CHAPITRE QUliNZIËME. C
Limelelte, serait allé le soutenir. A part même la nécessité de ne pas laisser tourner la position de Wavre, Blücher n’aurait pu manquer d’agir ainsi; car il aurait eu à couvrir le mouvement de flanc qu’opérait alors Bülow, marchant sur Chapelle-Saint-Lambert.
En arrivant à Mousty et à Ottignies, Grouchy se serait donc trouvé en face de quarante mille hommes et de cent cinquante bouches à feu, retranchés derrière une rivière non guéable et d’abords très-difficiles. Il n’en fallait pas tant, en pareille position, sinon pour lui interdire absolument le passage, au moins pour le lui disputer toute la journée; et, pendant cette lutte, Bülow et Thielmann, c’està-dire cinquante mille hommes, seraient allés décider la bataille de Waterloo à Plancenoit et à Papelotte. En un mot, le combat que Grouchy livra sur Wavre, ce jour-là, se serait livré à Mousty et à Ottignies. Or, on l’a vu, ce combat dura de quatre heures du soir à onze et fut une action indécise qui aurait dû ‘se prolonger bien des heures encore avant de permettre à Grouchy d’aller appuyer Napoléon. En outre, il faut le remarquer, Grouchy, à Wavre, eut à lutter contre seize ou dix-huit mille hommes seulement.
Par un concours de circonstances bien peu probables, il aurait pu se faire, cependant, que Groucby eût été assez heureux pour se saisir des ponts de Mousty et d’Ottignies, pour passer la Dyle avant que les Prussiens se fussent trouvés en mesure de s’y opposer.
Ne rencontrant aucun obstacle, il aurait eu achevé son passage avant midi. Sachant alors que l’armée prussienne était proche, il aurait marché à elle, rencontré Zietcn et Pirch I, rangés sur les hauteurs en arrière du ruisseau de Limelette et les aurait attaqués au moment, à peu près, où le bruit intense du canon lui aurait appris qu’une grande bataille s’engageait sur sa gauche, vers Mont-Saint- Jean.
WATERLOO
En telle circonstance, à quel parti se serait-il arrêté? Renonçant à l’attaque, aurait-il manœuvré tout de suite J pour rejoindre Napoléon? On peut l’admettre. Mais, alors, Blûcher aurait, de son côté, manœuvré en conséquence. Il aurait laissé Bülow continuer son mouvement sur Chapelle- Saint-Lambert et Plancenoit, dirigé le corps de Thielmann, partie à la suite de Bülow, partie vers Ohain, ordonné à Zieten et à Pirch I de suivre Grouchy, de le harceler, de le combattre, de retarder sa marche par tous moyens ; et la plus mauvaise chance qu’il aurait pu rencontrer eût été que ses deux lieutenants, n’ayant pas réussi à empêcher le maréchal français de prendre part au dernier acte de la bataille de Waterloo, fussent arrivés sur Plancenoit en même ' temps que -ce dernier. Or, dans cette supposition, le résultat ; de la journée serait resté le même ; car l’armée française, i ainsi réunie au moment de la crise suprême, aurait eu de- ! vaut elle toutes les forces de Wellington et de Blücher, qui , l’auraient écrasée sous leur poids. <
Il convient d’y insister, d’ailleurs, pour rester dans le : vrai : on ne peut guère regarder comme probable que Grouchy, partant de Limelette et ayant à combattre, c’est-àdire à manœuvrer, eût pu arriver avant neuf heures sur j Plancenoit. Les deux premières divisions de Pirch I, qui I partirent à midi de Wavre, qui n’eurent pas le moindre | combat à livrer en chemin, ne rejoignirent Bülow, on l’a vu \ antérieurement, qu’à sept heures et demie. . |
Grouchy, au lieu de marcher pour rejoindre Napoléon, aurait-11, au contraire, persisté, malgré la canonnade de Mont-Saint-Jean, à attaquer Zieten et Pirch I, formés derrière le ruisseau de Limelette? On peut l’admettre aussi; c’est même, sans doute, ce qu’il aurait fait. Mais Blücher, I qui aurait eu, dans ce cas comme dans l’autre, le temps de I reconnaître les forces du maréchal français, aurait disposé I