‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 12 sur 41 · FUT U CAUSE · texte numérisé non relu

FUT U CAUSE

Ce Alt longtemps une chose inexplicable que Tapparition soudaine du corps entier du général d'Erlon dans le iroisinage du champ de bataille de Ligny^ Napoléon parait n'en avoir jamais connu la cause vé*niable. Trompé sur les faits, il n'a pas manqué de trouver là un nouveau sujet d'accusation contre le maréchal Ney. Suivant la version de Sainte-Bélëne, ce maréchal, toujours le premier au feu, avait oublié la moitié de . ses 4roupes, le corps de d'Erlon, à deux lieues en arriére; il ne s'en était souvenu que lorsqu'il s'était trouvé luî-mème aux prises avec l'ennemi. Alors il avait envoyé en toute hâte à ce corps l'ordre d'avancer; mais il était trop tard, et c'était une des raisons pour lesquelles ces 20,000 hommes de d'Er* Ion s'étaient promenés, dans la journée du 16, entre les Quatre-Bras et Ligny, sans avoir été engagés nulle

part : grand Qialheur assurément, qui ne serait jamais arrivé sans le trouble d'esprit où était le maréchal Ney depuis les événements de 1814.'

Cette fiction historique sur un fait si important, si facile à vérifier, a duré jusqu'au moment où le général d'Erlon a expliqué lui-même ce qui s'était passé. Malheureusement, il ne l'a fait qu'en 1829, lorsque la fiction s'était déjà enracinée dans l'esprit des multitudes, et qu'il était déjà un peu tard pour là faire disparaître. Le général d'Erlon expliqua alors qu'il avait reçu du maréchal Ney, le vendredi 16 juin, vers onze heures ou midi, Tordre de diriger son corps sur Frasnes et les Quatre-Bras. Immédiatement ses troupes, déjà sous les armes, s'étaient mises en mouvement en toute diligence. Pour lui» il les avait devancées à Frasnes. Là, il avait été rejoint par un aide de camp de Napoléon, le général Labédoyére. Celui-ci lui fit voir une note au crayon qu'il portait au maréchal, laquelle lui enjoignait de diriger son premier corps sur Ligny. Labédoyére prévint, en outre, le général d'Er- \aa qu'il avait déjà donné l'ordre d'exécuter ce mouvement et fait changer la direction des colonnes. Sur cet avis, d'Erlon avait pris la route indiquée, il avait porté ses troupes au canon de Saint-Amand, jusqu'à ce qu'il fût rappelé impérativeoK^t par le maréchal Ney, aux prises avec des forces triples, qui augmentaient à vue d'œil et menaçaient de l'accabler. Napo-

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léoD n'ayant rien fait pour attirer à lui le i* corps, lorsque celui-ci touchait au champ de bataille, d'Er- Ion avait dû obéir à son clief immédiat et rejoindre le maréchal aux Quatre-Bras.

Du moins il avait pris sur lui de laisser à portée de Napoléon la division DunAte et trois régiments de la cavalerie Jaquinot; mais Tempereur n'avait pas profité de ce détachement plus que du corps entier. Là aussi, les généraux avaient discuté vivement entre eux; les uns voulant, avec le général Brue, que Ton se portât au canon et que Ton attaquât les Prussiens à revers et en queue, parWagnelée, les autres que Ton se contentât de rester en observation et d'attendre les voloDtés de l'empereur. Ce dernier parti avait été adopté parle général Durutte, qu'une plus grande responsabilité alarmait. Ce détachement, qui eât pu être si utile, dut se contenter d'inquiéter Tennemi de loin par quelques coups de canon. La nuit avait mis fin à ces démonstrations sans importance.

Telle est la vérité, bien loin, on le voit, de ce que se représentait Napoléon lorsqu'il écrivit les récits de Sainte-Hélène. Ce n'est pas le maréchal Ney qui a ooblié ses troupes; c'est un aide de camp de l'empereur qui a pris sur lui de détourner les colonnes en mardie, et de les envoyer, au lieu des Quatre-Bras, à Tillers-Peruin et Saint-Amand. Avait-il mission de changer leur mouvement? Cela est plus que douteux.

