CXXXIV CAMPAGNE DE L'ARMÉE D'ITALIE EN
Quelque douteux que fussent ces renseignements, vu leur origine, ils s'accordaient à attribuer peu de monde aux Piémontais, ce qui était exact. Dellers l'avouait lui-même ; « pas uû bataillon n'était au complet, plusieurs étaient au tiers et au-dessous », Le 2° de Peyer im Hof n'avait que 56 files, et encore de recrues « qui n'avaient jamais vu le feu »(1); nous connaissons déjà la situation du bataillon de Mondovi ; celle d'Oneille n’était pas plus brillante.
Dans l'armée piémontaise, le service des renseignements était organisé d'une manière remarquable ; on réunissait tous les renseignements obtenus aussi bien par les interrogatoires des prisonniers que par d'autres sources et on les résumait dans des rapports remis à différentes époques au général en chef. A la vérité, nous ne les possédons qu'à partir du mois de juin (2), maïs il n'y a pas de motifs pour croire que ce service n'ait pas fonctionné auparavant, d'autant plus qu'il se continue de la même manière pendant Lonte l'année 1795, ce qui laisse supposer une organisation régulière.
Outre les rapports d’espions, de déserteurs et d’autres gens aussi sujets à caution, il y avait ceux des prisonniers : l'échange de ces derniers, commencé le 23 mars(3) à ln suite d’un arrété pris par les représentants le 8 (4), rendait à l'armée piémontaise plusieurs officiers ; aussi bien à Nice que sur leur route, ils avaient su se rendre compte de l'expédition prochaine qui se prépurait ; il est étonnant qu'on ait consenti à cet échange à un moment aussi important, à la grande satisfaction du général de Vins (5). Si l'on songe en outre que l'armée française eampait sur un territoire qui la veille: encore appartenait au roi de Sardaigne, l'on s'étonnera moins que du côté ennemi l'on ait pu être tenu au courant, non seulement de nos moindres mouvements, mais même de nos projets les plus secrets.
Le 13, un médecin déserté de Sospello indiquait assez exactement la Force de nos troupes de première ligne, « Le chirurgien dont les propos paraissent naturels et vrais, écrit Dellern, fait monter de 9.000 à 10.000 hommes le cordon ennemi qui est vis-àvis de nous, non compris Lout ce qui est en seconde ligne à Niceet , dans la principauté de Monaco. Si les ennemis ont des projets de ce eôté-là, leur exécution ne saurait être très prochaine. Il continue
{1) Dellera à de Vins, 36 mars, page 154.
(2) Martinel, rapport du @ Juin, page 664.
(3) Damerbion au comité, »6 mars, page 163.
{4} Arrêté des représentants, 8 murs, page 130. 45} De Vins à Dellera, 16 mars, page 139,