‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 12 sur 198 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Il recommença ainsi 1814, et prépara la môme calaslroplie.

Dans ses dictées de Sainte-Hélène, il s’est glorifié, cependant, des prodiges d’énergie, d’activité accomplis du 20 mars au 15 juin 1815, et il en a tracé un tableau superbe. Mais ce qui manqua avant tout, ce furent précisément l’énergie, l’activité : une énergie, une activité proportionnées à l’immincnce du péril, à la grandeur de l’agression.

Des ordonnances royales datées du 12 mai 1814 avaient réorganisé rarméc en cent sept régiments d’infanterie, soixante et un de cavalerie, huit d’artillerie à pied, quatre d’artillerie à cheval, un bataillon de pontonniers, quatre escadrons du train, douze compagnies d’ouvriers d’artillerie, trois régiments du génie, une compagnie d’ouvriers, une du train du génie, deux bataillons d’équipages militaires.

L’infanterie comprenait 90 régiments de ligne, 15 régiments légers, tous de trois bataillons (1), chaque bataillon de six compagnies ; deux régiments formés des débris delà vieille garde, sous le nom de corps royaux de grenadiers et de chasseurs de France, tous les deux de quatre bataillons (2), chaque bataillon de six compagnies.

Ces 107 régiments avaient, en outre, à la suite un cadre d’officiers pour un bataillon.

La cavalerie se composait de 61 régiments : douze de cuirassiers, deux de carabiniers, quinze de dragons, six de lanciers, quinze de chasseurs, sept de hussards (3),

(1) Une ordonnance du 12 août 1814 ajoula six bataillons à celte organisation et les répartit entre quatre des régiments existants. Ils étaient destinés au service colonial.

(2) Ils ne devaient, d’abord, avoir que trois bataillons, mais le quatrième fut ajouté dès la formation des régiments.

(3) L’ordonnance primitive n’organisait que six régiments de hussards mais il en fut créé un septième plus lard.^

WATERLOO

quatre provenant de l’amalgame des troupes à cheval de la vieille garde et dénommés corps royaux de grenadiers à cheval, dragons, chevau-légers-lanciers et chasseurs de France.

Tous ces régiments avaient quatre escadrons, et le cadre d’un cinquième, mais en officiers seulement.

Les régiments d’artillerie à pied étaient de vingt et une compagnies; les régiments à cheval de six ; le bataillon de pontonniers de huit; les régiments du génie de douze.

L’effectif du pied de paix était fixé, officiers et corps royaux compris, à 211,812 hommes, dont 149,795 d’infanterie (1), 38,611 de cavalerie devant avoir 32,164 chevaux, et 15,993 d’artillerie.

A cet effectif général venaient s’ajouter dix mille vétérans répartis en 120 compagnies, et quatorze mille gendarmes à pied et à cheval employés à la police de Paris et des départements.

La force de l’armée était restée, d’abord, assez inférieure au chiffre assigné pour le pied de paix. Mais, au mois de novembre, sous le coup des graves dissentiments qui se produisaient au Congrès de Vienne, une ordonnance royale avait rappelé sous les drapeaux environ soixante mille hommes; et, le l®"" janvier suivant, un état dressé au ministère de la guerre le constate, l’infanterie (2) avait cent dix-huit mille hommes prêts à pai'tir, la cavalerie vingt-trois mille. En ajoutant à ce nombre de fantassins et de cavaliers celui des troupes d’artillerie, du génie, etc., qu’il comporte, on voit qu’à cette époque le gouvernement de la Restauration disposait d’une armée de cent cinquante-cinq mille hommes environ, officiers compris, prêts à entrer en campagne^ en

(R Non compris les six bataillons coloniaux.

(2) Non compris quatre régiments suisses, (Torganisation toute récente, et les ba'.alllons coloniaux. {Archives du dépôt de la guerre^ à Paris.)

