TROUSSEAU UES BOURGEONS
dormir lout l’hiver d’un profond sommeil. Ils s<‘ réveil Ion I an printemps suivant et s’allongent en rameaux, d’est le cas à peu près de tous les arbres de nos pa,ys. Il est visible (pie ces bourgeons dormants , destinés à supporter les cba-
Loupe d'un bourgeon de Lilas. Le infime épanoui.
leurs de l’été et les frimas de l’biver, doivent s’habiller de manière à ne pas être grillés par le soleil ou meurtris par le froid. Ils sont tous en effet revêtus du manteau d’écailles, et pour cette raison on leur donne le nom de bourgeons écailleux. Exemples : le Lilas, le Marronnier, le Poirier, le Pom-
Coupe d’un bourgeon de Sauge.
Le infime épanoui.
miei', le Cerisier, le Peuplier, etc., etc. Si l’arbre, grand seigneur qui peut attendre, sacrifie toute une année* a la coûteuse éducation de sa famille et munit ses bourgeons d’un vêtement, il est une foule de plantes nécessiteuses
pour qui le temps est d’un grand prix. Elles ne vivent qu’un an, aussi les appelle-t-on plantes annuelles. Exemples : la . Pomme de terre, la Carotte, la Citrouille, etc. En quelques mois, quelques jours, à la lutte, elles doivent donc élever leurs bourgeons, enfants précoces, (pii, de bonne heure, ne sont plus à charge à la famille, lui viennent même en aide et gagnent honorablement leur vie. Ces bourgeons ne sont jamais habillés (t’écailles, ce sont des bourgeons nus. A quoi bon un trousseau de langes pour un marmot qui l'ait immédiatement son entrée dans le monde? Aussitôt nés, ils se mettent à Pieuvre, ils s’allongent, déploient leurs feuilles et deviennent des rameaux participant au travail de l’ensemble, bientôt, à l’aisselle de leurs feuilles, d’autres bourgeons se montrent pour se comporter de même, c’est-à-dire se développer sans retard en rameaux et produire à leur tour d’autres bourgeons. Et ainsi de suite jusqu’à ce que l’hiver mette lin à cet échafaudage de générations et tue la plante entière. Les plantes annuelles se ramifient donc rapidement. En une année, elles produisent plusieurs générations de rameaux implantés les uns sur les autres, tantôt plus, tantôt moins, suivant leur espèce et leur degré de vigueur. Leurs bourgeons, destinés à se développer immédiatement, sont toujours nus. Les plantes de longue durée, les arbres, se ramifient, au contraire, avec lenteur; elles n’ont qu’une génération de rameaux par année. Leurs bourgeons, destinés à passer l'hiver, sont écailleux.
Certains végétaux, d’esprit inventif, savent associer les
TROU SS K A U UES HOli ÎUIEONS.
doux genres de bourgeons : les bourgeons écailleux, qui perpétuent la famille (l’une aimée à l’autre en dépit de l’hiver, et les bourgeons nus, qui rapidement prennent rang parmi les travailleurs. Que le Chêne, père du gland amer, n’ait par au qu'une liguée de bourgeons, rien de mieux : son travail n’est pas des plus pressés ni des plus importants. Pour un boisseau.de glands, appréciés du pore seul, lui conviendrait-il de déployer une activité dévorante? Mais la Vigne, précieuse industrielle de la grappe, ne peut s’accommoder d’une telle lenteur. Il lui faut faire vite et à bon marché, comme l’exige toute industrie bien entendue. De là, pour elle, la nécessité d’un nombreux personnel d’ouvriers. Cela ne suffit pas : ce personnel, après le chômage d’hiver, doit être prêt à reprendre les travaux sans délai. Où en serait-elle s’il lui fallait, tous les printemps, à l’exemple de la Courge, mettre sur pied une usine nouvelle avec la graine pour point de départ. Il faut donc à la Vigne à la fois des bourgeons nus et des bourgeons écailleux. Le problème était des plus difficiles; la Vigne, à tète ardente, s’en est fait un jeu. Il paraît même que, en un quart d’heure de généreux épanchement, elle a communiqué son secret à son voisin le Pêcher; du moins celui-ci, arbuste sans malice, emploie l’ingénieux système des deux genres de bourgeons. D’où lui serait venue, diles-moi, celte idée, si la Vigne ne l’avait aidé do ses conseils? Toujours est-il qu’à la fin de l’hiver, le sarment porte des bourgeons écailleux, matelassés de bourre; et les rameaux du Pécher, des bourgeons écailleux enduits de vernis. Les uns et les au-
très rentrent dans la catégorie des bourgeons donnants; ils ont reposé tout l’hiver dans leurs étuis d’écaillcs. Au printemps, ils s’allongent en rameaux suivant la loi commune; en même temps, à l’aisselle de leurs feuilles, d’autres bourgeons se montrent dépourvus d’enveloppes protectrices et se développent sans tarder en rameaux travailleurs. La Vigne et le Pêcher ont ainsi deux générations en une seule année : la première, issue de bourgeons écailleux qui ont passé l’hiver ; la seconde, de bourgeons nus, formés ce printemps môme et connus des horticulteurs sous le nom de prompts bourgeons. Les ramifications provenant de ces derniers donnent enfin naissance à des bourgeons écailleux qui dorment l’hiver, et l’année suivante reproduisent le même ordre de faits.
Toute règle a ses exceptions. Les bourgeons destinés à passer l’hiver sont revêtus d’écailles dans l’immense majorité des cas, mais non toujours. La Viorne et le Nerprun, par exemple, exposent les leurs aux frimas sans vêtement aucun. Ni la neige ni la bise ne décident les deux arbustes à couvrir les pauvrets du plus léger maillot. Quel est le but de cette rude éducation? La Viorne et le Nerprun auraient-ils en vue l’économie, dans ce cas lésinerio sor-
dide? Je crois plutôt qu’ils se proposent de faire à leurs bourgeons une constitution robuste en les exposant nus au mauvais temps. Manquc-l-ou d’exemples de peuples plongeant les nouveau-nés dans les eaux glacées du fleuve pour leur fortifier le tempérament.? J’incline d'autant plus a cette manière de voir que jamais, au cœur de l’hiver, boni-