Apparemment la note au crayon portait que le maréchal Ney, après avoir reculé les Anglais, dëlacherait son premier corps sur Ligny pour prendre à revers les Prussiens, et elle le laissait juge de ce qu'il y avait de possible dans raccomplissement de cette instruction; mais le général Labédoyère, dans la hftte excessive d'amener à Napoléon un appui, il est vrai, décisif, ne prenant conseil quQ de son zèle, avait fait exécuter lui-même le mouvement vers Ligny. Il avait par . là enlevé à Ney la moitié 40 ses troupes, sans attendre que le maréchal fût prévenu et qu'il eût pu décider.

LES QUATBE-BRAS

Qu'est-ce donc que cette position des Quatre-Bras, objet de tant de discussions et de reproches sanglants depuis bientôt un demi-siècle? Yoici l'exacte configuration des lieux. Au sortir des dernières maisons de Frasnes, éparses sur la hauteur, la grande route traverse une vaste plaine jusqu'aux Quatre-Bras, dont la ferme blanchit à une lieue, sur une petite éminenoe. Cette plaine est à peine ondulée en quelques endroits; nulle part la moindre aspérité, le moindre obstacle; çà et là une saignée dans les prés; partout une terre grasse, noire, ou plutôt un seul champ de labour. A une distance de quinze cents mètres l'une de l'autre, de grosses fermes aux toits bas qui s'élèvent du milieu des blés : sur la gauche,- Pierrepont; au centre, Q^mioncourt; à droite, le village de Pyraumont. Aujour^ d'hui, la monotonie de ce terrain n'est interrompue

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par aucune grande végétation. En i815, un taillis nommé le bois de Bossu, bordait en partie la gauche de la route pavée. Depuis que le champ de bataille est devenu» par un don public, le domaine du duc de Wellington, il à fait défricher le bois, qu'il a changé, comme le reste, en terres à blé. Au delà de la ferme de Gémionoourt, un petit ruisseau stagnant, le seul que l'on rencontre ; et, en face, à une demi-lieue, les Quatre-Bras. Ce n'est point un village, c'est un groupe de quelques fermes aux quatre, embranchements des routes, sur Charleroi, Nivelles, Bruxelles et Namur. Comme ce point d'intersection est plus élevé que le reste de la plaine, on y arrive en montant par ces quatre tronçons de route; là, le même plateau se déroule, les mêmes vastes bassins 8*ëtendent. Ce n'est qu'à trois quarts de lieue plus loin que les nappes de terrain commencent à se rompre et à s'encadrer d'éminences et de collines jusqu'au défilé de Génappe, au pont de laDyle, où commencent ces larges ondulations qui se prolongent à l'horizon dans h direction de Waterloo. La position de ce champ de bataille n'avait par elle-même aucune force particulière; mais il est vrai que la rencontre des routes lui donne une grande importance strat^ique. C'était, ai-je dit phis haut, le point où se concentrait l'armée anglaise; c'était aussi sa ligne de communication avec l'armée prussienne.

Nous avons laissé le 16 juin, à onze heures et demie, le maréchal Ney à ses avant-postes de Frasnes, au moment où Tordre lui parvient de se diriger sur les Quatre-Bras. Il transmet sur-le-champ à ses deux chefs de corps, Reille et d'Erlon, Tordre de mouvement. Déjà les dispositions sont indiquées pour s'avancer jusqu'auprès de Génappe; quelques bataillons devront même se risquer plus loin sur la route de Bruxelles.

Sur ces entrefaites, le général Girard, détaché vers Fleurus, avait annoncé que les Prussiens occupaient encore ce bourg à dix heures du matin, et qu'ils continuaient à s'avancer sans obstacle. Sur cet avis, le général Reille, qui se voit débordé par sa droite et en arrière, hésite à se compromettre davantage. Il tient ses troupes rassemblées et sous les armes; mais, pour les porter en avant, il attend l'effet de cette nouvelle sur le maréchal Ney, et il demande un second ordre ^ tant il est vrai que les lenteurs que Napoléon avait mises à attaquer les Prussiens se communiquaient à toute la ligne. Les meilleurs généraux considéraient le mouvement en avant de I9 gauche, sous Ney, comme nécessairement subordonné à un mouvement analogue dé la droite, sous Napoléon. Ney renouvelle son ordre à Reille, et cette gauche, retenue si longtemps par l'immobilité de la droite, aborde enfin l'ennemi sur les lianteors de Frasnes. Les forces de Ney se composaient alors de 15,750 hommes d'in&nterie, 1 ,865 cavaliers;

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total : 17,615 combattants, 58 pièces de canon. Le prince d*Orange, qu'il avait en tète^ ne pouvait lui opposer que la division lioliando-belge de Perponcher, 6,852 hommes et 16 bouches à feu.