CllAPiTIIK DKIJXIKIMK.

laissant en arrière, aux dépôts, quarante ou cinquante niillo hommes, sans compter les vétérans et la gendarmerie.

Cette armée, d’après des témoignages certains, était bien équipée, habillée, soldée.

Le 9 mars, le gouvernement royal avait ordonné un nou veau rappel des anciens soldats. Il s’agissait alors, pour lui, de se défendre contre Napoléon. Les événements s’étaient trop rapidement précipités pour permettre la complète exécution de cette mesure. Elle avait augmenté, cependant, l’effectif de l’armée d’une vingtaine de mille hommes, au moment où s’était opéré le changement de gouvernement. On en trouve la preuve dans un autre état dressé au ministère de la guerre et daté du l"** avril.

D’après cet état, l’armée comptait, à ce jour, deux cent vingt-trois mille neuf cent soixante et douze hommes de toutes armes présents sous les drapeaux, officiers compris (1); et il y avait, en outre, plus de huit mille hommes aux hôpitaux, dix-neuf mille trois cents en congé limité, treize mille six cent quarante-six en congé illimité (H).

Gela ne pouvait donner encore, comme précédemment, que centcinquante-cinq mWlehommesprétsàentrerencampagne.

Une pareille force était évidemment bien insuffisante dans la position faite à la France par la restauration de l’Empire.

Mais, avec de l’énergie, de l’activité, il était possible de l’accroître bientôt dans une proportion considérable.

Le pays, si épuisé qu’il fût par de longues et funestes

(1) Dans ce clâffre sont comptés 700 hommes restés à Tilc d’Elbe, et 1 ,000 environ qui en étaient revenus avec Napoléon.

(2) ^ Au mépris des états oiïiciels, Napoléon, dans ses Mémoires^ dit que ï effectif général de l arméc laissée par le gouvernement royal n’était que de 172,000 hommes.

M. Thiers, à peu près aussi inexact, porte ce même ciyectif à 180,000 hommes.

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guerres, olïVait encore de grandes ressources; il ne s’agissait que de les utiliser.

En avril 1814, nos armées vers Paris, Lyon eT Toulouse en Italie, nos garnisons dans les forteresses de France, de Belgique, du Rhin, de l’Allemagne, etc., nos dépôts s’élevaient à quatre cent cinquante mille hommes. La paix nous avait rendu cent cinquante mille prisonniers de guerre. Le avril 1815, la France disposait donc, outre deux cent vingt-quatre mille hommes présents sous les drapeaux, d’un fonds de trois cent soixante-seize mille soldats faits, où l’on pouvait puiser pour augmenter ses légions. Sans doute, les cessions de territoire, les blessures, les maladies, les infirmités, les décès, les mariages avaient bien diminué ce dernier chiffre. Mais on reste au-dessous de la vérité en disant qu’il y avait à tirer de là deux cent cinquante mille hommes très-propres au service.

Dans ses effroyables anticipations sur la vie des jeunes générations, l’Empire avait décrété, en octobrel813, la levée de toute la conscription de 1815. Les événements avaient empêché de l’accomplir(l). Elle avait été estimée à 160,000 hommes. Malgré le rétrécissement de nos frontières et quelques autres causes de diminution, elle devait donner au moins cent dix mille conscrits.

Un simple décret pouvait donc appeler à la défense de la patrie, réunir en peu de temps trois cent soixante mille hommes, dont deux cent cinquante mille étaient des soldats aguerris.

Cent mille militaires retraités, réformés, offraient encore vingt-cinq ou trente mille précieux auxiliaires pour le ser-

(i) Sur celle conscriplion, 45,000 hommes avaient rejoint les dépôts dans riiiver de 1815 à 1814, et avaient élé congédiés à la paix. Ils ne sont pas compris dans le chiffre de 450,000 hommes donne pins haut. (Voir Rapport de Carnot aux Chambres, le [’5juin 1815.)

