‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 18 sur 41 · ANGLAISE · texte numérisé non relu

ANGLAISE

Pendant ce temps, un cri était parti des hauteurs de Smohain. Ce cri est le tiourra d'une attaque nouvelle. Toute la portion de la ligne française qui se tenait encore suspendue à mi-côte chancelle. Le centre et la droite sont enfoncés en même temps ; ils se rom- |)ent. L'un se débande au premier pas que la garde fait en arriére, l'autre par une cause inconnue. On devait l'appeler panique jusqu'à ce que l'on sût avec précision à quelle force irrésistible il avait fallu céder. Ainsi, à ce dernier moment, deux causes trés-distinctcs agissent simultanément sur deux points éloignés de la ligne et la brisent en tronçons. Au centre, tout se précipite vers la garde ; on y cherche un refuge. Les troupes rompues, les hommes isolés, les intrépides tirailleurs de Donzelot et de Quiot, s'abritent derrière cette forteresse vivante ; mais ils l'embarrassent

de leur foule. Décimés, les bataillons de la garde se retirent au pas, dans les bas-fonds, au sud de la Haie- Sainte. Là, ils se forment en carrés pour faire face à l'ennemi, qui s'abat sur eux de tous les côtés de l'horizon.

Jusque-là, Napoléon, dans le ravin, avait suivi des yeux les mouvements de sa dernière réserve. Il lui avait été d'abord impossible de s'expliquer la confusion soudaine de la partie la plus éloignée du champ de bataille. Obstiné à espérer, il ne pouvait s'arracher du lieu où il était ; mais, lorsqu'il vit sa garde invincible céder elle-même le terrain et repasser la Haie-Sainte, pour la première fois il renonça à l'espérance, et (s'il faut en croire le rapport de son guide) il s'écria: « C'est fini ! »

Comme déjà les cavaliers ennemis s'approcliaient, il lança contre eux son escorte de quatre escadrons de service. Ces 400 hommes furent aussitôt enveloppés et culbutés. Le général Guyol, qui les conduisait, est blessé de deux coups de feu ; le général Jamin est tué à la tète de ce qui restait des grenadiers à cheval. Napoléon, n'ayant plus alors même un seul homme d'escorte, tourna bride. Il entra dans le carré du V régiment de grenadiers, que commandait le lieutenantcolonel Martenot.

Que s'était-il donc passé à l'extrême droite? Le corps d*armée de Ziethenavaitdéboucliéà Timproviste

DE LA CAUPAGiNE DE 1815. 261

des bois d'Ohain avec sa l'* brigade, sa cavalerie de réserve et quatre batteries. D'abord Ziethen avait établi une batterie sur la hauteur ; mais presque aussitôt il avait jeté ses troupes en avant. Elles avaient pris en écharpe celles de d*Erlon, qui marchaient en ce moment en colonnes pour flanquer l'attaque de la garde. Cela avait été comme le dernier coup.

On a accusé Textréme droite d'avoir laissé percer la ligne de bataille; mais que pouvait ce corps de 2,000 hommes exténués, disséminés, surpris, devant le torrent d'ennemis qui se précipitaient des hauteurs? Ceux-ci devaient emporter Tobslacle par le poids seul de leur masse. Napoléon a reproché à la division Durutte de ne s'être pas crénelée dans Sinohaiu ; mais c'est encore aujourd'hui une question de savoir si ce village, vaillamment défendu par le prince de Saxe- Weimar, a été emporté et occupé plus de quelques instants par les- soldats de Durutle.

