‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 129 sur 198 · CHAPITRE SEIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME

fermeté ! » Adressée à Joseph Bonaparte, l’exhortation n’était pas inutile.

Pendant cette halte dans la fuite, quelques bandes confuses de soldats, d’officiers de toutes armes, de tous corps, étaient parvenues à Philippeville, et, rassurées, enfin, à la vue des remparts de la place, s’y étaient arrêtées ; d’autres en approchaient. Napoléon ordonna de les retenir, d’en former une colonne qu’on dirigerait ensuite sur Laon. 11 expédia des officiers sur les différents chemins de retraite que le soldat avait dû prendre, afin d’indiquer partout ce point et celui de Philippeville comme lieux de ralliement. Déjà, en passant par Charleroi, il avait envoyé son frère Jérôme à Avesnes pour y arrêter la déroute, si cela était possible, pour rendre quelque organisation aux corps et les ramener aussi sur Laon.

Il dicta des instructions au major général Soult, qui venait de le rejoindre, et qui dut rester quelques heures encore à Philippeville ; puis, remontant en voiture, il partit pour Laon. Il y fut à la chute du jour.

« J’y trouverai sans doute du monde, » avait-il écrit à Joseph Bonaparte; il n’y trouva d’autres troupes que celles qui devaient y être par ses ordres mêmes : un bataillon de garde nationale active formant la garnison de la place.

Pliant sous le poids du désastre, tourmenté par le chagrin, l’anxiété, il réunit, le lendemain, comme en un conseil, les officiers de sa suite, et Maret, son ministre secrétaire d’État, qui l’avait accompagné aussi. Il voulait examiner avec eux ce qu’exigeait le péril de la situation.

D’après le récit d’un témoin (1), en ouvrant la discussion, il persistait dans la résolution de ne pas abandonner l’armée. 11 fut vivement combattu.

(t) Fleury de Chaboulon.

WATERLOO

La déroute est cooiplète, lui dit-on ; vous l’avez vu de vos propres yeux. Tous les régiments étaient confondus. 11 faudra du temps pour les reformer, pour rallier les débris de l’armée, qui seront peu considérables si, comme cela paraît certain, Grouchy n’a pu éviter un désastre. La plupart des soldats n’auront ni armes ni munitions; l’artillerie est perdue. Vous n’avez plus d’armée ; toutes les routes sont ouvertes à l’ennemi. La France ne peut être sauvée que par elle-même. 11 faut que tous les citoyens prennent les armes ; et votre présence à Paris est nécessaire pour comprimer vos ennemis, enflammer et diriger le dévouement des patriotes. Les Parisiens, quand ils vous verront, n’hésiteront pas à se battre. Si vous restez loin d’eux, on fera courir mille bruits mensongers : on dira tantôt que vous avez été tué, tantôt que vous avez été fait prisonnier ou que vous êtes cerné, La garde nationale et les fédérés, découragés par la crainte d’être abandonnés ou trahis, se battront à contrecœur, ou ne se battront pas du tout (1).

Ces objections, affirme le même témoin, ébranlèrent Napoléon ; il finit par y céd'er, mais non sans protester, pour ainsi parler, contre le nouveau parti qu’il prenait. « Puisque vous le croyez nécessaire, dit-il à ses familiers, j’irai à Paris ; mais je suis persuadé que vous me faites faire une sottise; ma vraie place est ici. Je pourrais y diriger ce qui se passera à Paris, et mes frères feraient le reste (2). » L’homme qui, en d’autres temps, avait montré tant de promptitude, de sûreté, de ténacité dans la décision, se laissait maintenant ballotter d’une idée à une autre. La veille, il reconnaissait la nécessité de sa présence à Laon pour rallier, réorganiser promptement l’armée, pour relever le moral du

(1) Mémoires de Fleury de Chaboulon^ t. II, p. 197, 198, 199.

(2) Ibidem,

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