorrigible que je suis! on m’v prend en-
core à lâcher le terme savant! je m’étais bien promis de' vous cacher celui-là. Le mal est l'ait. Et puis, il faut vivre en paix avec tous. Pour certaines gens, très-nombreux, plus nombreux que vous ne sauriez le croire, le mot fait la science ; hors du mot consacré il n’y a plus rien. À leur avis, le livre que je vous écris n’a pas l’ombre du sens commun. Ils lui reprocheront de vous escamoter l’expression technique, de vous parler comme parle tout le monde, devons amuser peutêtre au lieu de vous ennuyer. Vous concevez bien que je me préoccupe de leur opinion comme des affaires du Grand Turc; mais, enfin, je veux leur faire une concession. Va donc pour chlorophylle, si cela peut leur calmer les nerfs. Vous-mêmes, enfants, ne comprenez-vous pas la haute portée du mot? ne sentez-vous pas, en le prononçant, vous monter à la tète une bouffée de satisfaction? Voyons, essayez un peu, dites : chlo-ro-phyl-le. Attention ! ne bronchez pas en chemin, n’estropiez pas le mot. Je n’y puis rien, il est écrit suivant les règles, je vous en avertis. Vous hésitez! Disons alors naïvement granules verts des feuilles, puisque cela signifie tout juste la même chose.
Je reprends' la phrase interrompue par la malencontreuse expression. Les granules verts des cellules donnent précisément à la feuille sa coloration verte. Ils la donnent aussi à l’écorce jeune, aux fruits non mûrs, enfin à toutes les par-
LES CELLULES VERTES
tics de la plante colorées en vert. Je vous expliquerai plus tard de quelle importance est la diffusion de ces petits grains verts qui, destinés avant tout à la feuille, savent s’acclimater dans l’écorce et dans le fruit. Le moment n’est pas venu non plus de vous parler de l’incompréhensible travail qu’ils accomplissent, mais du moins je peux vous dire les conditions nécessaires au jeu de ces merveilleux
outils. Pour faire tourner la roue du moulin, il (aut de
l’eau ; pour faire progresser la locomotive, il faut de la vapeur; pour mettre en branle les granules verts dans l’usine de la cellule, il faut... devinez quoi. Il faut le soleil. Leur travail et’si délicat, si difficile que, sans l’aide du soleil, le grand moteur, la grande puissance de ce monde, ils n’en viendraient jamais à bout. Aussi, voyez comme les cellules à grains verts ont soin de se mettre à portée des rayons solaires, de même que le meunier établit son moulin sur la rive du cours d’eau. Pans une feuille, presque toujours assez
mince pour donner en tous sens accès a la lumicie, les cellules vertes occupent l’épaisseur entière; mais si la partie du végétal où elles s’établissent a des couches profondes, c’est toujours à la surface qu’elles se montrent, jamais à l’intérieur, où la lumière ne peut arriver. Fendez une jeune tige : où sont les couches vertes? Ln dehors, a la surlace. Ouvrez un melon : le vert, où est-il? En dehors, toujours en dehors. Je ne veux pas dire (pie les cellules non vertes, profondément situées, ne fassent rien. Elles aussi travaillent ; elles parachèvent la besogne dégrossie, elles l’amènent a perfection, la mettent au moins en magasin si elles ne sa-
vent pas faire autre chose. Pas une cellule, verte ou non, je l’ai déjà dit, ne chôme dans la plante. Quand elle est inactive, c’est qu’elle est morte. Mais le travail primordial, le travail par excellence, le plus ardu de tous, les cellules à grains verts en ont le monopole, et voilà pourquoi toutes viennent à la surface demander aide au soleil.