Puis l'étonnement, la stupeur s'y joignirent. On avait vu d'abord les nouveaux assaillants, trompés par Tuniforme bleu des troupes de Nassau, diriger leurs feux contre elles et les disperser à un quart de lieue ; maintenant, revenus de leur méprise, c'est contre les nôtres que ces mêmes corps s'étaient relouniés avec fu* reur. Un changement si imprévu déconcerta d'abord l'infanterie de Bruc, de Marcognet, qui tenaient la droite; et pourtant les Prussiens rapportent que cette

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aile française, ainsi surprise, a fait plus de résistance que Ton n'a coutume de dire. Pendant une demiheure, elle ferma aux nouveaux venus l'entrée du champ de bataille ; elle disputa le débouché des fermes de Papelotle et de Smohain. Les Prussiens y furent arrêtés assez longtemps pour perdre 500 hommes. I^ division Durulte avait ainsi gardé le champ de bataille pendant la première attaque de la garde : le centre de d*Erlon avait même pu se retirer pendant quelque temps avec ordre ; mais enfin la brèche avait été faite à l'extrémité de la ligne. Les 13,000 hommes de Ziethen , troupe fraîche, s'y étaient précipités , la cavalerie en tête. Ils avaient pénétré entre d*Erlon et Lobau, dans Tinlérieur même de l'armée française.

Ainsi écrasés de froiit, de flanc et a revers, il n'était pas besoin de la panique ou de la trahison pour que tout fût perdu. Le cri de sauve qm peut n'était pas nécessaire; d'ailleurs, qui y aurait pris garde au milieu des feux croisés, des caissons renversés, des canons qui tiraient leur dernière charge, des bataillons épars, des escadrons serrés sous le poids desquels la terre tremblait? Jusqu'ici, on n'a trouvé personne qui affirme l'avoir entendu. La force des choses, Finsurmontable nécessité, l'obstination ou l'aveuglement du chef dans une lutte devenue impossible, suffirent. Les armes, les corps, les régiments se mêlent.

Cette magnifique armée n'était déjà plus , vers la Belle-Alliance, qu'une muUitude conruse; mais la masse française était encore si épaisse, que la cavalerie ennemie la refoulait au pas sans pouvoir y pénétrer ni Tenlamer. La cavalerie prussienne marchait droit dans la direction de Rossomme; elle semblait portée sur les flots d'une mer houleuse. Le général Durutte se retira le dernier. Il se retourna un moment pour regardei* Tennemi. Des cavaliers prussiens se jettent sur lui, ils le sabrent au visage, ils lui abattent le poignet droit. Aveuglé par son sang et ne pouvant conduire son cheval, la foule Tentralne vers la grande route de Charieroi. Il y cherche quelque temps le maréchal Ney pour lui remettre un dernier détachement rallié de la brigade de Brue.

A ce commencement du désastre, une chose frappe dans le récit des Anglais: c'est la louange enthousiaste qu'ils adressent au duc de Wellington pour avoir osé poursuivre la vieille garde décimée et écharpée. Quelle idée se faisait-on donc de cette garde , et quel éloge vaudra jamais un pareil aveu? Il est certain, en effet, que, même à ce moment de calamité où l'armée française sembla se fondre, le duc de Wellington usa d'une extrême prudence. Que de précautions encore contre celte foule désorganisée ! que de circonspection dans la victoire ! Il fut lent à croire à un pareil désastre. Quand il le vit, il fut lent encore à commettre toute

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TarméG anglaise contre de tels débris. 11 retint la masse de ses troupes immobile sur les hauteurs, et il ne lâcha dans la plaine que les brigades de Vivian et de Vandeleur, comme pour s'assurer d'une victoire qu'il ne pouvait croire si complète.

Des batteries tiraient encore de différents points. La fusillade continuait autour des ruines enflammées d'Hougoumont, puis elle cessa. Il était huit heures et demie, le soleil se couchait ; il jeta un dernier rayon à travers les arbres de Herbe-Braine. La fumée se dis* sipa sur presque tout le champ de bataille ; l'affreux spectacle resta un moment à découvert. A mi-côte de la position française, on voyait encore çà et là des carrés d'infanterie et des canons sur les flancs et dans les intervalles. Où était alors cette invincible cavalerie de Milhaud, de Kellermann, de Guyot, de Lefebvre-Desnouetles? Il y avait çà et là des escadrons qui restaient immobiles. Ce n'étaient que. des débris et, comme disent les Anglais, de vrais fantômesde ce qu'ils avaient été le malin. Ils étaient là épars, quelques-uns sans chefs, partout où le hasard de la bataille les avait dispersés. La foule passait à leurs pieds, comme les grandes eaux se précipitent à travers les arches d'un pont ruiné dont il ne reste que quelques piliers que Tinon* dation n'a pu emporter; mais tels qu'ils étaient, au milieu de la confusion générale, ces carrés et ces escadrons imposaient à larméeanglaise. Wellington crut

ne pouvoir prendre assez de précautions pour les aborder.

