XL CAMPAGNE DE L'ARMÉE D'ITALIE EN
blement comme effet de provoquer une offensive immédiate des Français, ce que l'on désirait éviter à tout prix.
Pour le moment, la Convention nationale n'était pas désireuse de rompre avec Gênes d'où elle tirait les blés nécessaires 4 l'appro= visionnement du Midi. Elle en donnait une preuve certaine par le décret du 7 janvier: elle ÿ déclarait « que le peuple génois, se reposant avec trop de sécurité et de confiance, sur la neutralité qu'il avait observée » n'avait pu repousser l'agression dirigée contre la frégate La Modeste, et elle rejetait tout l'odieux de cet acts sur les Anglais (1).
Ce gouvernement républieain, énergique, profondément con vaincu de la grandeur et dé In dignité de ln France, n'avait certes pas oublié l'insulte faite à notre pavillon, mais c'était Ià un de ces griefs qu'il convenait de garder soigneusement jusqu'au jour où l'occasion se présenterait de l'invoquer pour en tirer vengeance.
La question était de savoir si les avantages matériels que la France tirait de Gênes étaient, par leur nature, assez importants pour faire renoncer à une marche qui prenait de flanc les positions de Saorge.
Restait encore une hypothèse : le parté populaire n'allait-il pas prendre la haute main à Gênes, proclamer la révolution et se jeter dans les bras de la France ? même si cette extrémité ne se réalisait pas, le parti aristocratique, pour se protéger contre un monvement populaire, n'avait-il pas secrètement partie liée avec elle? M. d'Huuteville semblait le croire ; d'après des avis secrets reçus avantla reprise de Toulon, et auxquels il ajoutait foi, la République aurait consenti à admettre 10,000 Français, et les décrets rendus par li Convention en faveur de Gênes venaient « confirmer les soupçons de quelque accord secret entre la France et la République » (a}4 Par son ordre, M de Front en faisait part, le 7 janvier, à lord Grenville; il ossay: éme de l'entraîner à unc action immédiate en lui observant « qu'il y avait à craindre dans ce moment que l'armée qui avait conquis Toulon pât par ce passage envahir le Piémont et la Lombardie ». 11 ajautait « que quoique ces notions sur les dispositions de la République ne fussent prs absolument certaines, cependant il croyait de la dernière importance, dans l'état actuel des choses, de l'en informer au plus tôt, pour qu'il pût prendre dans sa sagesse les précautions qu'il aurait cru convenables pour prévenir des malheurs ultérieurs ».
{1) Décret du 7 janvier.
(2) De Front à d'Hauteville, 3 janvier.