Si la lumière manque, l’usine s’arrête ou marche de travers. Les granules tombent dans le marasme; ils perdent la couleur verte, joyeuse livrée du travail, et prennent une maladive blancheur. Pour peu que cet état se prolonge, la plante succombe après des efforts inouïs pour regagner le soleil. Forcée de chômer, elle périt. Quelle leçon pour nous, enfants, qui prenons l’oisiveté pour le bien-être! La plante s’exténue en efforts pour revenir à la lumière et reprendre son labeur; nous nous ingénions de toutes les manières à éviter le travail, condition première d’une existence heureuse. Qui des deux a raison, de la plante ou du fainéant? — Couvrez le gazon d’une tuile, cachez une plante sous un pot renversé, et revenez dans quelques jours. Que s’est-il passé dans l’obscurité du pot et sous la tuile? Le gazon est d’une affreuse pâleur. La plante sous le pot n’est pas plus belle à voir. Les feuilles jaunies, fripées, ont un air maladif à vous fendre le cœur. Telle est la triste conséquence de l’oisiveté, oisiveté bien involontaire ici, car, le soleil manquant, les ateliers sont condamnés au chômage, de même qu’un moulin dont les réservoirs sont à sec. Lassés de ne
rien faire, les granules verts sont tombés en langueur; ils
ont pâli, blanchi, et les voilà mourants, à deux doigts de la
LES CELLULES VERTES
fin. Rendez-leur le travail en leur rendant la lumière ; d’un suprême effort, ils reprendront peut-être vie. C’est entendu : les granules verts ne travaillent que sous le stimulant du soleil. Si la lumière vient à leur manquer, ils blanchissent d’ennui et dépérissent, entraînant tôt ou tard avec eux la ruine de la plante. C’est ce qu’on nomme étiolement.
De même que la maladie amène, chez les personnes, des goûts, des manies étranges, de même aussi l’étiolement change du tout au tout le caractère des cellules. Bien portantes, c’est-à-dire vertes, elles apprêtaient par exemple d’âpres épices, des liquides de haute saveur; maladives, c’est-à-dire blanches, elles font de fades tisanes, des compotes sucrées. Vous rappelez-vous le Céleri empoisonneui , que le jardinier enterre pour le ramener à de meilleures idées? Meilleures idées à notre personnel point de vue, car le Céleri, quant à lui, n’est jamais plus heureux que lorsqu’il fait du poison en liberté. C’est son métier. Le jardinier donc, par l’étiolement, fait tourner la revêche plante au tendre et au sucré. C’est pour l’étioler encore qu’il lie la Laitue avec un jonc; c’est pour l'étioler qu’il a conseillé au Chou de plier ses feuilles en pomme compacte. Nous tirons un grand parti des plantes alimentaires mortifiées par l’étiolement. Elles sont plus tendres et débarrassées des saveurs fortes qui nous les rendraient désagréables. Que cela cependant ne nous donne pas le change. Un gibier laisandé, dont le ventre bleuit, est-il eu bon état? Certes non, ça tourne à la charogne. De même un légume blanchi par l etiolement, quelques éloges qu’il mérite au poinUde vue eu-
linaire, est, sous le rapport de la vie, en très-piteux état. Il est gravement malade, j’allais presque dire faisandé à sa manière. Levert seul dans la plante est signe de santé ; il correspond chez elle au rose de vos joues.
Un moment vient, en automne, où les cellules vertes, jusque-là gaiement laborieuses, n’ont plus le cœur au travail. Un soleil moins chaud, un pressentiment de l’hiver, les décourageraient-ils? Six mois de prospérité leur auraient-ils gâté le caractère? L’un et l’autre est possible. Toujours est-il qu’elles aspirent au repos. Eh bien, ce repos doit encore leur être fatal, tant il est vrai que l’activité, c’est la vie ; et le repos, un simulacre de la mort, elle-même suprême repos. — Gens oisifs aisément songent à la toilette. La feuille retirée des affaires s’empresse donc de quitter le costume vert du travail, comme le bonhomme parvenu pend au croc son honorable blouse d’ouvrier. Elle s’endimanche gauchement et de couleurs voyantes. Le Peuplier, l’Orme, le Boirleau, semblent badigeonnés avec un rayon de soleil, tant est vif le ton jaune de leur feuillage automnal. Fier de son ancien commerce dans les cuirs, le Sumac se pare d’un rouge éclatant. Les Viornes s’adonnent au rouge terne; la Vigne et le Fraisier se panachent de jaune et de pourpre, en souvenir des raisins et des fraises. Mais ce luxe, infaillible signe de décrépitude aussi bien dans les populations humaines que dans les populations végétales, est de courte du-* rée. Les vents pluvieux d’automne viennent, qui secouent rudement la plante et en dispersent les feuilles. C’est fini, la mort a fait sa moisson.