L'inquiétude que venait d'éprouver le général Reille n'était pas étrangère à Ney. Il ne crut pas devoir s'engager tète baissée, dès la première heure, tant que le canon de Napoléon ne se fit pas entendre sur sa droite. Voilà ce qui explique sa marche circonspecte en commençant Tattaque, et pourquoi il ne tira pas immèdia* tement un plus grand parti de sa supériorité de forces. Ajoutez que le prince d'Orange, avec beaucoup de présence d'esprit, montrait dans toutes les directions d'assez fortes tètes de colonne. Il en avait au débouché du bois, il en avait sur la route de Nivelles, sur celle de Sombrer. Car là, il réussit à foire croire que des masses débouchaient de tous les points de l'horizon. Si le maréchal Ney eût su ce que nous savons aujourd'bui, nul doute qu'il n'eût cruellement puni le prince d'Orange d'une telle dissémination de ses troupes : il les aurait percées et rompues, il aurait occupé le point d'embranchement des routes; mais quel eût été le grand résultat de cette occupation? Aurait-il pu se maintenir aux Quatre-Bras ou dépasser ce point sans être enveloppé? Dans tous les cas, si ce fut une faute d'avoir voulu marcher dès les premiers pas trop à coup sûr, on verra bientôt qu'elle a été exagérée,

dénaturée, jusqu'à en changer entièremait le caractère.

A mesure que Ney s'avance, précédé d'une ligne de tirailleurs, le prince d'Orange reploie ses postes et oède lentement le terrain. A droite, la division Bachelu marche contre le village de Pyraumont; à gauche, le bois de Bossu est attaqué par le général Foy, dont le nom ne brillait encore que d'un éclat militaire. Il devait plus tard nous subjuguer par cette singularité d'un vieux soldat qui met au-dessus de la faveur de son chef l'ambition de la liberté. La division Jérôme est en réserve. Ney avait ainsi profité habilement des lieux pour appuyer ses deux ailes, formées de son infanterie, là où elles pouvaient trouver un soutien, dans le bois, les fermes, le village; mais il avait réuni au centre sa nombreuse cavalerie, parce que là le terrain est ouvert et qu'elle pourra s'élancer sans nul obstacle sur des plans inclinés. Quant à l'ennemi, surpris, pressé par le temps et la nécessité, il n'a d'autre plan de bataille à ce moment que de jeter au plus vif du feu les troupes i mesure qu'elles arrivent, hors d'haleine, au rendezvous.

Déjà, à trois heures moins un quart, le prince d'Orange aperçoit les, colonnes anglaises qui se pressent de l'atteindre au pas de course. Ce sont les trois brigades d'infimterie de la division Picton; elles rétablissent l'égalitë du nombre. Cette division se déploie

lU HISTOIRE

promptemenl sur deux lignes, en avant de la route de Sombref, pour tendre la main aux Prussiens. Presque en même temps arrive le duc de Wellington; il est suivi de la brigade de cavalerie légère hoUando-belge. Après Picton arrivent le duc de Brunswick et son corps; ce qui élève les forces ennemies à 18,090 fantassins, 2,000 chevaux, 28 pièces de canon. La supériorité du nombre a déjà passé du côté de l'ennemi. Les Belges soutinrent le premier choc, et voici ce que des témoins oculaires racontent à ce sujet : ils disent que les chevau-légers, dès qu'ils débouchèrent, se formèrent pour attaquer. Un régiment français, des chasseurs de Pire, marche au pas au-devant d'eux. On vit de loin s'avancer les Français, non comme pour une attaque, mais plutôt comme dans une parade. I^ sabre baissé et pendant, ils tendaient les mains aux Belges, et, dès que l'on fut à portée de la voix, ils leur crièrent de venir dans leurs rangs, qu'ils y seraient bien reçus, qu'ils étaient anciennement amis, qu'ils avaient servi ensemble en Espagne, sous les mêmes généraux et dans le même corps, et ils appelaient par leurs noms ceux qu'ils reconnaissaient. Plus on ét^eiit proche, plus les instances redoublaient. On en vint ainsi à se toucher; mais, au lieu de se rendre à ces instances, les Belges commencèrent à sabrer. Alors les Français, d'anciens amis qu'ils étaient, devinrent de furieux ennemis. Chacun se choisit un adversaire, et» comme on était

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d^i presque mélë, on se prit corps à corps. Celte première rencontre fut terrible, mais elle dura peu. Culbutés, ëcharpés, les Belges s'enfuient en désordre au delà du champ de bataille. Ils y laissent en morts et en blessés une bonne partie des leurs.

