CHAPITRE QUINZIÈME
encore de Bülow et de Tliielmann pour aller appuyer les Anglo-Hollandais, et confié àZieten et à Pirch I la mission de résister à la diversion de Grouchy.
Établis dans une bonne position, luttant à quatre contre trois, munis d’une artillerie d’un tiers plus nombreuse que celle de leur adversaire, les deux généraux prussiens se seraient trouvés bien à même, à coup sûr, d’opposer une longue résistance; et c’est rester en deçà de la vérité que d’admettre qu’ils l’auraient prolongée jusqu’à sept heures. Le lendemain de ce jour, nous le verrons bientôt, il fallut à Grouchy près de huit heures pour battre et mettre momentanément hors de cause trois divisions prussiennes, fortes seulement d’une quinzaine de mille hommes.
Or, ce maréchal, retenu jusqu’à sept heures à Limelette ou au delà, n’aurait pu, quoi qu’il eût fait, arriver à temps pour prendre la moindre part à la bataille de Waterloo. Les deux dernières divisions de Pirch I , la brigade même de cavalerie de Sohr, qui partirent de Wavre, on l’a remarqué, à quatre heures, qui marchèrent le plus rapidement possible, pressées par les ordres incessants de Biücher, n’avaient pas encore rejoint l’armée prussienne à la nuit close.
Quelle que soit l’hypothèse où l’on se place, pourvu qu’on tienne compte des faits connus et qu’en supposant les opérations qui auraient dû être faites d’un côté, on admette aussi les opérations qui auraient dû en résulter de l’autre, l’injustice de l’accusation portée contre Grouchy devient manifeste.
Il aurait marché plus tôt, manœuvré comme l’indiquaient les circonstances et les règles de la stratégie, que le désastre de Waterloo n’eût été ni moins sûr, ni moins complet, nous le répétons, La raison absolue, péremptoire de cette assertion, c’est, nous le répétons aussi, l’infériorité
WA'i’EKLUO.
des forces du maréchal relativement à l’armée prussienne. Cette armée comptait quatre-vingt-dix mille hommes au moins. De ce nombre, la moitié combattit plus ou moins longtemps contre Napoléon et détermina la catastrophe. Grouchy, avec ses trente-trois mille trois cents hommes, retenant l’autre moitié près de Wavre, aurait certainement fait une oeuvre difficile; mais cette œuvre même n’aurait pas suffi pour conjurer le malheur de nos armes. Et, si, renonçant à combattre sur la rive gauche de la Dyle, il eût manœuvré directement pour rejoindre Napoléon; si, contre toute probabilité, il l’eût rejoint assez tôt pour entrer en ligne près de lui, toute l’armée prussienne se serait trouvée réunie aux Anglo-Hollandais; et la puissance du nombre l’aurait encore emporté : cent soixante mille hommes et ‘ quatre cent quarante bouches à feu auraient écrasé cent ; mille hommes et trois cent quarante bouches à feu.
On a blâmé très-vivement aussi Grouchy de n’avoir pas ; écouté le conseil qui lui fut donné par Gérard à Sart-lez- ' Walhain, au bruit de la canonnade de Mont-Saint-Jean. Ce blâme est très-mérité, non pas, contrairement à ce qui a été dit, parce qu’il est déréglé absolue de marcherau canon, car , cette règle souffre bien des exceptions et en souffre surtout ' quand on a déjà des forces ennemies devant soi ; mais parce ; qu’à Sart-lez-Walhain, la nécessité de manœuvrer par la i gauche était devenue plus pressante encore qu’à Gembloux. j Le maréchal le savait enfin, lui-même en est convenu, | l’armée prussienne ne s’était pas retirée sur Liège; elle s’était concentrée sur Wavre dans la nuit. Dès lors, le reientissement de la bataille qui s’engageait aux abords de la forêt de Soignes ne laissait guère la possibilité d’admettre que cette armée n’eût pas rejoint déjà, ou, tout au moins, ne fût en mouvement pour rejoindre les Anglo-Hollandais : si près l’un de l’autre, Blûcher et Wellington avaient dû con- j