CIIAIMTUE iJEUXllvMi:.

vice des places IVontières, pour celui de l’intérieur; et les matelots des anciennes escadres, rendus inutiles par Tanéantisscmcnt de notre puissance maritime, devaient, si on les organisait sous le commandement de leurs anciens officiers, contribuer h assurer la sécurité des forts et forteresses du littoral.

Enfin, il restait la garde nationale, qu'on pouvait mettre sur pied dans presque tout le pays et qui fournirait de trèsnombreux bataillons mobiles, propres à défendre les places fortes et h former une puissante réserve à l’armée de ligne.

Napoléon ne négligea aucun de ces moyens; mais il n’y eut recours qu’avec hésitation, lenteur, timidité.

Il était aux Tuileries depuis trois semaines déjà, quand il se décida à ordonner les premières mesures nécessaires pour augmenter l’état militaire de la France.

Le 9 avril, le Moniteur et, deux jours après, le Bulletin des lois publièrent un décret (1) rappelant sous les drapeaux tous les sous-officiers et soldats qui les avaient quittés pour quelque raison que ce fût (2). Fidèle à son système d’atténuer la gravité de la situation, « l’empereur leur donnait la promesse spéciale qu’aussitôt que la paix actuelle serait con~ solidée, ils seraient les premiers qui obtiendraient des congés pour rentrer dans leurs foyers (3). » Et, pour mieux montrer, en quelque sorte, que l’urgence n’était pas grande, les circulaires ministérielles nécessaires pour l’application de ce décret ne furent signées que le 12 avril.

(1) Ce décret porte la date du 28 mars.

(2) La portée de ces derniers mots fut précisée immédiatement par !e ministre de la guerre : le décret s’adressait aux sous-oiïicicrs et soldats qui avaient obtenu des congés absolus ou limités.

(3) M. Tblers, qui veut que Napoléon n'ait pas trompé la France sur la gravité de la situation, remplace celle phrase du décret par celle-ci, dont le sens est tout différent : « Les anciens militaires étaient appelés.... avec promesse d’clre à la paix immédiatement renvoyés dans leurs foyers. »

VvA lEULOO.

Le 21 mars (1), Napoléon avait décrélé la léorgaiiisalioii de la vieille garde. En rappelant les anciens militaires, il décréta aussi le rétablissement de seize régiments de jeune garde (2) et une augmentation des cadres de l’armée.

Les régiments d’infanterie et de cavalerie durent compléter immédiatement le cadre de leur quatrième bataillon et de leur cinquième escadron, qui ne comprenait (|ue des officiers; et il fut créé, dans chaque régiment, un pouvcau cadre, en officiers seulement, qui devait à son tour être complété en sous-ofiiciers, etc., quand le ministre de la guerre l’ordonnerait.

En attendant l’arrivée des soldats rappelés, il fut prescrit de former, avec tous les hommes disponibles, dans chafjue régiment d’infanterie, deux bataillons, dans chaque régiment de cavalerie, trois escadrons, qui, disait le décret, évitant de parler de bataillons et d’escadrons de guerre, seraient seuls mis, jusqu’à nouvel ordre, en activité de service.

Quelques jours plus tard. Napoléon rendit à tous les régiments les numéros qu’ils avaient portés pendant vingtcinq ans de guerre, illustrés môme aux jours de nos malheurs.

Le 13 avril, le ministre de la guerre fit appel aux militaires en retraite et en réforme qui voudraient reprendre du service dans des bataillons d’infanterie et des compagnies d’artillerie spécialement organisés pour les recevoir.

Le même jour, fut décrétée la formation successive de quatre bataillons de gendarmerie à pied, dits bataillons de réserve, lesquels devaient être formés avec les anciens gendarmes qui demanderaient du service. Le train d’artillerie

(t) Le décret est daté du t3 mars; mais il ne fui promulgué que le 21.

(2) Le décret du 9 avril ne créait que douze régiments de jeune garde. I.es quatre autres furent créés un mois plus lard.

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