‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 16 sur 41 · SUITE I»E L\ BATAILLE INTERVENTIO^I DU CORFS DE BULOW · texte numérisé non relu

SUITE I»E L\ BATAILLE INTERVENTIO^I DU CORFS DE BULOW

C'est à quatre heures que le général Bulow atteignit les bois deFrichermont. Il n'avait pas paru à la bataille de Ligny; sa h&ten'en était que plus grande. Ses troupes marchaient sur un large front, aux deux côtés du chemin encaissé qui avait été réservé à Tartillerie. En traversant ces défilés boisés, ces ravins marécageux de Lasnes à Planchenoit, on s'élonnail de ne trouver aucun obstacle; à chaque pas, les éclaireurs s'attendaient à une surprise. Les officiers, en se montrant le ruisseau de Lasnes, se disaient qu'il eût suffi de quelques bataillons français pour disputer longtemps le passage; mais, ayant trouvé les chemins ouverts, tous doublèrent le pas : ils descendirent des hauteurs en amphithéâtre, d'où la bataille se montra à leurs yeux jusque dans ses moindres replis.

D'abord l'intention des généraux prussiens avait été

d'attendre et de concentrer la masse de leurs troupes avant d'attaquer; mais Blûcher, qui marchait avec les colonnes de Bulow, vit du haut des collines de Maransart que la crise de la bataille approchait. Son impatience naturelle le conseilla trop bien. Il décida au premier coup d*œil qu'il fallait user de ce premier moment de surprise et se jeter tète baissée sur la droite française, sans lui laisser le temps de se reconnaître. Le danger déjà imminent où se trouvait l'armée anglaise ne souffrait pas un instant de relard. On apercevait distinctement les réserves de Napoléon sur les hauteurs de la Belle-Alliance; plus loin, les charges de cavalerie sur le plateau attiraient tous les regards. Si l'infanterie de Lobau marchait en avant, si elle allait soutenir ces attaques, le dernier] moment de l'armée du duc de Wellington était arrivé. Il fallait donc surle-champ attirer à soi et occuper cette infanterie de manière à Tempècher de se raviser. Par ces raisons qui plaisaient à son impétuosité, Blûcher fit commencer le feu à une grande dislance sur la cavalerie Domon et Subervie; il annonça ainsi son arrivée.

Ces premières salves de quarante, bientôt même de quatre-vingt-six pièces de canon, firent impression sur les deux armées aux prises. Les Anglais respirèrent, les Français s'étonnèrent; mais, sûrs de la prévoyance de leur chef, ils n'éprouvèrent aucune crainte. Un peu après, la 15^ et la 16* division de Bulow débouchèrent

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en rase campagne; elles se dirigèrent sur le flanc droit de Farmée française. .

Depuis trois heures que les Prussiens étaient en vue, Napoléon n'avait rien fait de ce que ceux-ci craignaient le plus. Il aurait pu, ou leur disputer les défilés, ou devancer leur arrivée et précipiter toutes ses réserves dans une attaque désespérée contre Tarmée anglaise. Au lieu de celte résolution extrême, il avait pris un moyen terme : observer de loin les Prussiens, n'attaquer les Anglais qu'avec la moitié de ses forces, conserver l'autre moitié intacte. Sans doute il pensa que le moment n'était pas venu de recourir aux moyens suprêmes; d'ailleurs, il serait toujours temps de renoncer aux règles de prudence pour chercher le salut dans la témérité et dans le désespoir.

Cependant Lobau, avec ses deux divisions d'infanterie Simmer et Jeannin de 7,500 hommes, avait changé sa première direction; il marchait résolument au-devant de ces nouveaux ennemis. Pour s'appuyer, il n'avait que le village de Planchenoit, au milieu des champs ouverts, où les Prussiens ont élevé un petit monument de fer pour consacrer le souvenir de cette première rencontre. Canonnée par des batteries qui la prenaient en écharpe, la cavalerie de Domon et de Subervie, après un engagement avec les escadrons du prince de Prusse, dut se retirer en seconde ligne.

Tant que Lobau n'eut en tète que la moitié du corps

de Bulow, il le contint, il fil même des progrès sur lui; mais, en moins d*une heure, c'esl*a-dire à cinq heures et demie, les deux autres divisions restées en arrière, celles de Hacke et de Ryssel, avaient atteint à leur tour le champ de bataille : elles débouchaient de Lasnes en colonnes serrées. Aussitôt Blûcher, présent à l'attaque, fit déployer les niasses sur la gauche prussienne, de manière à déborder Lobau et à le séparer de Planchenoit. Les Prussiens menaçaient ainsi la chaussée de Charleroi, seule retraite de l'armée. C'était le moment où Ney demandait avec instance l'appui d'un corps d'infanterie pour s'établir sur le plateau. Ainsi Napoléon pouvait alors se croire vainqueur sur le front; mais le flanc droit était ébranlé, presque entr'ouvert . il n y avait pas un moment à perdre pour le raffermir et arrêter de ce côté le progrès de Tennemi. Descendues des hauteurs, les quatre-vingt-six bouches à feu de Blûcher prenaient l'armée française en écharpe et à revers. Leurs boulets ricochaient sur la ligne de retraite.

