‹ Histoire de la bûcheChapitre 7 sur 77 · TROUSSEAU DES BOURGEONS · texte numérisé non relu

TROUSSEAU DES BOURGEONS

l.i’ manteau de toile cirée et la casaque de molleton. — Le bourgeon du Marronnier. — O- que racontent les bourgeons au sujet de leurs écailles. — Le pan de ruban. — Dominent les bourgeons font leur malle. — Bourgeons qui sans délai font leur endee dans le monde. — I n ardu problème résolu par la Vigne et communiqué an f èclier. Opinion de la Viorne en matière d’éducation. — Bourgeons des arbres fruitiers.

Mondant toute la hcl l<* saison, 1rs bourgeons grossissenl a l’aisselle des f en i lies ; ils prennrnt tirs forces pour passer I bivor. Les froids arrivent et 1rs feuilles tombent ; mais les bourgeons restent en place, solidement assis sur un rebord de l’ccorce pu comsinet situé au-dessus de la cicatrice tpi ;i laissée la chute de la feuille voisine. I n bour-

n^on, no l’oubliez pas, est le premier Age d’un rameau, Age tondre auquel les injures du froid et do l’humidilé seraient certainement fatales, lin trousseau d’hiver lui est donc indispensable. Il consiste, au dedans, en chaudes fourrures, en flanelles de bourre et de duvet; au dehors, en un surtout robuste d’écailles vernissées. Le voyageur exposé A rester longtemps au froid et à la pluie, s’habille de drap moelleux, et par-dessus ce vêtement, il met le manteau imperméable de caoutchouc ou de toile* cirée. FMus précoces que nous dans l’art des étoffes hygiéniques,

Bourgeons de la . . . . , , , . ,

l’iiyciiie apres les bourgeons cou ua i ssa km 1 1 le manteau cire

la chute des

et la casaque de molleton alors que l’homme courait les bois avec la simple dépouille d’une bête fauve sur ses épaules frileuses. De tout temps, les bourgeons (h* la Vigne se sont empaquetés de bourre et ceux du Saule ont doublé leurs écailles d’un velours de soie. Voyez ce gros bourgeon de Marronnier; il redoute la bise et la neige celui-ci, mais il a pris ses précautions en conséquence. Au centre, l’ouate emmaillotte ses délicates petites feuilles; au dehors une solide cuirasse d’écailles, disposées avec la régularité dos tuiles d’un toit, l’enserre étroitement. En outre, pour empêcher l’humidité de pénétrer, les -pièces de l’armure écailleuse sont goudronnées d’un mastic résineux, qui, maintenant pareil A du vernis desséché, se ramollit au printemps pour laisser

lldlll ■•>«‘«>11 (lu Marronnier.

TROUSSF.AU DF-: s nOÏMtGEONS.

le bourgeon s'épanouir. Alors les écailles, cessant d’être agglutinées l'une à l’autre, s’écartent toutes visqueuses et les premières feuilles se déploient au centre de leur berceau entrouvert. Presque tous les bourgeons, au moment du travail printannier, présentent à des degrés divers cette viscosité résultant de la fusion de leur enduit résineux .le vous signalerai d’une manière spéciale ceux du Peuplier, qui, pressés entre les doigts, laissent suinter une abondante glue jaune. Vous partagez mon avis, j’en suis sur: avec sa modeste apparence, l’habit du bourgeon est un chef-d’œuvre. Son manteau d’écailles coriaces brave les intempéries, son vernis repousse l’humidité, sa doublure de bourre empêche l’accès du froid.

Les écailles forment les pièces essentielles du trousseau d’hiver des bourgeons D’où proviennent-elles? Peut-on le savoir? — Oui, certes. Adressons-nous à la plante. De sa nature, elle est bavarde; pour peu qu’on l’interroge avec adresse, on lui fait raconter tout ce qu’on désire savoir. Interrogeons, si vous le voulez, un bourgeon de Groseillier. Mais, au lieu de lui dire : bourgeon, mon ami, avec quoi, s'il vous plait, faites-vous vos écailles? — demande qui le trouverait sourd, vous le savez bien, — suivons la méthode qui délie la langue à toute chose, l’observation et la comparaison. Armons-nous d’une aiguille et enlevons les

écaillés une à nue. Voici en ligne quatre pièces successives d un bourgeon de Groseillier; la plus extérieure est a gauche, la plus centrale est à droite. Celle-ci est une feuille ordinaire; impossible de s’v méprendre. Mais a sa base.

HISTOIRE DE LA RUCHE, la queue est nu peu évasée; On dirait presque Un Commen-

ce Groseillier.

cernent d’écaille. La feuille qui précède continue nos soupçons : l’évasement augmente. Sa voisine de gauche ne laisse plus de place au doute : la queue tourne manifestement à récaille, et la feuille elle-même, très-amoindrie, tend à disparaître. Enfin, dans la première, la transformation est est complète : la feuille n’existe plus et la queue, élargie outre mesure, est changée en écaille.

Écailles il’un bourgeon de Groseillier.

TliOUSSKAU DES BOUIlf.KONS.

