‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 8 sur 41 · OUTERTURE DE U CAMPAGNE. — PASSAGE DE LA SAMORR · texte numérisé non relu

OUTERTURE DE U CAMPAGNE. — PASSAGE DE LA SAMORR

Sdon l'usage, une proclamation de Napoléon ouvre la campagne. Tout ce qui peut enflammer une armée est rassemblé en quelques lignes : le ressentiment contre les injures des Prussiens, le souvenir des pontoDs anglais. Et ce n'était pas seulemerit aux Français, que de telles paroles étaient adressées, c'était aux Belges, aux Hollandais, aux Hanovriens, aux soldats de la confédération du Rhin, à tous ceux qui, par (orce, par

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lassitude ou par choix, avaient grossi les rangs de la coalition. Un seul mot avait été oublié, celui dont l'ennemi s*était armé contre nous, la liberté; mais qui pouvait s'en plaindre ou s* en préoccuper, quand on arrivait à ces dernières paroles : ce Pour tout Fran> çais qui a du cœur, le moment est venu de vaincre ou de périr? »

Ainsi c'est à une lutte désespérée qu'il faut se préparer. Voilà par où la guerre se distingue des précédentes : il ne s'agit plus de gloire ou de puissance, mais du salut de tous.

Le 14 juin au soir, Tarmée française, partagée en cinq corps, était réunie, à Tinsu de Tennemi, derrière la Sambre. Elle venait, à marches forcées, de Paris, de Mézières, de Metz, de Laon, et se trouvait rassemblée, la droite (4* corps, sous le général Gérard) en avant de Philippeville ; le centre, formé du 3^ corps (Van* damme), du 6* (Lobau) et de la garde, sous le commandement immédiat de Napoléon, à Bçaumonl; la gauche (1" et V corps, sous d'Erlon et Reille) à Hamsur-Eure et à Solre-sur-Sambre. Celte concentration de forces s'était opérée sans que^ dans un si grand mouvement d'hommes et de choses, l'éveil eût été donné à ceux qu'on allait surprendre. A deux heures et demie du matin, cette armée, qui s'est tenue en silence dans ses bivacs, les feux éteints, doit s'ébranler en trois colonnes. L'ordre de mouvement est pleip de

précautions inaccoutumées dans les dernières guerres. Tout est prévu pour empéclier la confusion dans la marche de ces colonnes, qui Irainei^t après elles un nombreux matériel ^

Napoléon avait dessein de passer la Sambre à midi ; il était plus de trois heures quand le passage fut opéré par Reille à Mai:chiennes-sur-Pont, par Gérard ù, Châ- Idet. Les ordres avaient été néanmoins exécutés poncluellement, à l'exception de celui qui prescrivait au général Vandamme de commencer son mouvement à deux heures et demie du malin. L'ollicier porteur de cet ordre s'était cassé la jambe en tombant de clivai ; il n'avait pas été remplacé. Vandamme n'avait été instruit que fortuitement et tardivement de ce qu'il avait ^ faire. Quoique le mouvement général de l'armée eût pu l'instruire, il n'était sorti de ses bivacs qu'à sept heures et demie, opposant aux impatients la résolulion inébranlable d'attendre un ordre positif.

Du reste, le retard du 3" corps sera sans résultats fâcheux, puisque la garde l'a remplacé en prenant la (été de l'armée. Précédé de la cavalerie légère du général Pajol, le centre s'est avancé, sans trouver presque aucune résistance, jusqu'aux faubourgs de Charleroi. Là, on a rencontré une digue de trois cents pas,, aboutissant au pont, dont la tète avait été palissadée.

* Voyez l'ouvrage si juslcmeiU cUisique du général Dufour, la Tac- 4ùiue, p. 18.

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La cavalerie française ne s'est arrêtée qu'un moment devant les tirailleurs ennemis embusqués derrière les chevaux de frise. Ce faible obstacle est bientôt rompu par les sapeurs de la garde; à midi, les Français en* traient dans Charleroi, chassant devant eux le régiment prussien qui l'occupait et qui se retirait en arrière de GiJly.

La colonne de gauche n*avait pas été moins heureuse : elle s'était avancée, le 2^ corps en tète, sous le général Reille, par Thuin sur Marchiennes. D'abord les avant-postes du général Zielhen s'étaient repliés ; mais la résistance avait commencé & Thuin, que des bataillons de Westphaliens avaient tenté de défendre. Une partie de celle infanterie avait été coupée de la Sambrc et s'était rendue ; le reste, vivement poursuivi par les nôtres, s'était dérobé par Damprémy et marchait vers Fleurus, point de ralliement donné à tout le corps de Zielhen.