Pendant qu'aux deux ailes Tinfanterie de Reille gagne du terrain, la cavalerie légère, au centre, continue ses charges le long de la grande route. Le duc de Brunswick, à la tête de ses lanciers, fond sur les co* lonnes françaises. Il est rejeté sur son infanterie au bas de la route de Nivelles. Comme il essayait bravement de rallier ses troupes, il est tué d'une balle qui lui traverse le corps. Son cheval l'emporte au loin, sans vie, penché sur l'arçon, au milieu de la seconde ligne. A sa suite, la cavalerie légère de Pire pénètre jusque dans les Quatre-Bras; les tètes de colonne tourbillonnent à la croisée des routes. Les cavaliers brandissent le sabre sous le feu nourri des highlandersy embusqués derrière les liaies et les fossés.

Ney soutient ce succès par la grosse cavalerie de

Kellennann, qui vient de le rejoindre. A la vue de ces

cs^liers, les carrés anglais se forment; ce sont d'abord

<^x du 44* et du 42* régiment. Piclon les appuie des

carrés de sa division et de ceux des gardes. Trois régi-

nients anglais achèvent de fermer la trouée, le 32*, le

79*, le 95*. Disposée en échiquier, cette infanterie est

en partie cachée par les blés; mais des lanciers fran-

io

çais viennent intrépidement planter en terre les hampes de leurs lances, en guise de jalons, sur le front des bataillons ennemis, à peu de distance des baïonnettes; Tescadron charge en prenant la flamme de la lance pour point de 4irection. Les tirailleurs anglais se retirent; ils vont se coucher à terre à l'abri des baïonnettes croisées de leur régiment. Les batteries françaises qui leur sont opposées se taisent. On entend le bruit sourd des pas des chevaux à travers les sillons, sur la paiUe foulée.

Ce fut conune un prélude des grandes diarges de cavalerie qui devaient se renouveler le surlendemain au milieu du plateau de Mont-Saint-Jean. Les étrangers ont comparé ces attaques d'escadrons à des faucons et des éperviers qui épient et saisissent le moment de fondre d'en haut sur leur proie. A peine un escadron a-t-il été repoussé par les feux convergents, un autre se précipite sur la même face du carré; mais le plus souvent ce même assaut rencontre le même obstacle : la tête de colonne, après avoir essuyé le feu, se brise et dévie sur la droite ou sur la gauche. Les divisions qui galopent sur ses pas suivent le même mouvement. Après avoir passé et repassé dans les intervalles des carrés en absorbant leurs feux, la cavalerie va se reformer et reprendre haleine. Aussitôt les batteries muettes recommencent à tonner, jusqu' à ce que les escadrons s'ébranlent de nouveau.

Ainsi se succèdent ces flots de fer, sans pouvoir entamer les épaisses murailles de Finianterie ennemie. C'est en quelque sorte le combat inégal des armes blanches des anciens et des armes de jet des modernes, et il semble que la formation particulière de Tarmée anglaise entra pour beaucoup dans le résultat. Les historiens de ces guerres n'ont pas assez remarqué ^ que h ligne anglaise, lorsqu'elle se préparait à recevoir un choc, se doublait et se formait sur quatre rangs, au lieu de deux. Je ne puis m'empècher de croire que cette disposition augmenta sa force de résistance dans le choc, soit que Tinfanterie ainsi formée ait plus de feux réservés, soit plutôt que le quatrième rang, même sans tirer, ajoute à la confiance et à la solidité des trois premiers *.

Cependant le maréchal Ney est vainqueur à ce moment sur toute la ligne.* Aux deux ailes, son infanterie a pénétré jusque sur les routes de Nivelles et de Sombref; au centre, la cavalerie a fait de terribles ravages. Deux régiments anglais, le 42* et le 44* réunis, ne forment'plus qu'un bataillon. Le corps hoUando-belge a été culbuté, la ferme de Gémioncourt occupée : il est dnq heures; mais à ce moment arrive par la route de

* Ce deuil important n'a pas échappé à V. le colonel Charrai.

* Lea Soissea ont emprunté cette disposition de l'infanterie anglaise : Texpénenoe de la campagne de 1815 prouve que cette formation pourrait être introdoite avec avantage même dans les États dn continent où Jea armes Umclient de plus près à la perfection (1857).