LES CELLULES VERTES
Que ne gardaient-elles le costume vert, le costume du travail, au lieu de se teindre en jaune, de s’empourprer pour ne rien faire 1 Elles seraient encore sur leur rameau, les pauvres feuilles; elles y seraient riches d’un long avenir. Voyez le Laurier, le Buis, les Pins. Ceux-là ne s’avisent pas de renier le vert laborieux pour de prétendus embellissements. Leurs feuilles se conservent vertes et actives, et, en récompense, elles ne tombent pas à l’approche de l’hiver. Elles persistent, aptes à voir un nouveau printemps. Saint . amour du travail, à nous aussi tu fais une verte vieillesse; tu nous fais de longs jours remplis avec honneur! — On dit des arbres toujours verts qu’ils ne perdent jamais leuis feuilles. C’est aller trop loin. Rien en ce monde ne peut durer indéfiniment, pas même une feuille de Buis. Les feuilles toujours vertes passent l’hiver ; elles voient la belle saison suivante et même vont au delà. Cependant elles meurent tôt ou tard comme les autres; mais comme elles sont peu à peu remplacées par des feuilles nouvelles, leur chute reste inaperçue, et l’arbre est feuillé en tout temps. Fait bien remarquable et qui prouve encore une fois combien la coloration verte est inhérente à l’étal de vigueur du végétal : les feuilles du Buis, du Sapin, du Laurier rose et de tant
d’autres doués d’assez d’énergie pour triompher de l’hiver, quand vient le moment du repos final, changent de couleur. Les feuilles du Buis tombées à terre sont jaunes ; celles du Sapin, brunes. Les fils de Sparte ne devaient revenir du champ de bataille que frappés par devant, pour montrer qu’ils n’avaient pas fui devant 1 ennemi. La leuille du
Buis et des autres ne doit joncher le sol que lorsqu’elle a perdu ses granules verts, pour montrer qu’elle n’a pas lâchement. abandonné le travail.
La feuille d’où la vie s’est retirée sert de terme de comparaison pour désigner certaines nuances-: on dit couleur feuille-morte. Eli bien, on connaît des plantes très-fréquentes dans nos pays, les Orobanches, qui toute leur vie portent la livrée des morts. Elles naissent, se développent
Deux Orobanches.
et. prospèrent avec la couleur feuille-morte, sans avoir dans leurs cellules le moindre granule vert. Les Orobanches
I OU O U A N Cil i:
One luit, dites-moi, le gredin h qui manque l’outil par excellence, la volonté «le travaille! • Armé d’un gourdin, il s'embusque et. détrousse les passants.
pa ne -137.
LES CELLULES VERTES
ont la forme de grossières pousses d’asperges. Int lige d’un pan ou deux de hauteur, sans rameaux, couverte de laides écailles et terminée par une grappe de sombres fleurs,
voilà en raccourci le portrait de la plante. La couleur du tout est le brun virant au rougeâtre ou au jaune. — Comment font ces tristes végétaux pour vivre, n’ayant pas dans leurs cellules les outils du travail, les granules verts? Ils devraient périr affamés. — Que fait, diles-moi, le gredin à
qui manque l’outil par excellence, la volonté de travaillei, lorsque la faim, la mauvaise conseillère, le talonne de près? Armé d’un gourdin, il s’embusque sur la grande route et détrousse les passants. C’est l’histoire de 1 Orobanche. bile se jette à la gorge des autres plantes et leur suce le sang. La botanique nous en apprend de cruelles sur son compte. On sème de ses graines dans une excellente terre. Pas une ne fait ruine de lever. C’est trop dur, le travail, pour l’Orobanche. On sème à la (ois ses graines et celles d’une autre plante, non la première venue, mais d’une espèce choisie. Il faut vous dire que la plante assassine a des prédilections pour telle ou telle autre victime. A une espèce d’Orobanche, il faut le Thym ; à une autre, le Lierre ; à d’autres, le Lin, le Chanvre, le Trèfle, etc. Voyez-vous les étrangleuses qui font les difficiles ! Celle qui étouffe le Lin se ferait scrupule de toucher au Trèfle. Elle ne le trouve pas bon. Passons vite ; il y aurait trop à dire. — On sème, dis-je, pêle-mêle des graines d’Orobanchc et des graines d’une autre plante appropriée aux goûts de la première, soit de Trèfle. Maintenant tout lève. La semence maudite a flairé le Trèfle innocent ; elle germe,