Un événement funeste, dans lequel plusieurs virent un mauvais présage, avait arrêté- un moment la colonne de droite ; le général commandant une des divisions du V corps, M. de Bourmont, avec son chef d'état-major et trois de ses aides de camp, s'était approché des avant-postes comme pour les observer ; mais, là, il avait congédié son escorte. On l'avait vu dans les premières heures du jour abandonner ses troupes et entrer dans les rangs ennemis. 11 avait été conduit

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auprès du maréchal Blûcher, et, comme quelqu'un faisait remarquer que le général français avait déjà changé de cocarde, oa rapporte *• du maréchal prussien de rudes paroles pour condamner en soldat Taction dont il allait profiter en chef d'armée. Après un demisiècle dans lequel nous avons honoré et couronné tout ce qui a réussi, cette défection est peut-être la seule qui n'ait pas trouvé parmi nous d'apologistes. Le bruit s'en répandit aussitôt dans le 4* corps ; la défiance s'augmenta chez les plus soupçonneux. Indignée et ne sachant sur qui faire retomber ses soupçons, cette colonne s'avança sans rencontrer l'ennemi; mais, comme elle avait le plus long chemin à faire, elle fîit la der* nière à atteindre la Sambre, qu'elle passa le soir sans obstacle à Châtelet.

Napoléon, arrivé à Charleroi, se trouvait au sommet de l'angle dont l'un des côtés formait la ligne anglaise et l'autre la ligne prussienne. Par la route de r4harleroi à Bruxelles, il pouvait faire irruption au milieu des cantonnements du duc de Wellington; par celle de Charleroi à Fleurus, dans les cantonnements du maréchal Blûcher. Profitant du premier moment de surprise, il achèvera sans doute de partager l'ennemi; le. résultat sera de rejeter les Anglais sur l'Escaut, les Prussiens -sur le Rhin. Ceux-ci s'échappant par les deux routes,

' Vojei SUmme.

Tune des divisions du général Ziethen s*était aventurée sur le chemin de Ck>sselies ; elle se trouvait coupée ainsi du reste de Tannée. Napoléon la fait suivre par la brigade de Clary, qu'appuiera bientôt la cavalerie légère de la garde, soutenue elle-même d'un régiment de la division Duhesme. Le reste des troupes engagées de Ziethen, c'est-à-dire la ¥ division, après avoir abandonné Charleroi, s'était replié du côté de Fleurus, point de concentration assigné à l'armée prussienne ; mais bientôt cette division s'était arrêtée, voyant qu elle n'était pas suivie. A deux heures, elle avait pris position au village de Gilly, la droite à l'abbaye de Soleilmont, la gauche vers Châtelineau. Par cette contenance assurée, elle donnait à l'armée prussienne le temps de se reconnaître et de se rassembler. D'ailleurs In 1'^ division, égarée dans la fausse direction de Gosselics, risquait d'être perdue, si le corps principal ne lui permettait, en s'arrétant, de se rabattre par des chemins de traverse sur Gilly ou Fleurus.

Dans cet intervalle, le maréchal Grouchy, avec un corps de dragons, avait pris les devants vers Gilly. Il croyait les troupes de Ziethen en pleine retraite; il les voit, établies dans un bon poste, prêtes à accepter le combat. Cette hardiesse lui impose; d'ailleurs il ne commandait alors que la cavalerie. Pouvait-il, sans un seul fantassin, forcer un village défendu par de nom-

breux abatis? U revient de sa personne aupi-ès de Napoléon, il raconte ce qu|il a vu : des masses d'infanterie sont embusquées en avant des bois de Lambusart et de Fleurus. Probablement par delà tout le corps de bataille est caché» ea seconde ligne, dans les vastes plis de terrain qui de ce cété dérobent Thorizon. C'est à l'empereur d'en décider d'un coup d'œih

Napoléon part avec Grouchy ; il va un peu tardivement, accompagné de quatre escadrons de service, reconnaître les lieux par lui-même. Ce n'est pas l'armée prussienne tout entière, comme on l'avait cru d'abord, mais seulement 1*8 ou 20,000 hommes qui sont devant lui. U ordonne d'attaquer avec l'infanterie de Vandamme dés qu'elle se présentera. Ce corps, longtemps attendu, vient en eflet de déboucher; mais il est déjà près de six heures du soir. Les colonnes de Yandamme s'avancent en échelons par la droite, de manière à envelopper le village de Gilly. L'attaque est soutenue par deux brigades de dragons d'Excelmans prêts à déborder l'aile gauche des Prussiens et à les charger en flanc.

