‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 128 sur 198 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

Napoléon arrive à Philippeville. — Ordres , dépêches qu’il en expédie. — 11 part pour Laon. — Conseil qu’il y tient. — Il part pour Paris. — 11 y arrive le 21 juin au malin. — Conseil tenu à PÉlysée-Bourbon. — Déclaration de la chambre des représentants. — Hésitations de Napoléon. — Ses concessions successives. — Ses défaillances, ses colères devant les exigences croissantes de la chambre. — Conseil tenu aux Tuileries dans la nuit du 21 an 22 juin. — Napoléon menacé de déchéance, d’arrestation. — 11 se résout à abdiquer. — Nomination d’un gouvernement provisoire.

Trois ou quatre heures après son départ de Charleroi, Napoléon atteignit Philippeville. Il s’y arrêta pour se reposer et expédier les dépêches que le désastre rendait les plus urgentes.

A Rapp, à Lamarque, il expédia l’ordre de se rendre, à marches forcées, sous Paris avec leurs corps d’armée; à Recourbe, de gagner Lyon; aux commandants des places fortes du Nord, de la Meuse, de hâter leurs préparatifs de défense contre des attaques, maintenant imminentes.

Avant de quitter Paris, il avait confié le gouvernement à un conseil composé de ses deux frères Lucien et Joseph, des ministres à portefeuille, des quatre ministres d’État, et il en avait donné la présidence à Joseph, choisissant, non le plus

WATERLOO

digne, mais le plus rapproché du trône. 11 adressa à ce dernier deux lettres qu’un secrétaire écrivit sous sa dictée, moins rapide que d’habitude. L’une, destinée à être communiquée au conseil, faisait un récit atténué des événements; l’autre, confidentielle, racontait avec sincérité la déroute et indiquait, non sans grande exagération, les ressources, les espérances du vaincu. « Tout n’est pas perdu, disait-il; je suppose qu’il me restera, en réunissant mes forces, cent cinquante mille hommes. Les fédérés et les gardes nationaux qui ont du cœur me fourniront cent mille hommes : les bataillons de dépôt cinquante mille ; j’aurai donc trois cent mille soldats à opposer de suite à l’ennemi. J’attellerai l’artillerie avec les chevaux de luxe; je lèverai trois cent mille conscrits, je les armerai avec les fusils des royalistes et des mauvaises gardes nationales; je ferai lever en masse le Dauphiné, le Lyonnais, la Bourgogne, la Lorraine, la Champagne ; j’accablerai l’ennemi. Mais il faut qu’on m’aide, qu’on ne m’étourdisse point. Je vais à Laon; j’y trouverai sans doute du monde. Je n’ai point entendu parler de Grouchy. S’il n’est pas pris (comme je le crains), je puis avoir, dans trois jours, cinquante mille hommes ; avec cela, j’occuperai l’ennemi, et je donnerai à Paris et à la France le temps de faire leur devoir. Les Anglais marchent lentement ; les Prussiens craignent les paysans et n’oseront pas trop s’avancer. Tout peut se réparer encore; écrivez-moi l’effet que cette horrible échauffourée aura produit dans la chambre. Je crois que les députés se pénétreront que leur devoir, dans cette grande circonstance, est de se réunir à moi pour sauver la France. Préparez-les à me seconder dignement. »

La défaite enseignait ainsi des mesures qui auraient dû précéder l’entrée en campagne.

Napoléon, prenant la plume, ajouta : « Du courage, de la

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