assurée d’une proie. Voilà les deux plantes à l’air, la victime à côté du meurtrier, le Trèfle à côté de l’Orobanche. Le 1 relie est triste, maladif; l’Orobanche est dodue, puissante. Creusez la terre, et vous aurez le mot de l’énigme. L’Orobanche est implantée à la base du Trèfle; elle s’est soudée au patient, dont elle boit la sève. Le Gui au moins, en sa qualité d’arbuste vert, travaille quelque peu et ne demande pas tout au Pommier qui l’héberge; l’Orobanche, elle, de- . mande tout au Trèfle, dont elle suce la veine. Elle n’a pas de cellules vertes, elle n’entend rien au travail. Jugez si le Trèfle est en bonne société. Un jour il succombe, épuisé par sa goulue commensale. Citons ici, pour les marquer d’une flétrissure, les plus connus de ces mangeurs de plantes, de ces inhabiles au travail devenus effrontés parasites. Ce sont : la Cuscute, touffe de crins rougeâtres qui s’enchevêtrent au Chanvre, au Lin, à la Lavande ; le Sucepin jaunâtre, qui s’établit sur les racines des arbres forestiers, des Pins en. particulier; la Clandestine blanche, qui n’ose se montrer au grand jour et suce au bord des eaux les racines des Aulnes.
xxvm
CHIMIE DES ÊTRES VIVANTS
I,es t n lis fioles à poulardes — Les phases (fini no/, irascible. — La démonstration inachevée de mon ami est reprise par l’anteur. - Les chimistes. - Confidences du grain (le sel, de la miette de pain et de l’omf. — La salle de torture. — Le tounnen- (eur. — Ce que disent le pain et la viande soumis à la question. - L'épreuve du poêle rouge. — Où Gribouille rencontre juste. — Lu secret religieusement garde.
Les ruses de la linnée infecte. — Le charbon, l'air et l'eau. — Quelques produits artificiels de la chimie. — La cellule plus savante que la Science.
11 nu' souviendra toujours de quelle rude manière un mien ami fut éconduit par un cuisinier de renom. I n jour de gala, il trouva l’artiste aux sauces en méditation gastronomique devant ses fourneaux', face épanouie, menton a cascades, nez florissant flanqué de bourgeons, ventre ma-
jestueux, serviette retroussée sur la hanche, toque de percaline : tel était l’homme. Les casseroles bruissaient doucement sur le potager. Par la jointure des couvercles, des bouffées s’exhalaient délicieusement odorantes cl sapides. On eût diné lieu qu’à les respirer. L’àtrc flambait devant, la poularde truffée et le dindonneau chamarré d’aiguillettes de lard. A côté, la grive grassouillette et aromatisée de genièvre, distillait ses entrailles sur la tartine beurrée.
— Eh bien, lit mon ami après les compliments d’usage, à quel chef-d’œuvre en sommes-nous?
— Itàble de lièvre au coulis de vanneaux, répliqua l’artiste en se léchant le doigt avec les signes d’une profonde satisfaction; et il souleva le couvercle d’une casserole. Aussitôt, dans la salle, un fumet ^se répandit à éveiller chez les plus sobres le démon de la sensualité.
Mon ami loua fort, puis:
— Vous êtes habile, tous en conviennent, dit-il ; mais, parbleu, la belle affaire que de cuisiner bon avec de bonnes choses, que de faire un excellent rôti avec une poularde, un' mets de haut goût avec un coulis de vanneaux! L’idéal du métier serait d’obtenir le rôti et le contenu de cette casserole, dont vous êtes justement fier, sans poularde, sans râble de lièvre et sans vanneaux. Le précepte : « Pour faire un civet de lièvre, prenez un lièvre » est trop exigeant. Ne prend pas de lièvre qui veut. Il serait mieux de prendre autre chose de très-commun, à la portée de tous, et d'obtenir tout de même le civet.