Faisons parler encore, nn bourgeon «le llosier réeeininenl épanoui. Tout en bas, la première pièce est brune, coriace,

Uourgeon ili; Rosier épanoui.

d'aspect rustique. Aînée de la famille, elle avait à protéger ses sœurs dans le bourgeon. Elle n’y a pas manqué. Sans arrière-pensée aucune de toilette, elle a fait bravement son métier d’éeaille. On se néglige de costume quand de graves occupations vous absorbent. Fa suivante est dans la voie des timides essais. Elle risque une toute petite feuille pour nous dire apparemment que, si le devoir n’exigeait le contraire, elle voudrait bien se parer comme les autres. Elle n’en fera rien, soyez-en surs. Sa position inférieure lui impose charge d’éeaille; aussi, écaille restera-t-elle, tout en protestant un peu, comme elle en a le droit. Les deux qui viennent après ont des obligations moins sévères, ce qui leur permet de satisfaire un peu leur ardent désir de se mettre en feuilles sans négliger tout à fait les soins du bourgeon, qu’elles doivent fortilier de leur épaisseur A

HISTOIRE h!-; LA BUCHE.

r»ii

demi loiiilles, à demi écailles, ('lies sont un terme moyen entre les touilles supérieures, superbement belles an sein de l’aisance, et les modestes feuilles d’en bas, rustiques écailles vouées à la fatigue. Oli ! que de pauvres écailles,, en ce monde, autre part que sur les bourgeons! Écailles ouvrières lissant le lin et la soie pour habiller leurs sœurs, les grandes feuilles, ('l qui, le dimanche, ne peuvent se permettre ce que se permet l’écaille du bourgeon : attacher au bonnet un pan de ce ruban que leurs habiles doigts savent si bien tisser!

Que vous avais-je dit? Le bourgeon a jasé. Il vient de nous livrer son secret, l’étourdi. Il vient de nous apprendre que les écailles sont des feuilles modifiées en vue d’un autre usage; que pour se faire un costume d’hiver, il change en écailles les feuilles inférieures de la jeune pousse. Dans cette transformation, quelques bourgeons utilisent la feuille entière, exemple ceux du Lilas. D’autres emploient simplement la queue de la feuille, ou même la base seule de celte queue. C’est ce que font les bourgeons du Rosier et du Croseillier. Les moyens mis en œuvre pour se garantir du froid, en somme, restent les mêmes, mais les détails de l’opération varient, chaque espèce végétale agissant à sa guise, d’après ses habitudes et ses mœurs.

Les feuilles suivantes, composant le cœur du bourgeon, ont la forme habituelle. Elles sont toutes petites, pâles, délicates et disposées d’une façon merveilleusement savante pour occuper le moins de place possible et tenir toutes, malgré leur grand nombre, dans leur étroit berceau.

ntOUSSEAU DES HOlîKGEONS.

I n voyageur fait ses préparatifs, il dispose sa malle. I.a malle n’est pas choisie grande: elle serait trop embarrassante en route. Il faut pourtant qu’elle contienne une foule de choses. Aussi n’esl-ce pas petite affaire pour le voyageur que d’y installer son approvisionnement. Il combine et recombine; il arrange et dérange; il met, reprend, remet, incertain s’il pourra tout loger. Entendez-le... « Le n’est pas cela, recommençons. Dans ce coin, les mouchoirs; dans cet autre, les bas. Don. Ici les chemises, là les serviettes. Fort bien. Par-dessus, un, deux, trois habits; pantalons d’hiver et pantalons d’été. Tout cela y va encore. Pressons bien du genou, serrons. Ah! voici la place des pantoufles. Dans ce recoin, mes livres. Tout est plein, la malle regorge. Où logerai-je mes cravates, mes gilets, et ceci, et cela, et le l’este? Peste soit de la malle! Recommençons. » Et il recommencera plusieurs lois, croyez-le bien, avant de tout pouvoir emmagasiner. Ali! que les bourgeons sont bien plus habiles! En voilà qui savent faire leur malle! On ne saurait .se ligurer tout ce qu’ils renferment dans leur étui d’écailles, dans un espace quelquefois si petit, que nous serions embarrassés pour y loger un grain de chènevis. Il y a là des leu il les par douzaines, il y a là des grappes entières de fleurs. La grappe, enfermée dans un bourgeon de Lilas, compte cent Ileurs et plus. El tout cela trouve sa place dans l’étroite malh'; rien n’est déchiré, rien n’est meurtri. Si les diverses pièces d’un bourgeon étaient désemboitées une à une, si la malle était, une fois défaite, quels doigts se chargeraient de la refaire?

52 III ST 01 II K DK LA BUCHK.

Les feuilles principalement se prêtent à ni il 1«' dispositions pour occupe]’ le moins de place possible. Elles prennent la l’orme de cornets, elles s’enroulent en volute tantôt sur un bord seul, tantôt sur les deux à la lois; elles se ploient eu deux, soit en long, soit en large; elles se pelotonnent, se chiffonnent, ou se plissent en éventail. Observez

Coupe du bourgeon de grande Patience. I.e même épanoui.

Les bourgeons, apparus au printemps, se fortifient pendant la belle saison pour rester ensuite stationnaires et

Coupe du bourgeon do

Peuplier. Le même épanoui.

au printemps les bourgeons près d’éclater; il vous apprendront à faire votre malle un jour.

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