Le général Ziethen avait réussi à gagner du temps ; c'était la seule chose qu'il pût désirer. U retire ses troupes par Lambusart, sur Fleurus. Un bataillon est rompu et pris presque en entier ; mais la division continue de se retirer sans être entamée davantage. Elle atteint la lisière du bois en avant de Lambusart, où

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elle déploie ses tirailleurs. Impatient de la lenteur de cette retraite, sentant déjà que le temps presse, Napoléon envoie à la charge, comme dans un cas extrême, ses escadrons de service. C'est dans cette charge que son aide de camp, le général Letort, reçut la blessure dont il mourut le surlendemain. Aucun officier français n'avait vu avec plus d'indignation que lui les étrangers maîtres de la France en 1814. Je tiens de ceux qui l'ont connu de près qu*il avait failli plus d'une fois éclater devant les bataillons russes et prussiens qui défilaient dans Paris. Il réprésentait tout ce qu'il y avait de généreuses colères dans l'armée: Nul n'était plus impatient de se venger ou de mourir.

Tel fut le résultat de cette première journée : le passage de la Sambre, 12 ou 1,500 hommes pris ou tués, les deux armées ennemies séparées, tout ce qui prépare un succès décisif; et, si Von s'en rapporte aux aveux des étrangers, il n'avait tenu qu'à Napoléon de les mettre dans une situation presque désespérée; car, ce qu'ils n'avaient pas avoué dans les temps rapprochés de 1815, ils l'ont déclaré plus tard. Ramenés à la vérité par le temps et l'expérience, ils avouent aujourd'hui que cette soudaine irruption du 15 les avait déconcertés, que le commencement de la campagne avait été singulièrement heureux pour les Français; il ne leur restait qu'à achever avec vigueur ce qui avait été combiné avec habileté. En effet, des quatre corps

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du maréchal Blùcher^ celui de Ziethen était le seul qui eût pu se réunir ; encore le matin était-il disséminé, ses avant-postes occupaient une ligne de plus de seize iieueSf de Dinant jusqu'à Binche. Une partie de ses troupes avaient été coupées, pendant la journée presque entière; ce n'est qu'à onze heures du soir que ce corps se concentra entre Ligny et Saint-Amand, à cinq ou six lieues en arrière de la ligne qu'il occupait le matin.

Le 2* corps, celui de Pirch, arrivé de Namur, n'avait pu dépasser Mazy. Il se trouvait ainsi à deux lieues de la position du général Ziethen. Quant à Thielmann, il ne quitta ses cantonnements de Ciney qu'à sept heures et demie du matin. Il passa la rtuit à Namur, c'est-à-dire à cinq lieues plus loin que Pirch. Le 4' corps prussien, celui de Bulow, était bien moins encore en état de tenir tète à une première et vigou* reuse attaque des Français. Il se réunissait à Liège, à près de vingt lieues du champ de bataille ^

Les corps prussiens semblaient donc s'offrir d'euxmêmes séparément aux coups de Napoléon dans les premiers moments, où ils ne pouvaient attendre aucun appui les uns des autres; mais pour cela il fallait que pas un instant ne fût perdu. Aujourd'hui les Prussiens donandrat pourquoi le chef de larmèe française les a laissés respirer, se concentrer sans obstacle depuis

* VofB DuDîti» QtaiewitB.

onze heures du matin jusqu a six heures du soir. Il y eut là pour le général Ziethen et la division Pirch un moment bien difficile. Le péril était certain pour eux. On n'en profita pas. Pourquoi cela? Le retard du corps de Vandamme en fut-il la cause? C'est là l'excuse que Ton assigne le plus souvent; mais assez d'autres troupes avaient passé la Sambre à Charleroi. Pourquoi ne s'en servit-on pas? Peut-être Napoléon ne voulut-il pas engager la garde dés le début de la campagne ; mais il avait sous la main tout le corps de Lobau, le 6^. On dit aussi que le maréchal Grouchy accuse Vandamme d'avoir refusé son concours pour l'attaque de Fleurus. Ainsi déjà les généraux se plaignent les ims des autres, en attendant que le chef se plaigne de tous. Le plus certain, c'est que l'irrésolution était dans le commandement quand Napoléon était absent. Rien ne se faisait où il n'était pas. Peut-être aussi croyait-on les Prussiens plus nombreux, et ne voulait-on engager la campagne qu'à coup sûr.