CHIMIE DES ÊTHES VIVANTS. 431
Le cuisinier écoutait ahuri, tant mon ami parlait avec un
air de sincère conviction.
— Un vrai civet de lièvre sans avoir de lièvre! un vrai rôti de poularde sans avoir de poularde ! El vous feriez cela, vous?
— Non, pas moi ; je n’ai pas, tant s’en faut, l’habilete voulue. Mais enfin, je sais quelqu’un qui le fait. Je vous le ferai connaître quand vous voudrez; et il vous montrera, clair comme eau de roche, que vous et vos confrères 11’ètes encore que d’ineptes tricoteurs.
La prunelle du cuisinier s’alluma d’un éclair. L’amourpropre de l’artiste était blessé au vif.
— Et qu’emploie-t-il, s’il vous plaît, votre maître parmi les maîtres, car je suppose qu’il ne tire pas ses poulardes de rien?
— 11 fait usage d’assez pauvres ingrédients. Voulez-vous les voir? Les voici au complet.
Mon ami sortit trois liolos de sa poche. Le cuisinier en prit une. Elle contenait une. fine poussière noire. L’artiste aux coulis palpa, goûta, flaira.
— C’est du charbon, fit-il ; vous me la' donnez belle. Vos poulardes au charbon doivent être fameuses ! Voyons la seconde fiole. C’est de l’eau, ou je me trompe fort.
— C’est de l’eau, en effet.
— Et la troisième? Tiens, il n’y a rien.
— Si, il y a quelque chose; de l’air.
— Va pour de l’air. Dites donc: ça ne doit pas être lourd à l’estomac, vos poulardes à l’air. Parlez-vous sérieusement?
— Très-sérieusement.
— Vrai?
— Tout ce qu’il y a de plus vrai.
— Votre artiste fait ses poulardes avec du charbon, de l’eau, de l’air, et rien de plus ?
— Oui.
Le nez du cuisinier tournait au bleu.
— Avec de l’eau, du charbon et de l’air, il ferait cette brochette de tourdes ?
— Oui, oui !
Du bleu, le nez du cuisinier passait au violet.
’ — Avec du charbon, de l’air et de l’eau, il ferait ce pâté
de foie gras, cette étuvée de pigeons?
— Oui! cent mille fois oui !
Le nez montait à sa dernière phase, il devenait cramoisi. La bombe éclata. Le cuisinier se crut devant un maniaque qui se moquait de lui. 11 prit mon ami par les épaules et le mit à la porte en lui jetant aux jambes les trois lioles à poulardes. Le nez irascible redescendit par degrés du cramoisi au violet, du violet au bleu, du bleu au ton normal ; mais la démonstration de la poularde an charbon, a 1 air et à l’eau, resta inachevée. Je vais la continuer, car mon ami disait très-vrai, n’en déplaise a l’homme aux coulis; je vais la continuer pour vous, mes enfants, a la condition (pie vous m’écouterez attentivement; car, voyez-vous, être distrait, bâiller quand on vous parle, c’est éconduire les gens tout aussi impoliment que le lit le cuisinier a l’égard de mon ami.
CHIMIE DES ÊTRES VIVANTS
Il est une catégorie de savants qui du matin au soir se creusent la cervelle pour savoir d’une chose le lin et le superiin. On leur dit: les chimistes. Poureux, un grain de sel n’est pas un grain <le sel, un œuf n’est pas un œuf; une miette de pain n’est pas une miette de pain. Ils veulent en savoir [tins long. Ils disent donc au grain de sel : Qu’es-tu? d’où viens-tu? que sais-tu faire? Et le. grain de sel, qui n’a pas de secrets pour ces messieurs, roués questionneurs, raconte son histoire. 11 leur dit comment il est né d’un métal qui prend t’eu au contact de l’eau et d’un gaz verdâtre dont la moindre bouffée vous serre la gorge et vous donne la coqueluche pour des heures entières. Il dit comment, lils de parents redoutables, qui trousseraient prestement le plus robuste pour peu que l’on plaisantât avec eux, il vient lui, inoffensif, assaisonner la soupe et saler le jambon. — Ils demandent à la miette de pain : Qui t’a créée et. mise au monde? que deviens-tu dans notre corps quand nous t’avons mangée? Et la miette de pain babille, ne tirant pas â conséquence ses causeries avec messieurs les savants. Elle livre ses petits secrets, sachant bien qu’on n’en abusera pas, que jamais on ne pourra se passer d’elle. Dans son effusion, elle, dit des choses à vous renverser, des choses de l’autre monde; par exemple, qu’elle est la cousine germaine, que dis-je? la sœur jumelle de la chair. Elle et la chair seraient une seule et même chose. Si elles diffèrent-en apparence, c’esl pur résultat d’éducation, ha miette de pain a été élevée par le froment rustique; sa sœur jumelle, la chair, par le mouton, d’esprit plus cultivé. 11 va
sans dire qu’avant d’en croire la babillarde sur parole, le savant soupçonneux consulte les papiers. Eh bien, c’est nia loi vrai; la miette de pain est sœur jumelle de la viande. Nient le tour de l’œuf, moins taciturne qu’il n’en a l’air.