La brigade de cavalerie légère de Vivian, formée en échelons par escadrons, est lancée la première dans le centre des Français. Elle y fait la trouée. Les lanciers, les dragons de la garde impériale se retournent et chargent les dragons et les hussards de la légion germanique. On parle aussi d'un corps de cuirassiei*s qui contint par un feu de carabines la cavalerie allemande. Par là, ils donnèrent aux carrés de la garde le temps de sortir du ravin de la Haie-Sainte.

Sur la droite anglaise, la brigade de Yandeleur descend au trot vers les clôtures d'Hougoumont; elle refoule les tirailleurs sur la ligne de retraite. Là, Taile gauche française, séparée de la droite par des hauteurs, n avait pas vu le débordement des Prussiens. Elle s'obstinait autour des ruines d'Hougoumont. Quand elle se retira, elle le fit d'abord lentement, ne soupçonnant pas le désastre. La cavalerie légère de Pire s'éloigna au pas sans même être inquiétée. Si le général Reille eût pu imaginer ce qui se passait à la droite et au centre, au lieu de venir fondre ses colonnes dans la partie déjà désorganisée de l'armée, sur la route de Charleroi, il eût fait sa retraite par la route de Nivelles.

Cependant la cavalerie anglaise était déjà harassée par ses charges; elle s'était désunie et mêlée aux fuyards. Le désastre était contagieux même pour les

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vainqueurs. Déjà les généraux qui commandaient celle cavalerie s'étonnaient de se voir si loin seuls en avant de la ligne anglaise. Ils n'étaient pas sans inquiétude au milieu de leur triomphe. Ils arrêtèrent leurs escadrons pour attendre rinfanlerie qui les suivait.

La première qui les atteignit fut la brigade d'Adam, formée sur quatre rangs, commejlans l'extrême danger; elle marchait sur la gauche anglaise de la route. Alors les deux armées, réunies sur les hauteurs de la Belle-Alliance, se jetèrent successivement sur les carrés de la garde. Les ennemis étaient si nombreux, qu'ils se frappaient et se canonnaient les uns les autres. En arrivant près de la Belle-Alliance , les troupes anglaises d'Adam tombent dans la ligne de feu d'une batterie prussienne. Le 18" de hussards britanniques sabre un régiment allemand ; mais à la tin ils se reconnaissent : tous se ruent sur les carrés de la vieille garde qui subsistent encore.

Ces carrés servaient de refuge aux généraux qui n'avaient plus de soldats ; ils s'ouvraient surtout pour recevoir les drapeaux que l'on venait de toutes parts leur confier. C*étaient autant de citadelles où s'abritait ce qui faisait l'flme de l'armée, et il est certain que, dans cette journée, où presque tout le matériel fut perdu, les drapeaux furent sauvés avec la religion militaii*e des vingt dernières années. Il fallut démolir les carrés liomme à homme, et même ils ne furent pas

rompus par une attaque combinée. Nul régiment, nulle brigade ennemie ne s'attribue Thonneur d'avoir brisé leurs rangs. Ils ne cédèrent qu'à la pression des trois années anglaise, prussienne et même française, qui s'amassaient sur eux de tous les points de l'horizon, car le poids des fuyards les écrasa autant que celui des vainqueurs.

Au milieu de celte mer d'hommes, trois carrés subsistaient encore. Par moments ils s'arrêtaient, croisaient le fer, et se dégageaient par un feu à bout portant des masses ennemies qui les pressaient. A la fin, il n'en resta plus qu'un seul. Le colonel Halkett, à la tète des Hanovriens, l'enveloppe sur trois faces; il crie entre chaque décharge : a Rendez-vous 1 » Une voix répond : « La garde meurt et ne se rend pas M » C'était la voix de Cambronne; une nouvelle décharge le renverse d*un éclat d'obus à la tête. Il reste évanoui parmi les morts. Le carré reprend sa marche et s'éloigne.