Ordinairement des hommes qui ont échappé à un grand danger prennent plaisir à rechercher tout ce qui aurait pu leur arriver de pire, et ils se domient ainsi la jouissance de la sécurité dans le péril. C'est ce que l'on voit aujourd'hui chez les principaux historiens de cette campagne. Anglais ou Prussiens. Ik se demandent ce qui serait arrivé, si Napoléon eût été ce jour-là le Napoléon de 1807 ou de 1809. Si dans la

soirée ou le lendemain une attaque impétueuse eût été dirigée sur les corps de Ziethen et dePirch, qui n'ébient pas encore rassemblés, il est très- probable, disent-ils, que ces corps eussent été battus et détruits. Celui de TIrielmann, arrivant plus tard de Namur, eût partagé le même sort. Les débris de l'armée eussent été forcés de se retirer dans la direction de Hannut ou de Liège, pour faire la jonction avec Bulow.

Voilà ce que répètent les historiens militaires étran* gers; ils tirent un motif de satisfaction de tous les maux qui les menaçaient, et auxquels ils ont échappé. Par la joie qu'ils montrent, ils constatent ce qu'ils avaient sujet de craindre. Singulier triomphe! Ils se donnent je spectacle de leur destruction imaginaire et jouissent avec complaisance des heures de répit que Napoléon leur a accordées dans cette journée du 15, qui, selrai eux, eût pu être décisive.

Pour nous, sans porter nos espérances, dès cette première journée, aussi loin qu'ils ont porté leurs craintes, nous répéterons les excuses que Ton a données des lenteurs de Napoléon. Ses apologistes soutiennent que les Français, étant en marche depuis deux heures du matin où ils avaient quitté leurs bivacs de Solre-sur-Sambre, de Beaumont, de Philippeville, avaient besoin de repos et de faire leurs vivres. Les tètes de colonnes seules étaient en présence de Tennemi; mais les masses restaient en arrière. Pendant

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que le 2* corps (ReiUe) atteignait Gosselies, le 1^ (d*Erlon) était encore à Marchiranes. Vandamme bivaquail dans les bois de Fleuras, la garde et Lobau à Charleroi ; lé général Gérard, malgré son impatience, n'avait pu dépasser Châtelet pour prendre à revers le corps avancé des Prussiens.

Sans doute ^exécution n*a pas entièrement rjèpondu à l'habileté du premier plan : on n'a pas retrouvé, dans Tattaque au d^ de la Sambre, la résolution, l'impétuosité ordinaire du chef de l'armée française ; mais faut-il se hâter de condamner une prudence peut-être nécessaire? Le début n'a pas été le coup de foudre que craignaient les ennemis ; est-ce donc que toute campagne doit commencer par un triomphe? La. patienceest aussi une verlu militaire, et puis le prodige, pour s'être fait attendre, n'èdatcra qu'avec plus de force. La nuit qui s'approche verra se former une de ces grandes résolutions qui ont déjà tant de fois surpris le monde. Les corps français achèveront de se concentrer, le général prendra son parti, et, le lendemain, à la. pointe du jour, les troupes bien rassemblées et reposées, il rachètera aisément par quelque coup rapide, imprévu, les lenteurs de la veille. D'ailleurs ces retards, que l'on ne peut nier, il faut les attribuer aux accidents, inévitables dans une première attaque de frontière sur une ligne aussi étendue que celle de Marchiennes à Chfltelet. Surtout il faut en accuser les

généraux, Vandammé d'abord, encore tout étonné de son désastre de Culm ; Grouchy, trop neuf peut-être pour de si grands commandements; ReiUe, d'Erlon, à peine remis de la journée de Vittoria. Iles uns se sont laissé imposer par l'ennemi; les autres, faute de vigilance, ont trop fait traîner leurs colonnes; mais, au milieu de tant d'hésitations, de négligences, un seul est resté infaillible, un seul n'a pas été effleuré par radyersité. Celui-là réparera les fautes de tous les autres.

EXAMIN DES flEPROCHES ADRESSÉS AU MARÉCHAL NET DÈS L'ENTRA K

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