Il jase, lui aussi, quand on sait le prendre par son faible. Et que dit-il? Une foule d’histoires à ne plus rien comprendre.
Il dit, entre autres, être lié d’étroite parenté avec la chair et la miette de pain ; son blanc serait leur frère. C’est ici, parait-il, comme chez les Bretons et les Corses, où tout le inonde est un peu cousin. L’œuf cependant n’avance rien que de très-exact. Les extraits de naissance consultés par la chimie confirment pleinement son dire.
Or, pour faire parler les mille et mille choses de ce monde, pour leur faire dire leur parenté, leur composition, leurs propriétés, les chimistes ont un parloir qu’ils nomment laboratoire. Pour meubles, ne vous attendez pas à des causeuses de salon, où l’on devise la tète sur l’oreiller de. plumes, les pieds sur le tabouret rembourré. Non, non. Rarement la matière est portée à causer. Concentrée en elle-
même, elle garde obstinément ses secrets. Pour lui délier
la langue, il faut la violence, il faut les moyens employés en des siècles barbares pour faire avouer leurs complices aux grands criminels, les moyens de la torture. Un laboratoire de chimie est donc une salle de torture, et le chimiste est le lourmcntcur. N’allez pas vous méprendre sur ces expressions. Torturer la matière est un noble travail, car à chaque réponse arrachée, un pas est fait dans les voies du progrès, un lleuron est ajouté à notre couronne, bien pauvre
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encore, d(' rois de la terre. Regardez autour de vous. Depuis le papier où vous lisez ces ligues jusqu’au plâtre du plafond qui vous abrite, vous ne trouverez rien qui, pour sortir des mains de l’industrie, n’ait exigé la connaissance profonde d’une foule de secrets dévoilés à grand’peine. Chapeau bas aux vaillants tourineriteurs, qui nous font la vie plus douce !
Si la matière est, dans ses aveux, d’une réserve excessive, les chimistes, de leur côté, sont d’un effroyable génie pour varier les manières de lui appliquer la question. Ils ont dans de grandes vitrines toutes les drogues imaginables. Si vous ouvriez tel llacôn pour en respirer l’odeur, vous tomberiez à la renverse; si vous mettiez sur la langue une parcelle de tel autre, vous croiriez mâcher des charbons ardents. 11 y a là des liquides qui rongent les métaux et en un instant les mettent en purée; il y en a qui, mélangés, font rage, se mettent à bouillir tout seuls et projettent avec fracas de redoutables éclaboussures. Il y a là des poudres qui prennent feu en apparaissant à l’air, qui explosionnent rien qu’en y soufflant dessus. Malheur à la main novice qui toucherait au contenu de ces vitrines! Puis ce sont des fourneaux de tout genre, de ronds, de carrés, de hauts, de courts, à longs tuyaux, sans tuyaux, en tôle, en terre cuite, en chaux, où se fait un feu d’enfer pour cuire un grain de
sable, un rien. Ce sont encore des grils pour étendre le patient sur la braise, des marmites de bronze pour le supplice de I huile bouillante et du plomb fondu ; des ustensiles de forme bizarre pour les bains de vapeurs corrosives,
des prisons de verre où l’on fait arriver une épouvantable atmosphère à laquelle pas un ne résisterait le quart d’une minute, enfin tout ce qu’une imagination diabolique peut rêver d’appareils de torture. Le froid vous prend aux os la première fois qu’on visite un pareil arsenal ; on se sent dans un monde nouveau, plein d’embûches. Comment la matière ne parlerait-elle pas quand tous ces engins, toutes ces drogues, lui travaillent les côtes ! Ecoutons-la parler.