Dans cette dernière mêlée, les étrangers* parlent avec une admiration particulière d'un régiment français de cavalerie : c'était le reste des grenadiers a cheval; ils marchaient au pas, en colonne seiTée, dans un

* D'après les Souvenirs rf'iw officier, on a entendu Cambronne, revenu i Nantes, répéter lui-même ses paroles : < Des gens comme nous ne se rendent pas !» La première version s'est imposée i l'histoire. Il ne serait plus possible de revenir à la vérité nue sans paraître l'altérer.

* Voyes Sibome.

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ordre magnifique : on eût dit qu'ils étaient étrangers au chaos qui les environnait. Le 12^ de dragons anglais osa les charger : le régiment français se retourne tranquillement, les culbute, et reprend sa marche majestueuse. Un peu plus tard, le régiment étant de nouveau pressé, un officier sort des rangs et va décharger ses pistolets sur le colonel Murray. Comme Napoléon se retirait alors le long de la grande route, à la droite de cette cavalerie, on a pensé qu'elle voulut assurer par là le salut du chef de l'armée.

A ce moment, Wellington, voyant que son avantgarde avait atteint, avec Vivian, Vandeleur et Adam, la position française, se crut enfin vainqueur. Alors, mais seulement alors, il lâcha la bride à son armée, qu'il avait retenue jusque-là sur le plateau. 11 ordonna un mouvement général en avant de la ligne entière. C'est le moment dont parle le général Foy, quand cette armée, immobile, enracinée à la même place depuis le matin, s'ébranla, comme un seul homme, des hauteurs d'Hougoumonl et de Smohain. Dès ce premier pas, la division Lambert traverse la Haie-Sainte, que Ton trouva abandonnée aux blessés et aux morts. Les Anglais tiennent beaucoup à maintenir qu'entre la retraite de la garde et le mouvement en avant de leur ligne il 8*est passé au moins douze minutes; car ils en concluent que ce sont eux qui ont percé le centre français avant l'irruption générale des Prussiens. Ce

sont ces douze minutes que les historiens se disputent, et voilà le comble de la gloire humaine!

En face de Tarméc anglaise qui se précipite, un homme s'était arrêté de Tautrecôtédu ravin; il était à pied, appuyé sur le bras d'un caporal de la vieille garde : c'était le maréchal Ney. 11 s'opposait aux fuyards. Vers la Belle-Alliance, meurtri, les habits troués de balles, mais encore invulnérable, il cherchait autour de lui un détachement, une compagnie, un peloton pour se remettre à leur tête et les ramener au feu. A ceux qui passaient il criait : « Yenezl suivez-moi, je vais vous montrer comment meurt un maréchal de Franco sur le champ de bataille! » Ceux qui l'ont entendu assurent encore aujourd'hui que l'accent de ces paroles ne sortii^a jamais de leur mémoire; mais c'était là un courage surhumain qui étonnait les plus braves.

Napoléon passa près de la bulle deRossomme. C'est de là qu'il avait vu à ses pieds le malin cette héroïque armée qui remplissait, disait-il, la terre d'orgueil. Maintenant, il la voyait du même endroit, désorganisée, presque anéantie, toutes les armes confondues, les ba^ gages, les caissons, les hommes mêlés qui fuyaient sans le reconnaître à l'approche de la nuil. Il y avait là deux bataillons et une batterie : il ordonna de tirer. Le dernier coup de canon emporta la cuisse de lord Uxbridge, qui commandait la dernière charge de cava-^ lerie.

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VU

SUITE. - DÉFENSE DE PL\NCUENOiT PAR LOB\U.

Le corps prussien de Ziethen n*était pas le seul qui se fût jeté à Timprovisle sur Tarmée française. Presque en même temps, tout le corps de Pirch déboucha derriére Bulow et prolongea sa droite et sa gauche. C'étaient encore 15,000 hommes qui tombaient surLobau, affaibli de douze bataillons de la garde.