Débordés sur les deux ailes, les 10,000 hommes de Lobau sont obligés de céder en plaine aux 30,000 de Bulow. Cependant Lobau se retire en échiquier, lentement, posément; la première ligne se replie par les intervalles. Elle se remet en bataille derrière la seconde, qui ouvre alors le feu et soutient le combat jusqu'à ce qu'elle cède à son tour pour faire volte-face un peu

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plus loin et repousser les assaillants. Lobau dirige cette suite de combats alternatifs avec la régularité d'un champ de manœuvre; mais il est menacé de perdre son point d'appui dans le village.

Napoléon lui envoie le général Duhesme avec hui( bataillons de la jeune garde et vingt-quatre pièces de canon. Les deux divisions prussiennes Hiller et Ryssel se massent en trois colonnes ; elles enveloppent Plan* chenoit, elles y pénétrent, elles vont Tarracher à la jeune garde. On se fusille à trente pas dans le cime* tière. Ce village avec ses vergers,' ses jardins, ses enclos, ses débouchés vers Maison-le-Roi, c'est le bastion qui flanque la ligne de retraite. 11 est emporté. Le général Morand, avec quatre bataillons de la vieille garde, accourt pour le reprendre. Sans tirer, il en chasse les Prussiens à la baïonnette; ses bataillons s'établissent à un grand intervalle sur l'extrême droite, comme la garde consulaire au soir de Marengo. A l'aboi de cette troupe d'élite, le corps de Lobau et la jeune garde reviennent à la charge. Les Prussiens sont débordés à leur tour; ils plient, leur artillerie s'éloigne.

Dans ce combat de plus en plus inégal, qui se prolongera jusqu'au soir, le poste de Planchenoit est on poste de sacrifice. Les troupes n'y sont point soutenues par les regards de toute l'armée comme sur le plateau ; elles sont aux prises en quelque sorte à l'écart, dans un bas- fond où les colonnes ennemies af-

fluent par torrents. Comme si toutes les formes du courage devaient être rassemblées dans cette journée, la cavalerie sur le plateau venait de montrer l'impétuosité indomptable, la joie guerrière, la témérité héroïque d'une troupe sûre de vaincre; maintenant, le corps de Lobau et la garde montrent ce qu'il y a de plus austère dans le devoir militaire, la volonté stoîque de mourir à son poste, pour empêcher la destruction de Tarmée et la captivité du chef. Le général Durrieu donne l'exemple de ce stoïcisme ; blessé d'une balle à la cuisse, il reste tout sanglant à la té-te de l'ctatmajor.

A ce moment. Napoléon crut que cette inondation du champ de bataille par l'armée prussienne était à son terme. L'artillerie fit silence un moment ; dans cet intervalle, on entendit pour la première fois très-distinctement au loin le canon de Grouchy. Il était donc enfin aux prises avec ce qui restait des corps prussiens; il les occupait. On pouvait dès lors tenir pour certain qu'après la retraite de Bulow, il n'y avait plus rien à redouter de ce côté du champ de bataille. Ainsi c'est le moment de se retourner contre le centre anglais, de rallier, d'engager les réserves, d'achever enfin la victoire que cet incident de Bulow a tenue suspendue depuis quatre heures.

Outre la force d'espérance que Napoléon entretint jusqu'au dernier instant , il y avait une circonstance

matérielle du champ de bataille qui explique comment rUlusion fut si tenace chez lui. Nous avons dit que des bois, des taillis épais, qui ont été coupés depuis, éten* daienl alors leurs fourrés sur sa droite. Ces bois empêchèrent de voir les noires colonnes de Ziethen, qui s'approchaient en silence; elles avaient déjà rallié à Ohain la cavalerie anglaise. Maintenant, elles étaient à un quart de lieue du champ de bataille ; elles se pressaient d'arriver à travers les taillis par le plus court chemin, et personne dans Farmée française n'en soupçonnait encore l'existence. Les massifs d'arbres devaient couvrir jusqu'au dernier moment celle troisième armée. C'était comme une dernière embûche tendue par 30,000 hommes de troupes fraîches qui s'apprêtaient à s'élancer tête baissée hors des bois d'Ohain et de Frichermont.

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