Le chimiste soumet la miette de pain à la torture pour lui faire avouer de quelles substances elle se compose, il l’enferme dans un tube de verre avec des poudres qui doivent la brûler au vif, puis il met le tube sur la braise ardente. C’est bientôt fait, allez. Dès que le pain sent la chaleur, surtout les morsures de la méchante drogue avec laquelle il est emprisonné, il jure ses grands dieux qu’il va dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Et il la dit en effet. Il dit que lui, nourriture par excellence, renferme trois choses dont aucune n’est bonne à manger, trois choses et rien de plus: du charbon, de l’air et de l’eau, précisément les mêmes ingrédients avec lesquels mon ami, vous vous le rappelez, prétendait qu’un grand artiste fait les poulardes. Voilà ce qu’il dit. Si vous avez de la peine à me croire, demandez aux chimistes. — La viande est interrogée de la même manière. Sa réponse est celle de la miette de pain. La viande renferme du charbon, de l’eau cl de l’air, et plus rien, entendez-vous? plus rien. Commencezvous à comprendre ce que voulait dire mon ami avec ses trois tioles à poulardes? 11 y avait dans lesdites fioles juste
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,1e quoi faire île la chair. Or, chair de poularde, chair de mouton, de hœuf ou de tout autre animal, au fond c’est même chose. C’est toujours la même quantité de charbon, la même quantité d’air, la même quantité d’eau. Ne me regardez pas ainsi, d’un air d’incrédulité. Le cuisinier ahuri par de pareils propos pouvait croire à une plaisanterie de mon ami; mais vous savez bien que je ne plaisante pas. Ce que je dis là est pour tout de bon.
Et l’œuf, sou blanc du moins qui se dit le frère de la viande et du pain? — Eh bien, le blanc de l’œuf répond comme les autres ; il ne renferme que du charbon, de 1 eau et de Pair, et il en renferme précisément autant que la viande, autant que le pain, ni plus, ni moins. Voila pourquoi les trois substances se traitent de irère et de sœur. Nées de mêmes parents, charbon, air et eau, dans les mêmes proportions, elles ont la tournure extérieure modifiée par un o mire différent d’éducation ; mais, à y regarder déplus près, elles sont une seule et même, chose.
Je m’arrête. Vous me faites l’effet de ne pas croire un mot de ce que je vous, dis là. Je ne vous en veux pas; ce que je vous raconte est si étrange! Mais enfin j ai a redouter h' sort de mon ami, éconduit peu cérémonieusement. Le cuisinier, il est vrai, était doué d’un nez irascible au dernier point ; le vôtre, j’en suis certain, ne connaît pas ces transports de colère, et cela me rassure. Aux gens qui ne veulent pas croire on fait voir et toucher. Je vais vous faire voir et vous faire toucher. Si nous n’avons pas l’arsenal du chimiste, nous pouvons du moins appliquer la question du feu. C est
assez pour tirer quelques mois de la miette de pain. — Nous mettons un morceau de pain sur un poêle rouge. Le pain l'unie, se grille, noircit. Si nous attendons assez, à la fin ce
n’est plus dites-le vous-mêmes, je ne veux pas influencer
votre opinion. — Ce n’est plus que du charbon. — Bouchcd’Or n’eût pas mieux parlé. Mais dites-moi, ce charbon d’où vient-il? Est-il sorti du poêle à travers le couvercle pour se substituer au pain? Vous ne le pensez pas, bien sûr; ni moi non plus. 11 provient du pain, c’est tout clair ; et comme l’on ne peut donner que ce que l’on a, le pain, qui donne du charbon, en avait au début, mais blotti, dissimulé au milieu d’autres choses qui nous empêchaient de le voir. Ces autres choses sont parties, chassées par la chaleur, et voilà que le charbon, dépouillé de son entourage, apparaît noir, craquant, en vrai charbon qu’il est. Quand on soupçonne le loup embusqué dans. un fourré, invisible à tous les regards, poulie faire sortir on met feu aux broussailles. Nous venons de même de mettre feu au pain pour en déloger le charbon et le forcer de mettre le nez à l’air. Etes-vous convaincus? Le pain, si blanc, si savoureux, si nçurrissant, renfermet-il ou non du charbon, tout noir, sans saveur, immangeable?