La destruction entière des Français dépendait de la prise de Planchenoit. Les Prussiens s'avancent par bataillons serrés dans la direction de l'église, qui était déjà remplie de morts et de mourants. Les toits de chaume s'étaient allumés. L'incendie, réfléchi dans les Titres de l'église, éclairait le cimetière, que défendait un bataillon de chasseurs au milieu des cadavres qui leur faisaient un second retranchement. Bulow et Pirdi réunis ne peuvent forcer le village de front; ils le dé« bordent et lenveloppent jusqu'au bois de Chantelet.

U défense des Français de Lobau, au milieu des fermes en flammes, pendant que derrière eui s'écoulait toute Tarmée, excite encore aujourd'hui Tétonnement des historiens étrangers. Durant une heure et demie, cette troupe se laissa écraser pour le salut des autres.

C'est là que la garde put réellement combattre. Quoique débordée de toutes parts, elle dispute chaque maison, elle se défend de haie en haie, d'arbre en arbre. Les généraux Barrois et Duhesme sont blessés grièvement. Si Planchenoit eût été pris une demi-heure plus tôt, la retraite eût été coupée; quand ce poste fut abandonné, tout ce qui restait de Tarmée avait passé. Les chasseurs du S' régiment de la garde furent les derniers à quitter le village. Le général Pelet en avait réuni 250. Faisant front dès qu'ils étaient menacés, ils se retirèrent par Maison-le-Roi. Cette poignée d'hommes et la nuit sauvèrent Napoléon.

Les hommes avaient * fait ce que comportaient les forces humaines. Us cédèrent à une force supérieure que presque tous appelèrent trahison ; car personne n'eût voulu y voir le résultat des erreurs du chef. Il fallait plus d'un demi-siècle avant qu'on admit que le général était pour quelque chose dans le désastre de tous. On aima mieux alors croire à la perfidie d'un grand nombre qu'à une seule faute d'un chef idolâtré, réputé infaillible même après Moscou et Leipzig.

La nouvelle que Grouchy arrivait produisit une sorte

de vertige. Quand, à la place de Grouchy, on vit 60,000 Prussiens déboucher par toutes les issues, alors les imaginations mêmes furent envahies. Chacun se crut livré ; le& armes tombaient des mains, et, comme on avait fait au delà des forces humaines, on paraissait céder, non pas à Tennemi, mais à la fatalité. Il s'ensuivait que même les chefs aimés n'avaient plus aucun empire sur leurs hommes. Tous, hormis un seul, étaient devenus suspects. De là l'impossibilité de rallier une arrière-garde. La défaite se changea en désastre; et qui voulait s'y opposer, ou seulement marcher contre le courant, était tenu pour ennemi.

Dans les premiers moments de la déroute, le secré- ( \ taire de Napoléon se précipite de la ferme du Caillou au-devant des fuyards. Il conduisait un cheval à Napoléon, qu'il supposait encore dans la mêlée, peut-être blessé ou à pied. Deux cuirassiers français, le sabre haut, viennent à lui : « Où vas-tu? -r- Je cherche l'empereur. — Tu en as menti; tu vas rejoindre les Anglais ! » Ils allaient le sabrer, quand des officiers le reconnurent et le sauvèrent..

Wellington arrêta l'armée anglaise dès qu'elle eut atteint la position des Français vers Rossomme. C'était assez d'occuper la place de Napoléon. D'ailleurs, les troupes épuisées n'eussent pu faire un pas de plus pour poursuivre les Français. Blùcher s'était chargé de ce soin ; il plaisait à sa haine, à son désir de vengeance.

Les Anglais bivaquèrent dans les lignes des Français, à droite de la route de Charleroi, qu'ils laissèrent libre à leurs alliés. En revenant du côté de la Belle- Alliance.

Wellington rencontra Blûcher. Tous deux mirent pied à terre et se jetèrent dans les bras l'un de l'autre. La ferme de la Belle- Alliance avait servi de point de direction à Tarmée prussienne; Blûcher voulait qu'on a ppelfl t de ce nom la bataille ; Torgueil des Anglais Ta emporté. Ils ont choisi le nom de leur quartier général, quoique le bourg de Waterloo soit resté en dehors de l'action pour les trois années.

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