CHAPITRE QUATORZIÈME
Ce fut alors que Grouchy reçut (1) la dépêche du major général Soult, datée du champ de bataille de Waterloo, et d’une heure après midi. Dans celte dépêche, on se le rappelle, Napoléon approuvait le mouvement sur Sart-lez-Walhain, qui, à son avis, avait dû porter le maréchal sur Corbais ou Wavre; recommandait à celui-ci, pourtant, de toujours manœuvrer dans la direction de Mont-Saint-Jean ; et lui signalait l’apparition du corps de Bülow sur Chapelle-Saint- Lambert, ajoutant : « Ne perdez pas un instant pour vous rapprocher de nous et pour écraser Bülow, que vous prendrez en flagrant délit (2). »
Écraser Bülow ! Au moment où ces instructions arrivaient à leur destination, le général prussien était, depuis longtemps, sur Plancenoit, à la tête de son corps d’armée, aux prises avec Lobau, Duhesme, Morand ; et Grouchy en était à plus de quatre lieues.
Le maréchal prit le meilleur parti qu’il eût à prendre et auquel il aurait dû se décider plus tôt. Il résolut de passer la Dyle au-dessus de Bierges. Opération doublement avantageuse, si elle réussissait, puisqu’elle permettrait de tourner la position attaquée vainement de front, et de jeter au loin des partis qui chercheraient à lier les communications avec Napoléon.
Sur-le-champ, Vandamme reçut l’ordre de faire remplacer ceux des bataillons de Gérard qui étaient engagés devant le moulin do Bierges et d’entretenir le combat, depuis ce point jusqu’à Basse-Wavre. Les trois divisions d’infanterie de ce
(1) Rapport (le Grouchy à Napoléon. — Dînant, le 20 juin.
(2) « Vous avez écrit, ce matin, à deux heures, à l’empereur que vous marcheriez sur Sart-lez-Waihain ; doue, votre projet était de vous porter à Corbais ou à Wavre. Ce mouvement est conforme aux dispositions de Sa Majesté, qui vous ont été communiquées. Cependant, l’empereur m’ordonne de vous dire que vous devez toujours manœuvrer dans notre direction... » (Dépêche déjà citée t. 1, page 286.)
WATERLOO
dernier, qui laissait le commandement de son corps à Vichery, marchèrent par leur gauche, remontant la vallée de la Dyle, jusqu’en face de Limai, où, appuyées par la cavalerie de Vallin, elles durent forcer le passage.
Limai et Limeletle, nous l’avons dit, étaient observés par trois bataillons et trois escadrons, sous le commandement du colonel Stengel et détachés du corps de Zieten. Les deux ponts sur la Dyle étaient faciles à détruire, puisqu’ils étaient en bois. Stengel les avait pourtant laissés intacts.
Vers huit heures, ou un peu plus tard, Vichery arriva devant celui de Limai; y jeta brusquement un bataillon qui s’en empara après une courte résistance; et, sans perte de temps, il fît déboucher, au delà, tout son corps d’armée. Stengel s’efforça de défendre la rampe rapide qui conduit du pont au village; mais il fut vivement replié. Vichery s’empara du village et se forma sur la hauteur, sa droite appuyée , aux maisons, sa gauche couverte par Vallin, dans la direc- ; tion de Neuf-Cabaret. Pajol et Teste, qui venaient de traverser le pont, serrèrent en arrière de lui.
La manœuvre, ainsi opérée, avait si bien échappé à Thielmann, qu’il l’avait connue seulement quand Stengel, déjà attaqué, lui avait fait demander des secours.
Il s’était alors hâté de diriger contre Vichery six batail- , Ions de la division Stülpnagel qui étaient sur les hauteurs i de Bierges, la cavalerie de réserve commandée par le géné- j ral Hobe, et tenue, jusque-là, en arrière de Wavre; et il | avait fait appuyer à droite la division de Kemphen, et une î partie de celle de Luck. Mais tout cela avait demandé du temps. Le jour tirait à sa fin; Vichery venait d’occuper la hauteur de Limai, au moment où Stülpnagel arriva en face de ce village.
Celui-ci recueillit le colonel Stengel, lui adjoignit deux escadrons et le fît passer à sa droite. 11 forma ensuite deux