Au-dessus de la fumée que répand le pain en voie de se griller, nous exposons une lame de verre, et cette lame ne tarde pas à se couvrir de fines gouttes d’eau, absolument comme si l’on avait soufflé dessus son haleine humide. Cette eau provient de la fumée et celle-ci dû pain. Le pain renferme (lourde l’eau, beaucoup même. Si nous pouvions la recueillir
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la quantité d’eau que nous mangeons avec une bouchée de pain. Je dis que nous mangeons, car telle qu elle est dans le pain avant l’épreuve du feu, l’eau ne coule pas, ne mouille pas, ne désaltère pas. C’est de l’eau solide, de Veau sèche, de l’eau qui se mâche sous la dent, au lieu do se boire. Ou plutôt , ce n’est plus de l’eau, mais quelque autre chose qui fait corps avec l’air et le charbon, et forme un tout, le pain. En voici bien d’une autre! Gribouille, ou es-tu, liait garçon qui le mettais dans la rivière jusqu’au cou pour te garantir de la pluie! Tu apprendrais qu’il y a de Veau sèche, de Veau que la chaleur mouille, c’est-à-dire ramène a l’état humide, et cela dans un croûton de pain !
Reste l’air. Ici la démonstration n’est, plus possible avec les moyens élémentaires dont nous disposons. L’air est invisible, insaisissable. Avec ses engins pourtant, le chimiste sait le recueillir, le manier, le vider d’un vase dans un autre, comme il le ferait d’un liquide. N’ayant pas ses engins, nous sommes arrêtés net par la difficulté. Des trois substances annoncées, je vous en montre deux, le charbon et Veau. Admettez de confiance la troisième. Plus tard, quand vous étudierez la chimie, vous aurez mille occasions pour une de retrouver l’air qui nous échappe aujourd’hui.
Voilà (pii est reconnu. Le pain se compose de charbon, d’air et d’eau, qui, s’amalgamant d'une certaine façon, se fondent l’un dans Vautre et cessent d’être charbon, air et eau, pour devenir une autre substance, rte rappelant en
rien les matériaux qui l’ont produite. Le blanc est né du noir, le savoureux de l’insipide, le nutritif du non-nutritif. — La chair, soumise à la torture du feu lient le même langage. Elle devient charbon, à preuve les côtelettes laissées trop longtemps sur le gril; elle dégage enfin une fumée infecte, où se retrouvent l’air et l’eau. La fumée du pain brûlé ne sent pas bon non plus ; cependant ni l’eau ni l’air n’ont cette puanteur. 11 faut vous dire que la question du feu n’est pas assez poignante pour tout faire avouer à la viande et au pain. Jugez si les deux substances sont tenaces dans leurs révélations. On les couche sur la braise; ou les tourne d’un côté, on les tourne de l’autre pour ne rien laisser à l’abri du feu. Rien n’y fait; le secret n’est trahi qu’en partie. Le mot charbon est toujours nettement prononcé. Le mot eau l’est un peu moins bien, mais enfin assez pour qu’il n’y ait pas à se méprendre. Quant au troisième mot de l’énigme, air, la viande et le pain endurent tout avant de le faire connaître. Jamais secret d’État n’a été gardé plus religieusement. On dirait que la viande et le pain ont un intérêt majeur à ne pas le divulguer. Y aurait-il ici de graves affaires en jeu? On verra. Toujours estil que, pour nous donner le change dans leurs aveux incomplets, la viande et le pain grillé, avec ce qui devrait
être de l’air et de l’eau simplement, composent des drogues infectes, des fumées puantes qu’ils nous jettent au nez. Reconnaissez-vous après au sein de ces puanteurs, démêlez le faux et le vrai dans ce que disent les deux astucieux patients! Ce serait à s’y perdre si la chimie n’était pas là.