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Bruxelles le reste des brigades de Kempt et de Parck, par celle de Nivelles deux brigades d'infanterie de la division Âlten et deux batteries. Ce renfort porte Tarmée anglaise à 26,238 hommes, quarante pièces de canon. Ney est réduit toujours au même effectif; car Kellermann a comblé à peine le nombre des morts. Encore, dans quelques instants, vont déboucher par la chaussée de Nivelles les batteries de Lloyd et de Cleeve : elles donneront à l'ennemi la supériorité d'artillerie qui lui manque.

C'est alors que le colonel Laurent apprend à Ney que son premier corps a été détourné; peu d'instants après, nouvelle dépêche de Napoléon, datée de deux heures : « Le sort de la France est entre vos mains. » Presque immédiatement cette dépêche est suivie d'une troisième, plus pressante,'qu'apporte le colonel Forbin- Janson. Ainsi les ordres de l'empereur pleuvent sur Ney à mesure qu'il lui est plus impossible de les exé. cuter. Napoléon agit à ce moment en homme qui a trop tardé à donner ses ordres. U les renouvelle, il les multiplie, comme si par là il regagnait le temps perdu.

Le duc de Wellington vient de recevoir une nouvelle division entière, celle de Cook. Elle élève maintenant ses forces à 51 ,643 hommes, dont une grande partie de troupes fraîches, et soixante-huit canons. Ney n'a toujours que ses 20,000 hommes, déjà harassés par six

heures de combat^ et dont il Taut défalquer les blessés elles morts.

^ présence de cette marée montante d'ennemis et ^^ ces ordres répétés, de plus en plus pressants, de ^^polëon, que Ton se figure ce qui se passa dans Tesprit du maréchal Ney, lorsque, celui-ci appelant à soi le corps de d'Erlon, qu*il attendait de minute en minute, le chef d'état-major Delcambre lui assena cette réponse : que le corps tout entier a été dirigé à plus de deux lieues et demie, qu'il ne faut plus compter sur ces 20,000 hommes formant la moitié de ses troupes ! C'est là un de ces moments où un caractère de fer peut être ébranlé.

n estvconstant qu'à cette nouvelle le maréchal Ney fut saisi d'un violent désespoir. Au milieu des boulets qui ricochaient autour de lui, il s'écria : « Vous voyez ' ces boulets, je voudrais qu'ils m'entrassent tous dans le corps. » Et ce qui causa ce désespoir à un pareil homme, ce ne fut pas la nécessité où il pourrait être de fiure quelques pas en arrière jusqu'à Frasnes, ce fut la crainte dé laisser ouverte à l'ennemi la voie de communication des Quatre-Bras à Sombref; car non-seulement il ne pourrait porter à l'empereur le concours que celui-ci demandait, mais encore il allait se trouver en péril de le laisser accabler par l'intervention de l'armée anglo-belge. Au lieu du détachement français qui devait apporter la victoire décisive à Ligny, Napo-

lëon yerrait donc déboucher sur sa gauche lescoloBiies anglaises, belges, hollandaises, dont Ney allait être impuissant à arrêter le débordement. Ney sentit alors qu'il serait responsable d'un immense désastre. H aperçut le 16 comme une sorte de Waterloo dont fl serait le Grouchy. Ce sombre pressentiment ne fit que

redoubler son énergie; il dit à Kellermann : « Mon cher général, il faut ici un grand effort; il faut enfoncer cette masse d'infanterie; il s'agit du salut de la France. Partez I Je vous fais soutenir par toute la cavalerie de Pire. »

Kellermann, à la tête de ses cuirassiers, charge sur la route qu'enfile une batterie anglaise: il perce plusieurs lignes ; mais la route est bientôt couverte des cadavres des assaillants. Ce grand effort a été inutile. La charge se rompt. Kellermann, dont le cheval a été tué, reste quelque temps à la merci des ennemis. Il leur échappe, à pied, en se suspendant au mors des chevaux de deux de ses cuirassiers.

Le soleil se couchait; la victoire est arrachée aux nôtres au moment où leurs têtes de colonne abordaient sur trois points la chaussée de Namur. Le duc de Wellington profite enfin de son immense supériorité numérique; il prend l'offensive. L'infanterie de Foy, de Bachelu, de Jérôme, se retire lentement du bois, de Gémioncourt et de Pyraumont. La cavalerie la couvre au pas. Au débouché du bois de Bossu, les régiments

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